Voyage en Guinée – octobre 2007 – Retour – 6 / 6
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Récit de Martine.
Jusqu'à mon retour à Villard , mes souvenirs sont brumeux ! Je me rappelle la chambre d'hôtel à Ouaga , sinistre, la visite d'un médecin et l'arrivée à la « clinique du cœur » ou des médecins m'ont très consciencieusement prise en main. J'ai des flashs de ma semaine d'hospitalisation : le médecin-chef, une femme très prévenante, d'adorables petites infirmières qui venaient me piquer régulièrement (prise de sang), Jacques en train de lire, assis toute la journée à côté de moi que je découvrais lors de mes brefs réveils, mes plateaux-repas que je lui offrais, ne pouvant rien avaler…

Il me reste de ce séjour l'impression d'avoir été entourée de gens adorables, très doux et attentionnés. Les filles me disaient tout le temps que j'étais très gentille pour une blanche ! Je me rappelle l'arrivée du médecin parisien, de mon départ de la clinique. J'avais dit à Jacques de donner tous les cadeaux qui restaient dans la voiture au personnel. Le médecin-chef a fait le partage et à mon départ, ils m'ont fait une haie d'honneur avec applaudissements…

Voyage OuagaParis en « first class » pour la première fois de ma vie, mais j'ai dormi tout le temps… Paris : transport en fauteuil roulant vers la salle VIP ! Puis Paris Genève ou m'attend une ambulance, direction le CHU de Genève .

On me met à l'isolement (?). Une infirmière m'a dit qu'elle n'a jamais vu une malade ayant une si bonne mine ! (bronzage). On me fait toute une batterie d'examens sophistiqués. Au bout de 24 heures je reprends du poil de la bête et demande d'autorisation d'aller dans le « jardin terrasse » de l'hôpital. On m'autorise à y aller à condition que je désinfecte toutes les poignées et boutons que je touche, je me balade avec un petit spray et un chiffon !

Les enfants viennent me voir et au bout de trois jours, on me libère. Laure me ramène à la maison. En conclusion, je ne saurais jamais vraiment ce que j'ai eu : suspicion de dingue ou de « West Nile fever », on ne peut plus trancher à cause des doses de cheval reçue à Ouaga, mais grâce à la batterie d'examens, on me découvre quand même la bilharziose, l'anguillulose et la trichinose… qui n'ont rien à voir avec ma fièvre. Un énorme cachet devrait me débarrasser de tous ces parasites.

Dans la majorité des cas (80%), l’infection par le virus West Nile est asymptomatique. Les formes symptomatiques de la maladie se caractérisent par l’apparition brutale d’une fièvre importante après 3 à 6 jours d’incubation. Cette fièvre est accompagnée de maux de tête et de dos, de douleurs musculaires, d’une toux, d’un gonflement des ganglions du cou, et souvent d’une éruption cutanée, de nausées, de douleurs abdominales, de diarrhées et de symptômes respiratoires. Des complications neurologiques (méningite, encéphalite) surviennent dans moins de 1% des cas. Plus rarement encore, d’autres complications (hépatite, pancréatite ou myocardite) peuvent apparaître. Généralement, le malade récupère spontanément, parfois avec séquelles. Mais l’infection virale peut s’avérer mortelle principalement chez les adultes séniors.


Retour de Jacques.
Je reste seul sur place. Dans l'intervalle j'ai changé d'hôtel pour « les palmiers » : charmant hôtel légèrement colonial, mais très agréable, service soigné, cadre de repos exceptionnel en pleine ville à côté du lycée français.

Je prends plusieurs repas avec un américain délégué par l'ONU pour apprécier la capacité du Burkina à participer aux opérations de police internationale dans le cadre des casques bleus : ça pue le fonctionnaire à 10 km ! Mais il semble m'avoir pris en pitié ayant eu connaissance de ma situation, je ne peux m'en défaire.

Nous suivons l'évolution de nos projets respectifs ensemble. Je sens dans mes contacts téléphoniques avec les enfants une certaine appréhension de me voir rentrer seul. Yannick me le déconseille formellement, Emmanuelle me propose de me rejoindre, mais il lui faut 15 jours pour les visas. Si je rentre en avion et revient chercher la voiture dans un mois ou deux, je retombe sur le problème des visas.

Je cherche un axe simple et trouve un goudron quasi continu jusqu'à Villard . Je pense que c'est jouable. Le plus dur, en l'absence d'un diagnostic précis pour Martine est de ne pas savoir si je suis exposé au même problème qu'elle et si je ne vais pas prendre la fièvre à peine sorti de la ville. Mais il faut bien assumer, car « c'est le jeu ma pauvre Lucette ».

Je croise un couple qui doit remonter en Europe et cherche un partenaire. Malheureusement les dates ne collent pas et en plus, ils ressemblent à des gars que je devrais « tirer » au lieu de gars qui pourraient m'aider. Je respire un bon coup et décide de partir seul le lendemain matin du départ de Martine : 8'500 km, probablement faisables en 10 jours. 850 km/jour. Finalement, j'en mettrai 9.

Vendredi 23 novembre
Quelques emplettes chez un « antiquaire » devant lequel je suis passé matin et soir pendant six jours, achat d'une belle petite statuette avec un grand front stylisé adorable, un tabouret à trois pieds avec une patine d'un millénaire… et départ au plus simple par Bobo Dioulasso , Ségou , Bamako , Nioro , Ayoun el Atrous , Nouackchott , le Maroc et l' Espagne . 8'500 km en solitaire.

Au grand carrefour à la sortie de Ouagadougou , je me fais siffler par un flic qui m'accuse d'avoir grillé le feu : le carrefour était complètement coincé par un embouteillage, il y avait au moins 50 bagnoles pendant le rouge, c'est la mienne qui a gagné au tirage ! Sans aucun doute, la meilleure affaire…

Négociations très compliquées, mais qui se terminent sans frais : ça commence bien ! Je me force à changer d'ambiance et tente de reprendre l'appareil photo. Arrêt sur le marché de , très animé où une dizaine de femmes pilent ensemble et en rythme : un beau spectacle.

⏯️
De très nombreux champs de coton sont récoltés et on y trouve d'immenses tas blancs qui me font penser aux stocks de neige l'hiver dans les rues de Chamonix (à la Belle Époque). J'arrive à faire quelques photos.

À l'approche de Bobo , j'active ma pompe de transfert de gasoil pour faire de la place dans le grand réservoir et peu après, un type me fait signe que je perds quelque chose : je m'arrête et constate que mon filtre à gasoil pisse comme un mérinos ! Instant de panique, car je suis en pleine ville et assailli par une centaine de personnes qui commencent à démonter la bagnole en hurlant chacun voulant trouver la panne avant l'autre.

Je ne peux même pas attraper ma trousse à outils, car si je tourne le regard, je pense être dévalisé instantanément. Je fais face, un peu de gros yeux et plus de volume dans la voix et le calme revient. Je pense que mon filtre à gasoil est saturé : j'en ai un de rechange, je l'attrape et entame le remplacement.

Surprise la fuite vient d'une petite soupape en plastic à 2 balles qui a disparu. Le filtre de rechange n'en a pas, ces enfoirés de Land Rover pensent que je n'ai qu'à récupérer cette soupape sur l'ancien filtre !

Réflexion intense. Un Africain m'assure que je peux trouver un filtre gasoil chinois à 200 m d'ici et avec sa soupape. Je n'ai guère le choix, la soupape n'est pas la même et je dois prendre le filtre en entier. À contrecœur, j'achète ce filtre, le monte sur ma bagnole, sûr que la prochaine panne sera sur les injecteurs dans très peu de temps, car je sais que les injecteurs-pompes de ce modèle TD5 sont très susceptibles.

Je redémarre, je sors de la ville pour me laver et manger un bout. Le moral est dans les chaussettes et je passe mon temps à écouter les bruits du moteur qui sont évidemment très nombreux… je pense que c'est la pompe de transfert de gasoil qui a mis en surpression mon filtre qui s'est libéré de sa soupape : le prochain aménagement devra éliminer la pompe de transfert.

Je traverse en lumière de fin d'après-midi de magnifiques rizières et d'une beauté sublime, mais le stress me bouffe toute la tête, je n'arrive pas à profiter de ce spectacle. Je passe la douane Burkina - Mali dans de bonnes conditions : il y avait devant moi un car de 30 personnes et lorsqu'ils ont appris mon projet de parcours solo, ils m'ont spontanément laissé passer avant eux.

Chapeau et merci. Je commence à chercher un bivouac. Mon but est de trouver un groupe de deux ou trois maisons à l'écart et de m'en approcher pour n'être ni trop isolé ni cerné. Je me choisis une petite piste un peu fréquentée et la suis jusqu'au bout où j'arrive dans la cour d'une maison.

Panique à bord : il n'y a que les femmes et elles se sentent menacées. J'ai reculé ma voiture de 50 m et revient lentement à pied pour les apprivoiser. Difficile. Elles me tolèrent, mais sans que je sache ce qui va se passer.

Au crépuscule le mâle arrive à vélo. Discussion simple. Accord parfait. Plus de problème. J'ai commencé mon frichti et toute la famille débarque avec une bassine de bouillie : je dois y goûter. Je fais visiter la voiture, la tente, la table la chaise aux gosses et nous sommes amis.

Samedi 24 novembre
Petit-déj' à l'aube, échange de cadeaux, départ. Route sans histoire, je reste attentif au GPS, soleil, musique. Segou : je fais un tour sur le marché et fini par acheter une cruche à une femme qui compatit sur mon sort et m'offre un cadeau pour Martine qu'elle prétend connaître l'ayant vue à l'aller !

Bamako sans histoire. La piste de la route du nord se déroule tranquillement, totalement déserte. Il reste un tronçon de 50 km non goudronné après Didiéni , dans la vallée des serpents que j'aborde à l'heure du bivouac.

Même stratégie qu'hier soir, petite piste, je découvre d'immenses tas de pastèques. Je trouve un petit village, j'aborde un berger, lui explique mon projet : il m'invite chez sa mère juste à côté. Toute la famille veut que je m'installe dans la cour devant la porte d'entrée, je dois négocier dur pour m'installer sur l'aire de battage qui est à 100 m : accordé.

J'installe le camp en musique et comme à préparer mon frichti. À la fin du repas, 2 cyclistes arrivent au crépuscule. L'un est chasseur, il a effectivement un tromblon récupéré sans doute lors d'une guerre contre Vercingétorix et qui venait sûrement des grecs anciens, voire même des pharaons. Et il rentre d'une chasse à l'oiseau dans la colline au loin. Volubile, il a envie de discuter et moi aussi. On détaille par le menu la chasse aux oiseaux et on refait le monde pendant 2 h, sous les étoiles. Très belle soirée, importante pour mon moral, car passé avec une belle personne.

Dimanche 25 novembre
Dommage que le lendemain matin, le monde ne corresponde plus aux idées développées hier soir ! Je dois accepter de force deux énormes pastèques de 6 kg chacune pour ne pas être lynché : ils m'expliquent qu'hier soir, ils m'ont pris pour un voleur de pastèques et ont l'air très content de s'être trompés.

Je reprends la route sans histoire jusqu'à Nioro où je me fais une petite frayeur pour trouver du gasoil. J'avais fait l'impasse à Bamako et commençait à le regretter. Finalement, il en reste un peu dans une station. Ouf !

Douane MaliMauritanie limite tatillon. Ça passe. Je rejoins Ayoun el Atrous et attaque la route de l'espoir.

Je découvre Tintâne complètement noyée, tous les habitants sont recroquevillés sur la dune du coin sur laquelle la route est déviée : tout le reste de la plaine est occupé par une nouvelle mer intérieure (elle existera encore l'année suivante !). Ambiance proche de l'émeute : il y a deux mois qu'ils sont dans cette situation et rien ne bouge. Je serre les fesses et passe mon chemin.

En fin d'après-midi, je choisis une piste légèrement fréquentée, je saute une petite colline et atterris dans des champs immenses où il n'y a que quelques bergers qui fuient terrorisés en me voyant débarquer. Pas de maisons. Pas de cachettes. Je retourne au goudron et choisis finalement de m'arrêter au prochain contrôle de police et de dormir à côté d'eux. Nuit de stress avec les chiens, les camions et les gueulantes.

Lundi 26 novembre Le matin, le flic me colle un de ses potes dans la voiture : il a soi-disant un examen à Nouakchott et n'a pas de moyen de transport. Malgré tous mes efforts, impossible de communiquer avec cet olibrius. Lors d'un contrôle vers la passe de Djouk , il reconnaît un pote à lui et quitte la voiture : tant pis pour l'examen.

Au contrôle suivant, le flic me recolle un nouvel olibrius : je désespère. Il est encore plus nul que le précédent et je vais me le trimbaler jusqu'à Nouakchott . En traversant Aleg il m'arrête sans ménagement, descend s'acheter à bouffer et remonte grignoter sous mon nez. Je sors de la route pour aller pique-niquer. Je lui propose un fauteuil à ma table qu'il refuse : on bouffe séparément sans se parler et on repart. À l'entrée de Nouakchott , il décampe enfin. Halte à l' auberge Akwar , déjà connue.

Mardi 27 novembre
Départ de bonne heure. Formalités MauritanieMaroc chiantes comme d'hab'. Je roule jusqu'au carrefour de Dakhla où j'utilise un bivouac de Jean-Paul 2002. Merci Jean-Paul, c'est pas terrible, proche du carrefour, protégé par une butte, mais je m'attache plus à la sécurité qu'au décor.

Mercredi 28 novembre
Le stress du filtre à gasoil et des injecteurs s'éloigne et je commence à y croire et de toute façon, je suis maintenant dans la zone assurée par ma carte verte et je serai assisté si nécessaire. Je roule sans lâcher le manche et parvient jusqu'à Tan-Tan . Je me trouve une colline isolée d'où je vois la ville éclairée. Souper au clair de lune, sans éclairage par sécurité. La température a chuté et je caille. Coup d'adrénaline, je vois des phares au loin qui me viennent droit dessus. Ils zigzaguent et disparaissent entre Les bosses faisant monter l'angoisse. Puis, ils disparaissent enfin. Téléphone de soutien des De Jonghe qui ont appris mon problème.

Jeudi 29 novembre
Le lendemain matin séance de brouillard épouvantable jusqu'à Guelmine , puis le soleil revient. En montant sur l' Anti Atlas , je mets le chauffage, quitte les sandales et mets les chaussettes. Vers Tiznit , j'achète un plat à tajine du sud et un grand plat, histoire d'accomplir un rêve. Après Agadir , superbe tajine (le contenu cette fois) dans un bistrot routier. Je vais rouler comme un débile jusqu'à l'aire de repos de Kenitra .

Vendredi 30 novembre
Départ avant l'aube et longue journée jusque chez Yannick à Pozzo Estrecho . Accueil réconfortant.

Samedi 1 décembre
Le matin quelques courses au marché, clémentines, oranges. Pour une très longue journée non-stop jusqu'à Villard . En passant vers Nîmes , je suis tellement naze que je me trompe et mets de l'essence dans mon réservoir additionnel. Heureusement, je m'en aperçois avant d'ouvrir la vanne : je le condamne et réglerai le problème plus tard.

Arrivée au petit matin à Villard, après une nuit d'enfer… Fin d'alerte !

Au vu de l'ampleur des découvertes du service des maladies tropicales de Genève, le médecin demande à Martine de lui envoyer son mari… Je me présente pour une analyse et m'en sort avec une bilharziose. Un gros cacheton en une seule prise réglera l'affaire.
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