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Jeudi 7 janvier
(Suite)
Nuit d'enfer : des milliards de moustiques. On avait une natte et une petite mousse comme matelas. Nos
sacs de couchage, hyper chauds dans lesquels il a fallu rester enfoui pour échapper aux prédateurs.
Nous avons transpiré et étouffé toute la nuit… On avait bien prévu de visiter ce lac, mais en partant de
moins loin.
Le changement d'itinéraire, dû à la hauteur de la crue, a considérablement rallongé la distance en
bateau. Nous avons dû y consacrer deux jours et une nuit. Il eût été simple de
France
d'amener une moustiquaire, mais nous avons cru pouvoir nous en passer. Regrettable erreur.
Petit déjeuner sur le bateau, Nescafé et pain nature. Départ à la fraîche. Nombreux verres de thé très
sucré. Nuées d'oiseaux, l'éclairage est plus difficile pour les photos.
À midi, on mange à midi à bord, devinez quoi ? Ragoût de poissons et riz… Arrivée à
Konna
le jour du grand marché (décidément)… ça grouille ! Il fait chaud.
On quitte notre équipage en les remerciant beaucoup. Jacques, pour atténuer l'âpreté de sa négociation,
leur offre un petit supplément. Petits cadeaux pour les enfants.
On quitte rapidement ce village populeux et poussiéreux. Adieu le fleuve Niger ! Direction
Douentza
, première petite halte à l'ombre pour remettre un peu d'ordre dans les voitures.
Douentza
: à la station-service, on refait le plein d'eau des réservoirs internes. Jacques sort son super tuyau en
tissu, aidé par trois gars bien dégourdis.
On leur offre des bics ainsi qu'à un petit écolier, simplement parce qu'ils sont aimables, serviables et
souriants.
Courses au petit marché, pas loin de l'hôpital où Martine avait consulté en ophtalmo l'an dernier.
Tomates, aubergines, bananes, pommes. On roule à la recherche d'un bivouac.
Zones de cultures, d'arbres pas faciles. On jardine et on tombe sur une équipe de gars qui ont l'air de
braconner des arbres et qui nous semblent patibulaires mais presque.
On s'écarte et finalement, on trouve un beau terrain plat, sans herbe, assez loin de la route. Bonne
douche, quelques gros vers volants tournent autour de la lampe.
Le whisky de Momo que Martine garde au frais dans le frigo ne leur paraît pas mauvais du tout. On reçoit
des messages de Laurence. Il pleut énormément au Maroc.
Vendredi 8 janvier.
Goudron jusqu'au
Hombori Tondo
. Ce matin, on a eu la visite du « garde de la protection de l'environnement » étonné de nous voir ici.
Aimable, il lutte contre le déboisement et surveille les coupeurs malveillants.
Une dizaine de petits gamins nous regardent de loin, sages : bonbons. Arrêt au
doigt de Fatima
pour les photos. Les belles montagnes du
Hombori
commencent à border la route. Arrivée vers 11 h 30 à
Hombori Tondo
.
On décide de commander un morceau de méchoui sur le marché. Le cuistot dit une demi-heure pour le faire
cuire. On part voir l'artisanat à la sortie du village. Il y a aussi le bureau des guides et un petit
resto.
Les étudiants qui traînent par là se proposent comme guides (surtout pour les éléphants). La structure
pour rendre les éléphants du
Gourma
accessibles aux touristes s'installe.
Un premier artisan, spécialisé dans les boîtes en cuir, nous fait une belle démonstration sur ses talents
d'artisan. Dans une autre boutique beaucoup plus confuse et sombre, on trouve une belle collection de
statuettes en bois.
Achat de babioles, une boîte en cuir et un masque pour Nicole et Momo. Une antilope emblème du
Mali
pour Jacques. Le but initial était d'aller manger le méchoui en pique-nique dans la pampa, finalement, on
décide de manger notre viande au petit resto à l'ombre.
On commande des spaghettis et des boissons. Les guides restent pour discuter avec nous. Un Australien et
son frère américain arrivent dans deux voitures avec deux chauffeurs, un troisième gars et un colonel(?).
Ils font un reportage sur la protection des éléphants. On repart enfin vers 2 h 15, on s'enfonce dans le
massif du Hombori
.
La première partie nous est bien connue et sans difficulté jusqu'à
Kissim
. On passe à côté du plus haut sommet du
Mali
, le
Tondo
à 1 100 m.
Le Victoria, vers huit heures du soir, s'était avancé de plus de deux cents milles à l’ouest; les
voyageurs furent alors témoins d’un magnifique spectacle.
Quelques rayons de lune se frayèrent un chemin par une fissure des nuages, et, glissant entre les
raies de pluie, tombèrent sur la chaine des
monts Hombori
.
Rien de plus étrange que ces crêtes d'apparence basaltique; elles se profilaient en silhouettes
fantastiques sur le ciel assombri ; on eût dit les ruines légendaires d’une immense ville du Moyen
Âge, telles que, par les nuits sombres, les banquises des mers glaciales en présentent au regard
étonné.
— Voilà un site des Mystères d'Udolphe, dit le docteur; Anne Radcliff n'aurait pas découpé ces
montagnes sous un plus effrayant aspect.
— Ma foi ! répondit Joe, je n'aimerais pas à me promener seul le soir dans ce pays de fantômes.
(Jules Verne - Cinq semaines en ballon - p.324)
voir le récit d'Heinrich Barth à cet endroit ?
De là, on part à l'inconnu en direction d'un obstacle pénible, de gros rochers. Après quelques
pinaillages et détours, des villageois peu communicatifs nous renseignent et on trouve un contournement.
On roule alors sur un sentier dans de grandes herbes jaunes, ambiance savane parsemée de quelques
arbustes. Le décor est splendide et l'association des couleurs irrésistible.
Un petit
village songhaï
en pierres couleur de montagne et campements de Peuls de huttes hémisphériques recouvertes de chaume. On
s'arrête souvent, demandant la direction.
Tous très serviables, même si la communication n'est généralement pas facile. Rencontre sympa avec un
homme au chapeau pointu qui, malgré 2 mariages, n'a « jamais gagné d'enfants ». Montagnes grandioses :
blocs de rochers verticaux, couleur ocre, malgré un ciel un peu laiteux.
On trouve une plaque de terre sans herbe en forme de boomerang idéal pour le bivouac à deux voitures. Le
vent se lève. Ratatouille et restes du mouton de midi que Martine dégraisse. Pastèques.
Samedi 9 janvier
Cette nuit, le vent a beaucoup soufflé avec parfois de fortes rafales. De petits bergers et un vieux nous
attendent au saut du lit. Difficile de s'isoler pour les besoins naturels… Au bout d'un moment, les
gamins repartent. Le vieux reste.
Martine lui offre un cachet de Doliprane (chaque fois qu'on s'arrête on nous demande des médicaments !)
et une casquette. Il repart content avec en plus une bouteille en plastique et un pot de Nescafé vide.
Bien précieux dans ces contrées désolées. Nombreux arrêts dans des villages. Photos. Martine photographie
peu.
Elle laisse les trois autres le faire. Pourtant, c'est beau malgré des lumières décevantes. Le vent
souffle fort. Arrêt au
village de Tabi
au pied de la
montagne Tabi.
Accueil chaleureux de la population et de trois instituteurs.
On leur donne des bricoles pour l'école (180 enfants environ répartis en six cours et trois classes)
pique-nique un peu à l'abri du vent. On approche de
Boni
. Les petites motos passent au loin. Certaines viennent nous voir « ça va ? Ça va ! »
L'un d'eux discute un peu plus longtemps et se présente comme un gros intermédiaire en souvenir pour
touristes. Il prétend revenir d'un mariage et n'a pas son stock, mais si nous souhaitons acheter 10 000
colliers, c'est sans problème.
On lui répond qu'on en a déjà 10 000 ! Finalement, aujourd'hui, on a trouvé de bonnes pistes. On propose
à Momo et Nicole de rejoindre notre beau bivouac de l'an passé dans cette zone, devant
l'Ogui
, bien que nous ne soyons qu'au milieu de l'après-midi.
Nous nous réinstallons sous de petits arbres avec vue superbe sur les montagnes. Écriture, jeux, douche.
Ce soir Martine est un peu brassée et a quelques problèmes intestinaux. Elle fait diète. Le vent est
tombé, la température est idéale. Elle a envoyé un SMS à Enzo pour son anniversaire.