Vendredi 11 octobre.
Départ vers huit heures, direction
Temet
. Sable sans difficulté, toujours plat. Arrêt à la
pointe Berliet
, aussi impressionnante qu'un œuf sur le plat ! Arrêt plus loin pour chiner les cailloux : belles pointes de
flèches et jolis bifaces en jaspe vert. Peu avant l'
Adrar Bous
, belle poterie presque intacte. Pique-nique dans l'
Adrar Bous
, dans une zone de grands acacias, avec de belles ombres.
Le 23 novembre, la mission campe au pied de l'Adrar Bous, petit massif montagneux. La récolte
scientifique y est considérable : pierres taillées, poteries, ossements de buffle et de rhinocéros,
squelette d'un poisson de plus d'un mètre de longueur appartenant à la famille des silures, déjections
pétrifiées d'un crocodile. M. Heu le zoologiste est aux anges, Mauny, Lhote et Hugot voient se préciser
sous leurs yeux les hypothèses les plus osées.
Et c'est en se posant sur la cime d'un écueil avec son hélicoptère que Voirin, le pilote, fait la plus
belle trouvaille de la mission : une hache en pierre polie dure avec gorge, admirable de proportions et
l'un des plus beaux spécimens de l'art du Ténéré !
(Roger Frison-Roche - Mission Ténéré - p.34)
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Temet
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Arrivée dans la
passe de Temet
vers 15 h 30. Jacques, Christian, Pascal et Yves partent faire l'ascension de la grande dune nord. Émotions,
car Yves sort d'une intervention sur les coronaires après un léger problème, et tout le monde lui
déconseille cet effort sous cette chaleur.
Il insiste. Je reste à l'ombre avec les autres. On essaie de cacher le bivouac un peu plus loin dans la
passe. Les quatrequatreux du groupe se défient sur les dunes alentour. Ciel étoilé après les passages
nuageux de l'après-midi.
Samedi 12 octobre
Debout 6 h 20 comme d'habitude. Lever du soleil, belles lumières. Départ de
Temet
dans le but de trouver la piste indiquée par Warta pour rejoindre
Iférouane
. Je pars plein ouest contre le
Gréboun
, pensant d'après la vue d'en haut des dunes que le corridor se prolongeait au sud.
Les traces (maigres) nous conduisent dans un premier oued superbe dans les falaises et se terminent en
cul-de-sac dans un canyon vers le puits de
Tchi-n-Acheroua
. On recule et Christian découvre l'absence du bouchon de réservoir d'eau. Difficile cette fois de parler de
vol. Il nous explique que le matin, pour tirer de l'eau, il ouvre ce bouchon pour faciliter l'écoulement. Il
jure ses grands dieux qu'il pense tout le temps à le refermer avant de partir. Il fait de même pour le
gasoil…
On fait systématiquement toutes les passes, en vain. Mais toutes sont fermées, impossible de continuer.
Comme le temps passe et que le rendez-vous est pour ce soir à
Iférouane
, on décide de faire le grand tour par le nord vers
Tin-Galène
: 270 km ! Piste repérée sur la carte IGN de 40 ans, mais difficile à trouver.
Elle se perd souvent. La piste indiquée par Warta part de
Temet
au sud-est
DANS LE SABLE
et contourne la grande dune sud
PAR L'EST
avant de rejoindre les cailloux, Je l'apprendrai de Warta le lendemain.
C'est galère. Je pars à fond les ballons, car on est en retard. Yves vient me dire que ça va trop vite et
qu'on devrait ménager les voitures. J'essaie simplement de minimiser le temps de fréquentation de la zone de
Tin Galène
que Warta nous a déconseillée. Pique-nique pour calmer le jeu. On lâche quelques traces au sud, puis elles
deviennent trop tentantes et je finis par en prendre une en dehors de mon projet.
On se retrouve dans un dédale magnifique, mais angoissant pour l'ouvreur, car nous sommes hors-piste, sans
horizon, dans des vallées rocheuses sans traces… Après 40 km d'errances et quelques acrobaties, je retrouve
mon tracé sur la vieille piste IGN, mais elle est très peu fréquentée. Je la perds plusieurs fois. Elle se
forme enfin, mais à partir de là, elle fonce sur
Arlit
.
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Stop. Un petit coup d'OziExplorer et nous revoilà hors trace, plein est, dans un oued montant, avec une
crête devant nous. Raymond crève et toute la caravane s'arrête. Inquiet sur la suite et le timing, je saute
la crête en solo et redescends de l'autre côté à la recherche de l'ancienne piste. Il me faut plusieurs
kilomètres pour tomber sur une trace minable, mais bien orientée.
À défaut de mieux, on s'en contentera. Je remonte chercher les autres qui commencent à se demander si on va
y arriver. À 7 h du soir, on est à 40 km d'
Iférouane
, plus de visibilité, plus de traces non plus. On bivouaque. Impossible de trouver des traces la nuit. C'est
fâcheux, car Warta nous attend et va s'inquiéter. Je suis perturbé par ce contre-temps. Je ne peux pas
téléphoner, car il doit être à
Iférouane
sans moyen de le contacter.
Dimanche 13 octobre.
Iférouane
Départ pour
Iférouane
. Beaux paysages de montagne, rochers ronds, herbes vert fluo. La piste s'étoffe un peu, toujours dans la
bonne direction. Je reprends du poil de la bête. Petit campement avec des ânes et une famille avec la mère
et cinq enfants. C'est notre première rencontre depuis Djanet, à 700 km. Photos.
Iférouane
, très beau village en terre ocre, belle architecture, portes bleues. Très propre. On arrive avant midi et
on laisse nos passeports au poste de police. Plein de gamins cadeaux cadeaux, mais très sympas. Un gars nous
emmène au camping où Warta nous attend. Grande joie de se revoir.
Grand bonheur, il n'était pas inquiet étant lui-même malade (fièvre). Nous faisons connaissance d'Araly,
l'assistant infatigable de Warta. Le camping est aussi un jardin, avec une irrigation par pompe. On peut se
baigner dans un bassin étroit, mais délicieux. L'eau est fraîche, le gars très sympa. Bien ! Repas sous les
arbres du camping. Thé à la menthe. On va voir les artisans qui nous attendent de pied ferme. Achats en
euros.
On arrondit. Petits cadeaux. Un gamin me suit toujours, très cool. Vers 17 h, bière fraîche à l'
hôtel Telit
. Puis gasoil dans un entrepôt. Remplissage à la pompe manuelle dans un bidon de 20 l. Puis transvasé dans
les réservoirs ! Bonjour les dégâts ! Puis on fait de l'eau à l'hôtel. Nuée de gamins : c'est l'émeute quand
je retourne l'écran du caméscope et qu'ils se voient !
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Des gars essayent toujours de nous vendre des souvenirs. Jacques achète une grande croix
d'Agadez
, plus un couteau cadeau. Les deux partenaires sont ravis de leur affaire !
Retour au camping. Une chèvre cuite sur le la broche accompagnée d'un couscous. Les tables sont installées.
Malheureusement, la chèvre ne plaît pas à tout le monde, Michèle trouve dommage de tuer ces pauvres petites
bêtes et Raymond et Yves ne la trouvent pas assez cuite. C'est le premier flop ?
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Christian, surexcité, a trouvé cet après-midi un chasse-touriste qui lui propose de monter une soirée
dansante rien que pour nous. Quelle aubaine ! Rien ne peut le décourager, ni la méfiance de Warta, ni celle
des autres. Il a besoin de notre accord pour répartir les frais. On part donc dans le village pour des
chants et des danses Touareg.
Étonnant, mais il fait très sombre et il y a beaucoup de poussière. Les hommes dansent et les femmes
chantent accompagnées par le tam-tam. Musique répétitive et un peu lancinante, mais très prenante.
Retour au camping. On dort sur le toit de la voiture. Nuit quasiment blanche. Moustiques, chèvres, ânes et
match de foot dans le quartier jusqu'à minuit !
Lundi 14 octobre
Petit déjeuner. Les hommes se re-baignent dans le bassin d'irrigation. Départ. Warta et Araly, le jeune
chauffeur, chargent trois Touaregs qu'ils déposent dans la pampa vers
Tadéïda
dans l'
oued Tadek
. Très beaux paysages. Montagne, sable, puits et gravures rupestres à
Tazerzeït
.
Trois femmes et leurs gamins nous proposent des bijoux. Elles vivent dans un dénuement complet. Leurs hommes
partent plusieurs jours. J'achète un petit collier en verroterie. Et je donne trois petits vêtements pour
les enfants. Elles sont ravies. On fait le coup de l'écran du caméscope. Beaucoup de succès.
Adrar Chiriet
Pique-nique sous un grand acacia à proximité de l'
Adrar Chiriet
. Warta et Araly restent dans leur coin (tapis et matelas pour la sieste). Mais on a quand même droit au
thé. Il y a plein de fourmis blanches chiantes. L'ombre est royale, mais quelques-uns s'ennuient et se
racontent des histoires de Chamonix.
Yves vient me voir, car il trouve qu'on perd du temps. Il a déjà vécu ça dans un voyage à
Tamanrasset
et ne veux pas recommencer. Difficile de trouver la vitesse qui lui convient, hier trop vite, aujourd'hui
trop lent, je laisse pisser…
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On part en direction de
Chiriet
.
Christian a une grosse fuite de gasoil. Araly prend une douche au gasoil pour réparer. C'est son nouveau
montage de réservoir additionnel qui amorce un siphon, met son réservoir principal en charge jusqu'à péter
la Durit de la goulotte. Il écoute cette explication, mais incrédule, il croit plutôt à quelque chose de
surnaturel, plus en accord avec le décor.
Contournement de
Chiriet
par le sud-est. Belles dunes, petit cordon où Warta plante le Toy, à sa plus grande honte. Manœuvre,
plaques, tout le monde se déchaîne. Dans l'effort, je me prends une bonne rasade de pot d'échappement qui me
transforme en charbonnier : je quitte mes sandales pour trouver 2 traces de lanières blanches…
Bivouac à
Inifaye
, en lisière nord-est de
Chiriet
. Je me serais bien introduit dans le massif par les wadis que l'on voit s'enfoncer, mais Warta qui sort de
son plantage refuse tout net.
3 grillons avaient pris pension dans nos affaires, sous les acacias
d'Iférouane
. Ils se réveillent la nuit tombée pour un concert improvisé. Après une chasse mémorable, on en retrouve
dans les sacs de vêtements, et même dans la pharmacie.
Araly nous fait du pain frais pour le petit déj du lendemain.
Mardi 15 octobre
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Direction les
montagnes bleues
. Tas de gros blocs de marbre blanc veiné de bleu. Je trouve deux pierres qui ont dû être taillées.
Retour dans nos traces par
Chiriet
. On passe au puits de
Tchin Adegdeg
asséché. Warta a des potes partout et ne manque pas une occasion d'échanger les nouvelles. Direction du
puits de
Faris
. Il y a de l'eau à 5 m. On pique-nique sous les acacias. Grande toilette au puits avec douche dans
l'abreuvoir. Je coupe les cheveux de Jacques sous l'œil effaré de Marylène qui compare avec son
apprentissage de coiffeuse !
Dans les années 1980 et 1990, Mano Dayak, figure centrale de la lutte touarègue pour les droits et la
reconnaissance des populations nomades, utilisa Faris comme refuge temporaire. Ce lieu isolé, difficile
d’accès, lui permettait de se mettre à l’abri des autorités nigériennes tout en restant proche des zones
touarègues du nord.
Faris n’était pas une base permanente de la rébellion, mais un refuge discret pour se reposer, rencontrer
des alliés, ou échapper à la surveillance gouvernementale. Son isolement en faisait un lieu stratégique pour
ceux qui connaissaient bien le désert.
Aujourd’hui, Faris garde une dimension symbolique dans la mémoire touarègue, en partie à cause de son
association avec Mano Dayak. Il représente un lieu de résilience, de résistance et de mémoire, mais aussi
l’empreinte d’une époque où les oasis étaient au cœur de la vie saharienne, avant leur lent effacement sous
les vents du désert.
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Balades superbes dans
Ilakane
. La trace sinue entre des dunes, des rochers et de petits acacias. C'est magnifique. On longe l'embouchure
de la vallée du
Zagado
. Arrivée à
Isaouane
pour le bivouac, entouré de dunes. Christian décide de s'exercer à la conduite de son nouveau Defender 130
dans les dunes, car il est néophyte sur Land.
Il s'encastre sur un sif pour 1/2 h. En fait, ce soir-là, il a plutôt appris le maniement de la pelle à
sable que celui du Land… Champagne de Raymond bien frais.
Arakao
Mercredi 16 octobre
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Direction
Arakao
surnommé « la
Pince de Crabe
». J'ai souhaité visiter la partie nord de la pince, que je ne connais pas et Warta hésite pour le passage.
Pascal le rejoint en tête, pendant que Christian a des problèmes métaphysiques avec la boîte de transfert :
il a besoin d'une révision sur la théorie des courtes avant d'aborder la prochaine dune, car d'après ce
qu'il dit, son Toy n'était pas comme ça (?).
Traversée de 2 cordons, puis arrivée à la partie nord de la
Pince de Crabe
. On visite le fond de la pince, puisque j'ai dans mon GPS le point extrême de la visite de la partie sud en
2000, mais ça ne raccorde pas et de beaucoup : la dune est immense et belle. Warta nous explique que c'est
un départ de randos chamelières dans le massif du
Takolokouzet
.
Léger retour arrière pour franchir assez facilement tout le pâté de dunes pour aller du côté sud. Araly
conduit le Toy de Warta : ça fume noir et la boîte de vitesses fait des siennes. Quelques plantages.
Pique-nique à l'ombre. Tous les midis, on a le thé. Bonne ambiance. Calme.
Pas de stress. On a le temps. Ça change d'autres voyages où j'avais l'impression qu'on courrait après la
montre. Le ciel se voile, comme hier, il fait un peu moins chaud. Après-midi, arrivée aux gorges d'
Agamgam
, petit canyon aux parois verticales. Cul-de-sac. (pas vrai !) Retour vers
l'Arakao
.
On atteint ainsi l'étranglement de la gorge où le torrent s'est frayé un étroit passage de 5 mètres.
Celui-ci au moment des tornades, grossi par les filets qui ruissellent en amont et convergent par les
ravins, se glisse bouillonnant au milieu d'un hérissement de blocs fermant presque complètement la
fissure, et d'où il retombe en cascade, creusant un trou dans lequel l'eau demeure.
Cet «aguelman», dû à l'effet mécanique des chutes d'eau après les orages, dénommé In Debiran (kil. 56,
alt. 750 m .), est une nappe de dimensions respectables : 30 m de longueur sur 10 m de largeur et 3 à 4 m
de profondeur.
Cette eau de pluie, sombre, tapissée de mousse et de plantes aquatiques dans le fonds et sur les bords,
est limpide, fraîche, excellente.
Cette vasque est si étroitement enserrée entre des murailles de 50 mètres à pic, et même en surplomb,
qu'elle est protégée des rayons solaires, subit très peu d'évaporation et ne tarit jamais malgré la
sécheresse persistante. Le soleil qui baigne l'ouadi et joue sur ses rocs, n'y pénètre qu'un court espace
de temps.
Vers 11 heures les rayons du soleil frôlent le sommet de la paroi, dégringolent le long de la pente
opposée, dorent la pierre foncée, puis, dans leur marche illuminent à son tour l'autre pente. Aussi y
jouit-on de l'ombre et de la fraîcheur la plus grande partie de la journée.
(Lt Colonel de Burthe d'Annelet - Du Sénégal au Cameroun - 1932-1935 - T1 p.570)
Belle lumière. On monte sur les hauteurs dans le sable à l'entrée de la pince. Jacques monte au sommet d'une
grande dune au coucher du soleil. 1er essai de son nouvel appareil photo numérique, retour avec 200 photos…
Christian et Pascal montent sur une autre. On domine la vallée de la pince sud de
l'Arakao
. Acacias, montagnes noires mouchetées ou zébrées de sable.
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Dans l'après-midi, on a roulé dans de grandes étendues de sable bordées de montagnes noires. Très beau
contraste. Parfois, petites montagnes coniques noires et ocres magnifiques.
Warta nous trouve un somptueux bivouac en position dominante sur le cordon de la pince, au bord d'un
entonnoir en lumière rasante. La vue est splendide sur le sud. Il fait bon : on dort dehors. Vers 2 h 30,
branlebas de combat, un fort vent se lève. Je plie bagages, range le bivouac et me réfugie dans la voiture.
Jacques fait de même, en descendant de son perchoir.
Jeudi 17 octobre
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Ce matin, j'ai sommeil, très sommeil. Départ comme d'habitude vers 8 h 15. On roule tranquille sur de
grandes étendues ondulées. Acacias et montagnes à l'horizon. Le soleil fait des spots à travers les nuages.
Panne de voiture pour Warta et Araly. L'embrayage a lâché. Araly essaye de réparer en vain. J'en profite
pour m'allonger à l'ombre de la voiture.
Yves commence à s'impatienter, il m'explique que « ces gars-là ont toujours du matériel pourri… » Je suis
content pour lui, car ça prouve qu'il a oublié sa panne de Mercedes d'il y a quatre ans et qu'on a flingué
l'itinéraire pour le ramener au goudron…
Mais en même temps, on sent bien qu'il n'apprécie pas ce type de voyage où on n'est pas chaque minute en
train de faire gicler la poussière. Michèle, depuis le début, est aussi joviale que six croque-morts en pleine
cérémonie.
On repart au ralenti : Warta roule en seconde, sans s'arrêter. C'est un peu lénifiant. Puis, on s'arrête.
Warta monte dans la voiture de Pascal : il a vu des véhicules dans le sable. Pas nous. On suit Araly. Warta
et Pascal reviennent avec la pièce de rechange.
C'était deux Italiens avec des guides d'
Agadez
. Le système d'entraide et de débrouillardise fait qu'à midi Araly a réparé la voiture pendant le
casse-croûte, ce qui ne l'a pas empêché de nous servir le thé !
Ce matin, on est allé dans les
gorges de Kogo
. J'ai trouvé les aiguilles de porc-épic. Pendant le pique-nique, mécanique. Des gars sont venus discuter
avec Warta. Je ne m'habitue pas à l'allure fière de ces Touaregs. Même très pauvres, ils sont toujours
magnifiques.
Des gamins arrivent au moment où on quitte le pique-nique, tous en bleu. Arrêt à l'épicerie de
Zagado
. Petite paillote, produit divers, Christian s'achète un pantalon Touareg, Michel une tunique et Araly, de
la semoule pour le pain. C'est SuperZag, la supérette locale.
Le crayon de Martine a séché là !
On remonte l'
oued Zagado
. Une petite herbe fine et verte ondule au vent avec des reflets d'argent à contrejour. Vers
Anou Samed
, on tombe sur un magasin de souvenirs qui vend toute la pacotille habituelle : c'est le coup de fouet de la
civilisation qui nous tombe dessus.
Heureusement, le sourire des vendeuses fait des ravages. Achats de petits objets en pierre tendre. Même Papé
négocie. Les filles sortent à la lumière de fin d'après-midi pour la qualité des photos. En face, un puits
et son jardin sont animés par le chameau qui tire le delou. Belle ambiance de soleil couchant.
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On remonte ensuite sur
Tchintouloust
, joli village en pisé avec portes et volets en bleu assez clair. Les Lands sont à la traîne et je dois
renifler les traces pour raccorder. Les Toys ne font pas de photos (quel rapport avec la marque ?) et
préfèrent les rétroviseurs clairs…
Nous abandonnâmes bientôt la vallée Afis pour arriver, par une montée rocailleuse, dans une autre vallée
où se trouve situé le village de Sarara ou Assarara. Nous nous y engageâmes entre deux groupes de
montagnes, et après avoir parcouru encore un bas-fond de rocher, nous pénétrâmes, à neuf heures et demie,
dans la vallée de
Tintelloust
.
Celle-ci consiste en un vaste ravin sablonneux dépourvu de végétation, à part quelques broussailles
croissant sur les bords. Sur les premières éminences, du côté oriental, se montrait un petit village se
confondant presque entièrement avec le roc dont il était environné.
C'était le lieu de résidence, tant désiré, d'Annour. Nous n'entrâmes pas dans le village lui-même, mais
nous choisîmes notre lieu de campement sur une colline de sable qui s'élevait dans un angle de la
montagne. Le pied de cette éminence était abondamment orné de la verdure du Capparis Sodata; un pli de
terrain couvert de beaux talhas nous séparait d'une abrupte crête de granit dépendant de la montagne
Tounan.
Au midi, l'horizon était borné par l'imposant groupe du Boundaī; vers le nord-est, nous avions vue sur le
village et la masse de rochers qui en formaient le fond; enfin, notre emplacement était magnifique.
(Heinrich Barth – Voyages et découvertes dans l'Afrique – T1 p.194)
Christian adopte sa posture favorite de poids mort insensible aux difficultés du pistage. Recherche du
bivouac dans des sortes d'enclos naturels très bien décorés par la végétation. Warta nous installe dans une
de ces chambres bien belles et bien isolées, sorte de bocage de
l'Aïr
.
Assodé
Vendredi 18 octobre
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On arrive aux Ruines d'
Assodé
. Vaste champ de plusieurs hectares de cailloux rouges dans un décor d'apocalypse. Tout est détruit. On
devine des rues et sur 500 cases ruinées, il reste un seul fronton encore debout.
Warta s'installe sur un monticule pour nous faire un peu d'histoire. Un jour, le roi d'
Assodé
maria sa fille vers l'an 1 600.
Il souhaita le faire avec un faste particulier et eu l'idée d'un sacrifice humain. Dieu n'a pas aimé et pour
le punir, fit mourir tous les convives.
L'endroit devint maudit. Les occidentaux en mal de rationalité ont remplacé Dieu par la peste. Mais une
chose est sûre, il n'y a plus ici l'ombre d'un habitant.
Assodi était autrefois une ville importante, très fréquentée des marchands; tombée aujourd'hui, elle ne
renferme plus qu'un petit nombre d'habitants. Les ruines, que l'on dit être celles d'un millier de
maisons toutes bâties d'argile et de pierre, occupent un assez grand espace; mais aujourd'hui, il n'y
aurait plus guère d'occupées qu'environ quatre-vingts demeures.
D'après le compte de ces dernières, il doit y avoir eu jadis huit ou dix mille habitants à Assodi. Cela
est d'autant plus probable, qu'il s'y trouvait autrefois sept tamisghida ou mosquées, dont la plus grande
était ornée de colonnes.
La ville semble n'avoir jamais été entourée de murs et être déchue depuis que les Kel Owi l'ont prise aux
Kel Gheress. Depuis lors la population s'est dispersée et se tient en divers petits groupes de huttes,
dans le voisinage.
Le marché d'Assodi n'est cependant pas sans importance. L'habitation du chef Astafidet, qui y réside, est
située, dit-on, sur une petite éminence dans la partie occidentale de la ville, et entourée d'une
vingtaine de cabanes. Il n'y a pas de puits à Assodi et toute l'eau doit y venir du dehors.
(Heinrich Barth – Voyages et découvertes dans l'Afrique – T1 p.213)
La légende de la citadelle d'Assodé
On avance de 10 km pour voir le puits d'
Assodé
. Deux belles Targuias sont à la corvée d'eau. Photos. Les sourires s'élargissent de part et d'autre, mais on
ne sait pas si c'est le plaisir des stars, ou si elles ne se moquent pas un peu de ces vers blancs en short
si maladroits avec le delou. Warta et Araly qui parlent la langue nous disent qu'elles cherchent des maris,
car tous les hommes sont partis. Alors les vers blancs se déchaînent pour montrer qui sa force, qui son
intelligence en tirant le delou.
Tout le monde a du succès, ça doit être une vraie pénurie ! Une femme plus âgée se sent délaissée et disserte
sur la jeunesse perdue et la concurrence de ces jeunes trop belles… Je m'approche avec l'appareil et lui fait
partager les délices de la prise de vue. Elle retrouve instantanément les mêmes mimiques (universelles ?) de
la fille flattée. Belle tranche de vie.
« On croit que l'homme est libre... On ne voit pas la corde qui le rattache au puits, qui le rattache,
comme un cordon ombilical, au ventre de la terre. »
(Antoine de Saint-Exupéry / Terre des hommes)
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convergence des caravaniers avant la grande traversée
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On repart. Très beau décor de montagne devant nous avec les 2 cornes orientales des
monts Adeket
que l'on remarque à des km.
On croise une caravane en partance pour le sel de
Bilma
. Les bottes de foin sont magnifiques, on les croirait faites à la pince à épiler. Warta échange les
nouvelles.
On bifurque vers
Kripkrip
sur le versant nord du
Bagzane
. Les oasis deviennent plus florissantes, la piste est encombrée d'arbustes feuillus qui martyrisent nos
antennes VHF. On tombe dans un oued de sable bien bien mou et la cavalerie hurle sous l'effort : pas de
pitié pour ceux qui sont pris, personne ne veut s'arrêter. On se regroupe sur une sorte de moraine à la fin
de l'oued et le paysage luxuriant jusque-là devient subitement lunaire.
Le temps d'une photo (ou deux…) et nous voilà largués par nos collègues Toys dont les rétros ont dû se
dérégler dans la « forêt » de
Kripkrip
. La piste est en cailloux et on rate facilement l'embranchement sur la
guelta de Timia
. Un peu plus haut, au moment de traverser le filet d'eau, j'en déduis que personne n'est passé là récemment
(bravo Sherlok) et que nous sommes à l'avant de la caravane. Retour donc et on finit par voir la voiture de
Raymond qui repartait nous chercher.
Timia
Arrivé à la
guelta de Timia
. Le coin est bien aménagé. La première cuvette est vaste et ronde. Quel plaisir de voir tant d'eau en plein
désert. Yves est déjà dans l'eau. On le rattrape et on traverse le premier bassin. L'eau est sombre, mais
évidemment très agréable. On rejoint un escarpement rocheux qu'il faut escalader en glissant, puis on
remonte un petit tobogan taillé dans le granit et poli par l'écoulement continu.
On arrive alors dans une vasque profonde et plus intime, taillée en conque dans la paroi. La cascade est là,
tombant de 30 m. Au vu du granit poli qui nous entoure, on se dit que l'orage doit être dantesque dans ce
coin et que certains jours il doit y avoir beaucoup d'eau.
Des ados nous montrent les sauts de 10 m. Qu'ils font dans ce trou, sans toucher le fond. OK, nous voilà en
train d'escalader pieds nus cette patinoire de granit verticale : le seul risque est de ne pas choisir le
moment du plongeon, mais c'est sans conséquences.
Et au bout d'un moment, ça calme. Retour en douceur, planche réparatrice dans la grande vasque. Séchage.
Petit commerce avec des gamines qui vendent des souvenirs.
On repart et en peu de temps, on accède à la cuvette de
Timia
, tout en altitude. Tout est splendide, le soleil couchant en rajoute. Le
fort Massu
surveille toute la cuvette.
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Warta nous installe chez un copain, dans un jardin d'Éden où tout pousse : oranges, pamplemousses, vigne. On
s'installe en rang d'oignons dans une allée sous les arbres, on regroupe les tables et on attaque l'apéro. Un
gars nous montre un four à pain rustique et nous propose d'en cuire pour nous. OK, ça va améliorer le petit
déj.
La juxtaposition des tables met en évidence la disparité alimentaire de chacun. Yves, dont la cuisinière est
fatiguée, mange une petite boite, Raymond s'adonne aux pâtes nature sans sel, alors que d'autres
s'empiffrent avec des bocaux, du fromage et des fruits…
La nuit sera plus agitée : chaque arbre produit ses fruits, mais ajoute une dose égale de moustiques, c'est
donc calfeutré à l'intérieur qu'il faut chercher le sommeil et ce n'est pas évident par ces températures.
16 juil.1877 Une vaste plaine s’étend entre les monts Afiz et Afodet. Nous laissons ce dernier à gauche,
et nous arrivons le soir à Tintarhodé (Timia), qui se distingue avantageusement des autres villages par
ses maisons de pierre pittoresquement disséminées sur des monticules de granit, au pied de la chaîne
abrupte du Timgué.
Nous descendons devant la demeure du hadj Iata ; des esclaves déchargent notre bagage et nous invitent à
nous reposer sous la véranda.
Le hadj est absent ; il arrive tard dans le nuit, et, avant de nous voir, il commence par bâtonner un
esclave, parce que celui-ci ne l’a pas informé de notre arrivée.
Hadj Iata est un aimable vieillard, aux manières extrêmement polies ; il nous reçoit avec les plus grands
égards.
(Le dernier rapport d'un Européen sur Ghât et les Touareg de l'Aïr - Erwin von Bary - traduction
Schirmer)
Petit déj. D'enfer ! Le message est passé, une armée de vendeurs s'est alignée à la sortie des jardins. Nous
allons les voir par politesse, car il est difficile d'acheter plusieurs fois par jour les mêmes bibelots
surchargés et souvent bâclés qu'on nous propose.
Ils sont patients et philosophes, ce qui réduit bien notre peine et la leur. On prend les voitures pour
aller au village. On passe à côté de plusieurs puits cimentés et fermés, équipés d'une roue de char à
manivelle. Tous sont uniformes, mêmes dimensions, mêmes agencements, peints en jaune et vert.
Visite du village, Warta, pas fou, nous propose de garder les voitures et nous abandonne aux mains des
chasse-touristes. On atterrit rapidement vers le chef du village qu'il faut saluer et qui seul peut nous
autoriser à visiter son village.
Christian et Marylène ont amené cahiers, stylos, etc. Que le vieux engouffre prestement. Warta nous
expliquera plus tard que c'est un vieux con, imposteur et despote et qu'on n'aurait pas dû… Pourquoi a-t-il
dit cela qu'après et non pas avant ? Parce qu'on ne lui a pas demandé !
Une flopée de jeunes, tous avec la même tenue bleu clair des Touareg, débarquent de plusieurs 4x4. On nous
explique qu'ils sont guides stagiaires dans une école d'
Agadez
et destiné à l'accueil des touristes dans les nombreuses agences.
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Le chef du village nous assigne comme guide celui qui nous a amené à lui (quel bol !) et la visite commence.
Évidemment, nous sommes indisciplinés et le guide a du mal à surveiller son troupeau. Les ruelles sont
intimes, les chèvres en ville ont toujours le même succès, le boucher attire mille mouches pour 1 client.
Une belle qui guignait sans doute à travers sa porte, sort et fait des mines. Elle rouspète par tradition
tant qu'il n'y a qu'un photographe, puis surveille son meilleur profil lorsqu'il y en a plusieurs. Elle est
maquillée en orange et bleu marine, avec le même air que ses consœurs des magazines féminins d'Europe qui
s'aspergent de jus de carotte et se couvrent de rondelles de concombres, renseignées par une copine qui s'y
connaît en recettes de beauté
FOR-MI-DABLES
!
Notre chasse touriste regroupe son troupeau et nous offre le thé à son domicile pour que nous découvrions
l'art de vivre local. On tombe en pleine réunion Tupperware avec 15 nanas et autant de nourrissons. Mais la
faconde africaine reprend le dessus et la visite est sympa.
En sortant, on tombe sur un nouveau-né caché dans une peau très souple (agneau ?) que la mère porte à
l'épaule comme une Européenne le fait pour son sac à main. Les femmes du groupe fondent littéralement devant
cette riche idée à mi-chemin entre la poche kangourou et la femme mondaine.
Au retour, notre chasse-touriste nous emmène dans l'atelier qui lui garantit sa ristourne et nous découvrons
une forge et des croix d'Agadez par milliers, à tous les stades de fabrication, des gazelles en argent, des
fennecs en or (non, en argent, je déconne…).
Retour aux jardins, où on approfondit la visite. Le jeune en place nous commente son travail, nous parle de
son mentor qui lui a appris l'art de la greffe, ses stages en
Algérie
. On lui achète des pamplemousses et des oranges, qu'il faut bien marchander un peu pour la coutume.
Ils gardent au fond d'un enclos, deux ou trois gazelles pour je ne sais quelle occasion. En repartant, on visite le
centre artisanal, où plusieurs jeunes fabriquent et vendent sur place quelques objets un peu en dehors du
catalogue habituel. Nous choisissons chacun une tortue en pierre, puis pour que le compte soit bon, une
supplémentaire pour deux.
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On quitte la ville par le nord-est. On perd rapidement Raymond, qu'on retrouve en ville. Tiens ! Le rétro de
Christian lui raconte des histoires… À 25 km, on part en hors-piste, pour rejoindre le
Bagzane
par un chemin que Warta découvre.
Beau décor de montagne dans lequel les vallées s'infiltrent en gardant tout le suspens des passages de l'une
à l'autre. Évidemment, la lumière de 17 h nous met terriblement en retard, un puits et son arbre immense à
contre-jour nous happent et on se retrouve seul dans les gorges d'un oued sauvage.
Quelles émotions ! On rattrape les autres avec peine et paf ! C'est juste à ce moment-là que surgit une
caravane immense. Tout est à refaire. On photographie toutes les pattes de chaque chameau en marche et après
plusieurs km, c'est la tête de caravane qui s'arrête pour la nuit.
C'en est trop, on ne sait plus où donner de la tête, on va mourir fou ! Les caravaniers se rejoignent ici
pour la traversée du
Ténéré
et nous participons à leur joie de se rencontrer.
Heureusement le crépuscule nous délivre, on range les appareils, on détend les zygomatiques et on rejoint
les nôtres pour un bivouac bien mérité.