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Dimanche 3 janvier
Tôt le matin, des pirogues passent. « Bonjour, ça va ? » Un pêcheur s'arrête, on lui achète des petits poissons
que
Martine vide illico. On les fera cuire ce soir. Une femme passe avec du bois et une calebasse sur la tête et nous
propose
du lait. Photos, cadeaux.
On roule avec de belles échappées sur le fleuve. On traverse les villages de
Vandjiré et
Mountou. Dans cette zone, il y a une circulation intense de petites motos dont on
suit les
traces, par contre pas une seule voiture, on est bien les premiers cette année.
On arrive au bord d'un bras d'eau, la
Mayo Moura. Gros troupeau, plein de gamins qui veulent tous se faire prendre en
photo.
Jacques et Momo partent sonder le gué en traversant à pied. Ça rafraîchit juste les « coucougniettes », ça devrait
passer.
Les gens des villages sont vraiment accueillants et sympas. Un gars se propose comme guide, car après la
traversée, c'est
encore marécageux. Il monte dans le Disco avec un chibani afin de le rapprocher de ses champs.
La traversée se passe sans problème. Le guide nous laisse au village suivant et rentre chez lui à pied. Après
Ouro Modi ! Ça se gâte. On trouve la
rivière Sano
très
encaissée et profonde. Surtout vaseuse. De jeunes femmes font la lessive.
Un gars met sa moto sur une pirogue. On est carrément perplexe, d'autant plus que ce n'est pas large du tout.
Recul
jusqu'au village de
Makadié pour demander s'il n'y a pas un autre endroit pour
traverser à
cette saison. Toujours ce super accueil.
Un fort vent s'est levé. Le village est au milieu d'une grande plaine poussiéreuse. C'est très pénible. Martine en
a plein
les yeux et souffre.
Le directeur de l'école et un autre gars viennent avec nous à moto jusqu'au gué : en fait, c'est le seul passage.
Finalement, on renonce : si une voiture se plante, l'autre n'arrivera probablement pas à la sortir.
Pique-nique sous un petit arbre à l'ombre et demi-tour direction
Diafarabé où on
prendra
le bac qui nous mettra sur la piste de Djenné.
On jardine moins, puisqu'on a la trace dans le GPS. On rejoint le bord du fleuve pour un nouveau super bivouac,
après
Koa.
On se baigne. Très agréable même si pour y arriver, il faut marcher dans de la vase bien collante !
Au début, on se mouille avec les chaussures et très rapidement la vase nous les absorbe, c'est beaucoup mieux
pieds nus.
Il fait moins froid qu'hier. Nicole fait frire les poissons et Martine cuire le riz. On se régale.
Des pirogues longent la berge et passent sous notre nez « ça va ? Ça va ! » Beau lever de lune déjà un peu
cabossée, mais
toute rouge.
Lundi 4 janvier
On est réveillé par les piroguiers qui nous parlent depuis leur pirogue. Direction
Diafarabé. Beaucoup de gens convergent vers le village.
Pas mal de femmes peules aux lèvres tatouées avec calebasse sur la tête, toujours les petites charrettes tirées
par des
ânes.
Qu'est-ce que le tatouage peul ?
À
Diafarabé c'est jour de grand marché. Il se tient sur la berge du fleuve.
Beaucoup de
grosses pirogues.
Beaucoup de monde, de couleurs, de sourires. On se balade sans aucun problème avec les appareils photos. On finit
par
s'occuper du bac et on part à la recherche du baquier Amadou.
Finalement, un gars lui téléphone pour lui dire qu'il a des clients ! Traversée sur l'autre rive. On pinaille pour
trouver
la piste. Finalement, un gars nous confirme qu'on est sur la bonne piste bien qu'elle soit terriblement
petite.
Plus loin, un autre occupé à fouler des céréales avec sa charrette et son âne (il tourne en rond) court devant
nous
pendant un bon moment en pleine chaleur pour nous montrer la bonne piste, le tout avec le sourire.
Elle nous amène avec quelques tergiversations sur
Mounia. On retrouve la grande
piste en
direction de
Djenné.
Aussitôt, un Européen dans un superbe 4x4 nous interviewait sur la possibilité d'aller à
Djenné par la piste qu'on vient de quitter. À la description qu'on lui en fait, il
prend
la fuite. Dommage pour lui.
Latérite, poussière, mais piste roulante à part quelques trous piégeux. À 4 h, on décide de bivouaquer 30 km dans
la
campagne avant
Djenné pour ne pas bâcler la visite.
On est complètement à découvert et la route décrit un grand cercle autour de nous, mais on est bien tranquilles.
On ira en
ville demain matin.
Mardi 5 janvier
Au petit-déj' un gars passe avec son troupeau de vaches. Avec une perche, il casse quelques branches et fait
tomber des
feuilles des arbres. Ses vaches ont l'air d'adorer ça.
Il vient nous voir. Martine lui fait le café. Nicole et Momo lui offrent une frontale (ancien modèle, réparation
de
l'ampoule). Il a l'air très content.
Arrivée à
Djenné, le lendemain du grand marché. C'est hyper sale, très calme à
part les
vendeurs d'artisanat hyper collants. On apprendra en rentrant que le 5 novembre, soit 2 mois avant notre passage,
la
partie supérieure de la tour sud de la façade est de la mosquée s'est effondrée.
Nicole négocie une super chemise pour Momo. Le vendeur lui promet la bonne taille chez son père. Il disparaît une
demi-heure, et Nicole l'a déjà payé. Obligés d'attendre.
Il finit quand même par ramener la chemise remise à la bonne taille. On fait le tour de la mosquée (en cours de
réfection
annuelle). On prend un pot dans le même petit bar que l'an dernier.
Direction le bac. Assaillis par les vendeurs de souvenirs. Message de Manette : il neige énormément en France
(enfin !).
Son retour en Corse est retardé.
Une petite vendeuse reconnaît Martine. Jacques lui avait acheté des boucles d'oreilles l'an dernier et Martine lui
avait
fait de petits cadeaux. Elle achète une housse pour bouteilles d'eau en bogolan. Jacques et Nicole achètent un
collier.
Pique-nique avant Sévaré. La lumière sur les rizières est splendide. Au carrefour de
Sévaré, petit SMS à Laure pour lui dire que tout va bien, pas d'attente sur le
taxi…
Goudron jusqu'à
Sévaré.
Plein de gasoil. Épicerie où on achète des serviettes en papier (plus de Sopalin). Momo achète une bouteille de
whisky pas
cher. On verra bien… On file sur
Mopti.
Toujours aussi incroyable ce port. Une foule énorme, des échoppes, des pinasses, des vendeurs de tout, une
circulation de
camions et de motos infernale. Une saleté inimaginable. Tout
Mopti, quoi
!
On cherche, en vain, fruits et légumes. Finalement, on ne trouve que du pain. Direction
Konna où on voudrait négocier une balade en pirogue jusqu'au
lac Débo.
Travaux à l'entrée et dans la ville, on pinaille pour trouver le port. On y arrive juste au coucher de soleil avec
tous
les sacs plastique en contre-jour tel un champ de fleurs !
Jacques et Momo commencent des négociations avec un pinassier. Ça n'aboutit pas. Il se fait tard, on part
chercher le
bivouac avant la nuit. Pas facile, les champs sont pleins de rochers.
Momo suspend son Land sur le pont avant et appelle au secours pour sortir de là. On réfléchit à cette balade sur le
lac Débo et décidons de retourner discuter demain. Vu les délais depuis Konna (7 h
aller +
7 h retour), on partirait deux jours.
Mercredi 6 janvier.
Ce matin, le gardien des travaux sur la route d'à côté qui nous avait repérés vient boire le café ! Des petits
bergers qui
ramassent des bouts de bois s'approchent timidement.
Martine donne des petites voitures à ces gamins : les sourires font le tour de la tête ! Retour au port.
Renégociations
laborieuses pour le prix et finalement, on s'entend, repas compris, nuit dans le sable pour 115 000 CFA.
(175 €)
Le piroguier est en fait le gardien de la pirogue qui appartient à un organisme scientifique européen. Il prétend
devoir
obtenir l'autorisation…
Jacques leur a montré des capitaines dans les caisses de pêcheurs voisins en exigeant les mêmes pour le voyage. On
prépare
très vite notre paquetage et… on attend 2 h que la pinasse soit prête ! Le cuisinier n'est parti acheter les
ingrédients
et ses paquets qu'après le paiement de nos arrhes ! Ah l'Afrique !
Les voitures restent sur le port sous bonne garde paraît-il chez le grand frère du piroguier. Alors là, vraiment,
c'est
chouette … Un petit canal qui a manifestement été dragué nous amène au grand fleuve.
Le début est parsemé de
villages bozos en glaise grise du fleuve, puis les
villages peuls prennent la suite avec des cahutes en tissus multicolores et
flashy.
Pirogues de pêcheurs, oiseaux. Belles couleurs, beaux éclairages, beaucoup de vie, car plein de bétail sur les
rives.
On assiste à la traversée des troupeaux. On en avait tant parlé aux Badoil que l'on se considère comme chanceux
d'en voir
un. Puis, on découvre que ces traversées sont relativement banales, avec continuelles. Le spectacle n'en est pas
moins
saisissant.
Les vaches nagent avec juste la tête et parfois les cornes qui sortent de l'eau. Grande effervescence autour de
cette
épreuve. Le berger mène souvent la danse lui-même en nageant devant.
Les campements peuls sont rudimentaires, mais bien organisés. Il y a quelquefois un grand bâton et une antenne
râteau pour
la télé ! Les tentes sont faites de nattes et de perches.
Tout se démonte pour transhumer. Quel bonheur de voir ça ! On mitraille. Jacques et Nicole traquent le
martin-pêcheur. À
notre passage, les gens sont bienveillants.
Repas de midi sur le bateau. Peu après le départ, nos deux gars ont acheté du poisson à des pêcheurs en pirogue.
En
souvenir de la dureté de la négociation, Jacques est invité à apprécier la taille du capitaine lors de
l'achat.
Et c'est là que Jacques comprend sa bêtise : il insistait, jusqu'à se fâcher, pour que le poisson soit gros et
acheté
avant de partir, pensant ne plus en trouver ensuite, alors que c'est l'exact contraire : plus on s'écarte de
Konna, plus le poisson est bon marché et abondant à cause du transport
!
Le cuisinier nous a mijoté un riz et un ragoût de poissons avec oignons, choux, poivrons : délicieux et copieux.
Thés très
sucrés. Arrivée au
lac Débo après environ 7 h de pirogue. C'est
superbe.
Son entrée est marquée par 2 montagnes de part et d'autre du fleuve. Il prend alors vraiment une allure de mer
intérieure.
De très nombreux pêcheurs attendent courbés et sans bouger, un fil tenu à la main. Les prises ont l'air très
nombreuses et
souvent énormes.
Mais ces poissons ne valent rien tant qu'ils ne sont pas transportés en ville. On voit bien de nombreux
congélateurs sur
le bord du fleuve, mais sans électricité et avec une distribution de glace aléatoire, je ne sais pas dans quel
état les
poissons sont livrés.
On rachète à l'un d'eux un nouveau capitaine pour le soir. On accoste sur une plage. Splendide coucher de soleil,
feu sur
la plage, repas sur le bateau (même menu qu'à midi, même plaisir). Nos deux gars sont vraiment très sympas et
attentionnés. Dommage, ils ne parlent que très peu français. Ils sont
Bozos et
nous ne
parlons pas
bozo.
Le lac est complètement étale et les milliers d'étoiles descendent jusqu'à l'eau qui prend la suite avec son
miroir. Une
soirée magique se prépare.
Voir le récit de l'arrivée de René Caillié sur le lac Débo.