Enquête sur l'énorme Météorite de Fer près de Chinguetti
Extrait de Du Sénégal au Cameroun — 1932-1935 — Lt-Colonel de Burthe d’Annelet, [T1 p.129]
Contexte de l'enquête (Chinguetti)
N'ayant séjourné à Chinguéti que vingt-quatre heures, le temps m'avait manqué pour poursuivre une enquête sérieuse sur l'énorme météorite de fer, isolé, de 100 mètres de longueur sur 40 mètres de hauteur, gisant au milieu des dunes dans une plaine désertique à 45 kilomètres au sud-ouest de Chinguéti et à l'ouest d'Aouinet N'Cher, et découvert en 1921 par le capitaine Ripert, passé depuis dans l'Administration coloniale.
Interrogatoires des Anciens et des Forgerons
Je n'en avais pas moins interrogé l'interprète Ahmed Meské, homme intelligent, instruit, à l'esprit ouvert, parlant très couramment le français et apte à soutenir une conversation serrée sur un sujet sortant de l'ordinaire. Il avait bien entendu parler de la fameuse masse métallique, mais n'avait jamais ouï dire qu'aucun indigène l'ait repérée. Sur ma demande, il avait convoqué des anciens du Ksar ainsi que des gens qui passaient leur temps sur les routes et dans les pâturages du sud et du sud-ouest. Nul n'avait connaissance du rocher tout noir.
J'avais fait venir des forgerons au moins ceux-ci par leur spécialité pourraient peut-être me renseigner. Leur réponse fut catégorique: « il n'y a pas de fer dans la région et, s'il y en avait, ils seraient les premiers à le savoir, étant plus que tous autres intéressés à la question ».
Quand je leur avais parlé d'aiguilles malléables que des Maures auraient courbées en essayant de les briser, ils n'avaient pu cacher une douce hilarité, la bouche fendue jusqu'aux oreilles, disant: « Si cela existait, cela se saurait et nous irions nous y approvisionner en fer au lieu d'aller le chercher au loin ».
Je leur avais demandé de m'apporter de petits morceaux de fer, des pierres très lourdes couleur chocolat, leur promettant une bonne récompense ». Ils avaient répliqué: « Il n'y a que des cailloux et du sable ».
La Quête Personnelle vers Aouinet N'Cher
Je m'en tins là. Mais, puisque la route que je devais suivre sur Talorza passait à environ 10 kilomètres à l'est d'Aouinet N'Cher, je pensai que je n'avais rien de mieux à faire que d'y aller voir pour en avoir le cœur net. C'était un détour peu considérable et, comme bien d'autres, je me piquai au jeu de partir à la découverte de la montagne secrète non de l'or, mais du fer.
Je quitte donc le détachement au moment où il faisait la halte-déjeuner, et, accompagné de Sidi Ould Maïmet et d'un autre partisan, je prends la direction sud-sud-ouest. Je contourne une dune importante de 50 mètres de hauteur qui, sur 3 kil. 5, barre la route, puis foule un rag pierreux, semé de quelques *tamat*, de *sbat* et de *mrokba*. J'arrive à Aouinet N'Cher, puits comblé près de rochers d'un faible relief, qui, à mon sens, est à environ 31 kilomètres de Chinguéti.
Je trace une boucle jusqu'à 9 kilomètres à l'ouest de ce point d'eau. C'est un plateau gréseux sur lequel courent quelques bandes de rocs calcinés, recouverts d'une patine plus ou moins foncée, allant de la rouille brune au gris foncé et presque au noir, patine commune dans les régions désertiques. Quelques basses *touijilat* émergent à peine de petites *aklé* parmi de maigres touffes de *sbat* et d'autres plantes très espacées.
J'ai beau écarquiller les yeux, fouiller l'horizon à la jumelle, je ne vois pas le colossal météorite ni son hérissement d'aiguilles courbées; cependant, une masse de 200.000 mètres cubes haute de 40 mètres et évaluée à 1 million de tonnes ne peut passer inaperçue et doit s'apercevoir par temps clair et en terrain très faiblement accidenté, ce qui était le cas, pour le moins à une distance de 10 kilomètres.
Le sous-lieutenant Casenave et son interprète.
Et comme j'interroge mes deux partisans: *Djebel hadid, hajra kebira hadid, kaïn?* ils se mettent à ricaner en haussant les épaules *Makanche! Qualou!*