← Étapes →
Samedi 26 octobre
Petit déj. Extrêmement agréable. Le bar d'hier soir s'est métamorphosé en buffet. La fée d'
Agadez
a déposé du pain frais et des croissants sur les tables : ça commence bien ! Le soleil matinal nous
réchauffe. Visite d'
Agadez
.
Warta nous fait visiter son bureau,
Abal voyages
et Raïcha sa boutique,
Boutkou
, dans le même bâtiment, quasiment au pied de la mosquée. Repas de fête chez Warta. Raïcha a mis les petits
plats dans les grands…
Christian a apporté en cadeau un magnifique portrait de Warta et Raïcha pris lors de leur visite à
Saint-Pourçain.
En fin d'après-midi, visite de la mosquée. Un chasse-touriste particulièrement désagréable nous colle. Son
surnom est « Le Long », facile à choisir puisqu'il dépasse largement les 2 m. Warta nous demande de nous
méfier de lui, car il a déjà été en tôle quelques fois.
⏯️
⏯️
On visite le minaret, assez impressionnant, car le bâtiment a quelques centaines d'années et qu'il faut se
faufiler à croupis dans plusieurs endroits. La sortie au sommet est épique, car nous sommes quatre dans une place
faite pour une demie.
Vue superbe sur la ville. Apéro ensuite à Hôtel de l'Aïr, juste à côté. Leila, la fille cadette de Warta et
Raïcha s'est prise d'affection pour Yves et ne le quitte plus. Soirée dans l'
Oued Téloua
où l'on nous sert un délicieux ragoût.
Deuxième petit déj. Toujours aussi agréable. Dans la lumière du matin, trois femmes passent dans l'oued avec des
ballots d'herbe sur les têtes. Les photographes ont une montée d'adrénaline.
Visite du souk. Nous demandons à Raïcha de nous aider à changer nos housses de matelas qui ont souffert au
Bagzane
. Vite fait, bien fait.
Christian emprunte une paire de skis en vente sur le marché (!?) et braille en demandant le tire-fesse.
Repas chez Bibie, dans son restau. Tellement bien que nous visitons illico la salle de sieste, encore mieux.
Christian souhaitait rencontrer Bibie pour élargir son
enquête
: vingt ans auparavant une jeune fille de
Saint-Pourçain
rencontra un jeune Touareg. Un enfant naquit. Les Français refusèrent le mariage et la trace de ce touareg
fut perdue.
Mais Christian apprit récemment que la famille de ce jeune (de l'époque) était connue à
Agadez
. Il se donna mission d'approfondir ce mystère sur place et de rapporter les fruits de ses investigations à
Saint-Pourçain
.
Le jeune est mort quelques années après son idylle, dans un accident de voiture sur la route de
Niamey
.
⏯️
⏯️
On commence à pousser Warta à repartir. Tout le monde insiste pour que Raïcha nous accompagne, mais elle
reste intraitable, et veut rester près de Sidi. On fait le marché et les pleins.
Repas d'adieu chez Warta. Papé joue au maître d'école en passant devant le tableau noir de Marie, la fille
aînée de Warta.
Il reste encore plein de problèmes sur le Toy de Warta, on change de batterie au dernier moment. Ibrahim,
un ancien guide de l'armée française et fin connaisseur du Kaouar nous accompagne. Embrassades et départ par
le sud en direction du site de dinosaures de
Taouachi
.
Après quelques hésitations entre la route de
Zinder
ou de
Tahoua
, on choisit
Zinder
. Jean-Paul et Sylviane nous accompagnent, en principe jusqu'en
Algérie
. Bivouac en contrebas de la route.
Mardi 29 octobre
On fait équipe avec Jean-Paul et Sylviane, mais quelques différences surgissent. Alors que nous passons du
temps au repas du soir à discuter et rigoler, eux sautent dans le camion après un repas frugal. On se dit
que les choses vont évoluer.
La piste est modeste et poussiéreuse. On rencontre de nombreux et immenses troupeaux peuls. Arrivée à
Taouachi
. Le site est tenu par un passionné qui a participé il y a quelques années à la découverte par les
Américains d'un immense crocodile de 12 m.
Il a découvert lui-même ce site et essaie de le valoriser en mettant en pratique ce qu'il a appris des
scientifiques qu'il a fréquentés. C'est rustique, mais impressionnant.
Pendant la visite, je découvre une bestiole bizarre. Je la prends en photo, puis essaie de la faire bouger
avec le pied (en sandale). Ibrahim qui me voit pousse des hurlements de terreur, car cette bête est
mortelle, elle tue un chameau en une minute ! Émotion. Mais bon, apparemment, je ne suis pas un chameau. 😄
Il la tue avec des pierres et on voit clairement que la bête est vigousse et teigneuse et que sa dentition
n'est pas simplement décorative.
Sur le chemin du retour, nous croisons encore d'immenses troupeaux peuls. Je passe à la hauteur d'un berger
qui porte un chapeau magnifique. Je le négocie avec prudence, mais à voir le sourire du gars, je conclus
sans remords.
À l'arrivée sur le goudron de
Zinder
, que nous devons traverser, on retrouve de splendides troupeaux, accompagnés de familles et de tout leur
paquetage.
Pique-nique. Jean-Paul et Sylviane s'attablent avec nous et nous annoncent rapidement qu'ils renoncent au
groupe et rentrent par
In Guezam
–
Tamanrasset
.
Je crains que le volet financier qui n'a pas été abordé ne les effraient et ils me diront plus tard en
France avoir senti des tensions dans ce groupe et n'avoir rien à partager avec Raymond qui leur avouait que
les dinosaures ne l'intéressaient pas, mais qu'il suivait le groupe.
⏯️
On reprend notre périple. En pleine pampa, Warta suggère l'achat d'un mouton. Ok. Il négocie et embarque la
bête comme passager avant du Toy. Toujours la même parade à l'absence de frigo.
Le paysage en direction de
Gadoufaoua
puis du
Termit
, est morne et répétitif.
On passe à la Gara percée, caillou de 2 m, dressé au milieu de la plaine.
Ce soir, Yves fête ses 67 ans. Il choisit le bivouac lui-même et Raymond découvre alors que son réservoir
d'eau est percé. Il va démonter entièrement son paquetage pour voir les dégâts et tenter d'y remédier : une
soudure a lâché.
Mercredi 30 octobre
Plantage de Raymond dès le départ. Passage au puits d'
Imilan
. Le vent de sable se lève. Un peu d'archéo dans les parages. On soulève une meule et un putain de scorpion
s'échappe toutes pinces au vent.
Rencontre avec une vieille (?) femme sous sa tente misérable, complètement isolée. Hésitations du guide et
pour finir arrivée à
Gadoufaoua
. Site impressionnant Les dorsales de dinosaures sont alignées toutes dans le même sens. Une bête tous les
100 m. À perte de vue.
Le lendemain, les géologues m'emmènent au pied d'une petite falaise, en un lieu nommé Gadoufaoua par les
Touaregs, un nom tamasheq signifiant « ressaut qui fait peur aux chameaux lors de son franchissement ».
Là se trouve un endroit extraordinaire qui me laisse bouche bée.
Sur une grande surface, des colonnes vertébrales entières dégagées par le vent de sable sont étalées sur
le sol. Il est très facile de voir qu'il s'agit de squelettes de dinosaures, un gisement de vertébrés
fossiles que les géologues du CEA ont baptisé « le cimetière des Innocents ».
Ces fossiles sont enrobés dans un grès assez friable; ce grès témoigne de la présence d'alluvions
fluviatiles, déposées autrefois lors de crues soudaines et catastrophiques. Des ossements fossiles ayant
appartenu à des dinosaures, des crocodiles, des tortues, des poissons jonchent le sol par milliers à
perte de vue.
Je suis stupéfait devant ce spectacle inattendu; je repère non loin de là, près de deux acacias, deux
squelettes assez complets de dinosaures dont les os sont à peine dégagés de leur gangue rocheuse par le
vent de sable. Sur le sol d'énormes dents de crocodiles, dont les plus grosses atteignent 14 centimètres
de longueur, des plaques dermiques de crocodiles impressionnantes de 33 centimètres de longueur et de 15
centimètres de largeur. Le gisement de Gadoufaoua est exceptionnel par la richesse et la diversité de ses
fossiles.
À l'issue de cette journée inoubliable, je m'endors sous la voûte céleste la tête dans les étoiles. Le
calme du désert est fascinant, si intense, que l'on entend le silence! Au point que de temps en temps un
léger frottement proche de ma tente trahit le passage très discret d'une gerboise, petit rongeur à longue
queue, nocturne, bondissant sur des pattes que l'on croirait montées sur ressort.
Quelques jours de prospection sur le gisement, la récolte de petits échantillons transportables, la
visite des environs en Land Rover, la découverte de bandes de gracieuses gazelles dorcas, filant comme
des flèches, un couple d'autruches et leurs autruchons, le mâle jouant l'oiseau blessé tandis que la
femelle prend la fuite discrètement avec ses petits, un serpent cracheur, Naja nigricollis (attention de
ne pas s'approcher pour éviter la projection de venin dans les yeux), une tortue des sables géochelone,
quelques scorpions, et il faut déjà regagner la France.
Dinosaures, crocodiles et coccinelles - Les tribulations d'un naturaliste - Philippe Taquet
Le site de dinosaures de Gadoufaoua.
Tout est exposé à l'érosion et dans quelques années tout ce que l'on voit aujourd'hui sera mangé par les
grains de sable, mais que faire devant cette immensité ? Un peu plus loin, on passe devant des troncs
d'arbres entiers pétrifiés, sans savoir si nous sommes à la même époque.
⏯️
On continue. Nous restons en arrière pour filmer et de loin, on constate une certaine agitation en tête de
colonne. En s'approchant, on remarque une gazelle qui court éperdument devant les Toys d'Yves et de Warta.
La gazelle nous vient droit dessus, puis fait volteface. Martine a juste le temps de filmer Araly en train
de l'agripper par les cornes.
La pauvre bête est à bout. Pascal est au bord des larmes pendant qu'Ibrahim jubile en sortant l'opinel !
Michèle qui a été aux premières loges, est effondrée. Vive discussion entre pour et contre.
Le consensus ne se fait que parce que la gazelle est déjà condamnée : elle ne pourra pas se remettre de sa
course et si on la laisse, elle mourra quand même, plus lentement.
Pascal nous menace de nous foncer dedans si on recommence.
Le festin n'est pas partagé, il y a ceux qui en mangent et les autres. Même si je ne fais pas vraiment
partie de ceux qui les tuent, je fais résolument partie de ceux qui en mangent. Bivouac.
⏯️
Jeudi 31 octobre
Passage dans la zone d'
Egarou
, sorte de wadi arboré dans cette immensité de sable stérile. Warta se plante un peu et les Lands proposent
de passer devant. On s'amuse un peu et sur un regroupement avant l'obstacle, Warta, mais encore plus Ibrahim
refusent le champ de dunes qui s'offre à nous.
Contestation de nouveau, mais les camps ont changé. Il faudra contourner l'obstacle et abandonner, car
comment se fixer rendez-vous de l'autre côté, quand les uns fonctionnent aux GPS et les autres à la
tradition.
On se rapproche du
Termit
et on rencontre un chamelier qui accompagne quatre bêtes. Nos voitures effraient terriblement les chameaux et il
est impossible d'approcher.
⏯️
Même à pied, le chamelier nous repousse, préférant manifestement le calme à la rencontre.
Bivouac. Je ramasse dans les environs un œuf d'autruche tout cassé, mais que je crois complet. Hélas, à
l'assemblage, il manque quelques morceaux.
Vendredi 1 novembre
Arrivés au
Termit
, on commence à rechercher le
puits de Termit
au nord. Rien. On reprend le sud et rapidement, on double une caravane immense, à l'arrêt. On passe à
l'écart, sans contact. On découvre que les Touaregs qui nous guident et les Toubous de la caravane ne se
fréquentent qu'en cas de nécessité…
On arrive au
puits de Termit
. Au début, personne. Puis des jeunes doublés depuis peu arrivent à brides abattues, créant un peu d'émoi
tant que nous ne connaissons pas leurs intentions. L'arrivée est cependant très belle, car ils ont beaucoup
d'allure.
Deux vieux surgis de nulle part adoucissent un peu la rencontre. Peu de contacts cependant, nous à cause de
la langue et les Touaregs par manque de nécessité.
Une femme toute habillée de rouge (même son delou est en plastique rouge !) venue abreuver ses ânes, cède la
place aux nouveaux arrivants sans discuter. Cette hiérarchie semble bien établie.
On va admirer cette femme en rouge qui se démène seule avec son troupeau indiscipliné et les maraudeurs
alentour tout en tirant son delou de 20 kg. Warta exprime son désaccord sur l'anneau de narine en or que
toutes les femmes arborent fièrement. Il dit que pour lui, c'est réservé au bétail…
Quand vient notre tour, (nous étions les premiers arrivés), on ravitaille. C'est moi qui sors le seau et la
corde, nos Touaregs n'y ont pas pensé !
On va tenter de pénétrer un peu dans ce massif austère, puisque j'ai une légère frustration depuis mon
passage ici avec Puthod en 2001. On avise un oued qui paraît s'enfiler, mais peine perdue, ce n'est qu'une
rigole à flanc de montagne qui nous permet de voir que le massif, ici en tout cas est bien compact.
Pique-nique à l'ombre avant de redescendre.
Quelques escarpements qui se prolongent vers l'ouest nous écartent temporairement du massif. On descend dans
une grande plaine que l'on prend par le travers et Ibrahim, très fier, nous montre la
Gara penchée.
En retrouvant le massif, on cherche le
puits de Dougoulé
. J'avais scanné les cartes de Puthod pendant l'été 2001, mais il n'avait pas celle du sud du
Termit
, je n'ai donc pas de point précis. On jardine un peu, on voit quelques habitants, mais on ne trouve pas de
puits. Dommage.
Plus au sud, on trouve un puits hors cartes. Un chamelier splendide fini son ravitaillement et sa toilette
et on apprend par nos interprètes que nous sommes à
Heni Heni
.
La piste se forme et nous roulons maintenant confortablement au pied de la falaise qui en a profité pour
prendre de l'altitude : Les paysages sont beaucoup plus attirants.
On arrive dans une de ces friches coloniales qui soulignent les différences d'intérêts entre l'
Europe
et l'
Afrique
. Un aéroport complet, avec pistes et bâtiments, mais ravagé. Nous sommes à
Kaoboul
.
Une base aérienne a été installée là pour la lutte contre les sauterelles et a permis pendant les belles
années du DDT d'asperger les zones de reproduction. Un puits est en bout de piste. Le village voisin nous a
repérés et débarque au complet. Belle brochette de femmes multicolores qui virevoltent devant les appareils.
Warta désapprouve à cause des anneaux dans une narine…
Le temps presse, je me retrouve en fin de peloton et nous sautons le
puits de Dalé
que j'avais improprement appelé
Kaoboul
en 2001. Toute la bande file à vive allure en direction d'
Agadem
.
Le touf touf s'installe doucement, mais surement. Bivouac dans une flaque de sable au milieu de ces touffes
d'herbe qui rendent le voyage presque désagréable.
Samedi 2 novembre
On se remet en route sur ce touf touf de merde. Le Toy de Warta est au ralenti complet. Au début, chacun
reste poliment derrière.
Dans la matinée quelques-uns font des écarts photos. Christian en profite pour perdre son bouchon de
réservoir principal et rouler plusieurs heures comme ça. Quand il s'en aperçoit, c'est trop tard : il a
bouffé du sable. Il va le payer.
Au milieu de l'après-midi, Yves qui n'en peut plus d'attendre me harcèle pour accélérer. Je temporise encore
un peu, mais sans autre solution, je me décale et double. Tout le monde emboite le pas, sauf Warta. On le
perd de vue.
Le
Kaouar
est en vue et à 10 km de l'arrivée, j'attends pour le regroupement. Le dernier Toy arrive enfin et on voit
qu'Ibrahim est vraiment choqué de s'être fait larguer. On se remet en ordre pour « l'entrée en ville », le
guide devant, les monchus derrière… On cache le bivouac contre une colline légèrement au sud d'
Agadem
.