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Jeudi 27 novembre
Je suis de mauvaise humeur. Marylène qui a vécu la même nuit est toute gaie. Je ne sais pas ce qu'il
faudrait pour l'abattre !
Direction de
Key Afer
où il y a un grand marché. Rendez-vous des ethnies du coin. Dans cette région de nombreuses ethnies vivent
en marge de la civilisation.
Nomades ou semi-nomades.
Hamers, Banas, Karos
, etc. Ils ont des langages propres, mais se comprennent entre eux. Beaucoup ont des Kalachnikovs qu'ils
échangent aux rebelles du Sud-Soudan voisin contre du bétail.
Déjà, le long de la piste, on voit des hommes et des femmes étonnants, jupes en peau de chèvre ou de vache,
torse nu, colliers…
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On sent une recherche de l'esthétique : cheveux enduits de beurre et de terre, colliers de verroterie, le
torse barré d'une large écharpe faite de coquillages, cheveux rasés avec des dessins géométriques pour les
hommes et des tresses pour les femmes. Bracelets et boucles d'oreilles, scarifications sur le torse.
On a du mal à reconnaître les ethnies, mais Shoah n'hésite pas une seconde ! (sa mère est du coin).
Normalement, il faut donner un birr pour la photo, mais plusieurs femmes isolées sont tellement surprises
qu'elles ne demandent rien très effrayées par leur image dans l'écran ! Petit cadeau quand même
(savonnettes, bonbons…)
Les outils sont quasi préhistoriques.
Le marché de
Key Afer
est incroyable. Toutes ces ethnies sont là pour faire leur business, assis le long de la rue, ou sur la
place. Forte animation. Ça circule. On ne fait pas vraiment attention à nous.
Pour les photos, c'est top, ils sont trop occupés à discuter, à faire des transactions. Je filme sans
problème. Des hommes magnifiques couverts de bijoux bleus, rouges. Grandes boucles d'oreilles. Les femmes
sont incroyables.
C'est indescriptible et il faut le voir pour le croire. Un autre monde, une autre planète.
On quitte
Key Afer
direction
Jinka
. Tout au long de la piste, toujours ces hommes et ces femmes, avec leurs troupeaux, leurs charges… Je rêve.
À
Jinka
(environ 45 km), on retrouve la civilisation. Un village coquet avec Banque, garage, camping, hôtels,
restaurants…
On va au restau, viande grillée, pain. On est quatre voitures, les autres ont préféré pique-niquer et,
Christian en profite pour faire redresser sa barre de direction.
On part en direction du
parc Mago
, point d'accès obligatoire pour visiter les Mursis. Piste très défoncée, malgré le passage de la niveleuse
au début. Végétation luxuriante, grands arbres.
Entrée dans le parc (payante) car des militaires sont là. On va se poser dans un campement près de la
rivière Neri
, affluent de l'
Omo
.
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Quelques-uns se baignent (dont moi), l'eau est marron comme d'hab, mais elle coule bien. Un peu
d'appréhension au début, car on ne sait rien des crocos : ceux de l'
Omo River
juste à côté sont des carnassiers réputés… C'est génial, car il fait très très chaud.
Le camp est gardé par des hommes en armes. On sympathise et l'un d'eux se découvre dans le moniteur du
caméscope…
Petit tour dans le parc pour voir des animaux, singes, genre d'antilope à long cou et à petite tête,
oiseaux. En fait pas grand-chose, mais belle ambiance savane au soleil couchant.
On se fait bouffer par des mouches genre taons (Tsé Tsé ?)… Repas. Dodo. Demain, on décolle à sept heures
pour aller chez les Mursis (le matin, ils reçoivent les touristes et les birrs, à midi, ils se saoulent et
le soir, ils s'entretuent !).
Vendredi 28 novembre
40 km de pistes défoncées étroites pour aller au
village Mursi
. On met deux heures.
Les Mursis : hallucinant. Les femmes ont un plateau (labret) qui peut atteindre 15 cm de diamètre dans la
lèvre inférieure. Certains ethnologues pensent qu'au départ, c'était pour décourager les razzias des
esclavagistes. Maintenant seules les femmes de haute caste ont le droit de les porter. Pour ma part, je
trouve ça très laid, surtout quand elles ne portent pas le plateau.
leur lèvre pend mollement avec un gros trou. Comme elles s'arrachent deux incisives d'en bas pour éviter le
frottement, le résultat est assez terrific !
Les hommes sont couverts de scarifications et dessins géométriques blancs…
À notre arrivée, tout ce monde nous saute dessus en criant, en nous agrippant. Ils veulent nous vendre des
objets (bijoux, labrets en argile) et se faire prendre en photo contre monnaie trébuchante.
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Impressionnant ! On ne reste pas longtemps, c'est hyper stressant. Quatre heures de piste très mauvaise pour
une demi-heure sur place…
Enfin, je les ai vus, ils existent vraiment.
En fait, Shoah nous explique que ce village étant le plus près d'
Addis
, les agences y amènent les touristes…
Pas fous les Mursis, mais avec l'argent récolté (on paie 30 birrs par voiture à l'entrée du village) ils
achètent de la bière et saoulent… Merci à la civilisation…
Il y a d'autres villages Mursis plus loin, à 80 km environ, beaucoup plus sympas… Mais on n'a pas le temps…
Proverbe africain : tous les Européens ont une montre, mais ils n'ont jamais le temps !
Retour avec beaux plantages dans la boue. Les voitures sont recouvertes d'une super couche de latérite.
Pique-nique au campement et on part par une jolie petite piste au sud, technique, étroite. Les voitures sont
toutes rayées.
On rentre dans le pays des
Karos
. Les hommes sont longs, minces, portent des colliers de perles, des bracelets de cuivre autour des poignets
et leurs biceps n'ont pas que l'air décoratifs.
Les femmes portent des jupes en peau, probablement de vache, et des colliers, vont torse nu, leurs cheveux
sont passés à la terre rouge, et surtout un clou de 7 dans la lèvre inférieure. Attention, le bisou doit
laisser une impression sauvage…
Mon caméscope déconne. Tout ce que j'ai filmé dernièrement est raté. J'en pleurerais.
À l'est, au bord de
l'Omo
à l'heure du bivouac, on décide de camper dans le coin. Shoah n'est pas chaud, on est trop près du village.
Il ne connaît personne dans le coin. Certains ont déjà tout déballé, donc on reste.
Des
Karos
(des hommes) viennent nous voir, superbes, avec Kalachnikovs. Grosses discussions, ils veulent tous nous
garder. On laisse Shoah palabrer et finalement, on en garde deux qu'il faudra payer 30 birrs demain. Puis,
il en faut 3…
L'un d'eux est grand et beau il s'appelle Badgé. Il mange avec nous (les trois Lands) et avale tout ce qu'on
lui donne, des petits pois en passant par la compote, etc. Sympa, bonne ambiance.
Un peu surréaliste avec ces gars en pagnes, torse nu, plein de bijoux et Kalachnikovs (avec chargeurs
pleins…) qui se régalent de nos conserves.
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Samedi 29 novembre
Énorme orage cette nuit. Comme le bivouac est installé dans une cuvette en terre, ce matin, c'est un
bourbier invraisemblable.
On marche avec trois kilos de boue collée aux sandales. Toutes les affaires sont dégueulasses. Nous, on est
sur le bord de la cuvette, ça va, les voitures d'en bas sont coincées par la boue. Ça zippe : plaques,
cordes.
Des
Karos
du village voisin (probablement
Korcho
) sont là, peints en blanc, coiffe en plume, bijoux.
Badgé déjeune à la table de Christian et Marylène. Apparemment, il aime les tartines ! Puthod, comme d'hab
se lève en dernier. Tout le monde s'extirpe de la boue pendant son petit déj' : il ne bouge pas un œil.
Quand tout est fini, il s'aperçoit qu'il n'a plus de batterie et réclame un Toy avec câbles pour démarrer :
personne n'a très envie de retourner dans ce merdier.
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La piste est un chantier. Gros passages de boue. Ça glisse. Les voitures partent dans tous les sens. Comme
dans du beurre.
Puis piste un peu plus sèche. Très beau. Paysage de savane. Immenses termitières en forme de tronc,
pachypodiums en fleurs de la taille d'arbrisseaux. Super ambiance.
Le but est d'aller voir les
Galas
, autre ethnie vers l'
Omo
.
Super panorama sur l'
Omo
, le long de la piste avec crocos et singes.
Arrivés au village de
Kelem
, cafouillages. Shoah nous gare dans la cour des flics.
Puthod, qui est à l'arrière depuis
Arba Minch
et l'arrivée de Shoah prend conscience tardivement qu'il est chez les flics : horreur ! On va perdre 10
minutes. Il s'enfuit sans réfléchir et la plupart des collègues repartent ventre à terre sans s'inquiéter de
Pascal et Shoah en discussion avec les flics.
Ceux-ci se fâchent et veulent embarquer Shoah. Je sors comme un diable de ma boîte, fonce sur le flic qui a
l'air d'un chef et je prends avec énergie la défense de Shoah. Mon anglais est devenu fluide tout d'un coup.
Tout s'arrange.
Ils voulaient voir nos passeports et n'ont pas apprécié le démarrage qui ressemblait à une fuite des
voitures. Jacques propose de laisser son passeport en gage et d'aller chercher les fuyards.
Belle engueulade avec ceux qui se sont barrés sans s'inquiéter de ceux qui restent… Puthod se fait traiter
d'autruche qui met la tête dans le sable pour ne pas voir les flics… Au lieu de 10 minutes, on a perdu 2
heures et risqué le pire.
Finalement, ça nous a refroidis, on ne va pas voir les
Galas
. On repart à l'est vers
Turmi
où il y a parait-il un marché. En fait pas de marché : Puthod se trompe, le beau marché est à
Dimeka
.
Belles pistes enfin roulantes. Toujours des gens superbes au bord de la route. Grosses averses. Les plaines
ne se transforment en lac.
Bivouac dans un coin sableux (pas de boue SVP) au pied d'une petite montagne. Un énorme orage dès 18 h 30.
Il fait chaud, on est enfermé dans la voiture en attendant que la pluie cesse. Impossible de préparer le
repas et surtout, je voudrais bien laver les deux blocs de terre que j'ai à la place des pieds depuis ce
matin.
Finalement, je sors sous la pluie, me lave les pieds, me change, attrape un bout de pain, une boîte de
maquereaux et une boîte de fruits au sirop qu'on mange assis dans la voiture. Et dodo dans la voiture.
Dimanche 30 novembre
Réveil au sec. Ouf ! Entouré de
Tsamaï
(l'ethnie du coin). Hommes, femmes, enfants, colliers, coquillages, perles multicolores, peau de chèvre
autour des hanches… Et odeurs, odeurs…
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Ils sont très proches de nous (les trois Lands encore !) Pendant le petit déjeuner. Marylène a des
haut-le-cœur. Ça sent très très fort…
Jacques fait des photos et essaie de négocier en offrant à une jeune fille un échantillon de crème parfumée.
Un tel cadeau pourrait convaincre normalement des milliers de jeunes filles, mais pas celle-là. Elle a un
sursaut de dégoût en sentant l'odeur du produit ! Le choc des cultures !
Pendant plus d'une heure, on entend « OK Shuba » shuba étant vraisemblablement la bouteille en plastique
dans le patois local.
Départ pour
Konso
, petites huttes pointues, belle lumière sur les montagnes et la vallée et la rivière. J'achète des jouets
aux gamins au bord de la route.
Les trois Lands traînent. On en profite pour payer Shoah avant d'arriver à
Konso
. C'est plus discret. Un cadeau pour lui, stylos, blocs, T-shirt. Il nous promet d'aller faire une formation
de guide à l'école à côté d'
Addis-Abeba
avec l'argent qu'il a gagné…
Petites courses à
Konso
. Adieux à Shoah. Puthod reprend la tête de la caravane et se trompe de piste pour
Yavello
. Demi-tour, 100 km de trop. La "prestation" vous dis-je !
Le temps est couvert. Drôles de ruches, dans les arbres. Beaucoup de termitières. Femmes colorées. Gasoil
pour certains à
Yavello
. Jacques hésite, n'en prend pas et regrette aussitôt !
On roule en direction de la frontière du
Kenya
. Jacques roule en tête, se fait refuser 2 bivouacs à cause de l'heure précoce, passe derrière et on roule
de nuit.
Bivouac pluvieux, averses, on mange dehors entre deux averses. Discussions avec le groupe sur le programme
du lendemain. Monstre engueulade avec tout le groupe quand Pascal remet sur le tapis l'histoire des flics
avant-hier.
Jackie s'effondre en pleurs. Ça se calme, mais Tony est un gros con. On dort dans la voiture.
Lundi 1er décembre
Lever à l'aube. Humide. La frontière est à une centaine de kilomètres. Ambiance bretonne. On ne se croirait
pas si près de l'équateur. Brume, humidité, crachin.
Passage de la frontière simple et rapide à
Moyale
.