Mardi 27 octobre
98 km.
(19 0,852 N / 20 30,505 E)Lacs Katam
, rose et vert.
Encore une merveille : plusieurs lacs avec ce contraste étonnant d'une eau bleu-vert dans un écrin ocre
orangé. Deux lacs jumeaux, dans les bleus tendance rose, qui partagent un filet d'eau avec l'autre carrément
vert.
La spiruline lui donne cette teinte verte, mais la différence de niveau entre les deux lacs, à peine 10 cm,
n'a pas permis la contamination de l'autre.
(18 55,903 N / 20 34,969 E)
Plateau plutôt dur après des mous formidables.
(18 54,150 N / 20 51,430 E)Ounianga Sérir
. Encore un site magnifique ! Nous y arrivons en pleine chaleur et les mous nous tiennent à l'écart de ces
16 lacs dans leur écrin de sable orange.
Malheureusement personne n'a le courage d'aller se planter 20 fois pour aborder ce spectacle et encore moins
à pied.
J'en ai encore des regrets éternels, qui empirent devant les photos de
Francis Tack
depuis son ULM….
Il eût fallu s'approcher du village, comme le firent Daniel Popp, Francis Tack, Rocco Rava et tant d'autres
qui ont reçu un accueil chaleureux, mais c'était tellement incompatible avec les certitudes de notre
"guide"… Alors, on a raté un super truc !
Si vous avez la chance d'y aller, ne consacrez pas moins de 2 jours à Ounianga Serir.
Pour épater le plateau transformé en tempête, le bleu s'allonge, repousse les terrasses en arrière,
s'offre des îles et des marais d'eau douce.
Dans l'espace dégagé, les lacs se multiplient, s'étirent comme les doigts d'une main tendue vers le
nord-est, de grands doigts bleus ou verts entre crêtes de dragons et V de sable. Le vert n'est plus là
pour faire des ronds autour du bleu, décorer le tableau. C'est un artiste à part entière dont on ne sait
pas trop si les houles de ses roseaux plus hauts que l'homme reposent sur terre ou dans l'eau.
À la base des doigts, une paume vous gifle le cœur de son bleu primitif.
Le lac Élimé au centre d'Ounianga Sérir est la plus grande étendue d'eau du Sahara (5 kilomètres sur 2
!). Avec ses baies étroites et parallèles, ses pointes de sable parfois nues ou recouvertes de palmiers
et de marais à l'allure de jungle, ses îles posées sur l'eau comme de temples, ses pyramides ponctuant
l'espace, il a un cachet fou, une allure plus sauvage que le lac Yoan sans repères.
Seul lac salé d'Ounianga Sérir, il offre, de part et d'autre de ses rives, la plus belle galerie de lacs
et marais d'eau douce du Sahara, Ardjou, Idem, Obrom à l'ouest, Boul, Hogo, Djiara, Ahotta, Daléyala et
Bokou à l'est, ont des noms de bleus au parfum d'Afrique ! Un paysage sensationnel où nos yeux ne cessent
de se poser partout comme des fenêtres bien trop petites.
… Avant que l'inventaire de l'impossible aventure ne se termine, le bleu, le vent et le soleil qui
baissent ont déposé la réponse dans nos yeux. Un bleu transformé en or. Une houle d'or et de bleu où le
bleu comme l'or jouent à apparaître et disparaître sans jamais se mélanger.
Même les trois îles mêlent leur jupe blanche et brune à la danse. Les deux plus petites rehaussent leur
drapé d'une série de pitons ocre, dressés comme les colonnes d'un temple barbare laissant flotter leurs
doubles dans un ciel d'or bleu.
Que vouloir de plus ? S'asseoir sur la grève, être aux premières loges de l'instant où l'eau et ses
couleurs se fondront dans la nuit, laissant place à une chorale de grillons dont les bzzzz des moustiques
seraient les mauvaises notes ?
(Daniel POPP - Ennedi, un Éden au Sahara, p.19-22)
Voir aussi la description ancienne du Lt Colonel de Burthe d'Annelet
(18 49,212 N / 20 50,968 E)
Petite descente de falaise.
Terbéli
(50 m). Cuvette arrondie, passe partout.
(18 43,565 N / 20 55,920 E)
Petite falaise. Petite gara juste à droite.
(18 37,366 N / 20 49,497 E)
Belle passe entre deux cairns. Lucarne.
On se choisit un passage dans la falaise qui sépare le plateau d'Ounianga de la dépression du Mourdi à
l'aide d'un assemblage hétéroclite de photos Landsat calibrées, pointées avec mes triangles en carton
(brevetés !).
À cette époque, il n'y avait pas mieux ! On trouve quand même une très belle passe tout en ondulations de
sable parmi les rochers.
(18 33,252 N / 20 45,444 E)
Passe du Fennec en haut.
(18 30,783 N / 20 44,518 E)
Dernière dune de la passe. Bivouac nº 10
⏯️
Un peu de navigation dans la dépression du Mourdi
⏯️
Passe du Fennec, avant Madadi
⏯️
Bivouac vers Madadi
.
Mercredi 28 octobre
91 km.
(18 28,282 N / 20 46,129 E)Dourkou-Bina
, oasis étonnante. Vieux fort, eau courante. Un chibani est là seul au milieu de cultures improbables. Le
contact est impossible : il n'en a manifestement pas envie. C'est un point d'eau important, en contrebas
d'une falaise et la conquête coloniale y a construit un fortin en pierres sèches bien entretenu et en bon
état.
⏯️
Oasis de Dourkou Bina
(18 23,431 N / 20 48,072 E)Enneri Echéou
. Dune erratique.
(18 14,689 N / 20 58,597 E)
On longe l'erg. Dunes à 2 km à l'est.
(18 10,173 N / 20 59,649 E)
Au contact de l'erg.
(18 6,227 N / 20 59,741 E)
On s'écarte du bord sud.
(18 2,224 N / 20 57,362 E)
Premiers cailloux.
(17 57,664 N / 20 51,028 E)
Ligne de gours. Plaine derrière.
.
Entrée en Ennedi - Mogoro
.
(17 51,059 N / 20 47,975 E)
Passe de la « noire ». Bivouac nº 11.
⏯️
Bivouac au sommet de "la Noire"
⏯️
La Noire, extrait du montage 1998
On zigzaguait en fin d'après-midi sur un plateau sans horizon. Yves crève malencontreusement sur une pierre
coupante et la réparation s'annonce pénible, boulons coincés… Puthod m'envoie en reconnaissance pour choisir
une suite pendant cette réparation.
Je pars avec Pascal et pour élargir la vue, nous attaquons un monticule d'où nous repérons le bord d'une
falaise et une petite échancrure qui semble être en sable. On va voir cela de plus près et effectivement, la
passe semble être possible, bien que légèrement acrobatique.
On rentre au bivouac à la nuit tombante et la discussion naît entre les pour et les contre, sans que
personne d'autre ait vu le sujet. Cela permet de distinguer ceux qui sont pour suivre ces cinglés de Land et
les autres farouchement contre….
Jeudi 29 octobre
136 km.
Le lendemain, nous allons au pied du mur, ou plutôt en haut du mur. La passe, étroite et légèrement
montante, bordée à gauche par un bourrelet de sable qu'il faut franchir par un violent virage à 90° pour se
jeter dans une grande pente très impressionnante puisqu'elle se termine 150 m plus bas sur des dalles
rocheuses.
La discussion entre les pour et les contre reprend de plus belle, mais les pour sont sur le point de perdre
la bataille quand Puthod décide que c'est faisable. Il patiente jusqu'à la mise en place du plan vidéo, et
se jette dans le vide.
Tout se passe sans problème, la dune est conforme à nos attentes et je me précipite à mon tour pour aller me
poster en face pour les prises de vue. Et je passe un moment exceptionnel à regarder les voitures s'élancer
une par une, avec moult tergiversations entre chaque voiture.
Dans ces longs moments d'attente, j'admire le combat qu'un faucon livre à plusieurs hirondelles dans la
falaise qui borde notre dune noire". C'est absolument remarquable de voir la désinvolture et l'adresse des
hirondelles, nullement impressionnées par le rapace qui pourtant étale toute sa science du combat : il monte
à en perdre haleine, puis se cache dans les rayons du soleil pour foncer à 200 km/h sur sa proie qui l'évite
au dernier moment, le laissant incapable d'entamer un virage serré à cette allure.
Un grand merci à ceux qui se sont enchorbattés au moment du délicat virage à 90°, me permettant ainsi de
prolonger ce si somptueux spectacle de ballet aérien.
Quelques années plus tard, par un contact Internet, j'apprends que Puthod est retourné à cet endroit avec
d'autres clients. Il a plongé le premier en toute confiance, puis a constaté qu'aucun de ses clients ne
voulait sauter dans ce vide. Il a dû remonter la falaise par un immense détour pour les rejoindre et leur
choisir un passage plus calme.
Voir l'échange de messages avec Ursula
.
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La galère des clients, vers Mogoro
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Vers Mogoro
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Habitat, vers Mogoro
(17 49,870 N / 20 46,438 E)
Vers le "téton".
(17 50,001 N / 20 47,610 E)Mogoro
, village au pied de la falaise. Piste vers la Libye.
(17 44,900 N / 20 46,471 E)
Parcours sablonneux agréable.
(17 42,339 N / 20 44,941 E)
Rocher à visière. Pique-nique à l'ombre.
(17 33,144 N / 20 54,500 E)
Plaines de sable mou, herbe tendre. 60 Km/h.
(17 25,733 N / 21 5,524 E)
Formidables aiguilles. Au nord de
Bichagara
.
(17 18,017 N / 21 11,488 E)
2 doigts dressés, grande falaise, 200 m au nord.
(17 13,585 N / 21 19,726 E)
Milieu d'une large plaine.
(17 11,334 N / 21 22,606 E)
Petites arches larges et basses. Bande de végétation.
(17 10,900 N / 21 25,561 E)Wadi Aouéli
en forêt galerie (cul-de-sac). Papillons et singes. Puthod, toujours hanté par les contrôles de police,
cherche à éviter la piste qui mène tout droit sur
Fada
.
On découvre un oued qui semble faire une diagonale sur la piste
Fada - Abéché
. On s'enfile dedans pour découvrir des mous formidables dans un magnifique décor. Hélas, le wadi se termine
en cascade et on doit remonter le wadi après l'avoir copieusement labouré.
(17 10,989 N / 21 24,182 E)
Piste, bifurcation à gauche.
(17 12,630 N / 21 24,809 E)
Falaise 50 m à droite, piste avec bidons vers une passe relativement large.
(17 10,528 N / 21 29,408 E)
Immense pampa herbue,
Aouéli
.
(17 6,881 N / 21 29,922 E)
Montagne sur pilotis
Tébinara
. Bivouac nº 12 (Anniversaire d'Yves).
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Tentative d'évitement de Fada bloquée par la chute d'Ohou
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Le Papé vers le bivouac proche de Fada
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Anniversaire d'Yves
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Les criquets vers Tébinara
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Vestiges de guerre
Vendredi 30 octobre
59 km.
Il se dit que la piste officielle qui mène à
Archéï
est minée, il faut la contourner à l'ouest. On s'engage alors sur une trace un peu frêle et on fait
rapidement face à une pullulation de criquets verts.
Ils avancent au sol telle une armée de Napoléon, envahissent tout, s'attaquent aux pneus des voitures.
L'invasion est telle et ils sont si denses que pour avancer, il faut marcher dessus et ça fait pchouitt
pchouitt !.
(17 6,703 N / 21 30,895 E)
Piste des criquets.
En hors-piste, le décor devient somptueux et je découvre pour la première fois des champignons de pierre,
avec un pied vertical et un chapeau en équilibre horizontal. De vraies demoiselles coiffées.
(16 54,401 N / 21 38,625 E)
Piste, deux gros bitards à droite
Agusi
.
(16 50,980 N / 21 40,100 E)
Suivre la piste. Endroit très beau, type Tassili.
À droite, un énorme bloc rocheux (kil. 24) de 25 m. de puissance et de couleurs cuites, attire de suite
le regard.
Il est percé de part en part de deux portes naturelles et cintrées de 10 m de flèche.
Le vent, qui a travaillé ces roches depuis des siècles, les a façonnées avec un art incroyable, et son
souffle puissant s'engouffre sous ces voûtes béantes en les faisant vibrer des sonorités de sa musique.
Lt Colonel de Burthe d'Annelet - Du Sénégal au Cameroun - 1932-1935 (T2 p.986)
Guelta d'Archéï
(16 50,806 N / 21 40,682 E)
Au pied de la grosse molaire. En route vers
Archéï
.
(16 52,615 N / 21 45,558 E)
Début de la végétation de la guelta.
(16 53,607 N / 21 46,452 E)
Bifurcation pour la guelta du haut. Rester à gauche en montant !!!.
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Tentative ratée d'accès par le nord à Archéï
Puthod nous explique qu'il est possible d'accéder à la guelta par l'arrière, il a des infos pour cela et
nous conduit au pied de la montagne à franchir. On part bille en tête en grimpant dans des rochers escarpés,
il ne peut nous accompagner à cause de son handicap.
Après une demi-heure de grimpe, toujours pas de passage à gauche en vue, on se trouve en haut avec un beau
panorama, mais sans guelta. Plusieurs d'entre nous sont écrasés par la chaleur et épuisés. Manque d'eau,
quelqu'un sort une pomme que l'on essaie de partager avec un silex (?).
On imagine descendre de l'autre côté de la montagne avant de se rendre compte que c'est une ânerie : nous
serions à la merci d'une falaise infranchissable. On redescend par le chemin de montée pour arriver en bas
en piteux état. On "félicite" Puthod pour la "qualité" de ses infos.
Nous sommes partis dès l'aube, imaginant à tort que les crocodiles ne seraient visibles qu'avant
l'arrivée des troupeaux et du soleil.
Après une heure de marche, le long d'un vague sentier grimpant à l'intérieur du massif, nous rejoignons
le défilé débouchant sur la gorge par un col suivi d'un grand éboulis.
Sur le sable jaune entouré d'un chaos de pierre, de gros buissons verts, de nombreuses traces de singes.
Plus au nord, sous le nom d'Aroué, l'oued Archéï collecte toutes les eaux coulant au sud du plateau
central. La gorge se creuse progressivement pour atteindre des dimensions colossales quand elle débouche
sur la plaine.
Sur une vire étroite et vertigineuse au bord des dômes rocheux qui la surplombent, nous en avons le
souffle coupé. Des murailles de 80 mètres de haut sont campées sur le sable.
Deux énormes enclumes forgées par l'eau et le temps. Leur base évasée évoque un pied d'éléphant ou un
sabot de géant L'impression de force brute qui s'en dégage est unique. Comme si l'énergie déployée
pendant des centaines de milliers d'années d'érosion se retrouvait condensée ici, dans la puissance de
leurs murailles.
Trois cavernes, où l'homme s'abrite depuis des millénaires, creusent profondément la paroi. Deux en
bordure de plaine, ornées de fresques rupestres où chameaux et chevaux au galop volant succèdent aux
grands troupeaux de bovidés, la troisième, dite des chameliers où ces derniers se reposent à l'ombre
d'une voûte superbe à quelques mètres de l'eau.
Plusieurs gueltas sont reliées par des cordons de sable. L'eau noire qui les remplit, lisse comme un
miroir, reflète le bleu du ciel et le rouge-ocre rouge des donjons.
À se pencher sur les tours tombées dans l'eau, on en aurait le vertige !
La plus grande vasque s'étire à nos pieds dans un cirque rocheux. Bordée d'une petite plage avec de
grandes dalles recouvertes de sable et d'une hale de Ficus salicifolia d'origine éthiopienne.
Plus en amont, des sources pérennes inondent d'autres bassins où l'eau très claire, envahie de joncs,
grouille de poissons. Tilapia de Zill et du Borkou, labéon du Tibesti, barbeau du désert survivent dans
de multiples points d'eau de l'Ennedi.
(Daniel Popp - Ennedi, un Éden au Sahara, p.40)
Nous pénétrons par l'entrée normale qui est un formidable théâtre de grès d'ocres variés et le spectacle
nous fait oublier le reste.
(16 53,890 N / 21 46,490 E)Guelta d'Archéï
.
(16 51,836 N / 21 48,873 E)
Col.
(16 50,999 N / 21 51,280 E)
Trois rochers en forme de djembé. Bivouac nº 13.
Nous sommes en fait à l'entrée du formidable Labyrinthe d'Oyo, mais sans le savoir… Je le découvrirai en
2012 lors d'un voyage à pied dans ce coin avec Rocco RAVA. Nous voyons effectivement un groupe de touristes
italiens s'enfiler entre ces drôles de blocs, conduit sans doute par le père de Rocco qui tient une
agence de voyage à N'Djaména
, mais la révulsion légendaire de Puthod pour les contacts ne nous permet pas d'établir ce lien.
(16 50,235 N / 21 48,068 E)
Quelques traces vers l'est.
Ouadi Chilio et Massif de Baména
(16 48,632 N / 21 51,789 E)
Au sud du
"doigt d'Archeï"
en limite de végétation.
(16 46,695 N / 21 55,551 E)Wadi Chilio
. Massif de
Baména
plein de chandelles et d'arches.
⏯️
Le long de l'oued Chilio
(16 51,184 N / 22 4,260 E)Wadi Nohi
. Cul-de-sac. Pique-nique.
La veille au soir, nous avions rejoint en véhicule l'oued Nohi, à 80 kilomètres de Bichagara. Les pneus
dégonflés, tant le sable est mou malgré l'heure matinale, nous remontons son cours, tentant de trouver un
chemin au milieu des arbres, au pied d'immenses rochers en forme de pagode qui partagent l'oued en
nombreux méandres.
Les campements, si nombreux en aval, disparaissent complètement après la guelta de Daiba. Dans une
végétation de plus en plus dense, des buissons inextricables, des troncs morts couchés sur le sol,
incontournables, nous obligent parfois à rebrousser chemin. Nos voitures roulent au pas, bringuebalent
sur des amas informes de branches mortes qui craquent sinistrement sous le poids des roues.
Nous nous retrouvons dans un de ces films d'aventure américains des années quarante sur la piste du Monde
perdu d'Edgar Allan Rice Burroughs. N'Gaye demande aux chauffeurs de s'arrêter au pied d'une haute
falaise ou une trentaine de babouins viennent de se réfugier alors qu'ils s'abreuvaient à une mare, sous
une grande butte, au milieu de l'oued.
Nous nous mettons en marche le long d'un petit affluent au fond d'une gorge étroite bordée d'une
forêt-galerie de palmiers doum, le décor paradisiaque des oueds secrets de l'Ennedi. Le bruissement du
vent dans les palmes qui ondulent doucement, semble lisser le silence comme une caresse. Des noix de doum
en partie rongées jonchent le sol, reste d'un festin cynocéphale.
N'Gaye se penche sur le sol et nous fait signe de nous taire : plus haut, l’oued se partage. Sur la
droite, un petit couloir de roches polies et de sable blanc comme un jardin zen, sur la gauche où nous
nous dirigeons, l’oued principal grimpe sur le plateau par un défilé impressionnant, obstrué de grosses
roches s'empilant pêle-mêle.
Sous la falaise, au pied de la galerie forestière laissée libre à elle-même depuis l'aube des temps, une
petite dune pénètre la végétation dense. N'Gaye nous montre alors des traces de reptation sur le sable,
où l'on distingue très distinctement l'empreinte quadrillée d'une carapace de crocodile.
Les traces, tout en longueur, descendent vers plusieurs mares à l’eau brunâtre, dont une nettement plus
grande sous les rochers: Le silence est total, suspendu à notre attente et à l’éclosion des bulles à la
surface de l'eau.
Un petit berger de passage, venu d'on ne sait où, nous fait signe de le suivre dans le dédale de rochers
en bas du défilé. À 50 mètres de la mare principale, l'enfant s'accroupit sous un gros bloc, dont la base
est tendue d'une ouverture étroite par laquelle on distingue une cavité creusée dans le sable, et dans
l'ombre, à 50 centimètres de nos visages, une queue de crocodile repliée sur le sol.
Nous penchant chacun à notre tour, nous restons là de longues minutes, profondément respectueux et
touchés d'être probablement les premiers Occidentaux à pouvoir observer ces animaux dans leur cadre si
sauvage.
Autour du bloc, les deux failles s'ouvrant sur la cavité semblent extrêmement petites les crocodiles
creuseraient-ils des galeries dans le sable pour aller d'un abri à l'autre ? Nous vérifierons par la
suite que la première mare se prolonge également d'une cavité creusée sous le rocher. Entretiennent-ils
eux-mêmes leur source pour leur survie ?
Bien que Jérôme nous ait dit après avoir interrogé l'enfant qu’il n'y avait pas d'eau plus haut dans le
défilé, nous escaladons les premiers blocs. Un chaos indescriptible où des troncs noueux sans écorce
semblent figés dans la pierre noire comme d'étranges totems.
À l'ombre des falaises, sous un amoncellement minéral ou poussent des arbres fous, une guelta à l'eau
primitif, tout près du bord, des traces de griffes de crocodiles imprimées dans la glaise.
Plus tard, quand nous escaladerons ces roches hautes comme des étages empilées jusqu'au plateau, Brigitte
Choppy, restée en bas sous les palmiers, verra près de la mare, sur le sable, un crocodile se jeter à
l'eau dès son premier geste.
Devant notre enthousiasme, N'Gaye nous parla le soir venu d'un autre endroit où il n'est jamais allé,
mais où on lui a dit jadis qu'il y avait peut-être aussi des crocodiles!
(Daniel Popp - Ennedi, un Éden au Sahara, p.51)
(16 47,802 N / 22 9,155 E)
Plaine montante. Plein est.
(16 47,262 N / 22 12,609 E)
Point extrême 6 km. Cap 150 de G. Arche. Belle arche dissimulée 2 km SO.
Puthod a lu dans un magazine le récit d'un voyage fait dans le coin par le fondateur de Terres d'Aventure.
Celui-ci est monté sur le
Mont Aléka
, redescendu sur l'
oued Sini
et a vu une arche immense et superbe.
On la cherche. On s'enfile plein est, mais au bout du
wadi Nohi
, les difficultés nous bloquent. Nous sommes sur le dos d'une dune, entourés de gouffres de sables et de
pierres. Je tente une reconnaissance avec le Papé comme passager et on mène le Def' au bout de ses
ressources avant de déclarer forfait.
Nous sommes remontés sur la dune de nos camarades en marche arrière par un corridor infernal qui a laissé un
souvenir étonnant au Papé qui n'en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles. On abandonne la recherche de cette
arche mythique, cap plein ouest.
(16 48,558 N / 22 3,874 E)
Îlot sans cram-cram. Bivouac nº 14.