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Dimanche 26 octobre
Départ pour
Sélima
. Le paysage est plat de chez plat. Pas grand-chose à voir à part des quantités de bois fossilisé. Alain
tombe en panne de gasoil : il faut le ravitailler. Quelques rochers avant
Sélima
. On se trouve pris dans un dédale et Puthod m'envoie devant.
Petite consultation de la photo satellite locale, ce qui est toujours une émotion en plein désert. On repart
devant. On atteint l'oasis en début d'après-midi. Tout le nord-ouest est barré par des rochers de 20 m. La
pénétration se fait par le sud-ouest.
Palmeraies sauvages. Pas entretenues. Tout a l'air désert, dire que certains espéraient la pompe à essence…
Je m'approche avec circonspection d'un bâtiment louche. Je tente de contourner l’obstacle en voiture, mais
je surprends violemment un soldat en pleine sieste : il a tiré son lit dehors à l'ombre de la baraque et
j'ai arrêté mon pare-chocs à 1 m à peine de sa tête.
Il a la peur de sa vie et part en hurlant chercher son arme… Une fois la stupeur passée, ils nous font
visiter, mais pas de gasoil, juste un peu d'eau peu ragoûtante. Il y a une mare verdâtre pas loin, une pompe
et un château d'eau. On se lave et on remplit des bidons. «Good Water» sur la carte. On met quand même du
Micropure dedans. Pas de formalités non plus.
Un poste avec quatre gars. Il semble que ce sont des douaniers. Impossible de communiquer : barrière de la
langue. Ils sont sympas. On pique-nique à proximité. En repartant, on traverse des forêts entières de bois
fossilisés. Le décor est un mélange de plaines cuvettes entourées de petites montagnes de 50 m, les tons
sont assortis, c'est calme et beau.
Voir le récit des aventures de Ladislaus E. Almásy dans cette oasis en 1929
Bivouac de bonne heure vers un petit piton. Discussions principales : le manque de gasoil.
Alain a une revue avec quelques renseignements sur le
Soudan
que je recopie. Il n'y a pas de guides sur ce pays : moitié nord du
Soudan
=
Nubie
, très sûre, gens très accueillants. Foul = grosses fèves marrons, plat national. Mourkabs = lourde barque
traditionnelle en forme de coquille de noix sur le
Nil
.
Sites historiques entre
Wadi Halfa
et
Khartoum
:
Méroë, Soleb, Nagaa, Mussawwarat as Safir, el Kuru
: tombeau avec murs peints. Fad'al = bienvenue. 1 $US = 265 dinars ou 2650 livres. Monnaie = Dinars. Mais
les gens comptent en livres. Le gasoil se vend en gallons (4,5 l)… Pas simple.
Mireille est partie collecter des pierres. Elle ramène un vrai cageot de raclures qu'elle prend pour des
pointes de flèches, et vient me montrer tout ça, histoire de m'ériger en spécialiste…
Amusé, je la complimente en lui disant que je n'avais pas vu qu'il y en avait tant. Du coup, je suis son
pote, elle aligne les moins belles sur ma table (???) et me les offre.
Évidemment, Martine se gausse dans son coin, elle n'a jamais su apprécier mes admiratrices…
Lundi 27 octobre
Les uns pompent, les autres remplissent : on croirait les Shaddocks
On part en direction de la
cataracte de Dal
à un peu plus d'une centaine de kilomètres du bivouac.
Enfin le
Nil
peut-être. C'est du sommet d'une crête de sable parmi des rochers ronds qu'on découvre le
Nil
. Émotion !
Au loin une bande de végétations et des nappes d'eau grise. Après tous ces kilomètres, on y est enfin
arrivé.
Le paysage est superbe. On se traîne. Sable. Rochers aux formes qui font un peu penser au
Bagzane
.
⏯️
Jacques monte au sommet d'une très haute dune. Je divague dans les rochers. Il y fait chaud. Pique-nique au
bord du
Nil
sous les acacias.
Culture de haricots dans le limon des berges du
Nil
. Des gamins viennent nous voir, très gentils calmes bonbon, photos…
En repartant, on découvre les premières maisons, dont les portails décorés nous font faire de multiples
haltes. Devant l'un d'eux, le propriétaire nous invite à boire le thé chez lui. Les trois lands y vont avec
Jackie.
Hospitalité musulmane, l'instant est magique. La fille de la maison est enseignante, elle parle un peu
anglais, la communication s'établit.
La maison est en banco, très propre. Cour intérieure, grande pièce très peu meublée. Ouverture en voûte.
Accueil chaleureux. Les femmes ne sont pas recluses. Très gaies.
On se balade dans la maison sans problème. Photos. Tout le monde rigole. La cuisine : une pièce sombre. Le
feu est par terre, la fumée s'évacue par un trou dans le toit.
On suit le
Nil
sur sa rive gauche. On traverse des petits villages, les gens nous saluent, le sourire, les femmes circulent
librement, sans voiles : où est le soi-disant islam dur du
Soudan
?
Tout est très propre. Chèvres. Les gens circulent en âne. L'autre côté du
Nil
a l'air beaucoup plus habité. Il y a une route paraît-il.
De ce côté, le désert est tout près de la zone d'habitation. Acacias en fleurs, tamaris palmiers. Une
végétation dense enserre le fleuve, puis les cultures couvrent parfois 500 m et tout de suite après, le
désert de sable reprend ses droits.
Ces 500 m sont sans doute la limite actuelle du système d'irrigation : chacun sa pompe et Allah favorisera
les meilleures… pompes
Arrêt pour une baignade. Sept ou huit se baignent. Très forts courants. L'eau est marron gris. J'ai la flemme
d'aller chercher mon maillot au fond de la voiture…
⏯️
Un type fait du stop et Alain l'a chargé. Au moment du bivouac, il est toujours là et insiste pour faire
encore 15 km. Alain veut savoir où c'est et à quelle distance avant de l'accompagner.
On essaie de savoir où il habite, mais on ne comprend rien. Je sors le portable et charge la nomenclature
Géonet sur la photo satellite du coin, puis j'énumère ce que je lis sur le PC.
Le type réagit au son en disant par-là, 10 kilo, par ici, 12 kilo. On est accroupis dans le sable et on
savoure ce grand moment de l'échange. Finalement, le camion que l'on a dépanné tout à l'heure passe et
l'embarque.
Bivouac loin du fleuve : on craint les moustiques. Pour le gasoil, ceux qui le peuvent en donnent à ceux qui
en manquent. De toute façon, ça sera juste.
Christian, fort de son appartenance récente au club des Lands, commence à stimuler les acheteurs, disant
qu'il le vendra cher. Il branche sa pompe : rien. Il vient me voir pour contrôler le montage qui a été
discuté au téléphone avec son garagiste. Tout est OK.
Il faut admettre l'évidence : Il n'a plus de gasoil. Il passe en quelques secondes de vendeur à acheteur,
avec quelques sourires de l'entourage… On brade 2 bidons de gasoil à Alain et Jacky le taxi (ancien
chauffeur de taxi à Paris).
Beaucoup de vent pendant la nuit. Jacques rejoint la voiture au milieu de la nuit, le vent l'empêche de
dormir sur le toit.
Mardi 28 octobre
Tout le monde s'est mis à la même heure enfin… On regagne les bords du
Nil
et on tombe sur une embarcation qui fait la navette entre les îles pour les locaux.
Barcasse en tôle. Une vieille bâche pour faire de l'ombre et un moteur hyper bruyant. On négocie le tour de
l'île qui est devant nous (50 $US pour le groupe) et nous voilà les 21 Bidochons embarqués.
⏯️
⏯️
On charge quelques autochtones en chemin. On longe les rives : culture de haricots. À cette saison, le
Nil
amorce sa décrue, ils plantent aussitôt dans le limon. Ça donne des cultures en terrasses.
Les gens nous font des signes d'amitié. Belle végétation. On voit un croco d'au moins… 40 cm. Le bateau se
plante plusieurs fois sur les bancs de sable. Les gars du bateau sont très sympas. Les Soudanais que l'on a
rencontrés sont noirs, aux traits fins. Djellaba blanche. Petit calot ou tête nue.
Les femmes ont des robes de couleur et un foulard sur les cheveux. Jacques offre ses bidons vides au
capitaine, il a l'air content.
Arrêt à midi sous les palmiers. Chèvres, mouches. Certains sont partis se baigner. Je mets mon journal à
jour et j'irai les voir.
À propos l'eau du
Nil
est vraiment marronnasse. De jeunes filles viennent me voir pendant que j'écris. L'une parle bien anglais.
Sympa. Je leur donne des petits savons. Un sourire.
Pendant le repas, trois Soudanais viennent discuter. L'un est propriétaire d'une felouque et voudrait bien
nous emmener sur l'
île de Say
(300'000 ans d'histoire de l'humanité, de nombreux vestiges). On ne va pas faire le tour de toutes les îles…
L'un d'eux arbore fièrement une combinaison de "BinLadin Group". On le menace de le dénoncer aux Américains
pour toucher la prime. On rigole bien avec eux sur la politique mondiale. Ils n'aiment ni les Américains ni
les Anglais… et les Français, on ne sait pas encore.
On fait une photo polaroid du groupe et on tire à la courte paille pour la donner. Fou rire général quand
ils comprennent l'objectif et contestent violemment le résultat. Et pourtant, c'est vraiment Allah qui l'a
décidé.
On continue à traverser plein de villages superbes. Maisons en banco blanches aux structures soulignées de
couleurs vives.
Toujours de très belles portes. Personnalisées. Je regrette déjà tout ce que je n'ai pas filmé. Il faudra
revenir, car les gens sont vraiment adorables.
Saluts, sourires, dans le village où l'on s'arrête, ils viennent nous voir, discutent, pas de problème pour
les photos, même les femmes sont ravies et rient beaucoup en se voyant sur les écrans.
On cherche du pain. On repère un petit vieux avec son âne et sa charrette et un grand sac de pain. Comme on
n'est pas encore passé dans une ville, on n'a pas d'argent soudanais. Il ne veut ni dollars ni dinars
libyens…
Christian, Marylène, Alain et Annie échangent du pain contre des cigarettes. J'essaye avec une superbe
chemisette Lee Cooper à Jacques. Il n'en veut pas… me rend la chemise et me fait cadeau de cinq pains.
(Petite galette ronde, de 15 cm de diamètre, très bonne).
Plus loin, j'arrive à échanger la fameuse chemise contre pamplemousses et oranges. Tout ça dans la bonne
humeur.
Temple de Sulb
ou Soleb (2 500 ans). Il reste encore de belles colonnes, avec des hiéroglyphes. Le tout en pleine nature
avec une belle lumière du soir.
De quand date le temple de Sulb / Soleb au Soudan ?
J'ai oublié de dire que tous les villages traversés sont excessivement propres. Ça change de la
Libye
!
Dans chaque village, il y a de grandes jarres (souvent 2) à l'ombre, pleines d'eau fraîche pour les
passants. J'avais déjà vu ça à
Oman
.
Bivouac au bord du
Nil
. Pendant que le gros de la troupe s'installe serré sous les palmiers, on se trouve une superbe étagère
au-dessus du Nil. Apéritif et vue imprenable. On est cinq voitures. Discussions et rigolades jusqu'à minuit
passé. Il y a du vent donc pas de moustiques…
Mercredi 29 octobre
Très belle lumière au levant sur le
Nil
. Un gars plante ses haricots dans le limon. Belle gueule.
On reprend la piste, toujours de très beaux villages. Les enfants sont curieux, gais et discrets. Pas de
hurlements ni de bousculades. On a l'impression d'un peuple serein.
⏯️
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Pique-nique débile dans un talus, pas d'ombre. Je suis fatiguée et grinche.
On cherche le
temple de Sessibi
, sous la houlette d'Alain et Annie qui semblent vouloir faire les temples dans l'ordre. Il n'en reste
finalement que trois belles colonnes dans le ciel.
Le temple de Sessibi au Soudan
On a rendez-vous à la
troisième cataracte
. Une partie du groupe file devant et s'arrête peu. Nous, toujours les mêmes, on traîne. On finit même par
s'égarer un peu et on revient sur nos traces pour le rendez-vous.
On aborde le
Nil
dans un endroit peu accessible. Une plage en aval. Jacques, Christian et Pascal décident de descendre la
cataracte à la nage. Ils se mettent à l'eau dans le courant. Ils visent une plage à 1 km en aval.
Le début est légèrement agité, le courant est assez fort, puis les choses se calment vite et il faut lutter
pour rester dans un courant porteur.
Pascal, un peu moins à l'aise, se laisse distancer dans des eaux mortes, couvertes de branchages. Pour le
motiver, je lui parle de crocodiles. Il accélère, mais trouve l'aventure moins drôle.
On atterrit sur une plage de galets avant que les voitures n'arrivent. Je monte sur la berge pour les
guider. Baignade générale. Cette eau marronnasse et peu engageante.
Mais il fait chaud chaud 50° et le courant est fort ! On se dit qu'il n'y a pas de maladies !
Un vieux chibani vient nous voir et nous fait comprendre qu'un peu plus bas il y a des crocos !
Départ en direction de
Dongola
. Après des kilomètres de poussière, on a dû mettre la clim'. On passe à
Argo
et comme ma carte indique du gasoil, on en cherche et on en trouve un peu. Problèmes de change, mélange
entre livres et shillings, décompte du gasoil en galon. Mais ceux qui n'en ont plus sont bien obligés de se
faire plumer…
Bivouac sous les palmiers, en bord de cultures. Apéro agréable avec la lampe pendue dans un palmier.
Quelques scorpions. En ouvrant l'ordinateur ce soir Jacques s'aperçoit qu'en fait on était à 500 mètres en
amont de la
troisième cataracte
.
Jeudi 30 octobre
On arrive à
Dongola
où on va enfin faire des formalités d'entrée au
Soudan
. Douanes : un mec très sympa, mais comme toujours pas pressé.
On est dans une grande cour fermée. On en profite pour se laver (douches, un luxe) et laver du linge. Je
sympathise avec le grand chef qui me donne de la tisane d'hibiscus (carcadet) et me copie la recette.
On parle foot, pendant ce temps les papiers n'avancent pas.
Ses potes viennent discuter, il répond sans arrêt à deux téléphones…
Pendant ce temps Puthod est allé faire les formalités de police avec les passeports, puis l'immigration. On
finit par manger dans la cour de la douane, à l'ombre de la mosquée.
À trois heures (ouf !), on part faire les pleins puis un tour au marché avec un gars qui depuis ce matin
nous sert de traducteur. Tomates, oranges, pastèques et délicieux jus de mangue (mango) très frais… On s'en
remplit la panse…
⏯️
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On retrouve le groupe et on va prendre le bac pour passer sur l'autre rive.
Longue attente pour le bac. Il y a du monde, le bac est petit. Belles lumières du soir, petites échoppes.
Le bac arrive, on avance, le pilote nous fait comprendre que c'est la rupture du jeûne (coucher du soleil :
on est en plein ramadan) et qu'il va prier et manger.
On embarque quand même neuf voitures. Deux devront attendre le prochain bac. On attend, au bout d'une heure
le gars n'est toujours pas revenu. On décide de manger sur le bac, dans les voitures (très serrées).
Comme il n'y a pas de place, avec Jacques on installe notre table et nos chaises sur le toit de la voiture,
ça fait très croisière sur le Nil. Pascal nous rejoint. On a un certain succès…
On a eu Johann au téléphone. Le portable passe bien. Tout va bien à la maison. Il fait 4 °C et nous à huit
heures du soir, il fait 39 °C. Relative fraîcheur après la canicule de la journée.
On traverse enfin. De l'autre côté, le petit village ambiance fête (comme tous les soirs pendant le
ramadan).
Une partie du groupe part chercher un bivouac. Les trois Lands et le Toy rouge restent pour attendre les
deux dernières voitures. On s'installe à la terrasse d'un café. Thé, omelette pour certains. Re thé…
Drôle d'ambiance. La télé marche à fond, les gens s'amusent (que des hommes) et à 10 mètres, une dizaine de
gars font la prière…
Nos collègues arrivent. On a le point du bivouac par la radio et on rejoint les autres. Il est 11 heures du
soir.