← Étapes →
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Samedi 27 octobre
Le réveil est conforme aux attentes. Les « donne-moi-cado » commencent avant que le lait ne soit chaud. Les
dames qui s'écartent pour le pipi du matin sont dûment accompagnées. Pascal, notre médecin, reçoit un malade
apporté jusqu'à lui sur un âne et déjà, il souffre plus que lui.
J'avale mon bol et plie le camp illico pour aller finir la toilette et le paquetage 10 km plus loin au bord
de la piste.
Deuxième traversée glauque de
Massakory
. Devant le collège, les cailloux s'envolent.
Les troupeaux nomades et les chameaux sous dais sont au rendez-vous au nord de
Massakory
.
Le raccourci vers
Moussoro
par
Rigil Atron
est introuvable, mais sa recherche nous permet de visiter le plateau et ses étendues de paille sans fin.
Prise de contact avec le
Bahr el Ghazal
et sa poussière incomparable. Beaucoup de Toy plateaux surchargés de 20 à 30 passagers.
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Pique-nique après
Moussoro
, sous des acacias qui commencent à s'étriquer.
Poussière, poussière, tout le
Bahr el Ghazal
n'est que poussière. Arrivée soleil couchant sur
Salal
. Hésitation, car j'arrive le dernier et les traces sont compliquées. Bivouac le long de la piste dans un
« champ » de lys des sables.
Dimanche 28 octobre
Ce matin, on roule dans le sable. La poussière s'éloigne. Belles prairies des 2 côtés. Les gazelles sont
nombreuses et peu farouches. Il y en a qui se figent sur place au lieu de fuir, espérant ne pas être vues.
Les arbres sont vraiment épars.
Au milieu de rien, un camion en panne m'inquiète. Les passagers attendent aux alentours. Inquiétude, car on
ne sait jamais de quoi ils manquent ni s'ils sont vraiment gentils. Les femmes ont déjà construit de petits
abris du vent avec des pagnes.
Le vent se lève à l'approche de
Kouba Olanga
que nous traversons dans la tourmente. Puthod cherche du gasoil, mais la réponse le fait fuir : peut-être,
si la police est d'accord.
Zigzag à l'est pour trouver une piste. On en trouve une, mais complètement désaffectée. En pleine tempête,
on rate
Koro-Toro
.
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Scandale dans les entrailles du Motocrotte : "et en plus, on est à 15 km de
Koro-Toro
et on n'y va pas ! Il faut y aller et je vais négocier un camion qui apportera le gasoil à notre retour » dit
le Tartuffe.
« Allez-y, mais sans moi » répond le têtu. Pique-nique dans les voitures à cause d'un fort vent de sable.
Puthod ajoute que cette piste est vraiment du genre minée, sans traces, donc louche. Tant de bidons inutiles
? La discussion s'arrête là. Il faut bien lui reconnaitre une expertise spéciale puisque son client Colombo
ici présent
a sauté sur une mine
vers Zouar il y a 2 ans et perdu son camion…
Tout le monde hors-piste, plein est, d'après le dessin du prospectus de
Tchad Évasion
, en direction d'
Oum Chalouba
. Finalement, comme beaucoup d'endroits au
Tchad
,
Koro-Toro
est une élucubration coloniale sans avenir, complètement désaffecté.
Au sud du Djurab, Koro Toro, véritable fort de la solitude, avec son carré de murailles crénelées
blanchies à la chaux d'où dépasse l'antenne du poste de T. S. F., le mât des couleurs et ses drapeaux
flottant au vent, est l'unique relais entre le Borkou et le Tchad; ce petit poste borde la zone
sahélienne : au sud commence sans aucune transition la végétation, au nord c'est le Sahara le plus
absolu. Limite climatique parfaite.
À Koro Toro vit un sergent-radio européen, gouvernant quinze tirailleurs africains et n'ayant pour tout
compagnon qu'un guépard. Pas un arbre alentour! Un paysage de mort; des dunes, des terrasses d'érosion,
des buttes témoins.
(Roger Frison-Roche - Sahara de l'aventure - Frison-Roche - p.56)
Mais voilà, le hors-piste dans ce voyage, ça commence à bien faire et le touffe touffe qui s'installe aussi.
Engueulade entre partisans du nord et celui du sud. Moi, j'aurais bien volontiers rejoint
Chelem
et sa piste sur laquelle je suis déjà passé il y a 3 ans, mais personne ne s'en rappelle, donc ça n'existe
pas.
La chance est avec le guide, qui tombe sur une belle piste. La vitesse s'améliore, le pays est beau, la vie
facile. Gazelles partout. Beau coucher de soleil sur la caravane et sa poussière rose caramel à contre-jour.
Bivouac dans l'
Oued Achim
. La bosse qui borde le camp a été choisie avec une précision extrême et changée plusieurs fois.
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Lundi 29 octobre
La zone me semble paumée grave, je repère une sorte de chacal à l'arrêt au bord de la piste. Mon sens inné
de reporter animalier en éveil, je quitte la piste et pourchasse la bête avec le caméscope arraché des mains
de Martine qui ne trouve pas la séquence à son goût. Tous les Zigs et les zags du fauve sont déjoués et je
rejoins la piste plein de fierté.
Peu après, je remarque le premier troupeau, fidèlement gardé par le même chacal que tout à l'heure.
Bizarre cette coutume locale de garder les troupeaux avec cette nouvelle espèce de chacal ? Ça ne peut pas
être un chien de berger quand même ? 🤣
On finit par arriver à
Oum Chalouba
, directement dans l'ancienne base militaire libyenne. Le gâchis matériel est impressionnant et personne
autour, dans un pays où tout est récupéré. Malaise. L'endroit est complètement désert.
On continue.
Kalaït
. Base militaire Tchadienne. Entrée interdite. On vise une case minable avec un drapeau du
Tchad
et on tombe sur la sous-préfecture. Présentation des papiers : la signature fraîche du ministre de
l'Intérieur impressionne.
Discours sur les conditions locales. L'
Ennedi
pullule de terroristes, il faut faire très attention et aller à
Fada
pour savoir où ils sont. Il y a 200 camions chargés de les expulser de
Libye
.
Ces gens sont bloqués depuis un temps certain. Ils ont déjà commis des actes vexants pour les femmes et mis
les mains sur des seins et dans les sexes (sic)…
On dégage vite fait. Il n'y a plus de gasoil, tout a été réquisitionné. Puthod qui vient d'affirmer avec
fierté qu'il ne veut pas de guide et qu'il le fait très bien, comme c'est écrit dans le papier du ministre
et qu'il va à
Fada
. Pour le montrer, il demande la piste de
Monou
à tout le monde. Sans succès.
On monte jusqu'à l'
Oued Chili
et il me pousse devant en hors-piste. Mon point est dans l'oued, mais plus à l'ouest que le sien, il me
corrige pour aller à l'est et pas au nord.
Le fond de la vallée est encombré d'arbres et roule mal, je choisis la croupe sud, il m'engueule, c'est
inutile de faire du sud. Je repars dans le fond encombré, mais nord.
Puthod disparaît et réapparaît plein sud sur la croupe d'où il m'a chassé. Je ne rédige pas les pensées
obscènes qui m'ont traversé l'esprit.
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Le terrain devient carrément chiant. Caillasse, végétation touffue, ravins. À l'approche de
Sougoudiré
, j'ai envie de voir le point d'eau qui n'est qu'à 1,8 km. J'essaie 3 fois de traverser le ravin qui barre
toute la vallée, sans succès.
La quatrième, je prends l'obstacle de front. Plantage monstrueux dans les épines. Je fusille le seuil de
porte avec une plaque et Pascal me tire de là à la corde. Plus question d'un détour pour un putain de puits.
On se regroupe. Au soleil couchant, je me retourne et découvre que je suis seul. Absorbé par la recherche du
passage, j'ai vu Pascal il y a 20 min, j'attends un peu. Au moment de reculer, Pascal arrive et me dit que
le Hilux a crevé et que le Motocrotte est perdu.
Pour ne pas coucher seuls, je monte sur le toit de Pascal avec ma lampe. Ils me diront m'avoir vu de 20 km.
Dès son arrivée, Colombo s'en prend à moi, il ne peut pas suivre à cette allure sur ce terrain, il est très
fatigué.
Tient donc, il ne fait la course que lorsqu'il est devant, avec son fumigène. La réponse est sobre, si son
véhicule le gène, il n'a qu'à changer pour un
Land Rover
. Il reste cloué par cette idée inattendue. Le bec restera cloué plusieurs jours.
Mardi 30 octobre
On se prépare à trouver la piste de
Monou
dans 20 km, on échafaude une stratégie pour ne plus la quitter et on part à l'attaque. Puthod sert son
"cher" client de plus en plus près.
On trouve la piste avec 7 km d'avance. Le moral remonte, mais après 10 km, il est évident que nous sortons
du massif en direction de
Fada
. Je peste dans mon Land puis m'arrête. Sans transition, Puthod me dit que c'est inutile de continuer et on
ressort, lui devant.
On entame alors un arc de cercle pour revenir sur l'
Oued Negoka
que nous venons de quitter. Il choisit un mauvais col qui ne passe pas. La mort dans l'âme, on redescend
dans l'
Oued Mogrédéli
qui nous accueille tout de suite avec une belle trace.
Instants magiques, des molaires de 200 m surgissent de chaque côté, les acacias se pressent et s'organisent,
l'herbe monte.
Nous sommes enfin dans l'
Ennedi
.
On trouve une fillette de 5-6 ans seule à l'ombre d'un acacia. Cadeaux de tous. Nous sommes à moins de 5 km
au nord de
Monou
. Un cavalier reste discret 1 km sud. La trace continue est.
Le massif nous enserre très rapidement et les vallées et la trace partent sud-est. Il est temps de bifurquer
au nord pour
Ba-Chigueri
. Petit coup de PC sur les cartes du Papé (merci l'IGN !), je vise 2 cols un peu inquiétants, mais sans
alternative.
Le Papé avait remarqué mon intérêt déraisonnable (?) pour la navigation par satellite. Il avait un bon
copain, prof de math en Maths Spé, dont le frère était ingénieur à l'IGN. Il a donc gentiment organisé
pendant les vacances, un cours spécial avec ce super prof, sur ce thème chez lui à Nîmes. Trop génial ! Et
la relation étant bien établie, j'ai pu obtenir quelques cartes papier (introuvables !) au 1/200 000 de la
région de l'Ennedi que nous voulions parcourir.
J'attaque sous l'œil incrédule du Motocrotte qui est persuadé qu'on le persécute et de son cornac qui garde
la main sur la marche arrière. Je dois aller me cacher 10 min derrière chaque col pour qu'ils suivent.
Mais tout est splendide et ils ne peuvent gâcher mon plaisir de tracer à ma guise dans ce décor. Les montées
se font avec une légère angoisse d'un piège, les descentes avec un ravissement suprême et une extrême
lenteur pour mieux en profiter.
Il est évident que le pique-nique ne se fera pas à
Ba-Chigueri
, comme prévu le matin. Je vise un acacia ombragé et propose mon plan. Le « cher » client est très fatigué, il
a une indigestion de Land Rover et il doit impérativement s'arrêter à 17 h pour téléphoner.
Il ne serait pas prudent de l'emmener à la guelta, où de toute façon, il rayerait sa peinture sous les
arbres.
On va se fixer rendez-vous par exemple aux Chaumières, connues de nous en 1998, où nous promettons d'arriver
coûte que coûte même de nuit contre une après-midi de liberté.
Marché conclu. On part 3 d'un côté, 2 de l'autre.
Instants de recueillement devant l'entrée de la
Vallée de la Panthère
qui a l'air splendide, mais on n'a vraiment pas le temps.
Le lendemain matin, nous explorons à deux l'oued parallèle, à l’ambiance sauvage tant sa végétation est,
par endroits, inextricable. Depuis notre départ, nous sommes intrigués par des traces fraiches
inhabituellement grandes, que nous n'avons jamais vues au Sahara.
Contournant un grand bosquet, Dominique, ma compagne, s'arrête brusquement comme stupéfaite. Un animal à
l'allure de félin, au pelage couleur de grès traverse l'oued à une trentaine de mètres.
Pas un guépard, déjà rencontré à plusieurs reprises au Sahara, mais un individu beaucoup plus massif: une
panthère !
Le vent est pour nous : elle n'a pas senti notre odeur. Je sens dans mon ventre une peur sourde venue du
fond des âges, excité de voir notre arche aux crocodiles complétée d'un fauve !
Je m'arme d'une grosse branche sous l'éclat de rire de Dominique ! Evidemment l’animal a déjà disparu.
Près des véhicules, un vieil homme vivant là depuis une quinzaine d'années nous confirme qu'il y a bien
trois à quatre oki à Bachikėlé, se nourrissant de singes, de gazelles et d'ânes sauvages: il les chasse
quand elles s'approchent un peu trop des jeunes chameaux, mais il n'y a jamais eu d’accident avec
l'homme.
Okl, dans le dictionnaire Toubou de Le Cœur, signifie bien panthère. Mais comme nous l'explique Sergio,
si la panthère en Afrique est un léopard, au pelage tacheté, le genre Panthera intègre aussi l'espèce
lion (Panthera leo). Or l'animal entrevu, que nous avons nommé spontanément panthère, m'a fait penser par
son allure, la couleur de son pelage uni, au puma qui ne vit qu'en Amérique.
Aurions-nous vu alors une jeune lionne, qui évoque l'allure du puma ? Selon Le Berre, Théodore Monod, de
retour de l'Ennedi dans les années soixante, aurait mentionné la rencontre d'un lion. L'impression
d'accéder à un véritable sanctuaire sauvage se confirmera le lendemain matin.
(Daniel Popp - Ennedi, un Éden au Sahara, p.50)
Voir une discussion sur la présence de panthères en Ennedi
On retrouve les arbres morts avant l'oued, zéro trace comme l'autre fois. Un troupeau de vaches bloque le
passage et masque la bifurcation, je m'enfile dans un bras mort et tombe au milieu des singes qui giclent
dans tous les sens.
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Plaques arrière, demi-tour, on reprend la bonne branche. Sous les pandanus, un autochtone nous attend.
Barrière de la langue, on s'entend par signes. Je lui montre que je veux aller plus loin en voiture. Il n'a
pas l'air chaud et je pense alors qu'il ne connaît pas la légende Land Rover.
Je passe. On s'enfile au fond, je reconnais tous les passages comme si j'étais venu hier. On s'installe pour
la douche. L'eau semble plus sale qu'avant. Le Toubou réapparaît au pas de course. Il est fâché. Il ajuste
son poignard à la ceinture, il nous chasse, « Barra ! »
Diable ! Que veut-il ? On lui dit qu'on va s'en aller. Il se calme. Il demande à monter dans le Land pour le
retour. OK.
Je le pose sous ses pandanus et la discussion reprend. Je crois comprendre alors « donne-moi l'argent ! ». On
se concerte. Il répète. OK c'est du racket.
J'essaie 2 000 CFA sans déclencher d'enthousiasme. Je maintiens mon prix et ça passe. Il est d'accord qu'on
retourne au fond, mais le plaisir est gâché, je m'en vais, dépité que les Toubous emploient les méthodes de
mes ancêtres à la Mer de Glace. Et lui est incrédule, on a payé et on n'y va pas ?
D'un apogée à l’autre, nous voici à Bachikělé. Cher Burthe, il faut à nouveau vous rendre hommage, car
c'est la description que vous en avez faite qui avait en partie fortement motivé notre voyage, mais que
diable aviez-vous en tête ce jour-là pour voir autant de phallus dans le paysage ?
Le site, unique au Sahara, est magique. Au pied de barres rocheuses rouge orange superbement découpées,
l'oued bordé de palmiers s'enfonce dans une vallée de plus en plus étroite. Plusieurs filets d'eau au
débit régulier courent sur le lit blanc, au milieu de buttes de sable recouvertes de pelouse vert tendre.
Les aboiements étranges des singes cynocéphales que l'on voit courir sur d'étroites vires, plus haut sur
le rocher, se répondent en écho. Des troupeaux de chèvres font voler la poussière, s'abreuvent aux mares
alimentées par le ruisseau.
Plus loin, trois femmes nous croisent dignement sur leurs ânes surchargés de guerbas qui ballottent. Au
fond de l'oued qui se resserre, l'eau coule de plus en plus abondante. Ce ruisseau alimenté par une
source pérenne à fort débit recrée les conditions de l'époque où les oueds coulaient en permanence grâce
aux pluies régulières.
Sur les rives, une véritable forêt galerie gale de type soudanien ! Entre Adina et Ficus surgissent de
somptueuses Rauvolfia, espèce soudano-guinéenne tout droit surgie de l'ère tropicale humide. Leurs
racines énormes, presque monstrueuses, s'agrippent accrochées comme des serres aux murs de la gorge.
Dénudées par les crues, elles forment d'étonnantes sculptures végétales, des bonsaïs indomptés.
Étrange paradoxe, l’eau qui donne la vie à ces arbres miraculés, un jour les emportera. La marque du
niveau de l'eau sur la paroi à plus de 3 mètres du sol, les énormes troncs d'arbres morts fracassés,
leurs branches enchevêtrées, prouvent des crues dantesques.
Au bout du défilé, elle paraît nous attendre : une merveilleuse guelta remplissant l'arrière de la gorge
dont le fond est recouvert de roseaux des phragmites au plumet blanc ondulant sous le vent.
À cet instant, sa surface irisée sous la lumière si douce, semble inspirer à l'oued tout entier une
indicible prière.
(Daniel Popp - Ennedi, un Éden au Sahara, p.50)
Voir aussi la description de ce lieu (qu'il nomme Béskéré) du Lt Colonel de Burthe d'Annelet
Ou l'ascension sur les bords du canyon de Bachikélé par Daniel Popp
"
On sort de la guelta vers l'arche en forme de lyre. Photos. On longe alors tout le massif de
Djoula
et ses dentelles. Décors superbes. Des wadis touffus partent à l'est. La carte a l'air juste. Toutes les
passes prévues sont là.
L'
Oued Djoula
nous invite, Christian D. voudrait tout faire. Il n'a pas idée de l'ampleur du sujet. On Continue plein
nord. On trouve des traces de pneus sable toutes fraîches. Bizarrement, elles sautent les dunes comme les
touristes, puis on retrouve celles du Motocrotte et son cornac qui frôlent l'
Oued Chégéla
.
On les suit dès lors pour découvrir nos collègues guère plus loin au bivouac, planqués dans la falaise.
J'arrive au coucher du soleil et je passe par le sommet de la dune pour la séquence vidéo. Puthod hurle de
se planquer, il y a des ennemis partout. Je finis ma séquence tranquille, je sais que ces ennemis-là
n'attaquent que Puthod, je suis à l'abri.
Le bivouac est beau. Évidemment il n'est pas à l'endroit convenu, comme d'hab avec Puthod, mais basta. Belle
soirée. Le Motocrotte n'a pas voulu rentrer dans la cachette, il éclaire la plaine de sa belle couleur jaune
– et sans faire hurler Puthod ?.
Justement, Puthod a crevé peu après notre séparation et ils ont perdu du temps, puis sont venus ici
directement car les chaumières semblent habitées. Il est fort, il a vu ça 20 km à l'avance.
Je vais l'aider à tripoter ses pneus. Ce soir, on découvre que les pneus tubeless sont montés avec leurs
étiquettes et des chambres (de 7.50 maintenant). Quand on roule dégonflé, les étiquettes bouffent la
chambre. Il faut tout enlever avant le désastre. Puthod devient carrément dangereux avec son matos de merde.
Mercredi 31 octobre
Départ splendide. L'
Oued Toli
nous appelle. Grande dunes fixées couvertes de pailles et de cram. Falaises chocolat et caramel à
contre-jour. Quelques chameaux, quelques nomades lentement affairés. On erre d'une bosse à l'autre,
éberlués.
On s'engage dans l'
Oued Sini
qui avait attiré mon attention lors de la lecture d'un article du fondateur de Club Aventure. De petites
caravanes passent. Il y a beaucoup de bois mort et Puthod est stressé pour ses pneus. On reste scotché à la
rive sud. Tout est beau, surtout la lumière. Une guelta se dénonce derrière une dune par les traces
d'animaux.
Voir le récit de la traversée Kettara - Sini par Daniel Popp
On se gare et on ferme les voitures. Petites fleurs genre fuchsias dans la montée. La guelta est sèche, mais
les chèvres nous emmènent voir le soleil jouer avec les ombres. À la descente, on retrouve Marylène restée
seule. Elle nous montre un type inquiétant.
À l'approche, il quitte ses lunettes dorées, dégage son poignard et nous dit « donne-moi l'argent ». On tente
de lui dire qu'il n'y en a plus, mais le ton monte assez vite.
Nous sommes chacun vers nos voitures et il s'occupe d'abord de Christian D. : 5 000 CFA (7,62 €). Je retourne
le Land dans le sens de la fuite et ça l'énerve. Impossible de se barrer seul en laissant les autres dans la
merde.
Je descends de la voiture pour rester plus manœuvrant à l'extérieur. Pascal qui n'a pas eu ce réflexe se
voit agrippé par la fenêtre avec le poignard dégainé : re 5 000 CFA. J'ai pu préparer 2 billets de 2 000
dans l'autre poche. Je lui en propose un. Ça ne suffit pas. Je sors l'autre à la troisième semonce, le
poignard est brandi, bras levé.
Ma sortie de voiture l'a apeuré, Il est à 2 m aussi inquiet que moi. Mais déterminé. Il n'a toujours pas
assez. Je raffermis la voix et le fixe dans les yeux et à chaque demande, je dis NON ! Il finit par prendre
les billets bras tendu sans s'approcher. J'attends qu'il s'en aille avant de bouger. Ok fin d'alerte pour
cette fois.
Voir le récit d'une agression contre Daniel Popp, même lieu, même époque, et sans doute, mêmes bandits
…
Le Motocrotte et son cornac reviennent et disent que le fond est bouché. Nous avons pris l'
Oued Tunisi
au sud, l'
Oued Sini
se développe plus au nord. 2 ratages d'un coup, c'est dur.
Colombo mis au courant du racket, nous explique que lui aurait payé, puis tué le type. Ouaouh ! Ça donne des
forces de conduire un Motocrotte.
Pascal est intrigué, car il a nettement vu le gars se gratter les couilles avant de passer à l'acte, moi
aussi d'ailleurs (je l'ai vu, je ne me suis pas gratté…). Il pense que c'est pour se donner du courage. La
prochaine fois, promis, j'essaie de me gratter avant.
Christian D, le premier à payer, regrette et trouve qu'à 3 on aurait dû lui faire la peau ! Dommage que
l'idée soit tardive. Moi, je me rappelle bien m'être situé dans le cul-de-sac de l'oued, sans savoir s'il
avait des amis à l'entrée. On sort promptement de l'oued, en passant à côté de « notre bienfaiteur ». Personne
ne l'a écrasé.
Dans la plaine tout va un peu mieux. Puthod me renvoie devant pour la
Grande Arche
, il ne sait plus par où passer. Je la vise direct, mais à 2 km des cailloux, je repère une caravane qui se
déroute pour nous, avec 2 types détachés.
Conciliabules, Tentative d'évitement, Les ennemis nous ciblent. Puthod les contournent à distance. 1 piéton
se détache encore vers nous malgré la distance. Aux jumelles, il semble y avoir 1 européen.
Le type approche lentement. C'est un guide qui trimballe 2 frères Suisses photographes pour 3 mois. Puthod y
va, suivi peu après par Christian D. sans Marylène, puis Colombo. Ils expliquent notre récente aventure et
se font répondre qu'avec un guide local, il n'y a aucun problème. Pas de pot, le nôtre n'est pas local.
Auparavant, entre Demi et Fada, le voyage avait été riche en découvertes. Déjà, une rencontre inattendue
en plein désert: N'Gaye notre guide et les jumeaux. Deux voyageurs suisses amoureux du Sahara tchadien
dont je suis au fil des ans les aventures recoupant un peu les nôtres, du Tibesti à l'Ennedi.
Ils viennent de faire une magnifique découverte une gravure de bubale. Le préhistorien Henri Lhote, dans
son classement chronologique des rupestres du tassili N'Ajjer, a donné le nom de cette grande antilope
disparue aujourd'hui (Bubalus antiquus) à sa période la plus ancienne, 5 à 6 000 ans avant notre ère,
dite aussi des chasseurs, caractérisée par la grande faune éthiopienne non domestiquée.
Aucun bubale n'a été Identifié dans l'Ennedi jusqu'alors. Pas avares de leurs découvertes, vraiment
chaleureux, les jumeaux nous donnent les coordonnées GPS du site dans le tassili d'Anoa sur notre route.
Nous convenons de nous retrouver quelques jours plus tard dans l'oued Nohi, au campement d'Abangaye.
(Daniel Popp - Ennedi, un Éden au Sahara, p.54)
La
Grande Arche
est toujours aussi belle, je complète ma collec' de photos et on repart. Puthod est parti devant sans savoir
où se trouve l'entrée de l'
Oued Aléka
. Il disparaît.
Je contourne le contrefort du massif et l'attend. Je sais faire comme lui et attendre qu'il revienne sur la
trace.
Il arrive en peu de temps et me laisse devant. L'entrée de l'oued est évidente. J'avance lentement pour
savourer. Puthod m'a dit son scepticisme sur ce parcours et reste à bonne distance.
Évidemment, c'est un projet à moi et pas à lui : En 1998, nous avons cherché cette arche par le nord et
sommes restés coincés avant de la trouver par le sud. L'idée est de joindre le point nord 98 par le
Mont Aléba
.
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Les bords de l'oued montent très vite et enlèvent toute alternative. La photo satellite montrait nettement
une forme de « Z » qui se révèle. Le trou dans la muraille droite se découvre au dernier moment. Délicieuse
inquiétude. La branche médiane du Z semble fermée par une formidable moraine.
Le Motocrotte et son cornac sont arrêtés au premier virage, attendant le retour piteux des néophytes. Le
bord sud-est lisse, et j'avance d'un coup jusqu'à entrevoir la branche supérieure du « Z », je vois même 2
gosses qui en sortent, tiens, ça circule ?
Arrêt pique-nique. Puthod vient aux nouvelles et ouvre une boite avec nous. Il attendra ici que je klaxonne
si c'est bon et il klaxonnera son client. Je repars enthousiaste. L'oued n'est pas large, mais roulant, la
pente encore douce. Pascal me suit de près et partage la même émotion.
Nous arrivons dans un dédale. Il y a bien une pente forte à droite, mais bien qu'étroite la passe devant a
l'air meilleure. Pas de chance, c'est fermé. Allons voir cette pente. À pied, ça passe, en haut ça s'ouvre,
mais ça monte. En Land ça passe aussi.
Les 2 sœurs blanches (les Lands…) se retrouvent dans un amphithéâtre bordé d'arches. Je reconnais celle vue
avec le Papé il y a 3 ans depuis en haut.
Première tentative à gauche, un défilé s'annonce prometteur, mais finalement trop étroit même sans les
rétros. Je le parcours à pied avec Pascal et on reconnaît tous les 2 les 2 lames de pierres caractéristiques
du coin, vues il y a 3 ans. Dommage, il manque 50 cm de large et c'était bon.
Je redescends et tente à droite. C'est plus raide et je finis dans une montée impossible. Il manque 10 m. À
pied, c'était fini aussi, le GPS donne 350 m sur le point d'il y a 3 ans. Il y a dans la montée de jolies
arches finement ciselées splendides : les
dentelles d'Aloba
. Je redescends au fond de l'amphithéâtre, vaincu mais comblé.
Pascal me dira plus tard que Corinne s'est étonnée qu'on n'essaye pas un passage plus cool au centre, mais
je n'ai rien vu. La photo, re-analysée après laisse croire à cette hypothèse.
J'étais trop limité en temps à cause de l'attitude des 2 trainards, ils m'ont permis de rater une occasion.
Il faudra un troisième voyage pour savoir.
Le Hilux a enfin pu monter la bosse après dégonflage, Puthod est même venu aux nouvelles et Colombo monte
aussi. On les envoie aux bons coins, pendant que je redescends à l'ombre.
Après avoir dénigré mon idée, Puthod me demande mes points d'il y a 3 ans . Il a déjà oublié toutes ses
critiques sur mon choix d'itinéraire. Il fera aussitôt le parcours à la descente, avec Momo et Nicole qui me
l'ont raconté, en revendiquant sans vergogne cette trouvaille.
Retour en fin d'après-midi, avec une belle lumière (me répèté-je ?). Je passe le point de l'
Arc de triomphe
pour le bivouac à Puthod qui voit son "cher" client trépigner à l'heure du téléphone. On se reverra là-bas.
Jeudi 1 novembre
Départ plein d'ardeur, au début, sur la trace 98. Nous cherchons à traverser
Baména
depuis le sud alors que nous l'avons effleuré en 98. Tout le massif est bordé d'une dune herbue, mais
impressionnante. Je tente de suivre mon projet nord, mais c'est trop direct, il faut composer.
J'aperçois un véhicule sur la trace et pour couper court à toute rencontre, je monte plein nord. Peine
perdue, ça ne passe pas, la dune est ravinée et le véhicule n'est qu'une épave.
Je suis en dévers sur la dune et j'y reste. Je finis par arriver en haut. Très beau spectacle, la dune
s'écroule au nord, plusieurs vallées s'ouvrent. Je me déporte plein est sur la coupe de la dune, mais
impossible de voir une sortie. Je descends à pied avec Pascal au cas où la remontée serait possible, mais
non. Il faut contourner. Un p'tit coup de PC et le tour est joué.
⏯️
On se retrouve pile au bout de la vallée vue tout à l'heure depuis la dune. Il faut la descendre la
prochaine fois. Je choisis le passage en face de moi, mais il est bien mou. On hésite avec Pascal, car les
autres ne sont pas très chauds.
Je contourne un massif pendant que Pascal va reconnaître devant. C'est bien meilleur dans l'axe, mais
impossible de faire signe aux autres qui regardent ailleurs. Puthod disparaît à l'ouest, suivit du
Motocrotte. Je redescends jusqu'au village et je remonte furieux pour continuer sans eux.
Ils nous rattrapent mystérieusement. Le décor monte, splendide. Grande pampa au début, avec acacias et herbe
blonde. Des recoins partout, puis lentement, mais sûrement, le défilé se referme, pire il se dissimule.
On visite avec lenteur. Tout le monde participe cette fois. L'axe GPS est parfait. Une première porte
s'ouvre, majestueuse. Les chambres latérales se rétrécissent. La deuxième porte est barrée par un tas de
gravats, bigre faut-il faire du trial ?
Pas du tout. Il y a juste ce qu'il faut pour passer. De plus on a la sensation d'un col et on aperçoit au
loin, pile dans l'axe, le casque à pointe de
Cher
qu'on voit de partout autour d'
Archéï
. Ça passe ! Hourra !
Dès la première occase, je tire à gauche, par un tout petit trou et trouve une vallée parallèle. Pascal et
Christian D suivent. C'est tellement encaissé que nous sommes à l'ombre malgré l'heure. On descend lentement
jusqu'à la grand'place de 98. Et on attend les 2 autres.
On localise le Motocrotte qui dépasse de la végétation. Rien ne bouge. Longtemps. Pascal part aux nouvelles.
Puthod s'est planté, profond. Catherine s'essouffle et les Colombo pérorent les mains dans les poches.
Pascal s'y met. Les Colombo ne bougent toujours pas.
Sortie inquiétante. Beaucoup plus compliquée que dans ma mémoire, mais nous étions peut-être passés par la
branche ouest.
L'
Oued Chilio
dans lequel nous déboulons est dévasté. Il a dû couler fort il y a peu. Beaucoup d'argile.
Je traverse droit sur
Kechéli
. Échec total du projet, je bute dans une falaise de 20 m, à l'endroit de la piste dessinée. C'est une
cascade réservée aux hélicoptères. Ma belle carte IGN a encore des lacunes…
Peut-être à l'est, mais je n'y vais pas. On prend l'ouest pour rejoindre la grande dune qui nous sépare des
3 djembés. Il est midi, on cherche de l'ombre pour le pique-nique, La falaise ouest est parfaite.
La dune se monte bien à l'est. On retrouve une nouvelle fois les traces fraîches de pneu sable. Au sommet je
repasse devant à la recherche du point d'eau de
Kéchéli
. Sable puis caillasse, j'aboutis sur une belle trace ancienne, pas loin d'une falaise, une belle dépression
abrite de nombreux arbres, dont une touffe… Rien. Abandon.
J'avais naïvement tracé une arrivée sur les djembés par le nord, d'après le souvenir d'une pente de sable à
cet endroit. Impossible. Une forêt de djembés nous barre le passage. C'est l'autre extrémité du fameux
Labyrinthe d'Oyo
fait à pied plus tard en 2011. Retour par la dune sud.
Le hasard nous pose juste à l'ouest des 3 djembés. La pente est extrême, on a perdu l'habitude. En plus le
sable, couvert d'herbe a l'air dur… Je mets les courtes et tout va bien, mais tout le monde est
impressionné.
Le Motocrotte refuse l'obstacle et part pour une longue errance sur la dune. Je retrouve les traces de
descente des pneus sable juste là où Puthod était monté en 98.
Je remonte pour faire signe à Colombo. Dédain. Il refuse manifestement de suivre un Land, persuadé qu'on ne
joue pas dans la même catégorie. Il prendra ma trace quand même avec 1/2 heure de retard, mais après avoir
constaté qu'il n'avait pas d'autre solution.
On trouve 5 voitures locales. C'est un groupe d'Allemands pilotés par une agence Italienne de
N'Djaména
(Spazi d'Aventura avec qui je suis revenu en 2011).
Un Italien francophone et plusieurs Toubous. On discute itinéraires, ils nous disent payer à
Archéï
et sur d'autres sites, que
Faya
a été miné, mais que tout est cool…
Ils partent en balade à pied au fond du labyrinthe : je m'en veux de n'avoir pas visité ce coin dont j'ai vu
maintenant plusieurs vidéos. Il faudra que j'aille voir de quoi il s'agit au troisième passage.
On voulait coucher ici, mais on laisse la place aux premiers arrivants.
On se dirige vers
Manda Guéli
dont j'ai trouvé les coordonnées dans le guide du Petit Futé. Arrivée émouvante par un soleil couchant, au
mètre près.
Martine garde le Petit Futé en mains pour trouver l'entrée de la grotte. Pascal lance son Land contre la
falaise et on part de sa galerie pour l'escalade. Très belles peintures, lumière incroyable. La grotte d'à
côté est plus facile d'accès, et très belle aussi.
Manda Guéli abrite un ensemble de plusieurs abris sous roche et parois rocheuses ornées de nombreuses
peintures et gravures rupestres. Comme d'autres sites de l'Ennedi (Archéï, Chéïré), les œuvres de Manda
Guéli témoignent de la richesse culturelle et de l'histoire des populations qui ont occupé le Sahara à
différentes périodes, du Néolithique aux époques plus récentes.
On y retrouve des représentations de la faune sauvage (girafes, éléphants, autruches, antilopes, etc.), mais
aussi et surtout des scènes pastorales avec des troupeaux de bovins très détaillés, variés en taille et en
couleur. Des figures humaines, souvent en mouvement ou en danse et des scènes de vie quotidienne sont
également fréquentes.
Les peintures sont réalisées avec des ocres de différentes teintes (rouge, jaune, brun), du blanc et du noir
et présentent une diversité de styles reflétant les évolutions artistiques au fil des millénaires.
Le site de Manda Guéli est également caractérisé par des paysages de grès spectaculaires, sculptés par
l'érosion en arches naturelles, des colonnes, des abris profonds et des dédales rocheux. Ces formations
offrent un cadre naturel grandiose aux œuvres rupestres.
Manda Guéli est un site essentiel pour les archéologues qui étudient les sociétés préhistoriques sahariennes
et l'histoire de la domestication animale en Afrique. C'est aussi une destination prisée par les expéditions
qui explorent l'Ennedi, offrant une expérience immersive dans l'art et les paysages désertiques.
La présence de représentations d'animaux comme les girafes ou les éléphants à Manda Guéli (qui ne vivent
plus dans le désert actuel) confirme, à l'instar d'autres sites de l'Ennedi, que la région était autrefois
beaucoup plus humide et propice à une faune et une flore luxuriantes.
On se trouve un bivouac pas loin, au creux d'une grande falaise qui pourrait bien être à la fois
Cher
de la carte et le casque à pointe de la zone. Puthod se fait encore une roue ! On découvre le miracle chez
Christian D. : sa modif' de suspensions kangourou lui a cassé les attaches de la benne : elle fout le camp.
Il l'attache avec des sangles à cliquets transformant le Hilux en une espèce de
sac à dos
.
⏯️
Vendredi 2 novembre
Hier soir, 2 enfants sont passés chercher des cadeaux. Lucia donne un jeans et Christian D'un t-shirt Kodak.
Le matin au départ, on découvre un âne avec un cavalier de 8 ans habillé bizarre. Le t-shirt Kodak fait
sensation, provoquant l'extase du cavalier, et le bonheur des photographes.
Dans la remontée vers
Archéï
, on retrouve les Allemands qui vont passer par le haut.
Très belle arrivée sur la guelta. L'allée d'acacias blancs est sous le spot, la lumière est crue, mais
belle. La guelta est calme, un troupeau entier est au fond dans les 2 mares. On se positionne sur les
rochers du fond et 2 chameliers arrivent, vindicatifs. Ils nous chassent, menaçant Puthod de leurs bâtons.
Ils viennent vers nous, aussi mauvais.
Dans la gorge parfaitement silencieuse, est venu de l'aval à un bon kilomètre, un bruit étrange, jamais
entendu.
Comme un son qui enfle, amplifié à la démesure du lieu. Une plainte rauque suggérant un appel, suivie
d'une autre, puis de beaucoup d'autres, comme une étrange polyphonie.
Dans cette énorme caisse de résonance, la rumeur parcourt toute la gorge, se répond à elle-même, se cogne
sur les murailles. Ce ne sont plus des enclumes, mais des peaux de tambours géants rythmant un chant de
Cyclopes !
Quelques chèvres arrivent au bord de l'eau, suivies de deux jeunes femmes avec quelques ânes. La rumeur
se rapproche comme une vague irrésistible.
Sans crier gare, les chameaux assoiffés déboulent un par un au galop. Puis dix, cinquante, cent, deux
cents, volant, pareils à ceux des fresques. Ils se pressent et pataugent jusqu'en haut des cuisses, dans
un fracas d'eau, de blatèrements joyeux et de lippes goulues.
À ce tintamarre primitif répond la subtile harmonie chromatique des reflets bleus, rouges et marron
chatoyant sur l'eau brassée. Le soleil baigne enfin la gorge.
Alors que nous n'y croyons plus, les crocodiles entrent en scène !
Un premier, puis un deuxième flottent sur l'onde puis rampent sur le sable et semblent s'assoupir près de
la végétation.
(Daniel Popp - Ennedi, un Éden au Sahara, p.40-41)
Voir aussi la description ancienne du Lt Colonel de Burthe d'Annelet
La descente de notre perchoir commence. Quand vient le tour de Corinne, elle hésite apeurée, pas très loin
des larmes et fait fondre les 2 olibrius que l'on sent pleins de remords. Le dialogue s'installe. Polaroïd
contre lait de chamelle caillé aux mouches.
Je n'ai jamais fait pareil effort pour avaler quelque chose ! 2 tours pour Christian D. Ils insistent pour
que je sois sur leur photo. On se quitte presque à regret, mais une fois de plus, le Motocrotte et son
cornac ne sont pas à l'unisson, ils ont disparu. Pas d'histoires d'argent pour cette fois.
Direction
Tokou
. Les 2 zèbres sont devant. Je me détourne de quelques km pour approcher un gros truc genre porte au milieu
de la plaine. Photo = retard.
Le
puits de Tokou
est en pleine lumière, dans un très beau cirque. Quelques caravanes, gens sympas. Le puits est propre, la
toilette va être bonne. Puthod sort son seau, mais a perdu sa corde…
On rafistole 3 bouts. Comble du ridicule, Colombo a préparé 3 bouteilles à remplir sans seau ni corde et
c'est moi qui amène le matos : il va être obligé de me parler. On se dispute pour tenter de gagner le
concours d'amabilités, à moins que ce ne soit celui du meilleur faux cul…
Suite à la
grotte de la vache géante
. La plaine se traverse sans obstacle, la grotte est à l'envers d'un massif, mais au rendez-vous. Nombreuses
peintures, mais nettement moins bonnes qu'à
Manda Guéli
.
Très belle
fresque des cavaliers volants
à l'entrée. Beaucoup de grottes alentours. Un Jeune vend des pierres polies, grossières. Le pique-nique se
fait séparés. Colombo part dans un coin, Puthod dans un autre.
Visite d'un copain du vendeur de pierres sur son chameau pour un polaroïd que j'exécute illico. Quand on se
regroupe, des femmes sont là et tentent de vendre quelques objets.
On n'arrive pas à tarifer un bijou en pierre caramel roux (agate ?), en pointe, avec un coquillage. J'en
achète une brisure pour 2 000 CFA, puis j'achète un super bâton de berger pour 2 000 CFA (non pas le
saucisson !). Mes billets de 2 000 sont neufs, est-ce la raison de leur succès ?
On contourne
Terkeï
par le sud, avec de nouveau une très belle lumière (suis-je halluciné ?). Jolies dentelles, certaines déjà
vues en 98.
On cherche la
grotte des hommes aux grosses têtes
. Le point du Petit Futé donne l'épave de camion, avec son stock d'orgues de Staline. La grotte est
introuvable. Peu après, on s'enfile au GPS dans la
grande trouée de Terkeï
sans s'en rendre compte. Très belle entrée par une arche à côté d'un arbre. Lumière splendide. On se trouve
dans une vraie salle de musée à ciel ouvert : au moins 1 000 peintures…
⏯️
On arrive à l'extrémité ouest de
Terkeï
. Des traces montrent un raccourci barré par une petite marche. Les Lands se précipitent, les Toys reculent,
incrédules. Il faut attendre 10 min pour qu'ils viennent voir.
On longe le massif plein nord, puis on oblique vers
Déli
, dans un terrain mixte sable cailloux. Je n'ose pas traverser
Déli
depuis l'est, de peur d'être coincé et contraint au recul. Je contourne largement par le sud, mais à tort.
On trouve une grande caravane qui sort de
Déli
, on se précipite. Frénésie de découverte, le point Futé de la
guelta de Déli
est dans le vide. Je prends un point IGN aussi creux.
Christian D. verra un gamin avec de l'eau à cet endroit, mais n'a pas demandé d'où elle venait : s'est-il
aperçu qu'on cherchait une guelta ? On n'a rien trouvé.
Cafouillage final. Colombo a réclamé son bivouac de bonne heure, Puthod a posté Christian D. en vigie pour
intercepter les Lands à leur sortie, puis est reparti chercher la guelta seul.
Le coucher de soleil a happé notre photographe et me voilà à jouer les indiens au crépuscule. J'ai retrouvé
les traces de Puthod et les suis à 10 km/h, je lui tombe dessus, il m'emmène au bivouac. Engueulade entre
les 2 Christian qui se rejettent la mission d'attendre…
Samedi 3 novembre
⏯️
⏯️
On doit quitter l'
Ennedi
aujourd'hui, après seulement 4 jours de visite, les vicissitudes du parcours nous ont mangé tout le temps.
La mort est dans toutes les âmes, sauf celle de Colombo qui a dit que ce voyage était merdeux et qui veut
rentrer.
Je me retranche en fond de caravane et j'attends. Les zigzags de Puthod sont moins drôles à la fin qu'au
début. Il termine quasiment plein est, excédé de ne pas trouver la piste là où l'IGN l'a dessinée.
Djourab
, mous de chez hyper… Le Hilux s'en fait bouillir la cafetière. Christian remplit le vase d'expansion, puis
sur mon conseil le remet comme avant.
Puits de Yogoum
. Beaucoup de monde. Quelques étudiants de
N'Djaména
qui ont visité
Ounianga
pendant les vacances, des chameliers, des camionneurs.
Puthod regonfle, puis sort de la piste. Plantages. Pour éviter la panne sèche, ravito gasoil au soleil
couchant, aidé par le vent, il asperge de gasoil son bel habit propre de ce matin. Conférence au crépuscule
pour coucher sur place, ou derrière les rochers d'il y a 3 ans. Va pour les rochers, en pleine nuit.