Survol du Gilf el-Kebir : La Vallée des Hirondelles

Extrait du récit de voyage de Ladislaus E. Almásy – Sahara Inconnu

Le Cap Inspiré par les Hirondelles

Tandis que j'attendais le retour de Patric Clayton et Penderel en compagnie de Sir Robert devant de ces petits wadis, notre attention fut attirée par deux hirondelles qui se promenaient tranquillement sur le toit de notre voiture. Sir Robert réussit à attraper l'une d'elles. Nous lui proposâmes de l'eau, mais au lieu de la boire, elle en profita pour prendre un petit bain. Quand Clayton et Penderel sortirent de leur canyon deux heures plus tard, le couple d'hirondelles repartit. J'attrapai ma boussole pour noter la direction; cap 85, donc à l'est .

Le soir, je pris la carte pour comparer le vol des hirondelles avec l'itinéraire enregistré par Penderel en avion. Le point où nous avions rencontré les hirondelles se trouvait exactement sur un cap de 12° par rapport au Campo Chianti .

Le Vol au-dessus du Plateau

De retour au camp, nous retrouvâmes la « mite » saine et sauve, recouverte d'une fine couche de sable. J'avais hâte de voir de mes propres yeux la vallée découverte par Sir Robert et Penderel. Aussi, malgré le vent qui soufflait fort, nous nous mîmes immédiatement à préparer la machine. Penderel m’accompagnerait comme observateur.

Après un décollage rendu difficile par les rafales contraires, je me dirigeai sur un cap de 12° . Pendant un instant, je crus devoir virer à bâbord, car je fonçais tout droit vers la falaise, mais le vent de face nous portait comme un cerf-volant et nous pûmes survoler le plateau en toute sécurité. Le sommet du Gilf el-Kebir est parfaitement plat ; vu du ciel, le haut plateau ressemble à une gigantesque tarte au chocolat. Les violents coups de vent faisaient sans cesse monter et descendre notre petit avion, heureusement nos ceintures étaient bien serrées.

Découverte de la Vallée et de la Cabane

Après onze minutes de vol, la vallée était en vue . La route que nous avions calculée nous menait directement dessus, le cap des hirondelles était bon ! J'avais envie de faire des loopings, tellement j'étais heureux ! La vallée comprend d'abord deux branches qui se réunissent, puis elle part vers le nord en beaux méandres réguliers. Les rives sont escarpées, souvent interrompues par de petites vallées latérales. Il s'agit sans doute du lit d’un ancien fleuve qui jadis recevait les eaux de pluie de la partie ouest du plateau, formant un torrent qui rejoignait la plaine. Dix kilomètres après la réunification des deux branches les premiers arbres apparaissent, des talh et seyal, des acacias bien verts . Bientôt, il y en a une centaine, alternant avec des buissons salam et des touffes d'herbe. Une merveille dans ce monde de sable et pierre!

À l'est, nous découvrons une autre vallée, qui semble parallèle à la « notre ». Mais comme je suis obligé de tenir le cap, je la perds très vite de vue.

Le vent est toujours extrêmement violent. Je descends à trois cents mètres d'altitude pour examiner le terrain de près. Non, un atterrissage n'est pas envisageable... alors, je reprends mon altitude ! Là..., une cabane ! Elle ressemble aux cabanes des tibbus que nous avions vues dans les vallées de l'Uwenat. Le toit et les murs en pierre sont intacts, elle a dû être habitée jusqu'à récemment !

Plus loin au nord, la vallée s'oriente au nord-ouest, pour quitter le Gilf dans un large delta bordé de hauts contreforts. Je suis exactement le cap et appelle Penderel par radio pour qu'il reprenne le contrôle de la machine qui est équipée d'un double pilotage. Vite, mon appareil photo et mon carnet de croquis ! Nous avons un fort vent arrière. Je ralentis le moteur, prends une photo et trace le profil de la vallée.

Nos compagnons nous attendent au camp et ils nous guident pour atterrir, se tenant debout bras tendus, bien alignés. Il est presque six heures de l'après-midi quand je me pose juste à côté d’eux.

Source : Ladislaus E. Almásy – Sahara Inconnu – p.152