← Étapes →
⏯️
Mercredi 17 octobre
Départ 1 h avant les autres. On est au RV avec 10 min de retard. Ils nous surveillaient et nous rejoignent
dans la plaine.
Puthod est en panne de GPS, son 120 s'éteint régulièrement et il a la flemme de monter son 75. Il considère
que le GPS c'est comme le whisky : c'est meilleur quand c'est hors d'âge : il ne peut que suivre les traces
en aveugle et on s'enchorbatte dans les mêmes barkhanes que nos potes hier.
Il continue à l'estime, puis me passe 2 points, un sur le bord de sa carte pour éviter les calculs, l'autre
à 200 km derrière l'
Erg Brusset
. L'après-midi passe à 100 km/h sur les plats du
Ténéré
.
On tombe sur quelques meules dont une, un peu verte et un peu lourde remplace le plot agglo qui sert de
repose-pied à Martine. En fin d'après-midi, tout le monde est détendu, on tire un peu à l'ouest pour se
cacher derrière une dune de l'
Erg Capot-Rey
et on savoure un coucher de soleil, puis un apéro.
Jeudi 18 octobre
Marylène ne quitte plus son tricot, elle a transformé le Sahara en salon de couture, à l'écart de ces
quatrequatreux insensibles à cette grossesse lointaine.
Départ pressé. Après 10 km, Martine s'étonne de ne pas retrouver son coupe-ongle ni sa jolie petite trousse
bleue et se rappelle brusquement l'avoir laissée sur le capot. Je remonte nos traces comme un indien et
découvre l'objet à 100 m du bivouac.
Course poursuite pour rattraper 30 min de retard.
Les mous se mettent en place. Inspiré par sa paranoïa habituelle, Puthod nous confie que les ennemis du jour
sont sûrement sur la piste de
Dirkou
qui n'est pas loin. Effectivement, on voit 2 « choses » à gauche, mais l'analyse n'est pas au programme. Les
mous sont partout, on zigzague dans l'
Erg Capot-Rey
et on finit par essayer cette foutue piste dont on avait peur peu de temps avant. Ce n'est pas mieux.
On la longe jusqu'à 30 km de l'arbre du
Ténéré
. On traverse brusquement pour attaquer aussitôt un sévère touffe touffe. Plein sud, la piste de
Fachi
est devant nous et on y découvre une caravane de 50 chameaux : photos, vidéo, Polaroïd, troc.
Catherine, qui avait oublié son sucre à offrir dans tout son barda, en avait acheté à
Illizi
, mais en poudre, se précipite pour l'offrir.
Un Touareg me demande mon tee-shirt et je me déshabille volontiers, mais c'est celui du Tchad 98 offert par
Christian D. Il s'interpose et en offre un de sa collec' Kodak. Ouf ! L'œuvre a eu chaud.
Visite d'une gerboise officielle, avec les vraies pattes de kangourou, puis d'un truc mi-lézard, mi-varan un
peu inquiétant par son teint blanc blafard et sa vélocité.
Le touffe touffe reprend, sans relief au début, puis avec ensuite. Christian commence à se planter
sévèrement et Catherine commence à plaquer tout aussi sévèrement: l'habitude revient vite et elle a
rapidement envie de tout plaquer. On se pose dans un immense Gassi bordé de petits cordons bien mous.
On passe dans une zone très archéologique avec de nombreuses poteries, souvent tronquées par l'érosion du
vent. En tentant d'en extraire une plus tentante que les autres, Puthod creuse le sable avec son poignard et
prend conscience tout à coup qu'il vide l'intérieur d'un crâne humain : le gars est sans doute plus ou moins
debout sous le sable. On lui fout la paix…
Beau coucher de soleil, bel apéro, bercé par le bruit du gommiste de l'équipe qui refait ses roues. Archéo
probable sur le secteur.
Vendredi 19 octobre
Dès la sortie du bivouac, je suis sensible à tout oubli : je scrute les traces des autres et ramasse un gant
vert de la collec' de Christian D. Je cherche assidûment l'autre, sans succès pour rendre la paire au
proprio étourdi. Je découvre au moment de lui rendre que Pascal a trouvé lui aussi un gant vert et cherchait
l'autre.
Le Motocrotte se plante à froid dès la sortie du bivouac. 1h pour qu'il sorte, heureusement tout seul.
(Enfin… avec les plaques des copains — les siennes sont trop haut perchées.)
Quelques Gassi bien larges nous laissent un peu de répit, mais les barkhanes molles reviennent. Puthod se
plante et se replante. Dans un cul-de-sac, Pascal se plante avec lui. Le Motocrotte est en renfort. Marylène
se pose sur une dune pendant le "pestacle", et tricote. Mais elle discute aussi et fait du caméscope. Elle
repart en laissant son ouvrage sur place. L'oubli ne sera annoncé que plus tard et considéré comme
définitif. Cadeau pour les archéos du prochain millénaire.
Je trouve quelques pointes de flèches dont une jolie de grosse taille. Puthod s'enfile dans un petit
entonnoir mou, je lui mets un coup de pelle avant de visiter les alentours : je sors une pierre polie
miniature très sobre. Je les montre autour de moi et fais des envieux.
Lors d'un nouveau plantage de Puthod, je rejoins Pascal qui aidait avant moi, je lui dis de ne pas bouger et
lui tire une belle pointe entre les 2 pieds, juste au raz du dos. Je m'écarte un moment pour éviter les
représailles et reviens lui en faire cadeau.
Les plantages continuent jusqu'à l'écœurement. Christian, à bout passe la main et lâche les Land sans savoir
qu'on arrive juste sur le dur. Pascal se déchaîne et on pactise : chacun son tour devant à chaque plantage
de l'autre. Fin d'après-midi magnifique, belles couleurs, belles dunes, belle ambiance.
Arrivée au
Termit
nord sur
Ardigui Nga
: Beaux arbres, beaux cailloux.
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⏯️
Samedi 20 octobre
Belle lumière du matin, zigzag entre les cailloux avec beaucoup d'espaces. Gazelles. Nous resterons à l'est
du massif pour ne pas voir de méchants.
Deuxième apparition du varan-lézard blanchâtre et véloce. Le touffe touffe se remet en place lentement mais
sûrement. Les cailloux sont sombres et effondrés.
Après le repas Puthod me passe la main sans doute pour siester. Son point est comme d'hab à perpète sur
Termit Sud
. Je fais l'après-midi devant sans attendre le Motocrotte qui peine à suivre les Lands dans un touffe touffe
d'enfer. Je commence à voir des gazelles et des outardes, puis quelques chameaux. Le terrain, chaotique au
début s'organise peu à peu et commence à onduler. Une pluie récente sans doute a fait lever quelques brins
d'herbe.
Puis au sommet d'une bosse, arrêt digne d'un chien de chasse : les gazelles pullulent dans une petite herbe
tendre toute jeune. Plongeon, course et bosse suivante. Même "pestacle". Même réaction. À la troisième
bosse, la monotonie s'installe, je me retrouve à 90 km/h avec 50 gazelles à droite et autant à gauche, à 30m
du parechoc.
Martine souffre et proteste et il me faut encore 5 ou 6 bosses pour l'entendre. J'essaie un troupeau à 30 à
l'heure : même résultat les gazelles se répartissent de part et d'autre, choisissent un axe et s'y tiennent
en calquant leur vitesse sur le poursuivant pour maintenir la distance de sécurité.
Je prends conscience tardivement (où avais-je la tête ?) de la gueule de la trace que j'ai laissée aux
autres qui sont éparpillés. Pascal a suivi, en gros, Le Hilux marche à la poussière et nous rejoint avant
qu'elle ne retombe, les 2 autres ont disparu. Je devine un soupçon de réprobation dans les commentaires et
constate une fois de plus la difficulté de partager les plus grandes émotions. Les 2 derniers n'ont vu que
la trace, et à cet endroit, on ne peut pas lui demander de susciter une émotion…
On attend en discutant avec quelques nomades, d'abord un gosse isolé, qui s'enfuit, puis quelques femmes et
gosses qui rentrent d'une corvée de bois, donne-moi cadeau. Polaroïd, photos, caméscope, bonbons. Un vieux
réclame des médicaments. Pascal accepte d'aller voir un malade au village.
Puthod arrive avec Colombo qui rouspète (le pléonasme s'installe). Le touffe touffe l'a détruit, il n'a rien
vu du
Termit
et a les yeux fatigués de scruter les traces. Grave, ils n'ont pas vu les gazelles. Je sens de nouveau une
réprobation muette de Puthod pour maltraitance de son « cher » client.
La caravane se réorganise derrière son chef officiel, à la recherche du puits. Pascal est très inquiet pour
son malade, il a peur de l'avoir tué avec de l'aspirine. Il pensera plusieurs matins de suite qu'il est
certainement mort cette nuit.
On cherche le puits de
Kaoboul
, à l'extrémité sud du
Termit
. On fait le tour complet du dernier massif, les villageois nous donnent un indice et on découvre un
magnifique puits, dans une dépression au sud-est du dernier piton. Mais Warta me corrigera l'année suivante,
nous sommes à
Dalé ou Dili
. Acacias verts, sable doré, sable blanc dans la dépression, un troupeau s'abreuve. Un mâle tire la corde,
piloté par un gamin. Un adulte attrape le délou, aidé par une femme encore adolescente pour servir le
troupeau dans un bassin à l'écart.
Le puits est bétonné depuis peu, il fait dans les 30 m, mais est souillé par les bêtes, la margelle n'est
pas étanche et une traînée marron redescend jusqu'au fond du puits. Odeur fétide. La douche perd son
attrait, même pour Puthod.
Belles images, les gens sont sympas. On remonte pour un bivouac dans le sable. Beau point de vue. Coucher de
soleil, apéro, dîner ambiance pour l'anniversaire de Catherine.
Soudain, je vois déambuler un scorpion sous la table devant mes pieds. No problem, un coup de pelle à neige
rétablit mon périmètre de sécurité. Quelques coups de fourchette plus loin, deuxième bestiole, deuxième coup
de pelle.
Je troque mes sandales contre des mocassins et ceux qui ont fini de manger montent les pieds sur la table.
Pascal annonce une vipère à gauche. Le débat se déplace alors sur la séquence photo puis pelle ou bien pelle
puis photo. On retient la première proposition et je place ma pelle avec toute la délicatesse dont je suis
capable pour retenir la vipère vivante devant le caméscope. Elle se blottit dans un coin de la pelle, prête
à bondir.
Dans un silence général un scorpion débouche alors de l'autre côté de la pelle : on a compris, le coin est
spécial.
Le couchage se réorganise, même pour Puthod qui continue à dire que la situation est banale, tout en montant
sa tente. Le matin, après visite des caisses, il y aura eu 16 coups de pelle. La vipère est indemne dans une
bouteille pour observation.
Dimanche 21 octobre
Départ à la Puthod : Colombo part devant, sans vraiment savoir où on va, Puthod sort du bivouac, ne le
trouve pas et part à sa recherche. Les 3 autres s'arrêtent dans une plaine lisse et assistent au « pestacle ».
Le Motocrotte apparaît au loin sur nos traces, il semble nous avoir vus. Puthod part à l'opposé,
rétroviseurs baissés sur ses pneus arrières et entame un large mouvement tournant autour de nous et
synchrone avec l'arrivée de Colombo vers nous. Il disparaît alors derrière la montagne pour nous laisser le
temps nécessaire à la méditation d'un tel cas.
Tout le monde repart en surveillant Puthod, convaincu que c'est le plus fragile du groupe.
On folâtre sous de beaux acacias à la recherche de la piste. On ne tarde pas à retrouver une bonne trace qui
devient rapidement la piste attendue. La végétation s'embellit, le rythme est meilleur que les jours
précédents, le vent de sable se met en place.
On passe rapidement devant une pancarte
Kaffey
, la piste indiquée semble repartir au nord-ouest, on cherche le croisement dessiné sur l'IGN 1 Mo dans 40
km. Les arbustes montent et cernent la piste qui reste bonne. On dépasse notre cible GPS sans aucun
carrefour. Conciliabules. Pique-nique. Tant qu'à faire 40 km, autant les faire en avant pour voir, et couper
à l'est avant
Nguimi
s'il n'y a rien de mieux, plutôt qu'un retour arrière qui peut encore nous réserver des surprises.
Puthod continue d'affirmer qu'il est passé là il y a 2 ans lors de son retour de
N'Djaména
, sans se laisser submerger par les souvenirs…
On trouve un beau puits tout neuf 200 m au nord de la piste. Belle ambiance. Sable clair, terrain plat, la
margelle généreuse et étanche est sur un léger dôme. 4 troupeaux sont ensemble et l'agitation est
importante.
Des mâles pilotés par de tout petits gosses tirent les délous en peau de camion, nom local des chambres à
air qui ont remplacé les traditionnelles peaux de chèvres. L'un de ces délous est rempli d'une herbe locale
pleine de piquants, peut-être pour améliorer la santé du bétail (?)
Belles photos, gens sympas et travailleurs, je retrouve dans mes photos la théière de mes rêves, lisse et
nue, sûrement aussi utile qu'agréable.
Puthod négocie avec un nomade un départ de piste vers
Kaffey
. Début d'une aventure. J'accepte le hors-piste sur 25 km, mais au-delà, je pense que le détour sud-est plus
efficace. Je me fais entuber largement par flemme de calculer moi-même la distance.
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On se retrouve dans un hors-piste sévère. Le Motocrotte traîne la patte. Il décroche. On trouve une piste
camion plein nord et on l'attend. Puthod part à sa rencontre. Un superbe scorpion à pinces chocolat sort du
talus. Je ressors la pelle à neige…
Colombo arrive exténué, au bord des larmes. Sa colonne vertébrale qui semblait impeccable le matin lors de
ses élongations de culturiste est semble-t-il en compote et le confort de son véhicule ne semble pas être
mis en évidence par le tracé choisit. Il nous menace de s'arrêter s'il nous perd de vue.
La vue de la piste le calme, mais après 10 km, il est évident qu'elle ne va pas à
Kaffey
. On sort à nouveau. Puthod n'attend plus et le convoi s'étire.
Lors d'un regroupement, Colombo m'annonce tragiquement qu'il n'en peut plus et qu'il dort ici. Je lui
promets de transmettre son message à Puthod quand je le reverrai et le laisse à sa douleur.
Dès le message transmis, Puthod tente le retour en arrière sous plusieurs prétextes, la piste n'est pas loin
et il ne faut pas dormir trop près, le coin choisit n'est pas beau, l'autre n'est pas plat.
Je coupe le contact et attends impassible. La nuit est complète, le bivouac sera là. Il me redit qu'il est
passé par là il y a 2 ans.
Lundi 22 octobre
Nous nous réveillons à 400 m d'une trace, à 12 km du carrefour dessiné au sud de
Kaffey
. Le Motocrotte arrive à l'heure. Johann, à qui nous avions laissé le No de l'Iridium au cas où, l'a appelé
la veille et a dit que tout allait bien et qu'il rappellerait ce soir, mais n'a pas dévoilé son sujet.
Des nomades passent à côté de nous. Un jeune, seul, s'arrête et repart sur une superbe bête, lumière
fabuleuse, ambiance extrême, photos, vidéo. On relâche la vipère que Catherine voulait laisser crever dans
sa bouteille. Pour la convaincre, je lui demande ce qu'elle fera si elle retrouve sa bouteille ouverte dans
la voiture.
Au carrefour suivant, une piste sans traces depuis au moins 20 ans montre que le tracé IGN a existé.
Maintenant, nous serons vite à
N'Djaména
…
20 km plus loin, on perd tout signe de piste, juste à l'endroit où le dessin s'infléchit au sud. On continue
tout droit, on retrouve des stigmates et on atterrit dans un village assez grand.
D'abord en périphérie avec quelques femmes apeurées, puis au centre en pleine préparation d'un mariage. Un
villageois me dit dans le dictaphone que ce bled s'appelle
Loubouss
, ce qui correspond presque à
Alébous
de l'IGN 1 Mo
N'Djaména
. Juste avant la frontière Niger Tchad. Dans le village, hommes d'un côté, femmes de l'autre, nous nous
séparons pour la visite sur le même thème. Beaux instants, Polaroïd, médecine.
Puthod et son Motocrotte sont partis depuis longtemps, ils nous laissent une trace perturbée.
Heureusement, on les aperçoit pas très loin : ils sont allés tester les capacités du Motocrotte au fond
d'une cuvette molle, les fameuses
cuvettes de Kanem
, ça les a occupés un moment et c'était surement bien plus intéressant qu'un mariage dans un village
Toubou
. Mais on n'arrive pas à être jaloux.
Pique-nique. Les villageois ont dit qu'il y avait « un peu la piste sur 10 km, puis pas la piste sur 10 km et
ainsi sur 40 km, mais après la piste est bonne ». Cette description nous convainc définitivement que nous
sommes encore en Afrique et que nous n'avons pas quitté ce merveilleux continent par erreur.
On retrouve des vestiges de piste, qu'on re-perd aussitôt. Puthod me renvoie devant pour mieux coller à son
« cher » client fatigué et qui veut obliquer sur
Nguimi
. La piste disparaît définitivement. On traverse de beaux villages, avec des gens partout, sympas. Photos,
sourires, souvenirs, beaux visages. Tout à coup, on tombe sur 2 cases isolées avec 2 jeunes femmes et 1
enfant. L'inquiétude se dissipe rapidement et les appareils photos font le reste. L'envie de séduire prend
le dessus et la séance est bien belle.
Ce matin, l'escorte qui est venue nous chercher au terrain a croisé la piste des éléphants du Tchad; le
troupeau se promène actuellement à l'ouest de N'guigmi et du Tchad, il est protégé et nos cinéastes
l'ont, paraît-il, filmé du haut de l'hélicoptère...
(Roger Frison-Roche - Mission Ténéré (1960) - p.49)
Le terrain se détend, il nous arrive de faire du 40 km/h. L'herbe monte jusqu'à toucher le capot du Land. La
trace qu'on laisse à nos collègues est modeste. On s'arrête pour se regrouper.
Puis on rencontre 2 jeunes bergers isolés : on tente d'obtenir des infos sur une piste, une trace, une
orientation… La seule réponse est :
Nokou
ké ! » assortie d'un vague geste circulaire. Alors on y va au cap, après les avoir remerciés par un tour de
manège. Je les monte dans le Land, disque laser, Ismaël Lô, GPS, je fais un tour dans l'herbe. Ils détalent
avec le sourire et leur bâton de berger.
Puthod nous rattrape et me demande de repartir avant que son « cher » client ne puisse dire qu'il veut
s'arrêter. Coup double, comme ça, c'est moi qui porte le chapeau ! Je fais 10 km et ne revois ni le
Motocrotte ! ni son cornac : la ruse a dû être éventée. Deuxième soir sans Colombo. Martine regrette le
téléphone à cause de Johann.
Mardi 23 octobre
On attend nos collègues, mais après 30 min, il est évident que c'est chacun pour soi sur
Nokou
. J'ai refait le point sur OziExplorer, je pars convaincu de retrouver la piste. J'ai choisi une diagonale
SE. Dommage de n'avoir pas ouvert la carte Russe qui donnait la piste encore plus au sud.
On retrouve rapidement le Motocrotte ! puis son cornac qui partent à fond plein ouest. (
Agadez
?). Je les suis un moment médusé. (
Nokou
est plein est !). Je décroche et reprends mon cap.
Pas de piste, même 5 km plus au sud. On trouve pourtant de grands villages, avec plus de 20 maisons en dur,
sur cette nouvelle architecture à créneaux, mais sans aucune trace de voiture. C'est le début du
Kanem
, avec ses puits au fond de grandes dépressions en sable et fech blanc.
Lors du contournement d'une dépression, je tombe sur une trace pas trop vieille. J'encape. Elle me traîne 10
km au sud et au moment de l'abandonner, je tombe sur la piste de
RigRig
, à 8 km de
Nokou
.
On aborde la ville par le haut. Visite du collège. Vue aérienne de la ville. On descend au marché où la
viande sèche en plein soleil. Pour aider à la manœuvre, les mouches s'occupent du jus. La police nous
accueille aimablement, avec toute la gentillesse réservée aux bons clients…
Puthod et Colombo arrivent à ce moment. Ils ont retrouvé la trace de voiture, puis les notre. Les gendarmes
nous demandent de passer les voir. On se fait un discours carrément dithyrambique comme préambule à la taxe
locale : forfait de 200 FRF.
Récolte des passeports. On nous pousse vers la douane. Formalités minimums, Puthod propose de nous aider
pour le change des devises. On change tous 100 ou 200 FRF pour acheter des tomates. Au moment de nous
quitter, Puthod nous confie à son adjoint pour une petite taxe locale. 50 FRF/voiture sans reçu. La première
fois, on peut garder sa bonne humeur.
Un nouveau service de sécurité (APS) nous réclame comme les idoles du jour et au fond d'un bouge, marchande
âprement sa taxe 200 FRF. Il est temps de récupérer nos passeports chez le sous-préfet qui n'a encore rien
demandé.
Erreur, la vie est si dure qu'il faut encore lâcher 200 FRF après une discussion qui frise l'engueulade.
Christian D., s'est fait voler son appareil photo et son zoom sur le siège avant de sa voiture. Les
autorités veulent bien convenir qu'il a peut-être
perdu
son appareil.
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Un petit marché vend quelques bananes vertes déjà usées et un peu de canne à sucre. Christian D, qui a
occulté toutes les taxes a encore un peu de monnaie. Il m'aide à acheter 20 bananes longuement marchandées
avec un intermédiaire 25 CFA/banane et cadeau de 3 segments de canne à sucre. Je vous l'avais déjà dit :
nous n'avons vraiment pas quitté l'Afrique !
La fuite que nous prenons illico est explicable. La piste de
Mao
s'annonce douce et sableuse, le
Kanem
se révèle magnifique. Un peu de visite pendant le pique-nique sur l'herbe.
Le Motocrotte tout ragaillardi par la piste part en avant. Puthod qui a gagné la course de la bouffe le suit
de peu. On part tranquille après le célèbre café de Marylène.
Le paysage ondule dans une végétation que l'on trouve luxuriante. Le sable est un peu rouge, l'herbe jaune
paille, les arbustes vert clair, les acacias vert sombre.
Le Motocrotte, vite rejoint, nous fait une poussière dense, mais en essayant de le doubler, il accélère et
on se retrouve à 80 km/h dans les arbustes. Pascal crève de rire lors d'une de mes tentatives pour doubler
en passant dans les matitis et il dit avoir entendu « tchouïc tchouïc tchouïc » avant de voir disparaître mon
Land par l'arrière.
Le Motocrotte est remis à sa place arrière et on se regroupe 10 km avant
Mao
. L'idée consiste à tenter d'échapper à la convoitise de la police et nous décidons de contourner
Mao
. Tout le monde dit avoir bien compris et après le virage dès le début du village, le Motocrotte a disparu :
il a pris tout droit, dans
Mao
, nous garantissant ainsi les super emmerdements des jours suivants. Merci Vittorio, chacun contribue à la
réussite d'un voyage selon ses capacités.
La piste de
Ngouri
que nous cherchions ne passe pas par la colline où nous sommes. Le hors-piste serait simple, mais en
l'absence de son « cher » client, Puthod retourne traverser
Mao
.
À l'arrivée de la colonne sur la place principale, un type en civil se lève… Puthod simule une discussion
animée avec sa passagère (dans quelques jours, ce ne sera plus une simulation), Christian D. ne voit rien,
je vois nettement le type avec une chemise à fleurs rouge sang tenter de nous arrêter et Pascal en dernier
entend distinctement « eh chef, c'est la police ». La manœuvre est rapide et nous sortons du village sans
encombre.
Les traces du Motocrotte sont devant, tout baigne. On retrouve Colombo garé sur le bord de la piste : il est
16 h 45, 15 min avant la clôture des marchés boursiers, il passe fébrilement ses ordres en pleine débâcle
boursière après les attentats du World Trade Center : voilà pourquoi il est si fatigué depuis plusieurs
jours à cette heure-là.
On repart. On monte un peu la vitesse, le Motocrotte est parti devant, la course s'engage avec le Hilux qui
montre une réelle capacité à se fâcher quand ça le concerne. Colombo qui veut rester devant à tout prix rate
le carrefour de
Ngouri
, puis celui de
Mondo
et part à l'est (au
Soudan
comme dira le flic plus tard).
Le Hilux lui suce le pot sans pouvoir doubler. Je vois l'écart sur le GPS, j'arrête Puthod qui convient de
l'erreur, mais ne peut rien faire sans rattraper les coureurs. C'est finalement un gyrophare de la police
qui fera le travail.
Les gars de
Mao
nous coursent depuis 47 km et sont furieux. La discussion est tendue. Ils nous raflent les passeports et
rentrent à
Mao
. Le retour s'organise, Colombo bien sûr ne veut pas retourner. La nuit tombe.
On choisit de remonter jusqu'au carrefour de
Ngouri
, à 7 km de Mao puisque de toute façon, il faut rattraper cette erreur-là. Puis Puthod ira seul chercher les
passeports. On double les flics qui sont arrêtés pour la prière.
À l'arrivée au carrefour, il manque le Hilux et le Motocrotte. Je pense alors que Colombo a convaincu
Christian D. de dormir sur place. Après 1 h d'attente, je cherche avec Pascal un bivouac à l'écart de la
piste.
La zone retentit de rigolades d'enfants dans le noir complet, nous craignons d'être dérangés. Puthod attend
1/2 heure de plus et nous rejoint. Troisième soir consécutif sans Colombo.
Mercredi 24 octobre
La matinée s'annonce belle. Puthod part de bonne heure pour Mao et tenter de récupérer nos passeports, la
détente s'installe. Rangements,
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nettoyages, visite des environs (belle Oasis de palmiers en contrebas). Un clan local de passage sur leurs
ânes nous salue et leur chef se plante devant le caméscope avec fierté
Puthod revient maussade. Il n'a aucun passeport et la police veut nous voir tous. Pas de nouvelles du
Motocrotte, ni de Chistian D.
Superbe arrivée à
Mao
, jour du marché hebdo. Rues colorées, parking à chameaux bondé, Mercedes M32 sur le départ.
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La police est mieux lunée, mais ferme. Ça ressemble plus à une vexation qu'à une taxe occulte.
Rien ne bouge. Vers midi, Colombo resurgit et annonce que le Hilux est tombé en panne à 46 km d'ici, qu'il a
passé la nuit avec lui et qu'il est revenu chercher des nouvelles.
Les flics commencent à parler de
N'Djaména
. Puthod tente alors par Iridium de contacter son ministre et lui explique la situation. Deuxième téléphone
à un autre service pour intervention, sans résultat apparent.
Puthod négocie un dépannage du Hilux par un mécano local qui part après plusieurs heures de palabres.
Entre temps, visite du marché, formidable, douche au musée voisin de la préfecture, délicieuse et fluette.
Mais pas de passeport.
Grosse agitation sur le marché, plusieurs camions sont en partance avec leurs lourds chargements de
candidats au grand voyage. J'en vise un dans le caméscope et un Toubou nonchalant se dirige vers moi : ai-je
une autorisation de filmer ? la discussion zigzague sur ce thème et je comprends bien que notre statut de
fraudeurs a parcouru la foule et que les candidats redresseurs de torts se multiplient… Mieux vaudrait ne
pas s'éterniser.
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Le plus acharné des flics nous explique qu'il compatit, qu'il ne comprend pas pourquoi ON nous fait ça,
qu'il va tenter d'agir. Il revient avec une offre : Si on lui paie le gasoil (300 FRF) il envoie une voiture
rejoindre le Hilux pour recueillir sa déposition et nous rend nos passeports.
Va pour 300 balles. Il nous relâche, mais nous demande de transmettre les paramètres du Hilux au mécano qui
doit rentrer, ça lui permettra de gagner du TEMPS ! (j'ai au moins vu une fois dans ma vie un Africain qui
voulait gagner du temps !).
Départ à la nuit tombante. Puthod préfère bouffer la poussière plutôt que de chercher la trace et m'envoie
devant. Je m'arrête au hasard pour recharger le tracklog de la veille et constate alors que je n'ai sauvé
que 12 fois la variante
Diona
et jamais le log du jour. Il faudra donc remplacer le support informatique par la ruse du pisteur indien et
naviguer aux étoiles, surtout la bonne.
Pendant ce temps le mécano se pointe et s'arrête vers nous. Il a réparé le Hilux, filtre à gasoil : la
poussière du Motocrotte pendant la course poursuite n'y est sans doute pas étrangère.
Morts de rire, on explique au mécano qu'on doit lui remettre l'état civil de Christian D. : on invente qu'il
descend de Léon et Joséphine, qu'il a 9 enfants etc. et on le prie de répéter tout ça au gendarme de
Mao
qui en a très besoin pour gagner du temps. Intrigué au début, il finit par rire autant que nous.
Retrouvailles d'enfer, Christian nous parle de son arbre avec lequel il a sympathisé, de la forêt qui est
derrière… Compassion pour ce camarade durement frappé par le soleil et la solitude.
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Les flics nous relâchent et on s'éloigne rapidement pour trouver un bivouac plus propice à notre besoin de
sérénité.
Jeudi 25 octobre
Découverte du décor au matin. Visite d'un cavalier un peu cabot devant le caméscope, mais beau quand même.
La piste au sol n'est pas sur nos cartes, mais semble aller vers
Mechiméré
où une transversale nous ramènerait vers
Mourzougui
et
Massakory
. C'est parti. Évidemment, pas de piste de
Mechiméré
à
Mourzougui
, mais on s'attache de moins en moins à ces détails.
Belle séquence de vautours à la sortie de
Mechiméré
, magnifique hors-piste. À partir de
Mourzougui
, la piste, maigrelette, traverse de beaux villages où nous faisons de belles haltes, comme
Ilili, Boula Boussou
avec ses tresseuses de raphia, ses pileuses de mil et femmes-enfants colorées. Colonies de gosses "donne-moi
cado". Première séance de
bosra
, la fameuse baratte à beurre
Avant
Massakory
, deuxième séquence de vautours et troupeaux de vaches-zébus nomadisant.
Formidable séquence de photo vidéo dans les cannes de sorgho séchées. La migration d'une famille avec armes,
bagages et bétail. Le déménagement hétéroclite encombre une partie du bétail, une première femme sur son
chameau surmonté d'un dais fait fureur, puis toute la famille débarque qui sur un âne, qui sur un buffle,
splendide traque photo, tous tentent de fuir les objectifs.
Bonne humeur générale, sauf un bambin de 3 ans terrorisé, installé au sommet du barda d'un gros buffle.
Détour près d'une mare-guelta qui prend des allures d'arche de Noé. Je pense qu'on a foutu un caïllon pas
possible dans cette migration, mais tout s'est terminé dans la bonne humeur.
La poussière s'installe. Le marché de
Massakory
, vite traversé, me laisse un sentiment d'insécurité.
15 km après, vers
Kinjerty
, on quitte la piste pour le pique-nique sous de grands acacias avec de grandes ombres. Visite instantanée
d'une femme-enfant en robe de satin jaune avec une bosra magnifique (calebasse réservée pour baratter le
beurre). Gentille et volontaire, elle accepterait volontiers qu'on lui donne tout le contenu du Land et le
Land aussi si ça nous fait plaisir. Polaroïd, cadeau, photo.
J'en pince pour sa bosra que je négocie contre n'importe quoi, sans succès. Le virus de la bosra qui me
ronge s'est infiltré là. Ses copines débarquent, plus sympas. Belle tranche de vie.
Colombo sent la douche et s'envole. Sa colonne vertébrale est guérie, elle ne craint plus les trous de la
piste. Puthod est attendu par le ministre. Christian D. veut voir l'ambassadeur avant la nuit et s'enfuit
sur ce thème.
⏯️
Flânerie autour d'une des centaines de mares qui annoncent la proximité du
lac Tchad
. Des milliers d'oiseaux genre cigognes noires s'envolent en tourbillons dans le ciel. Coca-cola glacé à
Massaguet
, Gonflage chez un gommiste roublard.
Des troupeaux innombrables dans une poussière à contre-jour semblent à mi-chemin entre le Western à grand
spectacle et notre expérience Australienne.
Une large allée ombragée, le long du fleuve; puis une ligne de constructions de briques, entourées de
jardins verdoyants; derrière, une autre allée, une autre ligne de constructions et de jardins semblables;
derrière encore, une immense place où conduisent une série d'avenues perpendiculaires aux premières, et
que limite finalement le marché, toujours animé et pittoresque : c'est à peu près, plaisante, mais sans
caractère, la ville européenne de Fort-Lamy, siège du gouvernement du Tchad, fondée le 29 mai 1900 par le
commissaire du gouvernement Gentil.
(Bruneau de Laborie - Du Cameroun au Caire par le désert d Libye - 1923 - p.117)
Arrivée à
N'Djaména
en fin d'après-midi. Je me fais bichonner le Land à la station-service.
Le portable fonctionne et assis dans un massif de fleurs, nous parlons successivement avec nos 4 enfants. Jo
m'annonce son admission en première S. Trop balèze.
Christian D. est passé à l'ambassade de France pour avoir des nouvelles de son pèloto, il en revient avec
l'adresse de l'hôtel Central et de mauvaises nouvelles de l'
Ennedi
. Il tente de nous emmener à l'hôtel devant lequel il est déjà passé et se paume avant de charger un guide.
Hôtel africain qui me remet dans l'ambiance des hôtels de
Pointe-Noire
30 ans plus tôt. Douche pourrie, mais restau agréable après 2 semaines de brousse.
On a perdu Puthod et je m'en fous un peu, l'apéritif a commencé et je gère les priorités. Prise de bec avec
Martine qui ne supporte pas cette indifférence et voudrait que j'organise le contact avec Puthod, sans
proposer de le faire elle-même. Pascal se dévoue et laisse un message au Novotel.
Après tout, ils nous ont laissé sous un arbre dans la brousse avec la charge de rejoindre la capitale. C'est
fait ! Il ne faut pas tout le temps inverser les rôles client - organisateur, ça finirait par couter de
l'argent à l'organisateur et ça, je suis sûr qu'il n'en veut pas !
Puthod débarque mécontent, mais entre-temps, il a retrouvé son « cher » client et dîné avec lui au Carnivore,
on n'a donc pas l'air de l'avoir mis en retard… Ceux du Carnivore sont tout chamboulés par les danseuses
qu'ils ont vues. Hervé vient de nous dire au téléphone qu'il fallait aller dîner là-bas…
Catherine loue la dernière chambre et Puthod se contente d'un réduit à moustiques et accessoirement lingerie
de l'hôtel, mais moins cher. L'hôtelière nous met en garde contre l'insécurité de la capitale.
Vendredi 26 octobre
Matinée calme au petit déj' de l'hôtel puis dans l'agitation de la capitale. On fait les courses en taxi,
crudités, couteaux souvenir, lait en poudre. Un chasse-touriste à vélo nous accoste et demande ce que nous
cherchons. Dans mon obsession naissante et un peu pour l'écarter, je lui dis que je cherche une bosra
authentique.
Évidemment, il a ça : il en a pour 5 min à vélo, à condition que je ne bouge pas d'ici. Martine est dans la
boutique et je l'attends à l'ombre devant. Je lui dis qu'il a jusqu'à son retour. Il revient tout essoufflé,
avec 2 bosras. Je prends pour 15 € celle qui est un peu moins immonde que l'autre. Pharmacie, banque et
visite du centre artisanal.
Entre-temps, Puthod s'active et nous promet le miracle pour midi.
Les nouvelles du nord
Tchad
sont alarmantes. Colombo a vu un Italien qui dit que
Archéï
et
Faya
sont minés, que son agence a cessé d'y aller, Christian D. a un contact à l'ambassade de France qui trouve
imprudent d'y aller et raconte des horreurs.
L'ambiance s'étiole. On s'installe pour le déjeuner au bord de la piscine de l'hôtel Chari, face au
Cameroun
de l'autre côté du fleuve. Puthod ramène son autorisation du ministre pour le dessert. Le doute s'installe.
Hier soir, pendant l'apéro, nous avons croisé l'Ambassadeur du
Cameroun
qui nous a suggéré de visiter son pays tout proche : il pouvait nous avoir des visas pour ce matin.
Colombo qui a un souci de retour prématuré, négocie par Iridium un container sur
Douala
pour le 13, Pascal se procure le no de l'ambassadeur auprès de l'hôtelière d'hier soir. Le voyage va-t-il
basculer ? Il y a eu 11 morts en juin à
Faya
, les insurgés se cachent dans l'
Ennedi
ou le
Mourdi
. Bruits divers, mais peu de concret.
Le Ministre de l'Intérieur s'est engagé ce matin même et assure qu'il n'y a aucun problème. Je n'ai pas la
candeur de le prendre au 1er degré, mais s'il avait de mauvaises nouvelles, il aurait facilement éconduit
des touristes dont il ne peut rien attendre d'autre que des ennuis. Je vote donc en premier et fermement
pour l'
Ennedi
et souhaite ravitailler plutôt à
Koro-Toro
qu'à
Faya
, ou au pire à
Mao
puisqu'il y a du gasoil. Les autres se rallient plus ou moins et le départ se fait brusquement vers 15 h 30.
En fait, on l'a échappé belle : on tombait en pleine révolution, et ils n'ont pas voulu nous le dire !
En juillet 2001, la région du Tibesti au nord du Tchad était le théâtre d’une rébellion menée par le
**Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT)**, un groupe politico-militaire fondé par
**Youssouf Togoïmi**, ancien ministre de l’Intérieur et originaire de cette région montagneuse peuplée de
Toubous.[2]
### Origines et contexte : La rébellion toubou du Tibesti débute en 1998, lorsque Togoïmi rompt avec le
régime d’Idriss Déby et rassemble des combattants contre ce qu’il perçoit comme un pouvoir dominé par les
Zaghawa. Le MDJT établit alors ses bastions dans les montagnes du Tibesti, bénéficiant d’appuis tribaux
et, selon certaines sources, d’un soutien logistique libyen.[5][7]
### Situation en juillet 2001 : En 2001, le conflit connaît une phase particulièrement intense. Le MDJT
contrôle plusieurs localités (notamment Bardaï et Zouar) et dispose d’environ un millier d’hommes équipés
d’armes lourdes. Ces affrontements contre l’armée nationale tchadienne sont marqués par des pertes
sévères des deux côtés, estimées à plusieurs centaines de morts entre 1998 et 2002.[5]
À cette époque, les rebelles parviennent à maintenir une forme d’administration locale autonome dans le
massif, les forces gouvernementales ne contrôlant plus que partiellement la zone. En juillet 2001, le
MDJT multiplie les escarmouches afin de contrer les offensives gouvernementales, dans un climat de
tension accentuée par les rivalités ethniques et les mines antipersonnel dispersées sur les pistes
montagneuses.[7][5]
### Suites du soulèvement : Le chef du mouvement, Youssouf Togoïmi, serait mort des suites de blessures à
la fin de 2002, ce qui fragilise le MDJT et favorise sa fragmentation. Malgré quelques affrontements
résiduels, le mouvement s’essouffle progressivement, jusqu’à la signature de plusieurs accords entre
factions rebelles et N’Djaména entre 2005 et 2010, marquant la fin de cette longue insurrection.[5][7]
Ainsi, la « rébellion du Tibesti » de juillet 2001 s’inscrit dans la guerre du MDJT contre Idriss Déby,
marquant l’un des épisodes les plus vifs de la résistance toubou dans ce massif saharien.
[1]
fr.wikipedia.org - Insurrection dans le nord du Tchad
)
[2]
fr.wikipedia.org Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad
[3]
files.ethz.ch L'Afrique sans Kadhafi - le cas du Tchad
[4]
rfi.fr - Article 43155
[5]
en.wikipedia.org - Tibesti Mountains
[6]
lemonde.fr - Le colonel Kadhafi appuie la rébellion dans le nord du Tchad (1982)
[7]
smallarmssurvey.org - Tchad-Soudan-Libye (PDF)
[8]
rfi.fr - Article 70521
[9]
fr.wikipedia.org - Massif du Tibesti
[10]
voaafrique.com - Tensions dans le nord du Tchad
[11]
ritimo.org - Chronologie sur le Tchad
[12]
columbia.edu - International Crisis Group (PDF)
[13]
ecoi.net - Rapport Tchad (PDF)
[14]
voaafrique.com - Bombardement de l'armée tchadienne dans le Tibesti
[15]
openedition.org - EchoGéo (PDF)
[16]
books.openedition.org - Éditions CNRS (FR)
[17]
sinedjib.com - La rébellion berbère
[18]
en.wikipedia.org - Tuareg rebellion (2007-2009)
[19]
books.openedition.org - Éditions CNRS (EN)
[20]
en.wikipedia.org - Tuareg Rebellion (2007-2009)
(perplexity.ai octobre 2025)
Autre écho de Daniel Popp - Ennedi, un Éden au Sahara, p.54
Notre projet voit vraiment le jour début 2001 explorer la région de Koboué, retourner aux lacs que nous
connaissons peu, compléter l'exploration de la bordure méridionale un départ prévu en septembre, à la fin
de la saison des pluies. Mais une scène de contretemps menace de tout remettre en cause:
Fada a fait l'objet d'une attaque surprise en juillet par un groupe de rebelles du Tibesti repoussé
par l'armée, dont une partie s'est réfugiée sur les plateaux centraux de l'Ennedi,
Impossible d'aller à Koboué ! La plus grande confusion règne pendant quelques semaines, aggravée par les
attentats du 11 septembre. Seul le soutien sans faille des Éditions du Chêne et de Jean-Luc Marty,
rédacteur en chef de Géo, nous permettra de repartir dans l'Ennedi en novembre 2001. Avec un projet
amputé de Koboué et de la partie centrale de l'Ennedi, toujours inaccessible aujourd'hui (2002).
Sans compter qu'en octobre 1998, on est passé par la dépression d'Ouri, le wadi Yangara, Gouro, le Mourdi
qui sont en plein dans cette zone, et juste à l'aube de cette rébellion.
Bivouac vers
Imera
, avant
Massakory
, trop près d'un village. Puthod installe une frontière devant une meute de gamins hilares.