Arrivée sur le lac Débo : L'océan intérieur
Extrait du récit de voyage de René Caillié – Voyage à Tombouctou (1824-1828), T. II p. 182
Premières vues du lac Débo
Au nord-nord-est de l'île Marie-Thérèse, on voit une côte ou montagne de cinquante à soixante brasses d'élévation elle est composée de terre rouge et de grosses roches poreuses de même couleur; quelques pêcheurs se sont établis sur le penchant de cette montagne, qui est extrêmement aride.
On voit la terre de tous les côtés du lac, excepté à l'ouest, où il se déploie comme une mer intérieure .
En suivant sa côte nord, dirigée à peu près ouest-nord-ouest, dans une longueur de quinze milles, on laisse à gauche une langue de terre plate, qui avance dans le sud de plusieurs milles; elle semble fermer le passage du lac, et forme une espèce de détroit. Au-delà de cette barrière, le lac se prolonge, comme je l'ai dit, dans l'Ouest à perte de vue.
La barrière que je viens de décrire divise ainsi le lac Débo en deux, l'un supérieur, l'autre inférieur. Celui où les embarcations passent, et où se trouvent les trois îles dont j'ai fait mention, est très grand; il se prolonge un peu à l'est, et est entouré d'une infinité de grands marais; on aperçoit la terre de tous côtés.
Navigation et Majesté du Lac
Lorsque nous fûmes entrés dans le premier, jusqu'au milieu, trois des grandes embarcations tirèrent des coups de fusil pour saluer ce lac majestueux, et l'équipage de chaque embarcation criait de toutes ses forces Salam! Salam! en répétant ce cri plusieurs fois. Nous nous tenions éloignés des rives de l'est, et l'on naviguait avec beaucoup de précaution. Les eaux étaient claires et paisibles; le courant n'était presque pas sensible; il y avait, dans l'endroit où nous passions douze à treize pieds d'eau: les pirogues n'allaient qu'à la rame, et très lentement. Je ne pouvais revenir de ma surprise de voir dans l'intérieur du pays un aussi grand volume d'eau ; il avait quelque chose de majestueux.
Vers cinq heures du soir, nous arrivâmes devant Gabibi , petit village de pêcheurs, situé sur la rive droite du lac. Les cases de ce village sont en paille, et de forme ronde. Depuis l'embouchure, nous avions fait route au nord-est; nous passâmes très près de l'île Marie-Thérèse, sur laquelle je remarquai de très beau granit de couleur marron clair; nous quittâmes Gabibi. Au coucher du soleil, je vis, pour la première fois depuis mon départ de la côte, cet astre disparaître dans une sorte d'océan .
Nous suivîmes ensuite la côte, à quelque distance, dans la direction de l'ouest-nord-ouest; les mariniers poussaient, en chantant, la pirogue à la perche. On aperçoit de gros blocs de granit. Vers onze heures du soir, nous fîmes halte devant Didhiover , grand village habité par des Foulahs, qui n'ont que des cases en paille, de la forme de celles des Foulahs pasteurs. Quelques nègres allèrent au village acheter des giraumons. Nous ne pûmes nous procurer une seule goutte de lait.