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Vendredi 21 octobre
(suite)
Piste pourrave, no man's land entre les deux frontières où on se fait assaillir par des gars qui veulent
nous servir de guide, nous vendre des assurances, nous faire du change, nous emmener au camping…
La monnaie locale est l'ouguiya : un euro équivaut à environ 360 ouguiyas au marché noir.
Formalités d'entrée en Mauritanie : petite cabane de bric et de broc, genre bidonville. Pas de problème pour
obtenir le visa, 30 € plus 10 € pour la voiture. Douane encore 10 € pour la voiture !
Nos « guides » nous collent malgré nos efforts pour les décourager. On décide d'aller au camping Abba à
Nouadhibou
où l'on retrouve nos pots de colle quand même sympas.
En route, on rencontre sa célébrité le train du fer avec ses 200 wagons. C'est le soir et il rentre à
Fdérik
. Impressionnant ! Puis, on fait un petit détour pour découvrir la
Baie du Lévrier
: surprenante et jolie
Camping en ville. Quelconque, mais propre. On fait les assurances, puis Jacques est allé changer. Discussion
un peu tendue avec un gars qui a tenté de l'arnaquer. Le taux avait changé entre le camping et le lieu du
change ! Il est allé changer au marché noir, sans papiers : on verra bien…
Nuit bercée par le muezzin, les chiens et le bruit de la ville. Vive les bouchons d'oreille !
Samedi 22 octobre
Départ tôt (enfin, relativement !). Nous craignons que le gars du change nous ait dénoncés aux douaniers
après une conversation entendue la veille. Achat de pain et de gasoil.
À la sortie de la ville, au contrôle pourrave décrit sur le web, Jacques n'ose pas avouer qu'on a une
assurance, puisque officiellement, on n'a pas pu faire de change. Nous ne savons pas ce qui est plus grave :
pas d'assurance ou change au noir ? Nous nous en sortons en offrant une chemise de banquier au chef du
poste.
Nous reprenons la route goudronnée avec l'espoir de trouver la piste menant au
Banc d'Arguin
.
La route principale est goudronnée depuis 2005. Nous demandons à plusieurs hommes au bord de la route, mais
ils ne savent pas ou ne veulent pas nous renseigner.
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Cela ne les empêche pas de se proposer comme guides, bien sûr ! Puisque nous ne savons pas où aller, ils
peuvent toujours nous y conduire !
Finalement, nous nous aventurons hors-piste avec des points GPS trouvés sur Internet. Une nouvelle fois
Jacques imagine qu'un tracklog correspond à une piste : erreur, le précédent voyageur était, lui aussi,
hors-piste.
Entrée sauvage dans le parc, sans poste pour payer l'accès. Au début, zones plates avec pas mal de verdure.
Troupeaux de chameaux, puis une aridité extrême vers
Bir el Gareb
.
Il fait hyper chaud et le vent est brûlant. C'est le seul puits de la zone. Ambiance désolée. En fin de
journée, on rejoint la mer. Beaux spots, mais difficiles à approcher à cause des mous.
Puis bivouac à
Ras Tafarit
, sur une plage avec de beaux rochers. Baignade et belle soirée. Vent chaud. Pendant la nuit quelques
rafales bien sableuses et des mouches. Deux chacals passent tranquillement à 100 m en nous fixant des yeux
avec envie…
Dimanche 23 octobre
Dans la matinée, on rencontre enfin les gardes du parc. Sympas. On leur explique et on paye. En fait le
camping sauvage n'est pas autorisé dans le PNBA. Des emplacements sont prévus près de certains villages. On
se fait gronder des yeux.
La mer est toujours difficile à approcher. Grandes zones de sable humide inroulable et en plus c'est marée
basse. Arrivée au village d'
Iwik
. Pêcheurs Imraguens. Un village pauvre. Cabane en planches et tôles.
Filets. On s'arrête à l'entrée du village. Des gars sont en train de bricoler un moteur. Bonjour amicaux.
Pascal leur passe un bout de papier de verre pour leur réparation. On peut aller se balader dans le village.
Plein de petits gosses nous entourent. Joyeux et pas chiants. Des mamas en boubous colorés viennent nous
voir pour nous vendre des colliers en os de requins (arrête de poisson je pense).
On se renseigne pour faire une balade en mer sur une lanche (leurs bateaux de pêche à voile romaine,
importés des Canaries).
Départ vers les îles qui sont entourées à marée basse de vasières pleine d'algues où viennent se nourrir les
oiseaux.
Avec nous sur le bateau, le capitaine, un matelot et un guide du parc qui parle bien français.
Pas énormément de vent, c'est calme et le soleil cogne. Le matelot nous fait du thé à la menthe sur une
braise installée dans une jante de voiture. Il pose ses verres sur le plat-bord, et le roulis les lui
embarque.
Près des vasières, il y a de nombreux oiseaux : flamants, cormorans, sternes, spatules, etc. Bancs de
poissons. Dauphins tout autour de nous. Un beau mulet, apeuré sans doute par les dauphins, saute dans la
lanche. Ça c'est de la pêche ! Il se retrouve illico sur la braise pour le repas.
À marée basse, les oiseaux s'éparpillent sur les vasières pour se nourrir et ils se regroupent sur les
parties fermes quand la marée remonte. Nous attendons le phénomène. On se baigne, l'eau est chaude et peu
profonde. Le troisième thé nous est servi dans l'eau.
On mange le mulet qui est très bon, très bien cuit, sous le nez de nos hôtes en plein Ramadan ! Le guide
s'installe à la palangrotte et sort un poisson toutes les minutes. On attend la marée haute plusieurs heures
à l'ancre en plein soleil afin de voir les oiseaux se concentrer sur les îles.
Très beau spectacle. Des nuées d'oiseaux. Superbe. J'approche l'extase avec mes nouvelles jumelles. On
rentre au village vers 17 heures, les femmes nous attendent, sympas. On achète les fameux colliers en os de
poisson. Petits cadeaux.
Belles photos de frimousses de gosses bien sympas, belle lumière douce. On bivouaque à l'emplacement réservé
à 500 mètres du village. Des Kaïmas (tentes carrées des nomades Maures) sont dressées, mais on préfère
dormir dans nos tentes. On loue une tente à la dame qui ne comprend pas pourquoi on ne veut pas dormir
dedans. Belle nuit.
Lundi 24 octobre
La dame me tend un collier en cadeau et je lui donne des vêtements d'enfants : elle m'offre un bracelet en
retour…
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On repart vers le sud du parc. Quelques flamants roses au même endroit que Jean-Paul et Sylviane en 2002 ;
ils doivent être empaillés ! (mais non, pas Jean-Paul…) On s'approche et on tombe sur un chacal à l'affût.
Un peu de chahut dans l'extrémité du
cordon de l'Azéfal
. On rentre un peu dans les terres et on décide de faire le tour de la
presqu'île de Thila
.
Village de
RguibaThila
. Toujours accueil chaleureux, un vieux nous fait visiter le chantier où sont fabriquées et réparées toutes
les lanches du parc. Il est intéressant et connaît bien sa région.
Les gosses ne réclament rien. Ils s'amusent et sont gais. Les femmes aussi. Malheureusement le chantier
naval est en récession et n'est plus approvisionné. C'est peut-être la fin de l'organisation socialiste des
Imraguens. Quelques ouvriers sont à leur compte dans le village.
Direction de
Nouamghar
à la sortie du parc. On s'arrête au poste. Gens sympas qui nous donnent le guide du parc avec les points
GPS, etc. C'est bien le moment…
Tout est fait pour une visite sud-Nord. On revoit notre guide d'
Iwik
d'hier : sa femme est malade et il l'amène chez le médecin.
Livre d'or. Jacques achète un petit livre sur le Parc et la côte mauritanienne. Puis visite du
cap Timirist
. Derniers spots avant la sortie définitive du parc.
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On manque de justesse un naufrage dans la boue. Pascal s'embourbe jusqu'aux portes… Heureusement, il y a un
treuil et ça rend bien service, on ne se salit même pas les mains.
On roule sur la plage en direction du sud jusqu'à la tombée du jour. La marée n'est pas très basse il y a
peu de place pour rouler. On s'arrête une heure après le village de pêcheurs d'
Iraïf
pour la laisser descendre encore un peu.
Pendant ce temps, baignade dans la lumière douce du soir. On continue sur la plage qui est couverte d'algues
vert fluo. Le cheminement est pénible, beaucoup de demi-lunes qui nous empêchent de prendre de la vitesse.
Le sable est bien mou.
On réussit à s'échapper pour un bivouac derrière une dune qui nous sépare de la mer. Grande humidité, mais
bonne température. Coin très agréable. Tout est vert autour de nous, les dunes sont couvertes des regains.
Les pluies ont dû être abondantes cet été.
Mardi 25 octobre
Tout est trempé par les embruns. On continue sur la plage jusqu'à
Tiouilit
à 70 km de
Nouamghar
environ. Puis direction est par une grande piste assez roulante.
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On coupe le goudron tout neuf de
Nouakchott
et on trouve une piste plus intime dans des grandes plaines.
Forêt de Calotropis. Petites dunes par-ci par-là. Chameaux. La photo est tentante, Jacques se plante à la
première tentative : un p'ti coup de treuil et on n'en parle plus.
On lâche la piste pour passer vers le
puits de N'Degba
: tout est sec et abandonné. Pascal trouve une belle poulie en bois qui a dû faire de l'usage.
On jardine pour retrouver la piste, on se perd dans des Calotropis secs, Pascal se remet un p'ti coup de
treuil et on retrouve la piste.
À midi, la quête de l'ombre nous occupe une heure, pour finir sous une misère d'acacias étriqués : la
température est montée d'un coup, dès que nous nous sommes éloignés de la mer.
Dans l'après-midi, on traverse une zone complètement verte avec troupeaux de chèvres et chameaux. Il a plu ?
On passe à côté de
Bennichab
où il y a, paraît-il, une usine d'embouteillage d'eau minérale, alors que le coin est un beau désert avec
dunes et palmiers.
On rejoint le goudron le soir avant
Akjoujt
, à la boussole, car la piste est éventrée par la pose d'un aqueduc. Petites courses. On rêve de tomates,
mais ils ne comprennent même pas le concept.
La nuit nous presse. Jacques suit des points de Cyril Ribas (Mauritanie au GPS) qui sont carrément
fantaisistes. On cherche une piste pour
Tabrenkout
puis l'
Amatlich
et Jacques verra en rentrant que les points de Ribas sont pris sur la carte IGN 200'000 qui était périmée
bien avant l'invention de la 2CV !
Bivouac juste après avoir quitté le goudron dans une grande plaine avec des centaines de chameaux et
quelques dunettes. On finit par se trouver une dunette sans chameaux ! (forcément, le berger les a rentrés
pour la nuit !)
Mercredi 26 octobre
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Départ pour l'
Amatlich
. Erg impressionnant. Très hautes dunes. Beau cordon meringué. On s'engage pour trouver la passe de
Foum Tizigui
dont on a le point (Cyril Ribas).
L'entrée nord est simple : la passe fait 3 dunes et on se retrouve dans un gassi de 2 km plutôt encombré,
mais roulant. Très bel endroit. : Séance photos vidéo.
Puis, on cherche la sortie. Les dunes deviennent très irrégulières et molles : on a beaucoup de mal pour se
diriger vers la passe.
Au loin à l'Est, se profilent les monts Ibi, dont la masse grise barre l'horizon. Ils forment un
promontoire très-avancée séparé du plateau par les dunes vives de l'Amatlich.
Vers l'ouest et le nord, au-delà de l'Amseyga, c'est la région désertique des bandes dunaires de l'Akchar
et plus loin de l'Azeffal, bandes constamment orientées nord-est-sud-ouest, parallèles, de largeur
variable, séparées par des vallées « (aftout) » et de vastes dépressions au fond plat, argileux, marquées
par les lits d'oued temporaires et par des puits plus ou moins profonds. Ces dunes ne se déplacent pas,
fixées qu'elles sont par la végétation de « sbat », de « had » et « d'enchal »..
Lt Colonel de Burthe d'Annelet - Du Sénégal au Cameroun - 1932-1935 (T1 p.73)
Les dunes nous rejettent. L'erg est déstructuré et ces petites dunes bougent sans doute beaucoup : il faut
chercher la passe là où elle se trouve en ce moment. C'est comme en Tunisie. Tout au culot et aux reflex.
Plantages. Il fait au moins 50° et le sol est brûlant.
Pascal, qui fait un peu le canard pour sa caille, nous emmène dans un truc sans fin. Je jette un œil à la
photo sat et rebrousse chemin, calmos, pour chercher le passage à pied. Alors que je m'approche d'une crête,
j'entends un moteur qui hurle et découvre un motard qui me vient droit dessus. Congratulations.
Ce sont 2 Espagnols qui se sont acheté le road-book d'un Paris – Dakar et le font dans les mêmes conditions.
Ils viennent d'en face et nous disent que la sortie est juste là. Ouf !
Je leur indique ma trace et leur suggère d'éviter celle de Pascal. Le deuxième est mort de soif et je le
ravitaille sans réfléchir. Je me rappellerai plus tard que c'est avec l'eau d'un puits pour la toilette :
j'espère qu'il n'a rien attrapé.
On trouve enfin la sortie. On cherche une ombre sous un acacia. Il est deux heures de l'après-midi, le vent
souffle fort et nous dessèche. Pique-nique silencieux…
On est crevé. Jacques a un coup de moins bien et de stress, plus chaleur, plus pelle… Son volant fait clic
clic quand il tourne à gauche et ça lui rappelle des souvenirs.
En repartant, Pascal s'enterre dans les traces : p'ti coup de treuil. Je tire : le câble sort du tambour.
Adrénaline, car on le croit arraché. On mécanique un peu et tout baigne. On monte dans des rochers noirs.
Mélange détonnant avec des coulées de sable doré. On entame un trial dans des gros blocs posés sur du sable
mou. C'est très spécial.
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On abandonne le
puits d'Amazmaz
et on continue jusqu'à un col. Vue magnifique en lumières du soir sur une oasis verdoyante. Palmiers et
pâturages, petit cordon à franchir avant de l'atteindre.
Plantages. Belle lumière du soir.
Villageois et gamins sympas. Ils nous emmènent au puits. On remplit la douche de Pascal, séance photos et
vidéo. Rigolades.
C'est le village de
Tenemrouret
. Constructions en pierres sèches. Carrées ou rondes. Super bien faites. Toits en palme. Mais gens pauvres.
Peu de cultures dans cette région minérale. Dattiers et élevages.
Bivouac à quelques kilomètres plus loin au calme. On est archicrevés (Jacques et moi) et on est sans
nouvelles des tourtereaux qui ont rapidement disparu sous la couette.
Des femmes arrivent à pied du village alors que la nuit est déjà bien noire pour nous vendre des bricoles.
Elles restent poliment à 20 m et nous appellent doucement. La manœuvre dure ½ h. On y va avant de se coucher
et on achète un bol en bois pour dire de donner quelque chose. Elles sont ravies souriantes et gentilles et
nous donnent un petit cadeau (pierre polie).
Jeudi 27 octobre
Les gens du village arrivent peu à peu autour de notre campement. Calmes, curieux et gentils. L'instituteur
vient discuter. Je lui donne une carte d'Afrique pour son école. Karine lui donne des stylos.
On part et traverse des villages et oasis. Les puits sont construits sur des rochers. Enfants, écoliers,
jeunes femmes avec leur bébé et tous essayent de vendre leur pacotille. Pascal et Karine achètent une
calebasse.
El Meddah
,
Le Gleitat
…
Dans la traversée d'
El Gleitat
, des gens abrutis de chaleur dorment à l'ombre dans le passage : Il faut manœuvrer pour les éviter.
La vallée de sable se perd peu à peu dans la caillasse.
À midi on arrive en haut de la célèbre
passe de Tifoujar
. Beau décor de western. Belle descente. Belle remontée de Pascal qui ne comprend pas que j'ai pu préférer
orienter le parcours pour la descendre.
Bel acacia. Belles ombres pour manger. Belle caravane pour le dessert. Belle gorge pour sortir.
Il fait toujours aussi chaud. Bifurcation pour
Toungad
. Les villages sont sales et écrasés de chaleur.
Oujeft
: Gros village avec des maisons en pierres éparpillées sur une colline de pierres et de sable. On cherche
par où monter, puis on cherche du pain.
On trouve après de longs détours une rue ensablée avec de nombreuses épiceries. Vendant toute la même chose,
elles sont en plus toutes dans la même rue !
On commence une boucle pour
Timinit
. On choisit le plateau à l'aller. La piste est très peu fréquentée, on la perd plusieurs fois.
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On finit par une belle passe empierrée pour descendre sur
Timinit dans
son oued ensablé.
On aimerait aller à
Berbera
, belle oasis décrite dans les livres. On nous indique de suivre la piste au bord de l'oued : coup de frein
tardif pour éviter d'arracher un fil de cuivre délimitant une improbable propriété. Des gars nous montrent
la piste caillasse sur le bord complètement pourave. Bivouac dans l'oued.
Vendredi 28 octobre
Finalement, on renonce à
Berbera
. Je trouve la piste cailloux trop dure, même pour des Lands ! Déception chez les tourtereaux qui se
voyaient déjà dans l'eau claire de leur photo. On repart dans l'autre sens. On longe l'
oued Timinit
, on est arrêtés par des Mauritaniens en 4x4 qui
ont crevé sans rechange. Ils nous supplient de les dépanner, car ils attendent des clients d'agence et vont
rater leur contrat…
Pascal se laisse attendrir et tente leur éducation : il veut bien donner une chambre à des Mauritaniens,
mais à condition qu'à la prochaine occasion, ils rendent la pareille à des Européens en difficultés. C'est
promis !
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On rejoint
Faraoun
. Séance au puits. On remplit la douche. Les gamins et les gens nous entourent. Sympas. Photos vidéo. Émeute
lorsque je donne un paquet de bonbons à un adulte pour qu'il les distribue aux enfants.
Puis direction de l'
oasis de Hnouk
, en remplacement de
Berbera
. Piste de sable et caillasses. Les réserves de gasoil baissent, finalement demi-tour, on joue la prudence.
Après
Faraoun
, on regagne le plateau par une grande passe ensablée assez sportive à remonter. Plantages. Treuil. Pas
facile. Sable mou. Une faible trace qu'on a du mal à ne pas perdre.
Au sommet, on découvre une superbe piste lisse et bien entretenue. Pique-nique vers une belle ombre, proche
de cultures. On repart. À la bifurcation de
Mareith
, je questionne en vain nos tourtereaux. Le projet visait
Ntergent
mais l'envie a fondu.
On abandonne. On décide d'aller passer la nuit à
Terjit
. On retourne à
Oujeft
pour prendre la belle
passe de N'Tourvine
, sur une jolie piste entretenue.
Arrivé à
Terjit
, on découvre un parking à l'entrée, les voitures ne sont pas les bienvenues. On les pose à l'entrée et on
part avec des balluchons pour le camping. Nuit à l'auberge de l'oasis.
Cette oasis vit au rythme des charters et donc le vendredi soir, on la découvre déserte, splendide et
reposante. Demain, ce sera autre chose…
En fait, on dort sous des kaïmas, tentes traditionnelles. Baignade (quel délice !) dans un réservoir en
béton alimenté par la source. L'eau coule partout, c'est vraiment un petit paradis surtout qu'on est seuls à
part trois personnes qu'on ne voit pas.
Il y a sur nos têtes des stalactites qui ruissellent d'eau pure et fraîche.
On prend le repas assis par terre (spaghettis, légumes, poulet — très bon — ananas en boîte).
Les gars du campement sont bien sympas et viennent discuter avec nous.
Samedi 29 octobre
Matinée relaxe. Petit déjeuner sur notre tapis. On décide d'abandonner la montée au
Guelb er Richat
, trop longue, trop caillouteuse et le retour sur
Aratane
, qui suppose d'aller jusqu'à
Oualata
et
Néma
.
On lâche les cailloux et les dunes pour la lessive : les tourtereaux sont de nouveau tout sales… ils
souhaitent une matinée de lessive / repos.
On prend l'eau dans un petit ruisseau propre et on rejette l'eau sale dans un endroit prévu pour ça. Et on
voit débarquer des dizaines de marcheurs avec guide.
Le coin de paradis est complètement envahi. Heureusement qu'on est arrivé hier, on ne serait pas restés s'il
y avait eu cette affluence. À éviter absolument les jours d'arrivée ou départ de charters sur
Atar
.
On quitte l'oasis avant midi. Repas avant
Atar
pour faire sécher notre linge. Chaleur et vent. Superbes étendages entre les deux voitures. Pascal est
angoissé dans son nouveau job de pince à linge.
Il y a du réseau. J'envoie des SMS. J'ai des nouvelles de tout le monde et peux même souhaiter
l'anniversaire de Mélodie qui est à Chamonix.
Atar
. Ville où arrivent tous les touristes par avion et début des circuits. Décevant et sale. On sent qu'on est
attendu comme des pigeons.
On fait des courses, du change et de l'eau (difficilement dans un hôtel), du gasoil et on se casse. Bivouac
à
Azougui
, 15 km au NE d'
Atar
. On s'installe sur une belle bosse de sable adossée à la falaise.
Dans un calme olympien, on perçoit un bruit de moteur, caractéristique d'un plantage. Inquiétude, car on est
un peu en vue. Je fourrage le décor aux jumelles et découvre un land d'avant-guerre qui tafure dans les
bosquets à la recherche de bois à brûler. Ouf !
Dimanche 30 octobre
Bonne nuit. Un petit vent frais. Pas de bestioles énervantes. Route en direction de
Chinguetti
. Roulant. On croise dans des nuages de poussière les voitures d'agence.
Passe de Nouatil
. Belle montée taillée dans la montagne, mais la montagne continue de tomber et détériore déjà la route
toute neuve. Arrêt. On domine les différents paliers et la
passe d'Amogjar
qui sort d'un magnifique canyon.
Le gardien du site nous dit qu'il faut payer pour passer. Très sympa, il nous détaille le site qui a
sûrement de la parenté avec le grand canyon.
Pascal regrette d'être monté par le goudron : il aurait voulu en découdre avec les célèbres marches
d'escalier de la
passe d'Amogjar
. Si je ne lui avais pas dit qu'il y avait cette passe, il ne lui aurait sans doute rien manqué. Ah ! Le
bonheur est parfois compliqué !
Montagne décor de cailloux noirs. Un peu de végétation. Arrivée à
Chinguetti
. Ville endormie. Chaleur de ramadan
Quelques « guides » et vendeurs d'artisanat nous abordent. On arrive à s'en défaire et on erre dans cette
ville en ruines…
Belle place de sable avec quelques bistrots.
Visite d'une bibliothèque avec un gars de la famille qui nous explique très bien et d'une voix calme l'âge
et l'origine des manuscrits et du boulot qui reste à faire pour les réhabiliter. Petit musée d'objets
usuels.
Mosquée de la vieille ville restaurée, mais dans l'ensemble la vieille ville s'effondre.
L'aube fraîche commence à poindre. On charge et on part à 6 heures. Une harde de gazelles au derrière
blanc détale au loin dans la plaine. On escalade la passe d'Aous dans le dahr, au milieu des grès
recouverts d'une patine brune ou noire. Le pendage en est très fort.
La montée a été aménagée pour les autos à flanc de coteau, mais, au bout d'un kilomètre elle n'est plus
qu'un sentier en lacets au milieu des rocs et des pierres roulantes.
Le plateau s'abaisse en pente insensible jusqu'à Chinguéti (kil. 30), à 88 kilomètres d'Atar, dont on
aperçoit le ksar et la palmeraie étreints par les dunes.
Chinguéti, que les indigènes prononcent Chinnguéti, une des villes saintes de la Mauritanie, dont le nom
est connu jusqu'au Touat, au Tidikelt et jusqu'à La Mecque, alors que le nom d'Atar est presque ignoré,
est un foyer religieux important et un centre de culture musulmane.
Lt Colonel de Burthe d'Annelet - Du Sénégal au Cameroun - 1932-1935 (T1 p.124)
Coca et couscous dans un petit restau à l'ombre de l'acacia de la place, inondée de soleil et de chaleur.
Sympa. Nous sommes en plein ramadan, et le service reste impeccable. On a carrément honte.
Départ vers trois heures en direction
Tidjikja
. Petite piste discrète, pas facile à trouver. Une belle piste nous embarque sur
Mareith
. On rebrousse pour chercher la direction.
Il faut se rendre à l'évidence, il n'y a de nouveau que quelques traces sur cette piste mythique. Après
quelques caillasses, on trouve du sable en petites dunes de 2 m. Il faut dégonfler.
Je pointe le bivouac de Jean-Paul en 2002 : on voit les limites d'engagement quand on est seul… car le
passage n'est pas très sévère.
Monts Zarga
au coucher du soleil. Bivouac peu après, derrière une dune de 4 m. Plusieurs nomades sous Kaïma aux
alentours.
Lundi 31 octobre
On roule, on roule, toute la journée. Piste de cailloux noirs, puis quelques petits ergs orange.
Cratère de la météorite d'Aouelloul
. Désolé.
Passe de Lebchir
, entaille au bull dans un éboulis. On prend pied sur un plateau et la vue est dégagée. Lecture à haute voix
de l'histoire de la météorite de Monod par Karine.
voir la recherche de cette météorite par Burthe d'Annelet
La piste et les paysages n'ont que peu d'intérêt. Quelques dunes éparses agrémentent l'horizon. Pascal ne
résiste pas à l'appel du sable et court se planter sur un petit col : p'ti coup de treuil.
⏯️
Il évite (?) de peu le ridicule, car nous croisons aussitôt 2 Toys d'agence, les seuls rencontrés sur tout
le trajet
Chinguetti Tidjikja
.
On fait un détour par
Aïn Çerfa
, pour voir. L'oasis, enfouie dans un canyon, est belle, surtout par le contraste qu'elle offre par rapport
au village désolé sur le plateau.
Discussion avec l'instit' qui est malade. Il nous conseille de rebrousser chemin pour rejoindre la piste, ce
que je ne fais pas. Je m'enchorbatte dans des mous d'enfer, dont je ne sors que par la chance.
Le sable s’installe, d’abord en barkhanes labyrintheuses, puis en moutonnement infini. Bivouac dans la
végétation aux alentours d'
Hassi Legleïa
. Quelques arbustes environnants ont une odeur de la famille des jasmins et attirent les oiseaux. Visite
d'un chibani qui a entendu les moteurs entrer dans sa propriété.
Mardi 1 novembre
Départ facile, un peu d'herbe sur du sable, la piste se résume à 2 traces de roues dans du sable dur. On
découvre un panorama superbe sur l'
oued El Khatt
, sables et herbe verte, belle lumière, mais trop compliqué pour les APN naissants de cette époque.
Nous sommes au bord d'un grand amphithéâtre de sable dont les dunes du fond ressemblent à un édredon
surpiqué. Jamais vu autant d'herbe dans le désert.
On traverse l'édredon et on découvre les bords de l'oued ourlés de dunes de 50 m. On grimpe dessus, à pied.
Joli moment de détente, le paysage évolue très bien. Je suis content d'avoir choisi le sens nord sud, car si
ça commence triste, ça s'améliore vraiment.
On débouche dans le « Khât », couvert de dunes basses et de monticules de sable, au milieu d'un beau
pâturage de « tamat », d' « atil », de « titarek », de « téchot », d' « éguenin », d' « eizen », d' «
agchit », de « lecchich», d' « araouach » vert, de « sbat », de « mrokba », de « hådet » de cram-cram.
Le « Khât » est une longue dépression de vallée en terrain sablonneux, très accusée, orientée
nord-est-sud-ouest, dont la largeur à l'ouest atteint 30 kilomètres et se réduit à l'est à une simple
gorge rocheuse. Elle est longue de plus de 200 kilomètres et se poursuit par El Moïnan jusqu'à Aguelt en
Némadi où elle est flanquée d'un gros « guelb » : le Steilet el Krouch.
Lt Colonel de Burthe d'Annelet - Du Sénégal au Cameroun - 1932-1935 (T1 p.133)
Pascal nous fait le canard. L'
oued El Khatt
s'enfuit plein est et nous prenons sud par la branche de l'
oued Rachid
. C'était déjà beau, mais ça s'améliore encore.
Nous sommes au milieu d'un oued quasi plat orné de centaines d'acacias très verts. Nous roulons dans la
trace de la dernière eau, qui date au max d'un an et les berges droite et gauche se disputent pour
accueillir soit des rangées de grands arbres, soit des dunes orange écornées par les derniers flots.
Le lit de l'oued est couvert par endroit d'une couche d'argile séché qui a éclaté au soleil et imite la
garniture de ces gâteaux au chocolat, tendres dont la surface croustille et se recroqueville.
Le temps est très beau, la température idéale… Nombreux puits, peu profonds (4 m). Vers
Hassi Deja
, rencontre avec un berger, sa femme et sa fille. Il abreuve ses chèvres. La scène est belle, mais il
s'excite à la vue des appareils photos.
Cadeau cado cado ! Pour le calmer et comme je n'ai pas plus confiance en lui que lui en moi, je mets une
chemise sous le coude pour qu'il voie la récompense et me fais toute la séance photo avec un coude collé au
corps…
Mais ça marche, pour les photos et le bonhomme. La fille, jeune, est terrorisée.
Guelta de Taoujafet
. Très beau décor : une marche de rochers noir corbeau de 20 m barre le lit de l'oued, créant une cascade.
L’eau vert pâle est enserrée par deux falaises ocre rouge dont la couleur contraste avec les nombreux
palmiers qui poussent au pied. Les dalles sont polies et brûlantes.
La baignade est obligatoire : on perd pied. Je manque même de perdre mes sandales dans la boue suceuse du
bord. Trois gars sont là, sympas. 3 petites pointes de flèche en cadeau. On leur donne quelque nourriture
qu'ils mettent de côté à cause du ramadan.
Il faut escalader la berge avec les Lands, puis on longe l'oued pour revenir y pique-niquer sous une belle
ombre. Un couple âgé nomadise et nous offre des courgettes : nous sortons volontiers les cadeaux.
Nous reprenons l'oued qui est maintenant large et dégagé, j'ai le caméscope à la portière quand le sable
s'effondre sous les 2 roues gauches du Land : panique, je crois que nous allons nous coucher sur les portes
et je n'ai qu'une main pour conduire. L'eau n'est pas loin et le Land a pris 30 degrés d'un coup. P'ti coup
de treuil.
Peu avant le
village de Rachid
, à l'ombre d'une « forêt », rencontre avec une belle qui vend de jolis petits paniers. Photos
complaisantes.
Rachid
est à un verrou sur l'oued, une sorte de cluse si nous étions dans le Jura. Il faut quitter le sable et
grimper dans des rues caillouteuses et très inclinées.
Il y a sans doute 300 habitants, dont 200 gamins très excités. Bon accueil, gens très ouverts, quelques
commerces et une maison de l'artisanat. Mais grande frustration pour les photographes qui ne peuvent œuvrer
sans invectives. La vue du sommet du village est sensationnelle et on ne peut choisir entre le nord et le
sud.
Achat de petits paniers. 2 pistes nous offrent le choix entre plateau et sable. Les habitants nous parlent
de barrages dans l'oued, on prend plateau et on se perd.
Après 15 km, on redescend en jardinant dans l'oued qui est toujours aussi beau. Vers
El Aouetat
, le sable est plus mou et je n'ai que quelques secondes pour décider entre droite et gauche : mauvaise
pioche, je prends à gauche et pars pour le tour complet de la palmeraie. Au passage, une agence à touriste
prépare un campement avec des Kaïmas qui font bien envie. On jardine dans le sable d'abord, puis dans des
rochers coupants comme de la lave : première courte en trial pour rejoindre la piste.
Très beau mélange d'arbustes vert tendre (Euphorbia balsamifera) et de rochers noir profond. Dès le retour
sur la piste, bivouac de bonheur (cette orthographe, choisie par le soft de reconnaissance vocale de mon
dictaphone, convient bien mieux que l'originale « bonne heure »). Karine n'est pas bien.
Mercredi 2 novembre
Tidjikja
, capitale du
Tagant
. Petite ville, rue poussiéreuse, marché tout au long des ruelles, tenue par des femmes. On peut acheter des
mandarines et du pain…
Gens sympas et gais, mais peu de produits frais à part des pommes de terre, des oignons et quelques
courgettes. Change et gasoil. On a encore des scrupules avec les documents de change et on emmerde
copieusement le banquier pour un papier complètement inutile. Il obtempère gentiment, mais pas très
rapidement.
Ville plus animée que les villages endormis traversés ces derniers jours.
Direction la
guelta de Matmata
par le goudron sur 140 km. Puis piste d'environ 20 km à partir de
N'Beïka.
Départ pénible à trouver (encore un de ces points inventés sur carte de Cyril Ribas et recopiés avec une
bêche !) Piste variée, grandes étendues d'eau, sable, miniforêt de Calotropis. Cailloux noirs…
Village de
Matmata
construit dans les rochers et avec une belle palmeraie à côté. On croise dans la montée des Morzinois qui
sont émus par nos plaques. Je double leur émotion en leur disant que je m'appelle Taberlet. (Martine les
reverra sur les pistes dans l'hiver). Les points GPS sont farfelus et on jardine pas mal.
On charge un gosse qui dit oui à toutes les questions, pourvu qu'il reste dans la voiture… On le vire, car
autrement, on y serait encore. Je finis par trouver la descente sur une dalle impressionnante en voiture. On
termine par 200 m à pied avec des singes en fuite tout le long du parcours.
Guelta superbe, falaise, sable, rochers noirs. À couper le souffle. On s'installe pour le guet des crocos,
Martine et moi sur une banquette au sommet de la falaise, à 20 m en surplomb au-dessus de l'eau.
Des crocodiles : on aperçoit le dos de l'un d'eux le soir. On reste un grand moment en contemplation au
coucher du soleil. Pascal descend au fond et se balade sur le sable à travers les traces de crocos. Très
joli bivouac non loin de là.
Guelta en Mauritanie : Crocodiles et Lionne (Odette Du Puigaudeau, 1933-1934)
Jeudi 3 novembre
Je retourne à la guelta le matin (de bonheur, comme dit Dragon Natural Speaking qui me numérise ces
textes…), seul, car les autres n'y croient plus. Grand moment. La guelta est à moi seul : les crocos
choisissent mon hypothèse et, après la nuit froide, rien de tel que les rayons du soleil pour se réchauffer.
Deux sortent quasi en même temps sur le sable.
On traîne. Pascal a crevé. Retour au goudron et direction nord en direction de
Tidjikja
.
Aïd el-Fitr
, fin du ramadan. Ça va être la fête dans le pays.
La piste pour la
passe de Néga
part 15 km avant
Tidjikja
plein est. J'ai un tracklog précis, la confirmation nous est donnée par un gars du village qui nous dit
qu'on va trouver du sable et des oreilles. (calotropis)
Beaucoup de troupeaux de chèvres, de chameaux et des retenues d'eau. Piste cailloux ou sable comme d'hab.
Village plus animé sans doute à cause de la fin du ramadan.
Beaux petits arbres en fleurs roses (Pachypodium ou baobabs chacals). Un jour, j'ai mis cette photo sur le
net et me suis fait engueuler par un scientifique grognon, car j'avais dit baobab chacal qui n'est que le
nom vernaculaire, mais surtout pas de la famille des baobabs : alors, faites gaffe à ce que vous dites.
Beaucoup de cram-cram (Cenchrus biflorus, na na nère…). Piste compliquée, changeante et variée.
Des épaulements rocheux pénibles à franchir nous obligent à de nombreux méandres. Un peu de reliefs.
Quelques descentes de torrents… et de grandes plaines plates et roulantes.
Le décor austère au début, s'anime lentement. La palette de couleur s'élargit, la lumière de l'après-midi en
rajoute encore un peu. On traverse
el Ghediya
sans voir âme qui vive. Le bled est passablement en ruine.
Chacun profite du calme du crépuscule. J'observe au loin, depuis une hauteur, des chameliers qui rassemblent
leurs bêtes avec peine. Pascal sort un boulon de 15 de son pneu : il est sûr d'avoir été piégé par des
gosses de
Tidjikja
pendant qu'on était en ville. Et Martine révise son guide.
Bivouac un peu plus loin, à 20 km de la
passe de Néga
, cachés dans les rochers contre la montagne. Le vert tendre persiste et le noir a cédé la place à des ocres
caramel. Des pitons tabulaires encombrent la plaine, belle au coucher du soleil.
Vendredi 4 novembre
La grande plaine encombrée continue, puis s'approche de rochers. On surplombe la passe, immense zone en
cuvette. J'ai encore choisi la facilité : nous sommes à la descente.
Piste très compliquée par moment à flanc d'oueds sableux et mous, parsemés de cailloux. Beau point de vue de
la passe. Grande dépression de sable avec végétation cette année. Descente de près de 300 mètres avec des
montagnes noires au fond.
Belle ambiance. La piste est très peu fréquentée, le goudron attire les locaux et il ne reste que les fous
nostalgiques pour venir par là. Tant mieux ! On savoure le passage : photos et vidéo à gogo.
⏯️
⏯️
Il est clair que lors de la montée du rallye Paris Dakar, ça doit être différent.
On croise un gros Toy local qui remonte, ce sera le seul véhicule rencontré.
Le cheminement est sophistiqué et évite habilement les montagnes. On ne devine rien d'avance.
On débouche sur un petit village derrière la
Gara Dekhène
. Une mare artificielle attire les troupeaux.
Décor magnifique, quelqu'un a trié le sable blanc du rose et en a fait de grands tas juxtaposés. La descente
est finie, nous sommes au sahel, une année où les pluies ont été bonnes. Quelle beauté ! Il fait chaud, la
prairie est verte, le sable est encore présent, les troupeaux paissent avec nonchalance.
Errances vers
Boumdeïd
, arrivée à
Kiffa sur
la route de l'espoir entre
Nouakchott
et
Néma
.
Ville moche et sale (on pense au Yémen). Gens peu sympas, limite agressifs. On fait les courses et on se
sauve. À la sortie de la ville, un 4x4 local nous rattrape, nous demande où on va. Pas de réponse. Il nous
escorte à distance. On s'inquiète. On fonce sans s'arrêter, sur la piste en direction de la frontière du
Mali.
Début de psychose. Après
Kourbudjél
, on s'écarte longuement de la piste, vers l'ouest. On se cache vraiment. La nuit tombe et le défilé
commence. À cause des zoulous à la sortie de
Kiffa
et la proximité de la frontière, je ne suis pas tranquille. On éteint à chaque passage de phares. Il passe
au moins 10 bagnoles en 2 h. Du jamais vu ! La zone est réputée peu sûre à cause des trafiquants.
Samedi 5 novembre
On reprend la piste direction d'
Hamoud
, le dernier village sur la frontière. Végétation sahélienne, grandes herbes. Les villages ont changé. Les
tentes n'ont plus la même forme.
On traverse
Kankossa
avec prudence, cherchant les autorités pour ne pas rater les formalités de sortie, puis vers
Waringuel
on débouche sur des étangs magnifiques, couverts de nénuphars. Il y a là tout un petit peuple attiré par
l'eau et très sympa.
L'ambiance a complètement changé depuis
Néga
, la végétation s'est faite belle pour notre arrivée au Sahel.
⏯️
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Photos de nénuphars dans un marigot qui se terminent avec tous les gamins du village.
La psychose d'hier soir me poussait à fuir en avant, cette pose photo nous remet d'aplomb.
Les gens sont sympas, rien à voir avec
Kiffa
. Ils ne réclament rien, les femmes acceptent les photos, les hommes discutent.
Sinon tout le long de la piste dans les villages les gamins crient cadeau cadeau, comme un jeu.
Arrivée à
Hamoud
. Un petit bled aux cases dispersées. On cherche à faire les formalités de sortie… Un drapeau dénonce de
loin 3 gars avachis.
En voyant que nous sommes français, ils nous apprennent que chez nous rien ne va plus : les banlieues sont
en flammes.
Pour peu, ils nous proposeraient l'asile politique. Ils regardent mollement les trois passeports que nous
leur tendons sans qu'ils ne les demandent (Puthod doit se voiler la face) et nous disent d'y aller… Pas de
tampon, rien de rien…