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La frontière : police du
Mali
, pas de problème, douane du
Mali
, il veut garder le laissez-passer alors qu'à
Kayes
, on nous avait dit qu'il marcherait un mois pour nos trois passages.
Discussions. C'est la loi, vous devez en reprendre un à chaque entrée « et repayer ? » « Et repayer 5'000
CFA ! » « Pourquoi 5'000 CFA, on a déjà payé 9'400 à Kayes, voilà le reçu » « ah oui c'est 5'000 de plus à
cause du travail en heures supplémentaires ». « Et quel travail supplémentaire ? »
En fait on se fait assaisonner. Le gars a téléphoné à son collègue de
Kayes
, puis l'a passé à Jacques. Ça sent la magouille à fond. On laisse notre laissez-passer. Côté
Guinée
: la police ça va. La douane 30 € pas de reçu.
Au moment de changer notre argent Jacques commence la discussion avec un cambiste dans la cour de la douane.
Le gros chef des douanes s'en aperçoit : il chasse le cambiste et nous change lui-même nos 300 € contre une
liasse de 10 cm d'épaisseur de billets de francs guinéens. C'est lui qui demande quel cours on veut :
Jacques lui sort le cours de Yahoo pris sur le net avant de partir : il est d'accord sans discuter.
Il explique que lui et son frère veulent acheter un gros réservoir en Europe et qu'il doit les payer en
euros. On retourne à la police pour le tampon et là, il faut donner 40 000 FG (). On demande un reçu : gêne,
rigolade (jaune) il veut rendre l'argent, c'est rocambolesque.
Jacques lui a laissé quand même pour la gloire (ça fait 6.66€) et on est enfin libre. Direction
Siguiri
. Bivouac sur une branche de route désaffectée. Légère inquiétude due à l'isolement dans un pays inconnu.
Lundi 5 novembre
.
Goudron, paysages verdoyants, forêts de feuillus, prairies de grandes herbes, cultures, rizières, le fleuve
n'est pas loin.
Quelques spots sur le
Niger
. Achat de paniers. Les guinéens sont plus réservés que les Maliens. Ils répondent au salut avec le sourire,
mais sans exubérance. Les enfants crient toubabous, mais de loin.
On abandonne cette route pour 100 km de piste chaotique et on reste sur la même rive du Niger. Arrivée au
bivouac après 300 km dans la journée, de piste, de goudron très bon ou de goudron plein de nids de poules.
Après
Mamou
, ce sont les contreforts du
Fouta Djalon
à 670 m d'altitude. Joli emplacement au pied de collines, trois cases et un petit ruisseau pas loin. Dans
l'ensemble les paysages sont beaux, mais pas très dépaysants. Le coin de ce soir a plus de caractère. Belle
lumière au coucher du soleil. Martine attend les moustiques. Finalement, on n'a pas de moustiques et il fait
même frais. Elle zappe la douche (pouahh !).
Mardi 6 novembre
Un jeune de 15 ans vient nous voir au petit déjeuner. Il parle français. Il est forestier (avec sa hache
préhistorique, il vend des petits fagots de branchettes sur le bord de la route) et voudrait venir faire le
forestier en France ! On a du mal à le décourager. Il déjeune avec nous, on lui donne un pull et un pantalon
: il est ravi.
Direction
Labé
. Goudron. Paysages montagneux. S'il n'y avait pas les nids de poules et plein de gens tous noirs, on se
croirait dans le
Massif Central
. De plus en plus d'hommes portent le petit calot blanc des musulmans et les femmes des vêtements moins «
boubous » et un voile sur la tête.
Les tissus sont du genre de ceux des femmes de
Mauritanie
. Pique-nique sous un micocoulier ? (d'après Jacques) qui nous bombarde de petites noix dures comme des
billes.
Avant
Labé
, visite du
Pont de Dieu
à
Dalaba
. Piste un peu acrobatique, mais pas pour un land ! On se gare près d'une maison enfouie dans la végétation
et on continue à pied, accompagnés par cinq petits gamins.
Petit pont en arche naturelle au-dessus d'un ruisseau. Joli cadre. Beaucoup de végétation, le tout assez
intime. Retour à la voiture et distribution de casquettes à nos « guides ». On découvre alors que c'étaient
des écoliers qui ont manqué la classe pour nous accompagner.
Une femme âgée appelle. Elle passe sur la route avec des petits. Petit cadeau. Un gars de passage nous
traduit qu'elle veut nous vendre des paniers qu'elle a chez elle. On lui dit qu'on l'attend. On va voir
débarquer sept ou huit femmes avec des paniers et pas la petite Mamie.
On dit à notre traducteur qui est resté là qu'on l'attend. On achète quatre objets (5'000 FG soient moins
d'un euro), elles sont contentes et reçoivent en plus un petit savon-cadeau. Le pied !
Arrivée à
Labé
en fin d'après-midi,
hôtel Bel Air Chalet
, conseillé par le futé. Hôtel africain au bout d'une rue défoncée. Accueillis par le fils de la patronne.
Chambres africaines propres avec douche WC et moustiquaire. Pas de ventil' ni clim', mais il fait nettement
plus frais : on est à 1020 m d'altitude. Le matelas est une carpette de paille de 5 cm sur un sommier en
béton et l'oreiller est une brique. Ils ne font pas les repas. Enfin, c'est bien quand même. Douche froide
et bien rafraîchissante.
On discute avec fiston (le fils de la proprio) on lui parle de nos projets du lendemain. Il se propose comme
guide, le gardien nous lavera notre linge. On part faire une visite de
Labé
Bye Night avec l'idée de trouver un resto.
Rues défoncées, sans électricité, poubelles, plein de gens qui vivent autour d'une multitude de petites
échoppes de toutes sortes. Quelques vestiges de bâtiments coloniaux. En tout cas, on ne trouve pas de resto.
On retourne dans le quartier de l'hôtel manger dans le resto d'un autre petit hôtel «
Le Provincial
». Très bon accueil, très bonnes brochettes, très bon capitaine et très bons fruits.
Mercredi 7 novembre
On a eu toute la nuit pour compter nos os sur ces lits de fakir. Départ après un petit déjeuner dans la cour
de l'hôtel, dans nos caisses. Direction les
chutes de la Sala
à une trentaine de kilomètres de
Labé
.
Piste archipourrie au début, c'est la piste pour
Mali
(la ville guinéenne, pas le pays !) et le
Sénégal
. Quasiment impraticable tellement elle est défoncée par les camions.
Dès la bifurcation vers
Lélouma
, la suite est plus agréable, bien que la piste soit irrégulière. Il faut quand même bien 1 h 30 pour faire
les 30 km. On aime beaucoup cette piste, belle végétation, plein de gens chargés qui marchent, (les femmes
bien sûr), des villages aux cases de plus en plus souvent en dur à cause des intempéries.
Passage aux
chutes de la Sala
. Petite brume sur les flancs des montagnes, ambiance « gorilles dans la brume ». Les chutes sont belles. Un
premier spot avec des rapides et une piscine dans les vestiges d'un camp de touristes et un beau point de
vue plus loin du haut de la falaise dominant les chutes.
Des femmes en groupes, chamarrées, à l'horizon, droites comme des « i » avec leur « point » sur la tête. Encore
presque 2 h pour les 30 derniers kilomètres. Au village des échelles, on est assaillis par des gamins «
guides ». Je ne suis pas du tout rassuré : les gamins sont surexcités, hors de contrôle, fiston est avec
nous, mais semble mou de chez mou, incapable de gérer une émeute. On discute. Une dizaine gardent la voiture
et 2 viennent avec nous.
Puis direction les
échelles de Lélouma
. Cette piste est absolument géniale, très africaine, en forêt galerie sur un profil ondulant et légèrement
sinueux. Sol en latérite humide, donc orange fluo, ponctué de flaques où se reflète un ciel qui guigne à
travers les feuilles.
Petite marche d'une demi-heure dans des paysages superbes. Plaine d'herbes jaunes, rochers, ruisseaux. Les
échelles sont là, verticales dans une faille et permettent aux gens de circuler entre le bas et le haut de
la falaise.
Les Peuls nobles en haut, les anciens captifs en bas. Les gamins sont super gentils et attentionnés avec la
vieille « porto », nom qu'ils donnent aux toubabs. Ça veut dire blanc en Peul. Au retour, distribution de
petites récompenses. Pique-nique à l'ombre au bord de la piste du retour.
Des tas de gens passent, toujours discrets et réservés. Les femmes ont des tenues chatoyantes : robes dans
des tissus roses, turquoise, blanc, plein de dentelles et de froufrous, vraiment surprenant, mais ça a une
sacrée gueule. On n'ose pas faire de photos : le coin à l'air beaucoup plus musulman et on craint les
représailles.
Les échelles de Lélouma
3 h pour rentrer à l'hôtel, on arrive un peu cassés. Martine remarque en souriant qu'un gars ne dit pas
chimpanzé mais « chiens panzés ». Toujours de la brume. On attend 19 h pour avoir du courant « groupe », pour
nous faire patienter, ils nous ont mis une bougie dans le couloir.
Poulet frites au «
Provincial
». Grande discussion avec un gars qui est chauffeur pour je ne sais quelle O.N.G. Et semble connaître toutes
les pistes du
Fouta
comme sa poche.
À
Labé
, il y a du réseau. On a des nouvelles de Laure, Manette et de Johann. On avait eu des nouvelles de mamy Jo
à la douane (non, elle n'était pas dans les entrepôts Guinéens, mais chez elle). Tout le monde va bien et
nous aussi. Nuit d'enfer sur nos planches de torture.
Jeudi 8 novembre
Ce matin petit déjeuner dans nos caisses. On fait la connaissance de la patronne de l'hôtel. Mme Bistou
Condé, inspectrice régionale du tourisme, de l'hôtellerie, de l'artisanat à
Labé
. Très sympa. Femme instruite et évoluée. Parti en croisade pour développer le tourisme en
Guinée
. Il y a du boulot !
Principalement à cause des infrastructures : les pistes en mauvais état, pas d'électricité dans les villes.
Tout le monde a son groupe électrogène, même dans la plus grande partie de
Conakry
parait-il. Pas d'eau courante alors que le
Fouta
regorge de rivières et a le surnom de château d'eau de l'Afrique.
Les pluies ici sont abondantes. On discute longtemps avec elle, ambiance chaleureuse. Un ami à elle est là,
prof d'informatique à
Conakry
. Il semble tous les deux assez proches du gouvernement de l'époque. On part et après une quinzaine de
kilomètres Martine s'aperçoit qu'elle a gardé la clé de la chambre. Demi-tour.
Route de
Mamou
. Avant
Pita
, on tourne en direction
Kinkon
et
Kinda
à 260 km. Piste pourrie au départ, photos de femmes à la lessive : une mère et ses 3 filles. Instants de
gaité.
Les paysages sont de plus en plus beaux. On monte, on descend, beaux villages de cases rondes dont les toits
descendent très bas. Beaucoup de fleurs au bord de la piste, des jaunes, des rouges, des oranges. Cultures.
Beaucoup de bananiers. Des portails barrent la route pour protéger les cultures du bétail nombreux qui
divague.
Toujours de la brume. Les horizons sont bouchés. On aperçoit des montagnes, des cascades, le tout très flou
: dommage, car quelques panoramas sont grandioses.
Pique-nique près d'un rocher troglodyte et d'une carrière de latérite. Évidemment un camion vient charger de
la terre. On déplace la voiture. Les gars sont sympas. Les gamins s'approchent. En fait, on est à côté de
rochers plats où ils font leurs prières après leurs ablutions dans ce petit ruisseau. Ils se tournent vers
l'est et prient avec beaucoup de ferveur.
Bonne rigolade aussi avec un groupe de femmes dont certaines âgées. Photos. Martine distribue une grande
partie de son stock d'écharpes et foulards. Elles ont des sourires radieux. Plein de mercis. On achète des
beignets au bord de la piste. Dans les villages toutes les femmes en vendent.
Petites vaches, chèvres. On ouvre un portail, on le ferme. Sur l'un d'eux, Jacques trouve par terre une
boucle d'oreille perdue. Rencontre avec un vieux qui se présente comme président du district. Sacrée gueule.
Vêtements brodés. Des instits passent à moto et lui marquent beaucoup de respect.
Les gens sont dans l'ensemble toujours réservés, presque apathiques. Mais quand les sourires sont là, ils
sont bien installés. En fait, on fait peur aux enfants. Apparemment les blancs ne sont pas fréquents dans
ces contrées.
Des petits qui buvaient à une source au bord de la piste partent en hurlant de terreur. Le père vient voir
et rigole quand il comprend l'objet de leur terreur.
2 gamins nous regardent de loin. Jacques leur propose des beignets : ils restent à distance et lui demandent
de les poser par terre. Ce qu'il fait. Ils attendent alors qu'il ait reculé et seulement à ce moment-là s'en
approchent, s'en saisissent et déguerpissent comme des moineaux.
On arrive pile pour un bac à manivelle qui permet de traverser une petite rivière, la
Kakrima
, vers
Lei Miro
. Des piétons, femmes, hommes, enfants, provisions, poules, etc. ont déjà embarqué. Tout le monde se pousse
pour laisser de la place à la voiture qui va leur assurer un départ immédiat, le tout dans une apparente
indifférence totale à part quelques gamines rigolardes.
On filme. On fait des photos et tout le monde fait semblant de ne pas remarquer. C'est le retour du marché
vers leur village en fin de journée.
Il y a beaucoup de marchés tout le long de cette piste. On trouve des bananes délicieuses et du pain. Il y a
aussi, différentes farines, différents tubercules, qu'on ne saurait pas cuisiner.
Le
Fouta
est la région de la pomme de terre : avant
Labé
, il y en avait plein à vendre au bord de la route.
On passe à côté d'un truc inconnu : Un type est allongé sur une sorte de litière ombragée et surélevée, sa
femme en bas à côté. Ils sont surveillants de récolte, chargés d'effaroucher toute bestiole, voir humain,
tentés par cette bouffe prête à manger. Ils sont armés de pierres de tous calibres et sans doute de cris
terrorisants…
Difficile de trouver un bivouac dans toute cette végétation et ce relief. On finit par trouver un champ de
grandes herbes avec une petite piste et un endroit un peu dégagé.
Nous sommes en fait sur une dalle de granit, il y a tellement peu de terre végétale dans ce coin que l'os de
la montagne fait fréquemment surface par plaques.
Finalement, c'est le bon plan (sauf pour planter le pied de lampe !).
Il fait bon ce soir. On explique à un gars qui passe qu'on va dormir là. Il est surpris, mais dit qu'il n'y
a pas de problème.