Tour du Ténéré – Automne 2002 – Retour – 6 / 6
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Samedi 9 novembre
Séparation très émouvante. Ce voyage nous a beaucoup rapprochés de Warta et fait connaître Araly dont nous souhaitons tous l'amitié. Ils expriment l'inquiétude de ce retour en solitaire au cours duquel la panne est toujours mortelle : ils passeront par la piste de Fachi pour mettre plus de chance de leur côté.

Ils s'inquiètent aussi pour nous, car téléphone satellite et GPS ne protègent pas des bandits. Ils partent les premiers, plein sud et nous peu après, plein ouest.
J'ai tout prévu. Pour museler le plus possible les hasards contraires, j'ai calculé très largement l'eau qui est le gros souci : 14 peaux de bouc à 20 litres, remplies à bloc, gonflées comme des cochons de baudruche prêts à éclater, soit 280 litres, ce qui pour 5 hommes représente une consommation de 10 litres par tête pendant 8 jours, dans le cas peu probable mais possible où le puits d'Achegour serait comblé ou à sec...

Après bien des tâtonnements, les « bellah », la sueur leur dégoulinant dans le dos, font signe que tout est paré. Bachir, d'un geste, les lance dans le Ténéré et me glisse à l'oreille : « Néglaouet ! (Partons !) ; merda raguéjin termat ! » (Maintenant il faut marcher vite !).
(Lt Colonel de Burthe d'Annelet - Du Sénégal au Cameroun - 1932-1935 - T1 p.581)
Les 30 premiers km sont en caillasses désagréables et se font au ralenti dans un chemin obligatoire : quel bel endroit pour une embuscade !

Dès la liberté retrouvée, j'entame un vaste contour sud. J'ai la piste dans mon GPS et je m'en écarte de 30 km pour échapper, je l'espère, à toute surveillance. La tension est palpable, j'ai demandé à tous de garder le contact, de rouler assez vite et de ne pas s'arrêter : tout le monde suit à la lettre.

Par chance, le vent de sable s'installe et rapidement la visibilité descend à moins d'un km : conditions idéales. Tout se passe bien. La vitesse est bonne et les 600 km seront faits dans la journée. On repousse le pique-nique jusqu'à l'arrivée en Algérie et on se cache encore derrière une gara pour ce temps de repos.

Arrivée à Djanet en fin d'après-midi, sans histoire. On s'installe à l'Hôtel des Zéribas.

Tout Djanet vibre encore de cette fameuse agression. Les 2 personnes, un homme et une femme sont encore hospitalisés ici. Les rumeurs les plus folles circulent. Un véhicule seul pique-niquait sur la piste DjanetChirfa, à hauteur du Dissalak.

Les bandits ont débarqué, volé tout le contenu de la voiture, tabassé le gars qui se défendait et violé la fille… Agression de touristes en novembre 2002 dans le Ténéré Nous sommes installés à côté d'un couple de Suisses âgés qui voyagent en solitaires. C'est leur 17ème voyage à Agadez. Nous échangeons nos impressions.

Lorsque nous racontons l'épisode de Timia, la femme réagit et nous dit qu'elle espère que nous ne nous sommes pas baignés dans la guelta de Timia, car elle a fait elle-même des analyses récentes de cette eau et qu'elle est contaminée par la bilharziose.

Stupeur dans l'équipe et aussitôt les premiers malades se déclarent, avant même de connaitre les symptômes.

⏯️
Tassili N-Adjer, au nord-ouest de Djanet, Algérie
Dimanche 10 novembre
Après quelques formalités agréables à Djanet, on remonte en direction d'Illizi.

Notre projet prévoyait de « faire des dunes » dans Issaouane, Tifernine et/ou Bourarhet. Yves ne se joignait à nous que pour ça et nous avions admis que s'il n'était pas convenable de faire ces dunes avec des voitures en pleine charge à l'aller, nous les ferions au retour.

Le Land de Christian commence à tousser et on constate rapidement qu'il y a du sable dans son réservoir principal. C'est le prix de ses pertes de bouchons successives…

Bivouac juste avant Illizi. La discussion se tend. Je n'ai pas très envie d'aller mécaniquer dans un erg et l'ambiance du groupe n'est globalement plus au top, car même si les 3 Lands sont au nirvana, les Toys sont nettement moins bien.

Michèle est empêtrée dans une dépression, Yves n'a pas apprécié le rythme trop lent et la présence continue des Touaregs, Raymond suit ce voyage avec l’enthousiasme d’un bagage à roulettes, et peu de choses l’intéressent.

Il n'a rien oublié de sa friction avec Marylène. Même le Papé, qui voyage seul, commence à s'ennuyer. Je suggère de réparer le Land à Illizi avant tout autre projet.

⏯️
Lundi 11 novembre
On passe la matinée chez un garagiste de fortune. Il démonte tout avec précaution, vidange soigneusement le réservoir, mais la pompe est atteinte et il n'a pas de rechange.

Au remontage, il inverse les circuits aller et retour, ce qui envoie sans doute une bonne rasade de sable en direction du moteur. Ça marche moins bien après remontage.

Deuxième nettoyage. On obtient un fonctionnement proche de celui d'avant la « réparation ». J'ai compris. Je décide pour moi en tout cas, de rester sur le goudron et d'accompagner Christian. Les autres peuvent décider de la suite, mais sans moi.

Nous sommes en plein ramadan et à l'heure de midi, la réparation est loin d'être finie. Nous demandons au garagiste la permission de nous installer discrètement alentour pour manger un peu.

Aussitôt il accepte et fait intervenir sa femme qui nous sert une collation en pleine rue, sans y toucher eux-mêmes, montrant bien que tolérance et hospitalité ne sont pas de vains mots chez les vrais musulmans.

Yves partirait volontiers dans le sable, mais avec Pascal. Pascal ne veut pas lâcher les Lands. Tout se complique. Le soir arrive, on choisit un bivouac sur le début de la piste de la Kanfoussa pour discuter. On en profite pour se perdre un peu, ce qui ne manque pas de détériorer encore un peu l'ambiance. Bivouac triste.

Mardi 12 novembre
Dès le matin, je démarre pour In Aménas. Tout le monde suit, à défaut de mieux. On passe devant Bourarhet et la discussion reprend entre Pascal et Yves.

Par VHF, on décide de s'arrêter pour discuter, c'est presque l'heure du pique-nique. On s'installe dans un cloaque de résidus pétroliers. Yves convainc Pascal d'aller faire un tour dans Bourarhet et au moment de se séparer, tout le monde repart au nord. L'ambiance est vraiment pourrie. Les Toys n'arrivent pas à partir seuls.

L'après-midi se passe dans un vent de sable d'enfer, on suffoque dans la voiture, toutes vitres closes. Puis à 100 km d'Hassi Bel Gebbour, un froid glacial nous tombe dessus.

Vers Tinfouye, je mets le chauffage dans le Land ! Il fait nuit lorsque je cherche le bivouac dans les grandes dunes juste au nord-ouest d'Hassi Bel Gebbour : j'ai pourtant le point d'un bivouac sûr, mais pas le point de départ depuis la route et je me bâche.

Nous voilà coincés par le sable, mais en vue de la route. Je n'ose pas faire déménager tout le monde. On manœuvre tant bien que mal pour se planquer. Michèle a déjà tout déballé quand je viens lui dire qu'il faut pousser sa voiture qui reste en vue de la route : je me fais envoyer chier…

Je reformule la même demande à Yves qui en comprend sans doute mieux la raison et il obtempère. Je sens à ce moment-là que quelque chose de définitif vient de s'installer entre Michèle et moi. Elle m'en veut d'avoir obtenu d'Yves ce qu'elle vient de me refuser. Ça devient subtil.

Le voyage est vraiment fini : tous ces gens ont besoin de reprendre leur indépendance au plus tôt (et moi le premier, sans doute) : il faut abréger. Et je l'ai bien compris.

Mercredi 13 novembre
Passage à Hassi Messaoud, On n'est même pas capables de choisir le restau. On bouffe à la sauvette et on continue. Bivouac à la nuit tombée après Nefta, au nord de la route, dans les barrières anti-sable.

Jeudi 14 novembre
Tunis, Refus total des Daudin de l'inénarrable Hôtel Amilcar. On s'installe à l'Hôtel de la Jetée, à la Goulette. Pas de bateau avant 3 jours. On attend dans une ambiance d'enfer…

Dimanche 17 novembre
Pascal voit sa main enfler à vue d'œil. Il a été piqué par une drôle de guêpe et la plaie prend une vilaine tournure. Il en discute sur le port avec les copains Corses d'Yves.

L'un d'eux est médecin et lui conseille de faire quelque chose rapidement. Martine discute avec des Suisses qui circulent seuls dans un superbe Defender laqué noir. Embarquement.

Lundi 18 novembre
Arrivée à Marseille vers 17 h. Séparation sans effusion, on rentre dans la nuit à Villard.

Et je suis bien content de laisser tomber ma veste de gentil organisateur.

Aucune photo prise après celle du Tassili N-Adjer, quel triste signe pour la fin d'un si beau voyage.

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