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Dimanche 4 novembre
Arrivée à
Faya
de bonne heure. Le barrage d'entrée est impressionné par la signature du ministre. Le préfet aussi. Les
formalités seront faites malgré le dimanche.
À cause de notre mauvaise expérience d'il y a 3 ans, je refuse d'aller au marché pour faire les pleins.
Puthod part avec le commissaire pour négocier du gasoil. Il fait apporter 7 fûts devant la préfecture.
Idéal. Je fais pompiste avec ma super pompe 12V.
Le tuyau lâche 2 fois. La première, il inonde un Toubou en rose nacre et la deuxième est pour Colombo… toute
la palette sociale est à la même enseigne. 1 923 km depuis
N'Djaména
240 L, soit une conso de 12,5 L/100.
Rouspétance d'un "officiel" qui exhibe une lettre de
N'Djaména
lui donnant le monopole de la vente de gasoil aux touristes. Heureusement que c'est le commissaire qui a
choisi son concurrent.
Christian D. fait réparer 2 roues au marché, puis revient lorsqu'il n'y a plus de gasoil pour lui. Puthod
tente de m'envoyer au marché pour les 2 derniers fûts. Pas question. Engueulade entre les 2 Christian.
Christian D. se commande 2 fûts de plus et on attend en admirant les vendeurs de souvenirs installés dans la
cour de la préfecture.
Scorpion d'argent (?) Bijou pointu (agate), bracelet de
pierres de Zouma
. Grosse discussion avec le vendeur sur
Zouma
que nous connaissons tous les 2.
Christian D. a vu 3 trous de mines dans une rue en ville, avec la carcasse de voiture à côté. Les militaires
français sont effrayés de nous voir et disent que tout est miné, qu'ils ne sortent plus sans une voiture
locale devant. Les mines sont posées la nuit.
Sueurs froides pour ce matin, 12 km de
Faya
. Nous devions partir sur
Zouar
, on change de stratégie. Le but est de rejoindre le
Kawar
par le
Grand Erg de Bilma
.
L'orientation des dunes NE/SW nous pousse à faire du nord avant d'y entrer. On évitera la
falaise d'Angamma
par le nord, mais sans prendre la piste de
Zouar
jugée trop dangereuse, notamment par les Colombo
qui y ont sauté sur une mine,
perdant leur camion.
On reprend la piste de ce matin plein est avec l'intention de contourner
Faya
par une large boucle sud hors-piste.
Puthod prévient seulement Catherine et lui laisse le choix de quitter son véhicule, puisqu'il passe en tête.
Mais sans alternative, elle reste.
Colombo qui est censé suivre Puthod ne le voit pas quitter la piste et se perd. Il revient chercher tout le
monde en gueulant. Pique-nique derrière une dune et hors-piste.
La plaine est limitée à l'ouest par des creux rocheux, on contourne le tout par le sud et on finit par
tomber sur la piste de
Koro-Toro
, qu'on suit un moment. L'axe n'est pas bon, on repart hors-piste plein ouest.
⏯️
Au milieu de rien une caravane se détache. On la frôle pour voir mais personne ne s'approche. Ils sont
nombreux et ont déjà baraqué en fin d'après-midi. Je me souviens du ravissement des caravaniers devant le
sucre en morceaux lors du thé traditionnel en fin de journée.
Je me lance. Je me gare à 100 m des chameaux pour ne pas les affoler, je fouille mon barda et attrape 1 kg
de sucre en morceaux. Je m'approche lentement. Stupéfaction des chameliers qui se regroupent pour voir.
Je présente mon paquet dans un silence terrible. Incompréhension. Je déchire délicatement le couvercle et
montre. Une clameur démarre : « Sugar ! » Les yeux s'allument, j'en choisis une paire au hasard, je donne le
paquet et recule avec les salamalecs de circonstance.
Le même pas lent me reconduit au Land, je range mon barda, je démarre. Personne n'a bougé. Je ne sais pas
s'ils n'ont pas été changés en statues de sel.
Martine me désensable le lecteur CD. Je choisis Vivaldi Opus VIII sous la direction de Claudio Scimone,
évidemment à tue-tête. On arrive au bivouac avant la fin du concert, dommage !
Je me gare et laisse l'artiste conclure sous les applaudissements enregistrés. J'en ai la chair de poule. À
ma descente de voiture, je sens mes camarades pleins de ces attentions délicates, mais distantes, un peu
comme le font les infirmiers psychiatriques…
Lundi 5 novembre
Départ nord-est. Jolie plaine, herbe tendre, chameau au pâturage, piste. Les balises sont superbes, deux
tôles croisées peintes sur piquet soudé. En plus elle va où nous allons.
Puis soudain, sur fond noir, une inscription «
Zouar
350 ». Ça y est. Nous avons tourné autour de
Faya
et sommes retombés sur la piste que nous voulions éviter.
Tôle ondulée, bosses, trous, cailloux, on s'enfonce lentement mais sûrement dans le
Tibesti
. Puthod qui a déjà imaginé notre réaction, nous la fait sans halte, ça évite les discussions vaseuses.
Après 60 km arrêt pique-nique. Lucia explose la première, elle a très peur des mines. J'en rajoute une
couche en demandant si on reste au bord de la piste en attendant que passent quelques sauvages. Puthod
dégage de mauvais poil. Cette piste est magnifique, il l'a parcourue 3 fois, il n'a jamais vu de méchants
ici, on exagère.
Difficile d'être en phase avec les méchants de Puthod et les nôtres. Nous ne sommes qu'à 7 km du
Rond-point de Gaulle
, où il voulait passer.
Hors piste pour tout le monde ! Quelques zigzags nous ramènent dans de grandes plaines lisses à part
quelques rochers faciles à contourner. L'après-midi se passe lentement. Je ne sais plus où me mettre pour
éviter la poussière du Motocrotte qui se colle en deuxième.
Je me mets à côté, sur son vent et l'enfume dès que les obstacles me rapprochent de la trace. Il lutte mais
son besoin de trace devant lui est le plus fort. Je sens qu'à la première faute, il me touchera sans
hésiter.
Bivouac avant
Aragoua
,
frontière du Niger
à 70 km devant. Martine se fait siffler par un serpent dans les rochers voisins.
Mardi 6 novembre
⏯️
On remonte nord au max avant de s'engager dans les couloirs du
Grand Erg de Bilma
, pour atterrir sans peine sur
Zoo Baba
. Un peu de chahut dans la manœuvre, la tôle ondulée alterne avec les mous, mais on choisit encore
facilement l'itinéraire.
Puis on dégonfle et on plonge. Nous avons quelques cordons à sauter à l'ouest. Ces sauts sont faciles au
début, mais peuvent se compliquer par l'épaisseur des cordons.
Puthod se plante quelques fois avant de passer la main. Je pars devant et tombe rapidement sur un superbe
plateau, fin et régulier. Je me plante peu après et Pascal prend la relève. Je cherche plus activement et
sort finalement 5 plateaux dont 3 arriveront à Villard.
L'Erg se structure rapidement. Il n'est pas méchant, seulement imprévisible et mou. Pascal, sur ordre, saute
les cordons. Colombo a rapidement du mal à suivre.
Je le retrouve au fond d'un trou dans lequel il aurait dû rester au bord. Il s'en tire par le bout des
cheveux. Il fera la remarque qu'il a payé un guide pour la trace et que celle des autres ne convient pas.
Le cornac, rappelé à l'ordre, reprend sa place de proximité et lui explique malicieusement que oui ce n'est
pas lui qui trace, mais il passe devant le Motocrotte et exerce toute son expérience de traceur pour valider
la trace des Lands : qu'il se rassure, si la trace n'est pas bonne, il en sera prévenu à temps.
⏯️
À midi, Pascal choisit le pique-nique. Depuis quelques jours les 2 Land se sont empiffrés de poussière et
les portes arrière sont devenues capricieuses. Chacun a sa méthode pour l'ouvrir. Mais là la porte de Pascal
s'obstine. Rien n'y fera et il attrapera ses boîtes par l'intérieur. J'ai même fini par tout tordre avec mon
bâton de berger.
Ce matin au départ Colombo a vu un morceau de bois planté dans son pneu avant. Crime. Il l'enlève et
constate qu'il perd 500 g par heure. Il faut changer le pneu. Il prend sa décision dans l'après-midi et
demande à Puthod un bivouac de bonne heure. Sitôt dit, sitôt fait.
Chacun s'affaire, je trie nos plateaux, Martine les arrange pour la photo du lendemain, Pascal démonte sa
serrure et la remplace par une sangle, je souffle la mienne au compresseur. Colombo essaie de changer de
roue.
Puthod, qui aidait Colombo, vient nous voir et demande un peu d'aide pour le Motocrotte car ils n'y arrivent
pas à 2. Évidemment, comme il n'a jamais aidé personne, les quolibets vont bon train :
« Il n'y arrive vraiment pas tout seul ? »
« Il ne veut pas venir demander lui-même ? »
On y va quand même et on lui remonte sa roue qu'il ne pouvait pas soulever. Il passe de méprisant à
obséquieux.
Mercredi 7 novembre
Départ pour
Zoo Baba
120 km sans problème, à 100 km/h. On avait fini de rattraper les cordons manquants hier soir, donc schuss
jusqu'au
Kawar
.
Arrivée en douceur sur un petit col. Pause bonheur. Arrivée au puits, « donne-moi cadeau », shampoing, commerce.
Un jeune instituteur vient d'arriver 1 semaine avant. Visite de l'école. Je trimbale 2 femmes avec leur
smala, dans une joyeuse bonne humeur. Le pique-nique s'installe à l'écart des mouches et des « donne-moi
cadeau ».
Au boulot. L'erg du même nom à l'ouest est plus contraignant, surtout après avoir pris un cap nord. Puthod
se plante et se replante. Il passe la main et je me plante et me replante. Pascal prend la suite et fonce
dans un entonnoir.
Je descends le calmer, ce qui n'est pas une mince affaire : il grimpe aux murs. On choisit un retour
arrière, avec un chemin de plaques de 50 m avec Corinne comme partenaire. Arrivé sur la croupe, Pascal
piaffe encore. Je finis la reconnaissance en courant. Il me double quand même et se paye un saut de 6 m sur
une marche d'escalier. Il est sorti, mais le Land va se mettre à faire un bruit de pompe.
Jeudi 8 novembre
J'avais réussi à écarter la trace de 40 km à l'ouest. Puthod nous ramène vers le
Kawar
. En croisant la piste de l'
Azalaï
sur
Bilma
, on tombe sur une belle caravane.
Approche prudente. Le Motocrotte et son cornac s'enfuient, nous, on s'installe. Un blanc en short marche à
côté d'un Touareg réservé qui parle un français impeccable. Polaroïd pour les petits, Le Français est là
depuis 3 semaines, il fait l'aller-retour
Agadez - Bilma
, 2 600 km…
Martine demande au Touareg s'il connaît Warta. Évidemment, il est cousin de Raïcha ! On se fait un polaroïd
de nous 4 avec lui, pour qu'il le donne à Warta et on rédige vite fait une carte postale.
On charge tout le monde sur la galerie de Pascal, pour rattraper la caravane qui est loin. Au deuxième
arrêt,
on n'arrive toujours pas à se séparer.
On croise ensuite la piste d'
Achegour Dirkou
. Très molle, nombreuses traces de camions.
On s'emmerde copieusement le reste de l'après-midi sur des vaguelettes qui montent jusqu'à devenir
insupportables. Je quitte le groupe pour entraîner tout le monde dans le sable, car Puthod n'a pas l'air de
vouloir quitter son cher
Kawar
.
Tout le monde suit à des distances diverses, on trouve un flanc de dune accueillant et lisse. On s'extirpe
enfin de cette sale zone. Bivouac sympa au pied d'une barkhane. Coucher de soleil en chaise longue offert
par Sprite.
Vendredi 9 novembre
⏯️
On a des km à faire, mais la chance nous sourit, il n'y a plus d'obstacles, le
Ténéré
est lisse comme un stratifié. Détour par
Greïn
où l'archéo est renommée. Pour rien. Il y a belle lurette que tout a déménagé.
Pique-nique à l'approche de la frontière. Colombo se sent des ailes. Il veut passer à
Djanet
. Il n'a qu'un passeport qui raconte tout son voyage et un visa une seule entrée en
Algérie
, mais compte sur sa bonne étoile. Il a acheté des timbres fiscaux à
Faya
et cache le tampon avec. On l'abandonne sans regrets : salut l'artiste. Il ne s'approche même pas de Pascal.
Nous on rentre par l'
Oued Tafassasset
, directement sur
Bordj Helloues
. Errance à l'entrée, puis parcours sans problème. On a un peu d'avance, 2 jours. Le bivouac est de bonne
heure dans un coin pauvre.
Samedi 10 novembre
On longe l'
Erg Admer
par l'ouest, dans un vent de sable qui forcit. Christian D. crève pour la quatrième fois.
Affalehlé
. Camp de réfugiés nigériens désaffecté. Un jeune sous-lieutenant zélé nous accueille. Méfiance extrême. Il
revient 3 fois avec des questions. Il demande à Christian D. d'où vient sa corne d'addax. Puthod lui raconte
des balivernes sur
Issaouane
et l'
Oued Tahaft
où il a vu des contrebandiers. Tout est noté pour un rapport…
Douche shampoing au puits presque propre. On mange du sable au pique-nique le long de l'erg. Au moment de
traverser, Puthod m'envoie repérer les mous et une fois que je suis de l'autre côté, il change de passage.
L'ayant perdu, je comprends et m'immobilise. Il finit par revenir et continue sans un mot.
On tente de perdre nos 2 jours d'avance dans le
Tassili
aux abords de
Djanet
. Sans parcours, juste à l'estime, sous vent de sable, l'intérêt tombe rapidement. Dommage de fusiller ce
coin, car il est très beau. Bivouac durement sélectionné.
Puthod a des problèmes de combustion. Il se lance dans l'échange du filtre à gasoil. Il peste abondamment
pendant mon Sprite. Il a bloqué à mort son filtre et on peine à le sortir. Le sien n'est pas du même modèle
et Christian D. lui sort celui qu'il a acheté à
N'Djaména
pour le Hilux, mais de la bonne référence. Il le prend avec dégoût.
⏯️
⏯️
Dimanche 11 novembre
On erre une partie de la matinée et d'un commun accord, on écourte.
Arrivée à
Bordj Helloues
2 041 km depuis
Faya
. On remonte à
Illizi
à notre allure. Courses en ville, Thé en terrasse. Couscous de rêve au restau. Puthod nous rejoint et nous
ramène au sud pour le Bivouac.
Lundi 12 novembre
Puthod veut prolonger son visa pour attendre son groupe suivant sans remonter à Tunis et joindre Jackie pour
expliquer cela à ce futur groupe.
Un contentieux sévère s'est installé entre Catherine et lui pour le rapatriement depuis
Taleb Larbi
, puisqu'il ne va pas plus loin. Ils ont du mal à se parler. Chaude ambiance. Je demande ma liberté pour la
journée avec un point pour le bivouac.
J'ai gain de cause de justesse. On roule à notre rythme, on se pavane à
In Aménas
, on arrive à
Hassi Bel Guebour
juste avant la nuit. Puthod nous retrouve 30 min après.
Mardi 13 novembre
Au matin, vent glacial. Des inondations ont tué 500 personnes à
Alger
, la neige est dans
les Aurès
. Fini les shorts. Ils ont supprimé le convoi depuis 1 mois. On se regroupe à
Hassi Messaoud
. Engueulade pour le restau. Personne ne veut attendre. Christian D. cherche un gommiste. On se regroupe
chez celui choisi par Puthod.
Toujours pas de contact avec la
France
, le téléphone est out. Le suspense du retour de Catherine s'amplifie. Puthod nous annonce qu'il s'arrête à
El Oued
. On cherche une place à Catherine.
À El Oued, bistrot dégueu. Séparation. Je case Catherine à l'arrière du Land. Je la cabosse un peu sur le
1er gendarme couché. Nuit à l'auberge de jeunesse.
Mercredi 14 novembre
2 douanes dans la bonne humeur. Aucun problème. Les Tunisiens essaient de nous impressionner avec un
scorpion. Tu parles ! Des baroudeurs comme nous ?
Téléphone aux enfants, tout baigne. Restau à
Tozeur
, lâcher de Catherine à l'agence Tunisair pour un retour avion. Christian D. ne tient plus en place et il
est parti en avance à l'agence, on a failli le perdre.
Dattes à
Gafsa
. Un poulet par voiture et en route pour
Sfax
. Nuit vers
Meknassy
. Sérénade par un orchestre local au fond des Oliviers.
Jeudi 15 novembre
Arrivée de bonne heure à
Tunis
. Restau de poissons. Salade de poulpes. Corinne nous emmène aux souks. Baratin d'un parfumeur. Nuit à
l'Hôtel de la Jetée à
La Goulette
.
Vendredi 16 novembre
Le bateau est retardé de 20 h, soit demain matin 7 h. 1 jour à tuer sur place. Re Souk, plutôt dur.
Samedi 17 novembre
Le Carthage, presque agréable.
Dimanche 18 novembre
Débarquement à 7 h à
Gênes
. Brouillard givrant sur l'autoroute.
Tunnel du Grand-Saint-Bernard
, Accueil splendide des Alpes, comparable aux retrouvailles entre vieux amis, grand soleil et couleurs
d'automne.
La Forclaz, le Col des Montets
. On laisse Pascal et Corinne entre les Praz et Cham. Villard vers 15 h. Je commence à démonter comme un
fou. Mon nouveau Land m'attend cette semaine.