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Vendredi 9 novembre
La piste est toujours aussi belle, avec de plus en plus de palmiers et de bananiers. Traversée de la rivière
Konkouré
. Les gars attendent la fin des crues pour aller chercher les diamants et de l'or dans les limons. « Si tu
reviens en janvier, tu peux acheter des diamants ».
Toute cette zone a été noyée par la construction chinoise du barrage de Kaléta de 40m de hauteur entre 2012
et 2015 créant une réserve de 1.3 milliard de m³. Le village de Konkouré le pont et les réserves de
diamant sont noyés…
⏯️
Arrivée à
Kindia
vers 12 h. On aura mis un jour et demi pour faire les 260 km de
Pita
à
Kindia
.
Les rues de la ville grouillent de monde, Martine décide de filmer à travers le pare-brise. Scandale ! Nous
sommes sifflés et arrêtés par des flics excités comme des puces qui disent qu'on n'a pas le droit de filmer
la police, que notre laissez-passer est temporaire et qu'il faut donner 5'000 FG si on veut continuer. On
parle de reçus, ça s'énerve. Vu l'ampleur de la somme (0,83 €), Martine sort le billet et le montre
ostensiblement à la foule agglutinée autour de nous. Les fonctionnaires en Afrique, c'est la plaie.
Notre projet d'aller à
Conakry
en prend un coup : ce pays manque de sécurité, les flics sont pourris, la foule incontrôlable et notre
solitude en face ne fait pas le poids. On abandonne cette capitale.
Goudron direction
Mamou
. On s'arrête chez un sculpteur sur bois, on achète une statue Nimba, symbole de la fertilité et de la
Guinée
, un balafon et une série de petits hippos.
Goudron dans un paysage vallonné très vert, pommes de terre et plein de grandes bassines de tomates.
Impossible d'en acheter 1 kg, ils ne vendent que la bassine qui doit en faire 50. Un peu plus loin, on
trouve des tomates et des oranges.
Après
Mamou
Jacques veut bivouaquer de bonne heure et au calme : il veut réorganiser son itinéraire. On trouve une piste
dans la végétation dense et un emplacement au bord d'un ruisseau et là le défilé commence. Piétons, vélos
motos, ils s'arrêtent pour discuter
• ça va ?
• ça va !
• On dort là et on part demain
• pas de problème, etc.
Le coin est hyper humide et frais. Tout est trempé en 5 min. Comme coin de bivouac paisible, c'est réussi.
En fait, c'est la "route" secondaire qui dessert de nombreux villages. On nous demande de mettre la lumière
sinon les gens ont peur et n'ose pas passer. On a Marylène au téléphone, ils sont en
Sardaigne
.
Samedi 10 novembre
⏯️
Nuit humide. Trois gars viennent nous voir pendant le petit déjeuner dont un vieux en loques. Martine lui
donne une super veste matelassée et un pantalon aux deux autres (merci François-Xavier) ils sont hyper
contents.
On roule vers
Farana
. Belle lumière du matin. Beaucoup de gros camions poussifs.
Pause au soleil dans un joli coin dégagé. On fait sécher la literie qui est trempée de cette nuit.
Des graines de piments et autres choses non identifiées sèchent sur le goudron au bord de la route au ras
des voitures. Des gamines proposent des oranges épluchées.
Farana
. Petit pont sur le
Niger
qui prend sa source pas très loin. S'il savait ce qui lui reste à parcourir avant la mer, il partirait dans
l'autre sens ! Quelle idée de repartir au nord jusqu'à
Tombouctou
alors que la mer n'est pas si loin que ça au sud !
⏯️
Les cases sont de plus en plus petites et rondes. Les villages ne sont plus clôturés. Trois villages de
Schtroumpfs. Les gens ont l'air plus ouverts et plus spontanés. On s'arrête pour photographier des trucs qui
sèchent au bord de la route dans un village. La population est super sympa et rigolarde. On apprend que les
trucs blancs sont du manioc.
Arrivée à
Kissidougou
. On cherche le sculpteur sur bois et pierre indiqué dans le petit futé. On trouve un petit boui-boui sombre
et poussiéreux avec plein de statues et de masques sous une couche de poussière incroyable. Le gars nous
emmène dans sa réserve. On lui achète un couple de statues de la région de
Macenta
et une femme à genoux du
Libéria
. Qu'est-ce qu'on va en faire à
Villard
?
Le projet d'aller au sud vers
Nzézékoré
devient très hypothétique : la piste a très mauvaise réputation, il faudrait la faire en aller-retour et
l'ambiance générale dans ce pays n'est pas vraiment au top. On n'a pas besoin d'une longue discussion pour
abandonner.
On voit des femmes corbeau en Burka ! On quitte
Kissidougou
en fin d'après-midi direction le nord,
Kankan
à 190 km. On a dû rebrousser chemin en ville car le pont est cassé et faire le détour par la banlieue On a
trouvé un gué.
La piste est épouvantable complètement destroye et il y en a pour 90 km ! Quand le land descend dans les
nids d'éléphants, il disparaît presque totalement.
Bivouac dans un chemin enfoui dans la végétation, on a à peine la place de tourner autour de la voiture. On
rêve de bivouacs aérés dans une atmosphère sèche. Il fait chaud et humide. On bénit la douche tous les
soirs.
Dimanche 11 novembre
On poursuit notre piste défoncée. Ça roule mal. D'ailleurs, il y a très peu de circulation. Les gens doivent
se décourager. Les villages sont vraiment perdus.
Dans un village,
Yardo Niamana
, des gars sont en train de débiter à la tronçonneuse, en planches et en poutres, un énorme arbre qui
menaçait de tomber.
On a déjà photographié un de ces arbres qui ont un tronc qui s'évase en plusieurs contreforts vers les
racines. Un gars nous dit que c'est un fromager. Le bûcheron se paye sur la bête dans la proportion de
quatre planches pour lui et la cinquième pour le village.
⏯️
Rencontre d'un musicien et de sa troupe se rendant au village voisin. Ils trimbalent un grand instrument
fait d'une calebasse avec une peau de chèvre un grand manche et des cordes. Il nous dit le nom qui ressemble
à bendré ? Je vais creuser la question. Ils nous jouent un petit morceau, belle rencontre.
Le bendré est fabriqué à partir d'une grosse calebasse évidée dont on a découpé l'opercule, recouverte
ensuite d'une peau de bête retenue par des lanières en cuir. Un couvercle en cuir protège la peau dont le
centre est enduit d'un produit résineux. Le bendré est l'instrument noble par excellence. Il a toujours
été réservé à la cour de l'empereur et de ses chefs de province (Burkina Faso).
On dépanne un taxi brousse qui ne démarrait plus, en le tirant avec notre corde élastique. Probablement une
batterie ou un alternateur HS. Plein de remerciements. Il recharge la dizaine de personnes et repartent
cahin-caha dans les nids de poule, les baignoires et les ornières.
On les double peu après car ils roulent à 2 à l'heure et ils nous redoublent plus loin lorsqu'on s'arrête
pour des photos d'un gigantesque fromager dans un village un peu plus loin. Les salutations vont crescendo !
Les gamins et les villageois sont très cool.
Belles petites cases. On retrouve un goudron correct et plein de graines qui sèchent sur la route dont le
fameux fonio, graines minuscules et grises. Ça nous rappelle le teff d'
Éthiopie
, mais ils n'en font pas de l'ingéra, ils le consomment comme de la semoule. Il paraît que c'est délicieux.
À midi, on mange dans un village,
Moribaya
. Il y a souvent des marmites qui chauffent sur un feu de bois au bord des routes. Ça fait restoroute : une
sauce avec des morceaux de poissons et de chèvres et autres
viandes de brousse
avec oignons, tomates, piments et riz. Délicieux ! (d'après Martine) Délicieux ? (d'après Jacques, qui est
persuadé de faire la plus belle connerie alimentaire de sa vie !).
On intrigue les enfants qui nous lancent leurs « toubabous ! Toubabous ! » Mais ils le font dans la bonne
humeur. La femme nous sert dans une petite bassine/assiette avec quand même une cuillère. On complète le
service avec la trousse à couvert de la voiture. Nos voisins mangent avec les doigts (de la main droite !).
On n'arrive pas à finir nos assiettes et la patronne nous demande l'autorisation de servir des gens qui
n'ont pas de quoi se payer un repas. 2 gars engloutissent alors avec avidité les restes de ces toubabous
trop délicats…
Les origines de l'épidémie d'Ébola en
Guinée
remontent à fin décembre 2013, lorsque le virus a été détecté pour la première fois dans la région
forestière de
Guéckédou
. Le patient zéro était un enfant de deux ans du village de
Méliandou
(60 km sud de
Kissidougou
), qui est décédé après avoir présenté des symptômes de fièvre, de selles noires et de vomissements.
Cette région, incluant
Kissidougou
, a été l'épicentre de l'épidémie qui s'est ensuite propagée au
Liberia
et en
Sierra Leone
. L'épidémie a été officiellement déclarée le 23 mars 2014 par les autorités guinéennes, après
confirmation des cas par le laboratoire Pasteur de Lyon. Cette épidémie a été particulièrement grave,
avec près de 29 000 cas et plus de 11 300 décès recensés. On apprendra plus tard que c'est dans cette
région de
Kissidougou
, 6 ans plus tard en 2021, que commencera la grande épidémie d'Ébola (28 000 morts)
dont l'origine est attribuée à de la viande de brousse
.
Arrivée à
Kankan
, on cherche un sculpteur sur bois (et oui encore…) On tournicote dans la ville, renseignés par des gens
très aimables et serviables. On trouve et on achète une statue Nimba en ébène (ouais mon œil, l'ébène !).
Voir la description du marché de Kankan par René Caillié, lors de son « voyage à Tombouctou »
En discutant avec Jacques, ils lui disent que la piste par
Bougouni
vers
Sikasso
au
Mali
est très très mauvaise, encore plus mauvaise que celle qu'on vient de prendre ! Ils hésitent également sur
la possibilité de franchir le fleuve à cette saison. À contrecœur (mais c'est plus raisonnable), on reprend
la direction de
Bamako
par
Siguiri
et la douane de
Kourémalé
.
Beau coin de bivouac, 40 km après
Kankan
, dans un champ dégagé (enfin) pas d'humidité (enfin) plein de jolies termitières en forme de bolets. Une
ruche en paille en forme de tonneau dans un arbre.
Dans toute cette partie de l'Afrique, même depuis le Baleya, les nègres mettent des ruches dans les
arbres pour que les abeilles viennent s'y loger; ils récoltent beaucoup de miel, dont ils sont très
amateurs. Les ruches sont faites en écorce d'arbre, et recouvertes de paille.
J'ai vu beaucoup d'arbres encore verts entièrement dépouillés pour cet objet de leurs écorces par les
habitants.
(René Caillié – Voyage à Tombouctou – 1824-1828 – T2 p.80)
On est quand même découvert par des passants qui nous « dénoncent » au chef de village (de l'autre côté du
goudron et qu'on vient justement de fuir).
Peu de temps après, celui-ci arrive et insiste très fortement pour qu'on aille coucher au village. Il nous
assure que cette partie-là n'est pas protégée. On résiste : il n'a pas l'air très satisfait en repartant. On
commence à se poser et à penser à la douche, car il fait très chaud et il n'y a pas d'air.
Des gars viennent nous dire qu'on ne peut pas dormir là, car il y a beaucoup de voleurs et qu'il faut aller
au village dans une maison. On leur explique qu'on aime le calme, la nature. Ils ne sont pas convaincus et
ne disent qu'ils vont prévenir le grand frère qui décidera au bout d'une heure on voit arriver une
délégation formée du chef de district et d'un vieux à l'allure noble et la barbichette blanche.
Ils nous souhaitent la bienvenue et disent qu'on peut rester là. Mais qu'on aurait dû venir les saluer au
village. Après plein de salamalecs, ils nous souhaitent bonne nuit et s'en vont. En fait ce n'est pas la
première fois qu'on entend parler de voleurs de bétail. Du coup, on zappe la douche, on mange et on se
couche. On crève de chaud. On souhaite l'anniversaire de Jean-Yves et on répond à Karine.
Lundi 12 novembre
⏯️
⏯️
On roule vers
Siguiri
, traversé du
Niger
par un grand pont un peu avant. Rencontre avec un minibus taxi brousse délabré en panne avec ses 20
passagers sur le bas-côté. Jacques sort sa corde magique pour le remorquer.
Évidemment ce taborniau roule dessus, quel emplâtre. Tous nos essais vont rester vains, c'est vraiment la
panne. Les passagers rigolent ou rouspètent. Ils se résignent à attendre on ne sait quoi sur le bord de la
route.
Sur les pistes de
Guinée
, le Schnorkel est parti en miettes, il tient en place avec des tendeurs. On cherche un soudeur pour lui
refaire une fixation. On en choisit un qui a un super groupe électrogène vers
Naréna
. Pour éviter de déboulonner l'attache et de la souder calmement, il attaque directement le montant du
pare-brise en faisant dégouliner sa soudure partout, même sur la glace du rétroviseur. Un vrai massacre qui
coûtera 500€ en Europe.
Beaux paysages de rochers avant
Sibi
(
Monts Mandingues
).
Arche de Kamadjan
, petites cases aux chapeaux pointus. À
Bamako
, on fait le plein d'eau pour la douche dans une station-service et on dépose enfin la grosse poubelle.
Orientation nickel dans la ville. On trouve le pont du roi Fahd du premier coup, sort en direction de
Sikasso
nord-est. On achète des bananes et on se retrouve à l'aéroport. Ça tombe bien, il fallait qu'on fasse le
change.
On roule goudron direction
Bougouni
. Plein de mouches et d'animation. Bivouac dans un terrain dégagé qui a l'air pas mal, on verra.
On a de la visite, il faut dire que la piste ne passe pas très loin, un vieux et un jeune vienne nous voir
avec le fusil, mais pas menaçant du tout. On discute, le vieux est ébahi par la tente de toit. Il repart
avec un gros pain d'épice souvenirs de
France
.
Bien qu'on se soit posé après le crépuscule, on a quand même été vu par une camionnette. Celle-ci a dû
avertir le propriétaire qui a cru à des pilleurs de récolte, d'où la visite armée. L'ayant entendu arriver à
moto, on a tout éteint et il a tafuré autour de nous un bon moment sans nous trouver. On a fini par lui
faire un appel de phares et il s'est approché surpris et méfiant. Nuit fraîche. Ça fait du bien. Pas trop de
bestioles ni de moustiques.
Mardi 13 novembre
On reprend la route après une bonne nuit réparatrice. Les paysages sont assez monotones, grandes herbes,
arbres disséminés.
Pas mal de camions. C'est la route pour la
Côte d'Ivoire, très beaux arbres, cultures de coton
. On trouve une superbe ombre dans un pré, non sans mal, pour le pique-nique.
Dans la deuxième partie de la journée, très beaux villages en banco rouge latérite : cases plus petites,
chapeaux pointus et surtout petites constructions cylindriques avec un toit, très mignonnes. On s'arrête
faire des photos. Les villageois et les gamins sont très ouverts. En fait, il semblerait que ce sont des
fours/greniers.
Photos de lavandières sous un pont.
Sikasso
: ville assez moderne grande et aérée. Statue d'un joueur de balafon au carrefour du
Burkina
.
On s'arrête pour voir les
chutes de Farako
après
Sikasso
. Paisible, modestes, mais Joli décor.