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Samedi 27 octobre
Passage des douanes. Côté Marocain assez simple, mais on est derrière un troupeau d'italien de 60 ou 80
voitures. Il y a pas mal de chiens renifleurs de drogue.
En fait, on s'apercevra plus tard qu'ils ont pas mal de problème avec le trafic. No man's land toujours
aussi dégueu entre les deux douanes. Des cow-boys nous tombent dessus en disant par ici, par là. On finit
par se planter dans une petite flaque de sable. Ils rigolent bien, c'est de bonne guerre. Ils sont tous
contents d'avoir enfin du poisson dans leurs filets.
On dégonfle et on repart, après quelques échanges comparatifs sur la notion d'entraide nord – sud. Ils sont
très dépités de ne pas pouvoir nous racketter pour pousser la voiture.
Douanes Mauritaniennes : ça se complique le visa est accordée pour 72 heures, à faire prolonger à
Nouakchott
. Assurance et change à la douane.
Gasoil Marocain détaxé 3.45 DRM, douane Marocaine gratuite, Mauritanie : police 10 € par personne et 10 €
par voiture. Le change pour 1 € 340 Ouguiyas et l'assurance pour 10 jours 3'200 Ouguiyas (9.41€).
On roule vers
Nouakchott
. Rien de bien passionnant, des contrôles fréquents : police, gendarmerie, ils sont plutôt aimables et comme
nous le sommes aussi, on leur donne notre fiche signalétique préparée d'avance, ce qui gagne du temps.
Langue dunaire de sable rouge très chouette, 200 km avant
Nouakchott
. On se tâte pour savoir si on bivouaque loin de la ville, ou si on se trouve un camping.
Finalement, à un contrôle à l'entrée de
Nouakchott
, un rabatteur légèrement insistant (!) propose de nous emmener dans une auberge très propre où on peut
camper. On le charge, il parle un excellent français, originaire de
Chinguetti
, réduit à faire ce boulot pour un hôtel.
L'auberge est très « clean », on est très bien accueilli par un écossais qui dépanne le boss en son absence.
Bonne douche. Petites brochettes dans un petit restau du coin.
On achète 2 colliers à un gars qui nous fait vraiment pitié avec son air triste. Il est resté à côté de nous
sans rien dire jusqu'à ce qu'on s'intéresse enfin à sa pacotille.
En principe le patron de l'auberge pourrait nous avoir les visas « doubles entrées » très facilement demain
dimanche si la police est ouverte.
Nuit avec bouchons d'oreilles, muezzins et plusieurs heures de litanies et de sourates du Coran dans les
haut-parleurs de la ville. Puis quelques chiens qui aboient longuement pour saluer la fin de ces litanies.
Jacques se bat avec des moustiques entrés dans la tente et vers 5 h du matin reprise du Muezzin.
Martine a appelé Mélodie à midi pour son anniversaire. Les SMS ne passent pas depuis qu'on est en
Mauritanie
.
L'écossais est un infirmier psychiatrique de Glasgow. Il s'installe en Mauritanie pour devenir berger de
chameaux. Il est complètement allumé, mais rigolo, sorte de soixante-huitard du nouveau millénaire. C'est à
se demander si les problèmes psychiatriques ne seraient pas contagieux ? Tout le monde l'appelle l'écossais.
Il nous raconte une histoire invraisemblable d'un vol de carabine Winchester alors qu'il était en plein
désert. Mais il pense savoir qui c'est…
Dimanche 28 octobre
Petit déjeuner dans la cour de l'auberge sous un parasol. Le patron nous annonce que la police est fermée le
dimanche. On peut attendre lundi ou partir.
Il nous garantit qu'on peut dépasser les 72 heures de quelques jours sans problème. On tente le coup. On
quitte
Nouakchott
par la route de l'espoir. Banlieue sur des kilomètres, crade, encombrée et très animée. On achète des melons
d'eau, des mandarines et des bananes.
Direction
Aleg
, où on bifurque au sud vers le fleuve
Sénégal
. Au début paysages désertiques, sable, calotropis, des constructions en briques posées au milieu de rien du
tout. Il n'y a pas d'eau, il n'y a pas de végétation. Parfois des villages très miséreux.
Suivent de belles plaines d'herbe blonde avec des acacias et d'immenses troupeaux de vaches. Des kaïmas
blanches isolées ou regroupées en village, c'est superbe.
À
Boghé
, arrivée au fleuve normalement. En fait, il est loin de la route. On part en direction de
Kaédi
au goudron en principe, on le quittera ensuite.
Arrêt photos près d'une grande mare où des vaches s'abreuvent et où des gamins sont en train de pêcher de
minuscules petits poissons. On souhaite prendre notre temps et un peu plus loin, on décide de quitter le
goudron pour aller au bord du fleuve. On prend une piste à droite, vers le village de
Bolol Doggo
, quelques maisons, une mosquée. Restes des inondations.
Photos de petites filles rigolotes. Un grand gars vient nous voir, c'est le chef du village. Il nous indique
la piste vers le fleuve qui est encore loin. On le retrouve là-bas où il va pêcher : très gentil. Avec un de
ses potes, ils nous font visiter les plantations.
Coopérative de femmes avec plein de fruitiers, manguiers, goyaves, citrons, pamplemousses. Champs de maïs
sur les alluvions, patates, riz, ignames, carcadet.
⏯️
⏯️
Quelques pirogues. On découvre un grand rassemblement de vaches sur l'autre rive du
Sénégal
: il nous confirme que le troupeau va traverser à la nage. Précipitation ! On filme et photographie cette
scène formidable de 200 vaches à la nage dans le fleuve à contre-jour. Le tout dans la simplicité et la
gentillesse.
Il nous donne deux énormes pastèques qu'on n'arrive pas à refuser. On leur donne des livres d'enfants et des
crayons pour l'école du village. Un homme veut absolument qu'on aille dormir chez lui. On arrive à
s'échapper.
Super bivouac, pas loin du village, dans des bosquets parfumés d'une odeur proche du jasmin. C'est sans
doute le Boscia Senegalensis ou Hanza, malgré que ChatGPT ne lui trouve pas cette odeur de Jasmin. Plein de
petites charrettes qui passent, des vaches, des chèvres. Discussions avec un berger qui cherche ses bêtes
après la traversée du fleuve. Tout le monde vachement discret.
La journée, on a pris 15° il a fait 42 ° 43 ° et 46 ° vers le fleuve.
Lundi 29 octobre
La chaleur est tombée pendant la nuit grâce à un petit vent qui traverse la moustiquaire. À propos, hier
soir, on s'était enduit de produit antimoustique : on n'en a pas vu un seul, par contre, plein d'insectes
non identifiés autour de la lampe.
Ce matin direction
Kaédi
. On pinaille un peu pour trouver la piste, mais tous les gens sont pleins de bonne volonté pour nous
renseigner, même s'ils ne parlent pas français.
On traverse des régions de cultures incroyables, champ de maïs, haricots, sorgho, immenses rizières après
Kaédi
. Les gens sont souriants contents de discuter quand c'est possible. Par contre, les villages sont hyper
hyper crades, de véritables décharges, ça vaut le
Yémen
! Quel dommage !
Les inondations de la crue n'ont pas encore reculé si bien qu'il y a pas mal de plans d'eau avec de beaux
arbres plantés au milieu.
Pique-nique sous de grands acacias à l'ombre : il fait plus de 40 ° au bord du fleuve. Un chibani passe 1 h
à faire une toilette quasi rituelle. Des gamins viennent nous voir, sauvages, mais avides du spectacle :
tables, chaises… Photos, bananes au chibani, bonbons aux gamins.
Des femmes passent chargée comme des mules. D'autres font la lessive dans le fleuve. Bonne ambiance. On
s'arrête pour photographier des nénuphars moches dans une mare. Des jeunes femmes viennent nous voir.
Maquillage des lèvres peul. Une parle français. Elles veulent qu'on aille dans leurs cases boire du lait.
Manger la poule et le riz. On a du mal à refuser (mais on y arrive…). Photos – cadeaux pour les bébés et on
continue notre route.
Les troupeaux peu à peu remplacent les cultures. L'herbe, quand il y en a, est déjà sèche (à mon avis, elle
pousse déjà sèche) alors que l'hivernage vient à peine de se terminer : en fait, ils ont de très grosses
crues du fleuve, mais peu de pluie contrairement à d'autres pays d'Afrique.
Arrivée à
Maghama
en fin de journée. On apprend que la piste est inondée pour aller à
Woumpou
. Au barrage, une bande de types arrogants qui veulent nous servir de guides. À les entendre, c'est la fin
du monde : tout est inondé, on ne passera jamais sans un excellent guide. Ils ne nous inspirent pas du tout.
On essaye de trouver une piste tout seul le long du fleuve, mais sans succès. La solitude nous interdit de
nous envaser et se trouver coincé pour 10 ou 15 h de travaux herculéens. On choisit de s'écarter un peu au
nord pour rejoindre
Selibabi
.
On demande notre chemin à des bergers, sans succès, on se perd dans une multitude de petites pistes.
Finalement, pressés par la nuit tombante, on cherche la piste de
M'Bout
. Ça fait un grand détour, mais la piste sera plus visible. Après avoir encore demandé un tas de fois la
direction, on retrouve la piste.
Bivouac enfin ! On trouve dans cette savane arborée un de ces fameux ronds de 10 m de diamètre totalement
dégagé par les termites : ça fait vraiment des bivouacs confortables, on pourrait y marcher pieds nus. Il
fait une chaleur à crever. Des milliers de bestioles dont des mantes religieuses carnassières s'agglutinent
autour de la lampe.
Des moustiques « zonnent ». On s'enduit, on apprécie la douche, car on est trempés de chaud et crépis de
poussière. Un petit moment à écouter de la musique au calme et dodo. Des bêtes ont réussi à s'introduire
dans la tente malgré divers sprays. Dommage, le lendemain, on y oubliera notre pédiluve.
Mardi 30 octobre
Direction
M'Bout
. La piste est grande, mais souvent en tôle ondulée. Ce matin villages aux cases rondes entourées de
troupeau de vaches et chèvres qui s'éveillent mollement. Il fait déjà 40 ° à 11 h du matin. Toujours des
gens souriants. Des gendarmes ou policiers charmants, serviables, aucun ne réclame de cadeaux.
Succession de zones arides avec de la petite herbe jaune et des arbres rabougris et de champs immenses de
cultures dans les zones inondables. Ça s'appelle la culture de décrue. Les villages sont toujours aussi
sales, quelle plaie !
On s'arrête à un puits pour remplir le réservoir de la douche. Des petites filles remplissent leurs bassines
qu'elles porteront jusqu'au village sur leur tête pendant que les petits garçons regardent. Ça commence
jeune !
D'autres arrivent, photos, petits cadeaux, minisavons et bonbons. Super bon moment. Une gamine aide Martine
à remplir son seau : elle est plus forte en manipulation du delou !
Sélibabi
: on nous a dit qu'on peut faire les formalités de sortie, ça nous arrange, on en profite pour demander
quelle est la meilleure route pour
Kayes
. Malheureusement les policiers avachis, mais corrects nous disent que le responsable du tampon n'est pas
là. Il est parti avec des américains (?). Il reviendra peut-être bientôt, Inch'Allah.
On va faire quelques courses au marché, pain, mandarines, œufs bouillants (en fait ils sont cuits). On
attend de voir… Super ambiance sur le marché, des gens calmes et souriants. Jacques fait des photos de
choupettes sans problème. De retour à la police, on nous dit qu'en fait, on n'a pas besoin de tampon. On
insiste, car on doit repasser en
Mauritanie
en rentrant et on ne veut pas d'embrouilles. Surtout pour la voiture.
Jacques va voir la concurrence, la gendarmerie de l'autre côté de la place. Officiellement, ils n'y peuvent
rien, mais téléphonent au chef sans doute dès qu'il (Jacques) a le dos tourné : pendant ce temps un type est
arrivé à la police en trombe sur une Dominator. Martine part en courant chercher Jacques (en fait à tous
petits pas et très lentement, car il fait au moins 45 ° sur cette place !).
Quand Jacques arrive, le motard l'interpelle extrêmement fâché contre ces « touristes pressés ». Il essaie
de le provoquer en vociférant… On s'en fout, il a les clés du tampon. Un gars nous conseille de passer par
Khabou
, au sud et au bord du fleuve.
On descend et dans un village les gens disent qu'il n'y a pas de piste de
Khabou
à
Kayes
, car il y a un affluent à traverser. Ça discute ferme, cartes, GPS, ordinateur, le grand jeu. Une vingtaine
de personnes donnent leurs avis. Le tout dans la bonne humeur et la gentillesse.
On décide de continuer cette piste surtout pour se trouver un bivouac avant la nuit. On trouve le bivouac
peu après dans un joli petit coin calme à l'abri de quelques arbres. Soirée agréable. On monte se coucher au
moment où des tam-tam et percussions diverses démarrent. Ce sera un concert formidable et on hésitera
vraiment à se relever pour aller les rejoindre si nous n'avions pas le handicap de plier le camp de nuit.
Mercredi 31 octobre
Départ. Jour plombé. On opte pour
Melgué
qui semble être le meilleur passage sur la rivière
Karakoro
qui nous barre le passage jusqu'au fleuve. On passera par
Sabou Ciré
.
On jardine sévère sur des pistes pour ânes. On demande notre chemin dès qu'on voit quelqu'un, hommes,
femmes, enfants. À
Melgué
, après palabres, un gars à moto nous montre le gué sur la
Karakoro
pour rejoindre le
Mali
.
Des femmes et jeunes filles font leur toilette. On leur demande si c'est profond. Une traverse devant nous à
pied. Sympa, tout le monde rigole. Photos et film. Pendant qu'elle traverse, Jacques photographie, elle
relève lentement, mais sûrement sa robe pour ne pas la mouiller.
Une de ses collègues lui crie quelque chose et aussitôt elle choisit de lâcher sa robe plutôt que de
continuer ce léger strip-tease. De deux maux il faut choisir le moindre !
On jardine encore pas mal jusqu'à la piste principale pour
Kayes
. Piste correcte, mais ravinée par la pluie par endroit et quasi marécageuse à l'approche de
Kayes
. Un homme barre la piste, sa charrette à âne s'est renversée avec tout son chargement de bois.
En même temps des centaines de chèvres dévalent, zigzagant au milieu des énormes flaques qui mangent la
piste, accompagnés de leurs bergers beaux et élancés, avec de jolis visages et leurs pagnes roulés autour de
la tête.
⏯️
Un camion de 20 t qui a tenté d'échapper aux flaques est allé s'embourber au milieu des cases : il va en
avoir sans doute pour une semaine à se sortir de là.
Arrivée à
Kayes
vers 17 h. On va direct à l'
hôtel Khasso
où on avait dormi il y a deux ans (le meilleur de la ville paraît-il, du coup, on n'a pas envie d'aller voir
les autres).
Douche, lessive, le climatiseur fait un bruit de casseroles. Apéro et repas sur la terrasse au-dessus du
Sénégal
avec les moustiques : pas de capitaine, mais steak frite. Jacques est déçu.
Jeudi 1er novembre
Nuit d'enfer malgré les bouchons d'oreilles. Le climatiseur s'arrête à minuit. On crève de chaud. Jacques
part à la recherche d'un dépanneur. Il suffisait de re-appuyer sur un petit bouton minuscule à côté du lit.
Petit déjeuner et départ pour le parcours du combattant : il n'y a qu'une seule banque qui fasse du change.
Un monde fou. Puis l'assurance : carte brune qui couvre toute l'Afrique de l'Ouest sauf la
Mauritanie
. Puis police à côté de la gare : la route est barrée par le train on attend un peu : commissariat dans de
vieux bâtiments coloniaux, l'ancien hôtel de la gare. Hyper hyper crade.
Ça va assez vite puis douanes à l'autre bout de la ville. Ça va aussi assez vite. On rentre à l'hôtel, on
paye et on part après un arrêt en ville pour acheter une bassine puisqu'on a perdu notre « pédiluve » pour la
douche (sans doute oublié dans le bivouac de
Maghama
).
Ruelles surpeuplées. Il fait chaud chaud chaud. Enfin, on quitte
Kayes
en direction de
Sadiola
et de ses mines d'or. Le
Mali
est le troisième producteur d'or mondial.
On cherche vainement les
chutes du Papara
, un flic qui se gaussait lorsqu'on lui a demandé notre route est incapable de les situer : il en a bien
entendu parlé sans savoir où elles sont. On abandonne.
Belles pistes de latérite, pas mal de camions donc de poussière. On met la clim. La végétation devient plus
abondante. Il y a des arbres assez grands et bientôt presque des forêts. Petits villages aux cases rondes
propres entourées de barrières en tressage de tiges plates, genre cannage.
Arrêt dans un village pour acheter une pastèque, Martine donne un petit habit pour le futur bébé. Les
falaises de Tambaoura
apparaissent dans une belle lumière ocre du soir. Photos de femmes et d'enfants devant leurs cases.
On cherche un bivouac. On prend une petite piste en direction de la falaise pour traverser la barrière de
végétation qui longue la piste. Bon terrain dégagé au pied de la falaise. Des gamins arrivent d'un village
qui n'est pas loin : on voit les toits des cases. Puis les gars qui passent sur la piste soit à vélo, soit à
moto. Les gamins sont cools et les adultes très courtois. On leur demande si on peut rester là pour la nuit
« pas de problème ».
Photos. La nuit tombe et avec elle, les sévices de nos ennemis les moustiques : il y en a des tas ! Il fait
hyper chaud, on dégouline. On se fait dévorer. On est sale. Une bonne douche et on se tartine de produits
antibestioles.
Dans la nuit des enfants et des femmes reviennent. Elles racontent des trucs auxquels on ne comprend rien.
Elles finissent par nous chanter un petit air. Dodo de bonne heure, mais pas de lecture, car les bestioles
arrivent toujours à rentrer dans la tente, on ne sait pas comment. Les gens appellent ces falaises (200m de
haut) des « collines ».
Vendredi 2 novembre
On reprend notre belle piste latérite, de plus en plus roulante jusqu'à
Kéniéba
. Gros bourg qui pour nous signifie qu'on approche de la
Guinée
. Petites courses au marché avec Youssef, un petit garçon qui nous a pris sous sa protection.
Martine achète huit minuscules tomates défraîchies, 2 petits citrons et 6 petites bananes. Il n'y a pas
grand-chose et surtout pas de pain. On se prépare à repartir, il est environ 13 h. En quittant la ville un
gars nous annonce que ça ne passe pas par là, la piste qu'on a choisie pour aller en
Guinée
est barrée par un fleuve.
Il y a bien un projet qui prépare un pont, mais il n'est pas encore terminé. C'est une tuile, un très gros
changement d'itinéraire. On est dépité, on fait demi-tour. Pique-nique sous une ombre relative. Il fait
chaud. On se pose des questions. Le prochain passage en
Guinée
est
Siguiri
, accessible depuis
Bamako
.
Il faut remonter au nord peut-être jusqu'à reprendre la route d'il y a deux ans vers Kita ou les chutes de
Billy. En fouillant son ordi. Jacques trouve un tracklog de gars qui ont traversé la falaise de
Tambaoura
en direction du barrage de
Manantali
. On se décide et on essaye.
Minuscule piste au début en direction de
Kassama
qui se trouve au sommet de la falaise. Piste trialisante en pierre. Les gens rencontrés, les marcheurs, les
cyclistes, les femmes et leurs enfants, ont l'air de dire que ça passe.
La piste est en rénovation, son tracé en lacets pour monter la falaise est impressionnant, c'est du beau 4x4
en première courte.
Kassama
est un beau village bien entretenu, bon accueil encore et toujours ces arbres magnifiques, immenses et de
grande envergure. Plus on avance, plus il fait chaud et humide. La piste est boueuse par endroit et on doit
traverser pas mal de flaques ou de ruisseaux. On double plusieurs fois des cyclistes locaux. Quel courage.
Leurs vélos sont loin d'être modernes.
Quelques "émeutes" dans les villages quand les enfants nous voient. Les difficultés vont crescendo, Jacques
se demande comment ça va finir et s'il faut faire demi-tour ça va nous coûter au moins trois jours : c'est
l'inconvénient d'un véhicule solitaire, lorsque le parcours est exposé ça crée des angoisses, surtout ne
rien casser, surtout ne pas se planter.
C'est une piste coloniale abandonnée : heureusement les ponts ont tenu, sinon c'était foutu ! Bivouac chaud
voir archichaud et humide. Douche et badigeonnage de produits antimoustiques. Il semble qu'il y en a un peu
moins qu'hier soir. On met toujours la lampe à distance pour éloigner un maximum d'insectes de nous.
Samedi 3 novembre
La piste devient de plus en plus trialisante : boue, ornières, rochers, très étroite par endroit avec de
grandes herbes au milieu. Beaux spots sur des pitons rocheux orange, plantes grasses inconnues.
Dans un passage scabreux, on rencontre une moto chinoise qui galère dans la montée, chargée comme une mule :
c'est l'instituteur qui rejoint son poste en brousse. Il a l'air épuisé et déjà désappointé.
On rejoint le barrage de
Manantali
, petit pont pour traverser le
Baffing
et on reprend la même route qu'il y a deux ans en direction de
Kita
. Deux petites filles nous coursent avec leur petite sœur, on s'arrête, photos, cadeaux, mignonnes comme
tout.
Un gendarme à vélo arrive d'on ne sait où et semble choqué de nous voir prendre les petites en photo ! Nous
prêteraient-ils de mauvaises intentions ? – En fait, on apprendra en rentrant qu'une association française
au Tchad a essayé d'exfiltrer 30 enfants par des méthodes douteuses et a défrayé la chronique. Le flic s'est
inspiré de ce fait tragique pour mener son enquête et nous avons échappé à la prison d'office de justesse…
Pique-nique avant
Tambaga
, à côté d'un petit village de cases rondes sous une belle ombre (il fait chaud…) On boit plus de 6 l d'eau
par jour. Un gars passe à vélo, s'arrête « Bonjour, Ça va », etc. C'est un agriculteur qui part dans son
champ chercher trois épis de maïs pour le repas de sa famille. Lorsqu'il repasse il nous invite à venir chez
lui. Il ne comprend pas qu'on reste dans un champ. Martine lui donne une petite banane qu'il prend « pour sa
petite fille », et un petit sweat. Il veut absolument qu'on passe à sa maison en partant.
On s'arrête comme promis chez lui : trois cases dans un enclos de branchages, sol en terre battue, hyper
propre. Il nous présente sa fille, sa femme. Il nous fait promettre de ne pas aller dans le champ la
prochaine fois, de venir chez lui. Martine offre
un « magnifique sac à main »
à sa femme (don de Mamie Jo…).
Peu après, vers
Niantanso
, on trouve sur le bord de la piste plusieurs personnes en train de nettoyer le maïs, sous un grand arbre à
l'ombre. Lumière et ambiance magnifique : beaucoup de joie partagée.
Arrivée à
Tambaga
: une pancarte annonce une déviation, route coupée au pont sur le
Bakoy
. On se renseigne, le détour nous met à 4 h de
Kita
, alors que par la route normale, on en est à une demi-heure. On tente le coup, espérant le cas échéant
trouver une piste avant le pont. Gros chantier, mais quand on arrive, on voit une voiture franchir le pont
en cours de finition : on s'engage.
La police est de l'autre côté et nous démarre une scène à l'africaine : « votre ordre de mission ? » « il
n'y a que ceux qui ont des autorisations qui peuvent passer », etc., etc. Jacques le prend de face « lui, il
est passé, pourquoi pas moi », ça dure.
Au bout d'un moment, on pense que c'est foutu et qu'on va faire demi-tour pour se faire les 4 h de piste. Un
gars vient nous voir « un médiateur ? » Si tu lui donnes 2'000 CFA, il te laissera passer. Jacques joue les
incorruptibles : « je ne paye pas la police, dans mon pays on emprisonne pour ça », etc. « alors va lui
faire des excuses ». Il y va et s'excuse de leur avoir « fait penser qu'il s'énervait parce que quand il
s'énerve, c'est différent »…
Finalement, ils se lassent et on est libre de continuer notre chemin sans bakchich. Jacques ressent une joie
intense lorsqu'il arrive à lasser un africain pris à son propre jeu, comme s'il recevait un « diplôme
d'Africanité »…
Depuis midi, on a une fuite dans l'angle du réservoir d'eau de la douche en inox. Arrivée à
Kita
, on cherche un soudeur inox et du pain : on trouve les deux. Des gars sympas et démerdards (comme
d'habitude) ressoudent au milieu d'une ambiance de fête et un gamin part nous acheter du pain.
Ce réservoir de douche a été mal conçu : j'ai voulu lui donner un profil aérodynamique en triangle vers
l'avant. J'ai oublié l'effet poinçon au freinage donc en peu de temps, les soudures avant lâchent. De plus,
quand il est plein, il n'y a que peu d'effet bélier au freinage, mais à moitié vide, c'est la fuite
garantie. Et pour couronner le tout, le gars qui me l'a fait a plié sa tôle pour mettre les soudures à
l'avant alors qu'à l'arrière, c'eut été mieux ! Et l'inox, moins solide que l'acier, en rajoute une couche !
Discussions avec un grand escogriffe de 2.20m. Qui a été basketteur en Europe. On sort de
Kita
à l'heure du bivouac. On se trouve un coin éloigné de la route au milieu d'une végétation dense, il fait
chaud et humide et il y a des moustiques. Heureusement, la température baisse assez vite, les moustiques
s'en vont. Martine met même sa petite polaire. Belle soirée.
Dimanche 4 novembre
Direction
Bamako
. Piste puis goudron (il arrive bientôt à
Kita
), tomates et concombres à des femmes au bord de la route.
Bamako
: circulation intense, motos, voitures mal réglées, pollution, mais vivante et gaie avec le contraste entre
ses beaux quartiers, le
Niger
, les quartiers populeux où ça grouille de millier de petites échoppes, le bruit, les rires.
On se fait deux fois la traversée du pont dans une sacrée cacophonie : erreur de navigation ! On quitte
Bamako
par la piste rive gauche du fleuve, plein sud en direction de la
Guinée
et la frontière à
Kourémalé
.
90 km de mauvaise piste puis goudron. On en avait déjà fait les 20 premiers kilomètres il y a deux ans en
revenant des
monts Mandingues
.