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Jeudi 23 octobre
Lever à 5 h 30, je vois le soleil pointer quand je me lève. Grand beau et vers huit heures déjà grand chaud.
Jacques prend la tête. Passage de cailloux et de sable. Très roulant. Direction le nord du
Gilf el-Kebir
. On est passé en
Égypte
.
À midi, on est à l'entrée du
Wadi Abdel Mellick
. L'idée est d'aller voir si ça sort au bout à 80 km. Comme certains risquent de ne pas avoir assez de
gasoil, quatre voitures partent en reconnaissance. Les trois Lands et le Toy rouge.
Grand Wadi plein de traces et même une piste parfois.
On est sûr que ça doit sortir. Après deux heures, on arrive à un cul-de-sac : c'est barré, rochers et sable
qui mènent à un plateau où il y a quelques vieilles traces de voiture qui ont dû passer en trial.
On part à pied pour voir au-delà de la barrière, et on voit clairement le passage, à condition de franchir
cette zone de montée en sable mou truffée de blocs coupants mortels pour des pneus dégonflés.
On préfère ne pas prendre le risque de casser les voitures (Pascal aurait bien tenté le coup ! Ah, jeunesse
!)
Je découvrirai plus tard, avec l'apparition de Google Earth, que ça passe un peu plus à l'ouest. Manque de
temps pour trouver la passe « à l'ancienne », pressés par des copains qui n'ont pas voulu respecter les
consignes d'autonomie…
On téléphone aux autres (on a 2 téléphones Thuraya satellitaires dans le groupe).
On les prévient qu'on bivouaque (le soleil se couche) et qu'on les rejoindra le matin le plus tôt possible.
On prend une branche du wadi pour aller à
Zerzura
(20 km) oasis mythique.
Nous n'avons pas non plus eu le temps de rentrer dans le vallon de
Zerzura
, qui démarre juste à l'est de notre bivouac…
Dans les profondeurs du désert libyque, bien au-delà des pistes tracées par les caravanes, là où le sable
engloutit les pas et où le vent murmure en langue ancienne, on raconte qu’il existe une oasis oubliée des
cartes, appelée
Zerzura
.
Ce lieu légendaire serait une cité blanche, nichée dans une vallée cachée entre des falaises noires comme le
basalte. Les hommes du désert la surnomment la « ville des oiseaux », car ses palmiers seraient si hauts, si
chargés de fruits, que les nuées d’oiseaux s’y posent comme sur un palais suspendu.
Les anciens disent qu’on y entre par une porte gardée par des statues d’aigles, ou par des guerriers
silencieux aux épées brillantes comme l’eau. La population serait étrange – à la peau claire, aux yeux
clairs – et vivrait dans une paix silencieuse, loin du tumulte du monde. L’eau y coule douce, les dattiers
ploient sous les fruits, et l’or, dit-on, scintille sous le sable, à même la main.
Mais
Zerzura
se mérite. Ceux qui l’ont cherchée ne sont jamais revenus. D’autres ont prétendu l’avoir vue, entre deux
mirages, juste avant de sombrer dans la folie ou de disparaître dans les sables. Quelques rares explorateurs
affirment l’avoir approchée – mais leur voix tremble quand ils en parlent, comme si quelque chose les
retenait de dire toute la vérité.
Zerzura
, dit-on, choisit ceux qu’elle accepte. Et parfois, ce qu’elle donne vaut moins que ce qu’elle prend.
J'ai été contaminé par mon copain Mario, amoureux fou de cette oasis, qui m'a donné envie de venir voir sur
place…
En fait un grand canyon sec. Beaucoup d'arbres morts. Quelques petits acacias encore verts. Nous sommes à
l'entrée, étroite, que les bergers barraient de branchages pour y emprisonner les troupeaux laissés sans
surveillance.
Dans cette ville, tu trouveras des dattiers, des plantations de vignes et des eaux courantes. Suis le
wadi et monte jusqu'au moment où tu arriveras dans un autre wadi qui s'étend vers l'ouest entre deux
collines. Là, tu tomberas sur un sentier qui te mènera dans la cité de Zarzura. Tu te trouveras devant
des portes fermées. La ville est blanche comme une colombe. Au-dessus du portail, tu trouveras un oiseau
en pierre. Étends ta main vers son bec et saisis les clés, ouvre et entre dans la ville. Tu verras de
grands trésors et le roi et la reine qui sont endormis au château. Ne t'approche pas d'eux, mais prends
les trésors. Que la paix soit avec toi!
D'après un vieux manuscrit en dialecte égyptien trivial appartenant à E.A. Johnson Pacha
(Ladislaus E. Almásy – Sahara Inconnu – p.94)
La légende de l'oasis de Zerzura ?
Premier survol du wadi par le comte Lászlaus Ede Almásy de Zsadány (1932)
Bivouac avec nos deux compères Tony et Mireille qui sont des moulins à paroles, sympas, mais les décibels
nous écrasent.
Je regarde les copains abasourdis, écrasés au fond de leurs fauteuils par ces 2 tornades blanches.
Le
wadi Abdel Mellick
est très beau, très large. Assez roulant, les montagnes ne sont pas très hautes, mélange de cailloux et de
sable. Conique ou tabulaire.
Vendredi 24 octobre
Lever très tôt. Il fait à peine jour. Petit déjeuner rapide, on décolle pour rejoindre les autres le plus
tôt possible.
C'est magnifique de rouler dans ce wadi aux lumières du levant. Couleurs tendres roses orangées.
Après 1 h 1/2 on retrouve les autres à l'entrée du wadi où ils ont passé l'après-midi et la nuit. Ils ont eu
plein d'aventures : Momo a failli virer sur les portes dans une descente à la con et Alain s'est fait une
aile de Jacky le taxi dans une manœuvre de bivouac : Jacky veut faire un constat !
On décide de contourner le
Gilf el-Kebir
par l'ouest. Depuis Jalu, on est sur mon projet, étudié à partir des photos satellites de la Nasa.
On repasse en
Libye
. Piquets plantés dans un bidon, la frontière avec l'
Égypte
! On zigzague sur des terrains plats, sable ou cailloux, avec le
Gilf
à gauche.
On retourne en
Égypte
. Il fait hyper chaud. On se fait un petit coup de clim' d'une demi-heure pour se requinquer.
Mais finalement, je préfère rouler les fenêtres ouvertes. Tant pis pour la chaleur.
On pique-nique à l'ombre d'une grande falaise pleine de graffitis en arabe. Coin déjà utilisé et donc pas
très propre.
On part voir la
Grotte des Nageurs
. Deux grottes avec des peintures rupestres dont des petits nageurs, dans le
wadi Saura
. Représentation quasi unique de nageurs dans les peintures répertoriées au
Sahara
.
La grotte des nageurs du wadi saura en Égypte ?
Malheureusement, il y a eu beaucoup de dégradations (humaines).
Petite pause à l'ombre dans un canyon en attendant Jacques et Christian D. qui sont allés crapahuter dans
les rochers.
On se dirige vers des rochers dont on a le point pour bivouaquer :
Two Rocks
, trois gros blocs (je ne sais pas qui a traduit, mais ce n'est pas terrible) au milieu d'une plaine
sablonneuse. Petite veillée autour du feu.
Pendant la nuit le vent forcit. Ça rafraîchit. Je dors bien.
Depuis
Jalu
qu'on n'a pas rencontré âme qui vive !
Samedi 25 octobre
Départ de bonne heure. Je ne donne plus l'heure, car la moitié du groupe est à l'heure française, l'autre à
leur tunisienne et on va encore changer bientôt. Quelques quiproquos…
On continue à longer le
Gilf
, on passe au large de la passe d'accès vers le
Wadi Hamra
où nous n'irons pas : manque de gasoil pour certains et risques de tomber sur la police ou les militaires
égyptiens, jamais très commodes.
Voici un extrait romancé inspiré des mémoires d’Almásy, décrivant l’ascension du Aqaba Pass, ce col qu'il
emprunta pour gagner le plateau depuis le wadi Hamra :
Dans l’écrin rougeoyant du wadi Hamra, Almásy et ses compagnons gravissent d’abord un sentier étroit tracé à
travers des vallées de sable et de roches noires. Là, il repère un étroit passage escarpé, richement
abandonné par la nature elle-même : le Aqaba Pass, qu’il nomme aussi le « steiler Anstieg » — la montée
abrupte
Ils entament l’ascension, côte à côte avec leurs jeeps, l’effort se mêlant au silence oppressant du désert.
Les premières pentes exigent une précision presque géométrique :
« Il faut virer, reculer, reprendre en marche avant, tout le long de ce couloir de sable serré entre deux
falaises. »
Une fois au sommet, le panorama s’offre à eux dans toute sa majesté : à leur droite, le plateau du Gilf
el-Kebir s’étend, silencieux et imposant ; à leur arrière, le wadi Hamra, étincelant de ses derniers reflets
rouges, leur murmure que le sud s’éloigne.
Cette montée, gravée dans leurs esprits, devient la voie royale pour conquérir le plateau, bien qu’elle
reste secrète, difficile et encore inconnue des cartes de l’époque.
On n'a pas le droit d'être en
Égypte
. On n'a pas fait les formalités. Je voulais passer à la pointe sud du Gilf, au monument du Prince Kemal el
Dine, mais Puthod qui est passé devant à 9 km, s'en fout complètement ! GRRR !
Journées chaudes et longues, quelques passages barrés par des pierres indiquaient qu'il y a risque de mines.
On rentre au
Soudan
. On cherche une piste à camion qui devrait exister. On ne la trouve pas. On roule dans des grands plats
ondulants et mous, voire piégeux. Rien à voir. Je bouquine. Jacques somnole au volant. C'est la
Grande Mer de Sable Soudanaise
.
Depuis ce matin le moteur de Pascal tousse, a des ratés et cale de temps en temps. Il est inquiet. Saletés
dans le gasoil ?
Dans certaines voitures, l'inquiétude gagne, ils n'ont plus beaucoup de gasoil… On devait avoir 2 500 km
d'autonomie, ou ils en ont pris moins, ou ils ont mal calculé…
Alain Cerf est sur une base de 40 l/100, Puthod est à 25, il avait promis de porter des réserves pour ceux
qui ne voulaient pas, mais il a tout bouffé.
Ce soir au bivouac, le premier poste de gasoil est à environ 650 km. (
Dongola), ça ne le fera pas.
Joli bivouac dans des petites dunes, petit gassi circulaire, température agréable grâce à un petit vent. À
l'apéritif, Puthod n'est pas clair (pléonasme !) pour le gasoil : on avance, on verra après. C'est sa
tactique pour faire dégorger ceux qui ont du rab.
Demain, on roule en direction de l'
oasis de Sélima
260 km. Il faudra régler le problème du gasoil avant sans doute. Les Lands ont largement de quoi faire les 2
500 km prévus !
J'appelle la maison. J'ai Yannick qui vient d'arriver. Tout va bien. Tout baigne. Ils ont froid et ont fait
du feu dans la cheminée. On prend notre premier Lariam.
En
Égypte
on n'a pas vu un Égyptien (heureusement d'ailleurs !) et au
Soudan
pas encore de Soudanais !