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Jeudi 24 décembre
(suite)
Au départ du bivouac, on tombe sur une voiture de la gendarmerie. On discute. Ils sont très sympas. Le
chef nous demande un numéro de téléphone. On roule vers
Lekcheb
.
Les gendarmes nous arrêtent pour nous donner leur numéro de téléphone. Plus loin, ils nous arrêtent
encore pour nous demander notre itinéraire. Ils sont de moins en moins chauds et souhaiteraient vivement
qu'on rebrousse chemin : en fait, ils ne connaissent pas le coin où on veut passer : ils sont
d'Aleg
! Jacques montre la carte puis le GPS au chef.
Finalement, on leur promet de leur téléphoner le soir pour donner notre position. On s'arrête à un puits
en pleine activité. Bon accueil, petits cadeaux, photos.
Une vieille dame qui avait reçu de Laurence une jupe l'a dépliée et constaté qu'elle était déchirée. Elle
rouspète un peu. Martine lui propose une petite trousse de couture avec fils et aiguilles. Elle refuse et
prétend que c'est à nous de réparer le tissu.
Martine s'exécute et lui offre le nécessaire à couture. Un peu plus loin, un gros camion Mercedes est en
panne. Une Toyota nous a doublé il y a quelque temps. On la retrouve auprès du camion qui a cassé son
vilebrequin.
Le Toy en rapporte un tout neuf. Un peu de réticences au début pour les photos, ils veulent surtout
cacher leur visage. Le camion est complètement bâché, il y a sans doute quelque chose de louche…
Pique-nique sous les acacias avant
Lekcheb
. Des gens qui vivent dans des kaïmas pas loin viennent nous voir : cadeau ! Cadeau ! Il y en a un qui
réclame sans arrêt.
Lekcheb
, village très modeste de baraques désolées, dans un grand dénuement. Laurent et Laurence ont préparé du
matériel scolaire pour l'instituteur qu'ils avaient déjà rencontré en 2006.
Hélas ce sont les vacances et il n'est pas là. Finalement, ils donnent tout à un policier et le charge de
tout remettre à l'instituteur.
Après de nombreuses discussions infructueuses pour trouver un guide qui nous emmène à la falaise, un
vieux du village, le seul qui parle français, nous explique que la piste est très simple et qu'on peut la
rejoindre à 50 m du village : il nous place les roues dans les traces et Laurent lance sa machine.
À l'approche de la falaise, rencontre avec des chameliers qui viennent de la monter : discussion juste à
côté de drôles de champignons rocheux qui n'ont rien à faire là.
Arrivée au bord de la falaise, super point de vue ! Le
Tarf Tikikatène
avec ses rochers noirs et ocres, sable et herbe vert tendre.
On domine une grande étendue de sable à 180°. Photos, balades. Jacques s'absente 1 h. Pour aller faire
des photos au bout du Tarf. On descend par un défaut de la falaise dans le sable. On roule vers l'ouest
en la longeant.
La Passe de Mounéréïbat : C'est le point de friction principal de l'étape Néma/Kiffa, lors du
Paris-Dakar 1988 ou 1989. Il s'agit d'un défilé étroit et très rocailleux dans le massif du Tagant. Le
trouver nécessitait une navigation au cap précise pour remonter sur le plateau de Lekcheb (ou dans sa
zone immédiate) avant de rejoindre la ville étape de Tidjikja. Si un pilote ratait cette passe (ou si
la piste y menant n'était pas claire), il était perdu dans un labyrinthe d'oueds et de falaises.
(Christian Van Ryswyck, un observateur clé du Dakar)
Bon : nous, on l'a descendue, pas remontée ...
C'est la
Passe de Mounéréïbat
. Laurent nous trouve un magnifique coin de bivouac dans une petite conque au pied de la falaise. Sable,
arbustes : la nuit de Noël s'annonce belle.
Jacques et Martin montent sur le plateau d'où ils dominent tout l'erg. Excellente soirée. Françoise et
Jacques nous ont amené une fondue savoyarde faite avec du fromage du nouveau magasin du fils de Jacques.
Petit sapin, petits cadeaux, gros apéro. La fondue délicieuse est très appréciée. Petit dessert préparé
par Laurence et Nicole. Musique d'ambiance. On rit beaucoup.
Vendredi 25 décembre
Au départ du bivouac, on roule dans le sable. On trouve une belle descente (sans doute assez difficile à
remonter) qui nous amène sur du sable plus dur. Jacques depuis l'arrière signale par VHF à Denis qu'il y
a le
Puits Sapti
dans la zone.
On sort de la piste. Arrêt près de concrétions blanches aux formes étranges. La pierre est légère comme
du polystyrène. On roule toute la journée plein ouest. À plusieurs reprises, le sable rejoint la falaise,
ce qui ne nous oblige à pas mal d'acrobaties.
Succession de pistes poussiéreuses, de fesh-fesh, de mélange de cailloux et d'herbe à chameaux.
Pique-nique adorable près d'un puits sous des palmiers. On profite de l'eau pour se laver les cheveux.
Encore beaucoup de poussière cet après-midi. Arrêt près d'un village de tentes qu'on n'avait pas vu.
Hommes, femmes et enfants. Photos. Cadeaux. Les jeunes filles sont ravissantes.
Vers 5 h, on arrive au pied du
Tarf Taskass
. Bivouac derrière des arbustes assez près de la piste.
Jacques, Denis, Laurence et Martin partent faire l'ascension du
Tarf Taskass
. Un chemin bien tracé serpente dans les caillasses noires.
Il a vraisemblablement été tracé pour passer des voitures, mais maintenant, il est complètement défoncé.
Il y a quand même une vieille carcasse de bagnole écrasée en plein milieu de la pente (Paris/Dakar ?).
Point de vue magnifique et instants de sérénité. Martine est restée avec Laurent et ils ont refait le
monde. Les autres profitent du calme de l'endroit.
Samedi 26 décembre
Descente de l'
Oued Taskass
. Un vieux projet se réalise : celui du voyage en 2006 avec les Guffond que Jacques a abandonné pour
rester près de sa mère.
Le ciel est un peu blanc, il fait chaud. Beaucoup de puits avec des hommes et du bétail. On passe pas mal
de temps près d'eux.
Au premier –
en Ghaïchot
– l'eau est tirée par un chameau.
Au deuxième -
Bel Maïzat
– par deux ânes rétifs. Les gars sont sympas. Ça rigole. Denis a droit à un tour de chameau. Un bel
étalon s'échappe et nous donne droit à une formidable course pour le rattraper. On achète un soutif de
chamelle : capuchon en corde qu'ils mettent aux chamelles pour empêcher les petits de téter. Ça déclenche
une frénésie d'achat qui conduit immédiatement les chameliers à une dramatique rupture du stock. Ça va
être la fête ce soir chez les chamelons.
Zone d'herbes sèches, calotropis et grands acacias. On s'écarte un peu de la piste pour le pique-nique en
direction de plusieurs palmiers bien tentants. Le disco s'enterre, grattant le sable méchamment avec ses
pattes avant.
Tentatives infructueuses de Momo qui le suivait et qui se plante aussi. Laurent remonte la bosse à la
rescousse et catapulte les deux véhicules…
À la fin de l'
Oued Taskass
, on trouve un grand barrage et des zones d'irrigation qui nous barrent le passage à l'est. On descend un
peu trop sud et faisons un grand crochet pour remonter vers un village.
On demande notre piste à des gens très sympas qui nous l'indiquent très simplement. Après Bathet Dhenaba,
au passage d'une forêt d'acacias, on cherche un bivouac.
Tous les coins proposés ne plaisent pas. Laurent nous emmène droit vers les dunes et nous propose une
cuvette magnifique où Jacques se plante. On bivouaque finalement au pied de la dune dans un endroit assez
sympa malgré le cram.
Dimanche 27 décembre
On continue la route direction de
Tamchekett
, à la recherche de mares à crocos. On retrouve la grande piste qui va de
Tamchekett
à la Route de l'Espoir.
On se gare à l'entrée du village. Aussitôt la police devant laquelle on est passé sans la voir nous
assaille. Mais les choses s'arrangent très vite. On part dans le village pour faire le marché.
Petites ruelles ensablées. Maisons basses, tout le monde fait son commerce devant son pas de porte. En
fait, ils vendent tous la même chose, c'est-à-dire pas grand-chose pour nous…
Nous levons le camp par un léger vent d'ouest sous le ciel tendu de nuages couleur de cendre prêts à
crever. Toute la matinée, une pluie fine, obstinée, tombe, finissant par percer les vêtements. Enfin,
vers 11 heures, le ciel se nettoie peu à peu et le soleil triomphe des brouillards.
Nous traversons le « tamourt » (mare d'hivernage boisée) de Tarfafet, puis longeons le tamourt de
Tamchakett, continuation du précédent, qui souligne ses sinuosités d'une haute et sombre sylve,
touffue, verdoyante, où dominent les mimosées, parmi les herbes jaunes, les gros arbres à feuilles,
les troncs bancroches des acacias enguirlandés de lianes parasites.
On y voit aussi les « téchot » (balanites aegyptiaca), qui portent une amande dont la pulpe (« tougha
») est comestible; les « adress » à la gomme (« mounaz ») très inférieure; les « gonakié » (« amour
»), très élevés, aux longues épines, aux fruits et gousses qui contiennent 30 % d'un excellent tannin,
au bois rouge, très dur, que les termites n'attaquent pas; les « céder », jujubiers dont les Maures
mangent les fruits.
Tamchakett, au nord de l'Affollé, n'est qu'un modeste village de maisons cubiques en terre, qui s'est
créé lors de la construction du poste. Ses 150 habitants se composent pour la plupart de familles
groupées autour de goumiers et d'employés de la subdivision et du poste.
Lt Colonel de Burthe d'Annelet - Du Sénégal au Cameroun - 1932-1935 (T1 p.169)
On achète quand même du pain et de délicieux beignets. Les gens sont accueillants, souriants, aucun
problème pour les photos. Même les femmes sont ravies.
On contourne difficilement la dune contre laquelle est adossé le village. Il y a une grande mare avec
plein de petits crocos. Laurent jubile. Des gamins, du bétail, des vieux. Belle ambiance.
On charge un vieux guide qui doit nous emmener vers une autre mare à crocos. En fait, Laurent se retrouve
avec trois guides dans sa voiture. Martin n'a plus de place et s'accroche au Land de Momo.
Magnifique endroit. Grand lac. Immenses arbres qui font de belles ombres. Troupeaux de chameaux, de
vaches, de chèvres, d'ânes qui se relaient pour boire. Des bergers.<
On s'installe à l'ombre avec vue sur la mer. Laurent débarque Laurence et ramène les guides jusqu'à
Tamchekett
et retour. Pique-nique.
Les bergers nous regardent, on leur donne du chocolat, des biscuits. Un vieux parle très bien français et
il nous donne le nom du marigot :
Tagtafet
et même le nom de la passe ensablée de la falaise :
Mounéréïbat
. Il nous explique aussi que nous sommes le long d'un fleuve de 500 km qui vient du sud-ouest et qui va
se perdre dans les sables.
L'eau y est abondante une grande partie de l'année. Puis il ne reste que quelque petites mares boueuses.
Finalement, on reste toute la journée dans ce coin magnifique, magique.
Certains font le tour du lac à pied, plein d'oiseaux (peu de crocos). Jacques est parti devant, Laurent
en suivant ses traces « s'enchorbatte » dans la glaise et Laurence est obligée de participer au nettoyage
des pompes.
D'autres restent à lire à l'ombre. À la tombée du jour, très beaux reflets dans l'eau. Les couleurs de
fin d'après-midi sont sublimes.
Laurent part à la recherche du bivouac. Il nous place sur le sommet de la dune qui surplombe le lac et on
y fête le Nouvel An, car demain, on se sépare.
Les trois voitures blanches remontent au nord, car leurs vacances sont finies et les 2 autres descendent
au sud. Apéritif dînatoire. Plein de toast, foie gras, etc. Apéro, champagne, dessert, chocolat… Super
bonne ambiance.
Lundi 28 décembre
Au petit matin, la vue sur le lac est belle belle belle ! On retourne faire un petit pèlerinage au bord
du marigot.
Une halte à
Tamchekett
où tous les crocos se dorent au soleil, on encape la grande piste. Dernier pique-nique. On recherche
méticuleusement un bel emplacement digne d'un tel voyage. On est un peu triste de se séparer.
On rejoint la Route de l'Espoir Entre
Kiffa
et
Tintâne
. Trois voitures partent à l'ouest et les deux autres à l'est…
Pleins de gasoil à
Ayoun el Atrouss
, eau pour Nicole et Momo, quatre bananes pour nous.
Ville « hyper crade ». Beaucoup de contrôles le long de la route. On n'arrête pas de distribuer des
fiches : « pas de problème, mais soyez vigilants » on a même cru qu'on devrait dormir à un poste de
gendarmerie.
C'est la zone où se sont fait enlever les deux Italiens il y a quelques jours… Bivouac dans de petits
acacias hyper agressifs, mais on est bien planqués de la route.