Ounianga-Sérir — Lt-Colonel de Burthe d’Annelet (1932–1935)

Extrait de Du Sénégal au Cameroun — 1932-1935 (Tome II, p. 956)

Croquis figuratif de la dépression d’Ounyanga-Sérir

Croquis figuratif de la dépression d'Ounyanga-Sérir

(Itinéraire indiqué)

Les mares d'Ounyanga-Sérir s'étalent d'est en ouest sur une longueur de plus de 4 km., et du nord au sud sur une largeur de près d'un km. Leur superficie totale peut s'évaluer à environ 800 hectares. Au nombre de 10, elles portent toutes un nom et ont une forme allongée, étroite comme un haricot, orientées suivant la direction des vents dominants. Certaines pointent des cornes vers le nord, le sable les ayant à demi comblées aux abords de la falaise.

Profondes de 2 à 3 mètres, leur fond de vase et de sable a été conquis presque entièrement, non par les roseaux, mais par les herbes frissonnantes sous la brise, qui font une grande tache verte ne laissant pas voir l'eau. Cette eau croupie, où flottent des plaques de mousse, est douce et n'a pas mauvais goût, aussi est-elle peuplée de petites grenouilles (coco, gor.; birmit, ar.), de têtards, et de poissons (bosso, gor.; fout », ar.) d'une seule espèce, qui se jouent entre les plantes aquatiques.

Focus sur le Lac d’Ounyanga-Teli (Lac central)

La mare du centre, dite d'Ounyanga-Teli, la seule qui mérite le nom d'étang ou de menu lac par ses dimensions, 800 à 900 m. dans tous les sens et sa profondeur 8 à 10 m., est aussi la seule qui soit natronée. Son eau est en effet encore plus chargée de natron qu'à Ounyanga-Kebir et par suite encore plus amère, peut-être parce que la concentration saline est plus forte en raison de la plus petite surface de sel. Quand on s'y baigne, on en sort tout blanc de natron. Elle ne recèle aucune vie animale. De couleur vert sombre, elle perd toute transparence au-delà de 0 m. 10. Cette nappe, qui grésille sous le soleil au zénith, est libre et dépourvue de végétation. Sous la brise assez forte, elle se ride, se soulève en vaguelettes étincelantes, qui déferlent avec nonchalance sur la petite plage de sable clair en clapotant et en la léchant d'un peu d'écume. La nuit lui rend son immobilité. Sur son pourtour, par places, des dépôts de natron humide mélangé avec la vase sont propices à l'éclosion des larves de moustiques.

Au nord, l'éperon gréseux Ardiaminé, curieusement dentelé, fait saillie dans le lac, et les îlots Noudia surgissent comme le dos d'animaux monstrueux. À l'ouest, des blocs et les pitons Goulé le coincent.

Sous les coups de fouet et les étreintes éternelles des vents brutaux, la dune s'accumule surtout au pied de la falaise et pousse ses hautes pointes entre les mares qu'elle sépare. Une poussière fine et impalpable fuit sous la poussée des souffles et comble peu à peu ces étroits bassins. Ceux-ci s'assèchent de plus en plus, et il arrivera un moment où il n'existera plus que le lac central à cause de sa profondeur. L'envahissement des sables se poursuit lentement, mais sûrement. Aussi, des parties presque desséchées monte un relent dans lequel on sent des miasmes.

Dans ce vaste aquarium où les poissons sont absents (sauf dans les mares douces), de rares canards (terké, gor.) accompagnés de leurs canetons et venant d'Ounyanga-Kebir, égratignent l'eau de la pointe de leurs ailes ou tournent au-dessus. De petits échassiers (tchitchalla, gor.), longs de 0 m. 20, aux pattes fines, au bec très long, excessivement méfiants, s'enfuient dans un vol très rapide à la moindre alerte.

Description de la Falaise Nord

Au nord, la falaise de 60 à 100 m. de commandement, se creuse d'ombres dures, étale ses méplats violents, et profile sa crête ébréchée, mince comme un fil et tranchante comme une lame. Ses pentes, dont le pendage dirigé vers le sud atteint 50 grades, sont striées par places de strates parallèles, érodées, rongées, et comme scarifiées par les brûlures du soleil et les rudes caresses du vent. Son pied découpé, pousse des promontoires vers le sud et s'enveloppe d'un long bourrelet de dunes rougeâtres, qui lancent des tentacules entre les mares qu'elles compartimentent.

Sur le bord du lac, les dattiers chuchoteurs sous le balancement de leurs palmes froissées par la brise, prennent un bain de pieds, ce qui n'est pas pour leur déplaire. Le miroir de l'eau les reflète et les falaises y mirent leurs roches avancées. En général clairsemés, ils sont plus denses sur la rive nord où leur teinte vert cru tranche sur le gris bleuté de la falaise. Là, ils voisinent avec les palmiers doum, seuls spécimens de la région, dont le tronc plus résistant, plus compact que celui spongieux du dattier, fournit un bois de construction recherché.

Sur la bordure sud des mares s'étire le pâturage : des téfi de belle taille, des édri, de très rares you, des buissons espacés, des roseaux, des touffes de mayougou et d'afri.

Quelques jardinets, irrigués au moyen de puits à bascule profonds de 1 m, sont assez peu entretenus, les Ounia paresseux n'ayant guère le goût de la culture. Ils n'en produisent pas moins un peu de mil (nahali, gor.) et de blé (akam, gor.) dans les petits carrés ombragés par les palmiers et les figuiers.

Source : Lt-Colonel de Burthe d’Annelet — Du Sénégal au Cameroun , T. II (1932–1935), p. 956.