Agression dans l'Ennedi

Extrait de Daniel Popp — Ennedi, un Éden au Sahara (p. 60)

Dominique, restée en arrière pour photographier des détails de rochers, nous a demandé de ne pas l'attendre. Nous la retrouvons un peu plus tard en compagnie d'un des deux chameliers. Le plus jeune, resté sur sa monture, qui lui fait signe, la menaçant de son couteau, de lui donner son sac à dos. Dominique, très énervée, vide son sac sur le sol comme si elle lui disait Sers-toi, suivi d'un certain nombre de noms d'oiseaux montrant sa colère. L'homme semble surpris par sa réaction, agressif, mais un peu à cran, inquiet.

Je tente de calmer le jeu, faire diversion. Le matériel photographique, contenu dans un autre sac, est resté un peu à l'écart au pied d'un rocher. Le seul objet de valeur – nous ne transportons que le strict nécessaire, très peu d'argent. Visiblement, c'est ce qu'il recherche. Descendu à terre, il fouille les affaires d'un geste nerveux en répétant flouss, flouss! puis remet tout dans le sac et remonte sur son chameau.

L'autre chamelier, son frère aîné, d'une trentaine d'années, nous l'apprendrons plus tard - arrive au trot. Une maîtrise impressionnante de l'animal qui durant toute la scène lui obéira au doigt et à l'œil. La réplique parfaite d'une gravure du début du siècle figurant un Toubou effectuant une razzia dont l'expression du visage traduit la haine de l'étranger!

Pendant que Jean-Jacques refuse d'un signe de tête de donner son sac au plus jeune, je baragouine à l'autre quelques mots d'arabe, feignant l'indignation face à l'agression, pour lui faire comprendre que nous voulons régler ça avec eux devant le chef de canton. Le mot clef laisse flotter comme une indécision dans l'air...

Puis tout se déroule très vite. L'aîné baisse, relève, fait tourner son chameau dans les rochers comme s'il faisait corps avec lui, récupère le sac, le donne à Dominique, le reprend comme s'il se ravisait pour le fouiller, récupère un pagne, une petite sacoche en cuir vide, 250 francs, rejette le sac par terre avant de partir au galop, suivi par son frère.

Suite des événements : l'enquête tchadienne

Sur le chemin du camp, Ousmane, notre cuisinier, arrive en courant, une hache à la main, pour nous secourir. Ayant vu le frère aîné se diriger au trot dans notre direction, il se doutait d'un mauvais coup. Il ne les a pas croisés, ils sont passés par un autre oued! Le pauvre réalise qu'il a laissé le camp sans surveillance et repart illico dans l'autre sens.

Djibrine est parti avec Adoum, l'autre chauffeur, récupérer Philippe et Mohamed à quelques kilomètres de là. Pour nos bagages, lourds, encombrants difficiles à prendre à la volée, pas de problème! C'est le sac de Djibrine, contenant une mallette fermée à clef avec les autorisations, le budget, son passeport, toutes ses affaires, vêtements, duvet... qui a fait les frais du passage des voleurs.

Curieusement, à son retour, le vol ne semble pas l'affoler. J'irai voir de suite le chef de canton, déclencher je ne sais quel branle-bas de combat. Et que fait Mohamed! Djibrine, le premier concerné, non. D'abord la prière, le « petit déjeuner » - nous sommes toujours en ramadan. Je sens qu'ils veulent régler ça à leur rythme, « à la tchadienne ».

Nous apprendrons le lendemain que Mohamed est parti à pied en pleine nuit, sa torche à la main, suivant les traces des chameaux de nos agresseurs jusqu'au lieu où ils se sont arrêtés pour manger. Les cendres étaient encore chaudes, nous précisera-t-il, mais ils avaient repris la route, leurs traces se dirigeant vers le nord. Notre détective est rentré tard dans la nuit.

Tôt le matin, lui et Djibrine sont partis en voiture rejoindre le chef de village qui n'est autre qu'Emchi Tourougou, que je voulais revoir. Confirmant que tout ce que les voleurs ont raconté est faux, avec la description de Dijbrine et la direction de leurs traces, les a immédiatement identifiés deux frères, d'une famille de l'oued Chéguéla entre Tolli et Bachikélé.

Une famille de bandits! Le père et le grand-père soupçonnés de vols de chameaux ont déjà eu des problèmes avec les autorités de Fada. Ce n'est pas la première fois que les voyageurs ont des ennuis avec leurs fils. Tous trois sont alors partis en voiture à leur campement. Les deux frères ont commencé par nier, disant que Dominique leur avait fait des cadeaux, s'enferrant encore plus en affirmant qu'Ousmane leur avait offert le sac de Djibrine. Ils ont essayé de forcer la mallette sans succès.

« La honte sur la famille et la risée des femmes !! » nous raconte Mohamed, pas peu fier d'assumer son rôle de représentant de l'autorité de Fada.

Réflexions finales

Je suis content que notre petite aventure se termine comme cela. Je ne crois pas que nos bandits étaient si dangereux, moins en tout cas que bien des rencontres dans nos villes, banlieues ou transports en commun. Mon impression est qu'ils n'aiment pas les étrangers et, voyant une opportunité, ont tenté leur chance.

Content pour nous, mais surtout pour nos amis tchadiens. On raconte tellement que le Tchad est un pays impossible! Difficile oui, réservé exclusivement à des voyageurs avertis qui sauront comment, avec qui partir en confiance, éviter les lieux à problèmes, repousser un départ si nécessaire. Pour se rendre compte au final, selon mon expérience après cinq voyages sur place, que la plupart des gens rencontrés sont plutôt accueillants si l'on respecte leur différence, leur mode de vie.

Source : Daniel Popp — Ennedi, un Éden au Sahara , p. 60.