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Jeudi 20 novembre (suite)
On reprend notre piste parallèle au Niger en direction de
Ségou où on voudrait dormir ce soir.
La piste est bonne au début et tout redevient propre en s'éloignant de
Koulikoro. Arrêt au
bord du fleuve, scènes de la vie quotidienne, arbres magnifiques que l'on voit depuis hier : feuillage très touffu et très
vert, grande envergure, belles ombres et taillés au cordeau par le bas à 1.50 m. Par les chèvres.
On ne connaît pas leur nom, mais il y en a beaucoup. La piste se complique. On s'égare dès qu'on approche des villages,
car il y a plein de fausses pistes. Énormément de poussière.
Belle rencontre de pêcheurs dans un bras du fleuve, dans l'eau jusqu'à la taille, ils pêchent des petits poissons que les
femmes, assises à l'ombre, nettoient tout de suite. (Sans doute pour les faire sécher). Un gars pêche à l'épervier.
Rencontre avec un berger qui a un très beau couteau.
Région de cultures de céréales, riz, coton! Calebasses et troupeaux. Pain à
Tamani. Jolie
mosquée dans un village où une nuée de gamins vient nous voir.
Arrivée à
Ségou en fin de journée. On a mis presque 8 h pour faire les 180 km entre
Koulikoro et
Ségou.
Balade dans le marché aux poteries. Jacques craque pour une grande jarre d'au moins 80 cm de haut. Ça tombe bien, on
n'avait pas beaucoup de bazar dans la voiture ! Et encore moins à la maison ...
On choisit dans le guide l'
hôtel
le Jacana
qui est de l'autre côté du fleuve. C'est un relais de chasse qui affiche complet en janvier et février paraît-il.
Ce soir, on est les seuls clients. On laisse la voiture dans un parking gardé et on part avec nos bagages en pirogue à
moteur au coucher du soleil. Ça, c'est la belle vie !
Petit bungalow dans un beau parc plein de beaux arbres. Terrasse, bar, restaurant, paillotes, juste au bord du fleuve,
tenu par un Français sympa et sa femme Malienne.
Soirée très agréable. Bonne douche. Excellent repas, surtout les beignets d'aubergines et la petite sauce. Martine fait
laver un peu de linge.
Vendredi 21 novembre
Petit déjeuner au lever du soleil sur le fleuve. On quitte l'hôtel en pirogue vers 9 h avec le petit garçon des hôteliers,
d'environ cinq ans, qui part à l'école.
Petit tour au marché de
Ségou : tomates, oranges, pamplemousses.
On va voir les expositions de Bogolans, vraiment très très beaux. Martine achète un pagne en patchwork de Bazin.
Route au nord, on trouve des concombres vers le
barrage de Markala après 45 km de goudron. On traverse le fleuve à cet endroit. Les flics
du barrage nous disent qu'il faut demander l'autorisation pour photographier.
Jacques part à la recherche du responsable, un notable tout de blanc vêtu qui dit que maintenant que le barrage est sur
Internet, on peut faire des photos. Avant niet à cause des espions. C'est sans doute plutôt pour donner un bon prétexte au
racket.
Prétexte d'autant plus stupide que ce barrage a été construit par les Français, inauguré en 1947 et permet l'irrigation
par le
canal du Sahel d'une zone de plus de 150 km qui s'étend au nord jusqu'à
Sokolo.
Le barrage est le repère de centaines de pêcheurs agrippés au parapet qui pêchent soit à la nasse, soit à l'épervier. Les
gars sont obligés de se synchroniser pour ne pas emmêler leurs filets.
Jacques attend 20 minutes la photo du siècle avec une ligne d'une douzaine d'éperviers ensemble. Spectacle garanti !
Véritable fourmilière. Beaucoup d'animation. Ils sortent de petits poissons qu'ils mettent dans des bassines ou des grands
sacs, sans doute pour les faire sécher.
La piste sur l'autre rive est goudronnée jusqu'à
Massina. Pays de cocagne. Cultures de céréales, riz à perte de vue, nombreux troupeaux.
Les villages sont gris, les cases sont carrées construites en briques de terre couleur limon du
Niger. Il y a de l'eau partout (bras du
Niger ou
affluents). La route sert de digue.
Massina : port avec un bac, de grandes pirogues décorées, des camions frigo pour le
poisson et surtout une odeur insoutenable de poissons séchés (plutôt pourris !). Jacques fait des photos, Martine reste en
arrière !
On continue notre route au nord. Cette fois, c'est une piste poussière avec encore des cultures bien sûr. On jardine un
peu à la sortie avant de comprendre que la piste se déroule vraiment sur une digue complètement défoncée : on circule
tantôt au-dessus, tantôt à droite, tantôt à gauche : peu de différence, les nids d'éléphants sont partout.
Toujours des rencontres avec des gens souriants. Ils nous disent toujours bonjour et les enfants crient "toubabou,
toubabou ! ». À 45 km, le village de
Diafarabé, sur une presqu'île qui marque
traditionnellement l'entrée dans le
delta du Niger.
⏯️
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Notre projet est de traverser la
rivière Diaka qui se sépare du
Niger à cet endroit et de continuer par la rive nord du
Niger jusqu'à
Mopti.
On voit un bac et on va se renseigner. En fait la piste est inondée et ça ne passera pas sur
Mopti : il n'est même pas sûr que ça passe sur
Djenné. On
discute avec une étudiante française de l'
Ariège qui prépare son doctorat en anthropologie
sur les grandes transhumances du bassin du
Niger.
Elle passe des mois dans ce village paumé et attend le début de la transhumance. Un instituteur assis à l'ombre avec
quatre ou cinq gamins nous conseille d'aller demander au « baquier » s'il peut nous emmener de l'autre côté du
Niger pour rejoindre la piste de
Djenné.
Comme il est sur l'autre rive, on embarque dans une pirogue avec, entre autres passagers, une vache, une charrette, un
Peul, trois femmes, notre étudiante et notre instit.
Discussions avec le baquier qui n'est pas chaud, car ça fait un long trajet et en plus, il n'est pas certain que la piste
de Djenné soit praticable. La décrue n'est pas terminée et personne n'est encore passé cette année. On renonce.
On reprend la pirogue avec une moto et d'autres passagers. L'étudiante, qui souffre peut-être de solitude, aurait bien
aimé qu'on reste un peu, pour visiter le vieux village qui disparaît au rythme des crues et pour assister à la
transhumance.
La date en est décidée par les chefs de village et donne lieu à une grande fête, avec le concours du plus beau troupeau,
du plus beau berger, etc. La date n'est pas précise (peut-être dans 10 jours, ça dépend de la décrue). C'est un peu long
et incertain et pressé par le piroguier, on décide de retourner prendre le bac à
Massina demain.
en savoir plus sur la transhumance de Diafarabé.
Remerciements et cadeaux à notre gentil instituteur qui nous a servi d'interprète. On ne parle pas (encore) bambara !
Super bivouac au bord de l'eau, juste en amont de
Diafarabé sur une petite pelouse qui n'a
rien à envier à
Wimbledon.
Coucher de soleil, pirogues de pêcheurs. Extra. Une fraîcheur bien agréable arrive après le coucher du soleil. Pas de
moustiques ! Les pêcheurs ont des transistors dans leurs bateaux et écoutent de la musique en pêchant au filet. On voit
même, au crépuscule, passer une pirogue avec deux passagers et un « perchiste » équipée d'une sono démente avec des baffles
de 80 cm de haut : évidemment il n'avait pas gardé le niveau du son au minimum ! On l'a entendu bien avant de le voir !
Douche, repas, musique et dodo.
Samedi 22 novembre
Très jolies petites mosquées en terre dans les villages. Jacques détord son parechoc qui a pris un coup dans la descente
de la passe de Soufa : il le sangle à un arbre et recule en courte. Nickel ! Il se dépêche pour cette opération de peur
d'être surpris par un passant : la réputation de l'homme blanc en prendrait un coup !
Demi-tour jusqu'à
Massina. Poussière, on ferme et on met la clim. Bac. On embarque tout de suite. Scène de
femmes à la vaisselle, enfants à la toilette, pêcheurs, grandes pirogues transportant une vingtaine de passagers d'un côté
à l'autre du fleuve.
Même spectacle de l'autre côté. Le village est rive nord et sur la rive sud où nous venons d'accoster, nous trouvons un
immense parking de charrettes à ânes : spectacle très particulier ! Les brancards sont à la verticale et les ânes à
« l'abade ».
La piste de
Djenné est très bonne, en latérite et ça roule vraiment bien. Toujours des
cultures et des troupeaux.
Pique-nique sous un très bel arbre dont on ne connaît toujours pas le nom. Arrivée à
Djenné par l'autre côté, cette fois-ci.
Djenné samedi
après-midi.
Ville morte : on l'avait connue le lundi, jour du grand marché. On traverse la place devant la grande mosquée en essayant
d'échapper aux chasse-touristes qui sont en manque et qui nous promettent monts et merveilles. On boit un truc hyper sucré
et pas bon dans un petit bar (gars très gentil).
On essaye de changer de l'argent, mais trop tard : c'est samedi et ça ferme plus tôt. On quitte
Djenné par le bac où des gamines nous assaillent pour nous vendre leur bimbeloterie. Elles
sont marrantes, mais un peu collantes.
Jacques craque pour des boucles d'oreilles peules dont il rêvait depuis le montage de la vidéo de 2005 et Martine leur
donne quelques cadeaux. Direction
Mopti par le goudron.
SMS à toute la famille. Laure et Mamie Jo répondent. Il a neigé en
Haute-Savoie. Ici, on tourne à 35° la journée. Moins chaud qu'au début du voyage quand
même.
Bivouac avant
Sévaré dans des petits buissons que nous avons déjà fréquentés en 2005.
C'est sec, le fleuve est loin et on est agressé par les moustiques : tortillons, vêtements imprégnés, Volarone, on file
vite dans la tente.
Dimanche 23 novembre
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Martine se réveille avec un œil tout gonflé et tout collé. Ça ressemble bien à une conjonctivite. Elle se soigne. On verra
bien.
Sévaré : on cherche une banque, puis à
Mopti aussi. Elles
sont fermées, c'est dimanche. Un gars nous propose de nous emmener faire du change au black (sic). Plan foireux, d'autres
veulent de l'argent parce qu'ils ont « gardé la voiture » (regardé ?) 5 minutes. On se casse. On est dans une phase de
harcèlement.
Pleins de gasoil à la sortie de
Mopti. Pain et direction
Douenza dans le but d'être ce soir dans le
Hombori.
Le parcours d'origine depuis
Mopti était de remonter sur
Tombouctou puis de traverser par la rive sud du
Niger jusqu'à
Gao et de revenir sur le
Hombori. On raccourcit tout ça par le goudron.
Les paysages deviennent plus arides. On croise plusieurs caravanes de Peuls qui se déplacent sur leurs ânes avec leurs
affaires. Après
Douenza, les paysages deviennent très beaux.
Montagnes tabulaires, pitons, plaines jaunes, toujours beaucoup de bétail. 50 km avant boni, vers
Siguiri, on voit de superbes massifs découpés. On imagine un bivouac à leur pied. On
trouve une petite piste pour s'en approcher.
Après quelques kilomètres et un assaut en règle de gamins d'un village, on se trouve au pied de ces montagnes, près de
petits arbres, au bord d'une grande plaine. Il est un peu tôt, mais on décide de rester là pour le bivouac.
On voit passer deux ou trois personnes. Il doit y avoir un petit village Songhai un peu plus loin. L'œil de Martine n'est
pas terrible. Elle a attaqué un collyre antibiotique. On verra bien.
La montagne s'appelle
Ogui et c'est sans doute aussi le nom du village. Bivouac 1 000
étoiles. Pas de bestioles, un peu d'air. Bonne douche, repas, musique. Instants d'extase.
Lundi 24 novembre
L'œil de Martine est vraiment moche : en plus de ça, elle a des plaques rouges et louches sur le cou et le visage. Jacques
commence à trouver que ce n'est pas prudent de continuer. Martine tient bon, mais Jacques refuse de faire du sud tant que
l'œil ne s'améliore pas : on va retourner par le goudron à
Douenza dans l'espoir de
trouver un médecin.
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Départ à 7 h 30. On continue la piste sur 3 km pour se rapprocher des montagnes.
Belle lumière du matin, propice aux photos. Puis retour sur la route, goudron pour retourner à
Douenza.
On y trouve un dispensaire pour consulter un médecin. Justement, il y a un ophtalmo dans un cabinet africain. C'est un grand
noir en boubou, on a dû attendre un bon moment sur un banc à l'ombre. Il dit que c'est une conjonctivite.
Martine doit continuer l'antibiotique plus un collyre anti-inflammatoire, plus du Doliprane.
On a déjà payé 1 000 CFA pour la visite à l'entrée de l'hôpital et il n'y aura rien d'autre à payer : le médecin refuse
catégoriquement. La pharmacie est achalandée.
On achète du pain et on reprend la piste pour le
Pays Dogon et la
falaise de Bandiagara. Il fait une chaleur étouffante. Le ciel est blanc. On met la clim
par respect pour l'œil malade.
Pique-nique chaud, chaud, avec visite de gens du coin, des bergers, etc. Le ciel se dégage et on se fait un parcours extra
le long de la falaise. C'est magnifique. Ocre. Il y a des petits villages plus qu'intégrés. On a du mal à les voir.
Beaucoup d'enfants demandent des bics. On se dit qu'on va tenter une auberge locale pour ce soir. Au village de
Yendouma, on est arrêté par des jeunes gens qui s'occupent du campement communautaire.
C'est une association locale.
Ils ont un terrain dans le village avec une petite terrasse en son centre. On décide de rester manger et dormir. Un gars
nous propose de nous faire visiter le marché (petit) et le village. Photos difficiles sur le marché.
Un gars vend du miel, mais ce sont des débris de rayons entiers bourrés dans une boîte de conserve rouillée : Jacques
demande du vrai miel filtré et on lui répond qu'on va lui en amener au campement. Malheureusement, à la livraison, c'est
un truc encore plus immonde, dans une boite encore plus rouillée : inacceptable.
Ruelles tortueuses, maisons accrochées aux rochers. Martine achète un tissu fait localement que portent les gens, teinté
en bleu indigo avec de petits motifs. La jeune femme nous explique la fabrication.
Visite du forgeron. Maison du guide et retour au camping. Il fait vraiment chaud ! Pendant que j'écris, Jacques est parti
à la douche. (Enclos en terre avec un seau et un godet).
Repas : macaronis, trois bouts de chèvres qui nagent dans de la sauce tomate. Mangue. Le gars insiste pour que des
musiciens viennent ce soir : en fait les gars de l'association. On n'aura qu'à leur donner 5 000 CFA pour leur caisse.
Martine insiste et Jacques n'est pas chaud. Orchestre de percussions cacophoniques. Jacques résiste à peine un quart
d'heure. Plein de gens du village viennent danser. Garçons, filles, femmes avec leurs bébés qui dorment dans leur dos
malgré le bruit des tam-tams et des sifflets et les trémoussements de leurs mères.
Quand je pense aux précautions que l'on prend en Europe. À la fin, il y a au moins 50 personnes et beaucoup de poussière.
Martine dit discrètement au gars qu'elle est fatiguée et qu'elle va se coucher. Cinq minutes après, tout le monde est
reparti chez soi.
Mardi 25 novembre
Nuit d'enfer. Concert de braiments d'ânes, d'aboiements de chiens, de cocoricos de poules (sic).
À l'aube, tout le monde vaque à ses occupations, brouettes grinçantes, femmes jacassantes, gamins turbulents.
On se lève tôt. Petit déjeuner dans nos caisses. Et on continue notre route.
Le guide est déçu. Il aurait bien voulu nous faire visiter son coin, mais on a envie d'un peu de calme. On longe la
falaise avec la belle lumière du matin.
Toujours ces villages
Dogons se confondant avec les rochers, petits chapeaux pointus, beaucoup de cultures,
belles cases à palabres aux poteaux tout sculptés, des cases greniers tout le long.
La falaise est un gruyère de tombeaux (Telems) dans des grottes haut perchées. Photos. Photos.
On visite quelques boutiques d'artisanat, masques, statues, portes et fenêtres.
À
Koundou, Jacques craque pour une statue de femme avec 2 jumeaux à ses pieds.
On voit enfin de belles portes et fenêtres très travaillées sur les maisons (originalité du
pays Dogon).
Rencontre avec une Suissesse à pied avec son guide, sympa, mais bavarde. Elle donne à Martine 2 comprimés
d'antihistaminiques.
Elle tombe sur Jacques, remarque d'abord son appareil photo le Nikon D300, sifflote, complimente et tombe ensuite sur sa
montre T Touch dont elle explique le fonctionnement en agitant la main de Jacques sous le nez de son guide.
C'est la première fois qu'il tombe sur une dragueuse technophile et ça lui fait tout drôle d'être pris pour un homme objet
…
Avant
Dourou, Jacques tente de suivre la trace de 2005. Des gars lui disent que ça ne passe pas.
On continue quand même, GPS oblige.
Dans cette région touristique, tout le monde veut être guide et recevoir des cadeaux, des bics et des ballons.
En fait la piste est complètement ensablée et on se plante lamentablement. Trois gars rappliquent, pas goguenards mais
presque. Plaques, dégonflage, on sort de justesse, on charge un des gars qui nous fait passer à travers champs pour
retrouver la piste.
⏯️
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Plus loin ça se gâte : énorme dune à remonter. Plusieurs tentatives infructueuses. Après avoir bien dégonflé, on lance un
dernier assaut archi à fond et ça passe limite limite. On est quand même très chargés.
Beaux paysages dans ce coin. Sable ocre. Végétation. À midi, on pique-nique sous une petite ombre. Il fait 44°. Trop
chaud.
Jacques entreprend de me nettoyer l'œil avec de l'eau bouillie, entourés de gamins qui réclament ballons, bics et cadeaux.
On en aurait fait de la chair à pâté !
À
Kani Kombolé, sortie du
Bandiagara et piste jusqu'à
Bankass, en latérite assez bonne, mais fréquentée.
On découvre le transport des chèvres vivantes dans des sacs plastiques, sur le toit des camions ! Elles ont juste la tête
qui sort du sac ! Ce n'est définitivement pas un pays pour B.B.
Formalités de sortie du
Mali à
Koro, formalités d'entrée
au
Burkina à
Thiou, vite faites.
Bivouac peu après dans un grand terrain dégagé très agréable, bonne douche. Martine avait zappé celle du campement !