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Vendredi 14 novembre (suite)
On roule toute la journée sur des bosses et dans des creux, le tout dans la poussière et la chaleur. Rencontre avec un
groupe de jeunes enfants près d'un petit village aux cases rondes. Sans doute des Peuls. Très gais, rires, sourires,
photos, cadeaux.
À
Aourou, la piste est barrée par un camion embourbé dans un marigot. Beaux petits bergers
en bleu. On contourne grâce à l'aide d'un petit berger qui nous montre un autre passage.
Formalités de police vite faites à
Aourou. Une chose de moins à faire à
Kayes. Il commence à
y avoir beaucoup de baobabs. Casse-croûte sous un arbre avec un petit vent qui donne une impression de fraîcheur. On boit
des litres d'eau toute la journée.
Arrivée à
Kayes vers 15 h 30.
Hôtel Kasso. On retrouve
notre patron qui semble nous reconnaître. Accueil chaleureux.
Il nous installe dans un bungalow loin de la boîte de nuit : c'est vendredi soir ! La chambre est un vrai régal selon
Martine : climatisation, grandes bouteilles d'eau fraîche, puis douche et lessive : la belle vie, malgré la déco
minimaliste et le bruit du climatiseur.
Le gars nous propose de faire venir l'assureur à l'hôtel pour faire la carte brune d'assurance obligatoire pour circuler
dans la zone CEDAO (pour nous
Mali,
Burkina et
Bénin) et
de nous faire faire le change par le cuisinier. Ça roule. Demain il ne nous restera que la douane, on s'en sort bien.
En fait la patronne nous a bonimenté, Jacques sera obligé de partir la nuit derrière un cuisinier mal luné pour faire un
change pas forcément avantageux chez un boutiquier du grand marché. Repas : un steak frites bière pour Martine, Sprite pour
Jacques, pris sur la terrasse qui domine le fleuve. Musique à fond, ils préparent le bar et la terrasse pour la soirée.
Les moustiques font, eux aussi, une mise en bouche et on rentre se coucher.
Samedi 15 novembre
Finalement, on n'a pas très bien dormi. Le lit est creux ! Pas de nouvelles de l'assureur. Serait-ce une promesse de
Gascon ou pire, d'Africains ?
Petit déjeuner, le linge a séché pendant la nuit sur un étendage de fortune devant le bungalow. Direction la douane. 3 h
pour faire les papiers. C'est samedi. Service minimum. Le chef n'est pas encore là. Quand il arrive sa priorité n'est pas
de se mettre au boulot. 5 000 CFA. Plus 5 000 CFA. Parce que c'est samedi ! Martine exulte. Heureusement l'assureur
(privé) est toujours aussi rapide et efficace. Concombres, pastèques et clémentines à la sortie de la ville.
Quelques kilomètres après
Kayes, on rencontre un groupe de Peuls qui déménagent. Tout est
chargé sur des ânes, femmes magnifiques et souriantes très colorées. Bébés, enfants, gamelles, tentes. Ce sont des
nomades. Pas de problème pour faire des photos.
On s'arrête au
fort de Médine en pleine restauration. Il y a trois ans, c'était une ruine.
Poste avancé de la conquête coloniale en 1854. Il y a eu dans les environs des batailles sanglantes entre les colons et
les Toucouleurs. Hécatombe.
En savoir plus sur le siège de Médine en 1857
Un jeune maçon français est sur place et tente de restaurer (à sa façon) ce champ de ruines. Il forme les maçons
maliens pour monter les murs en pierre. Il fait chaud chaud chaud. Le guide nous explique plein de trucs, mais on ne
comprend pas tout, vu son fort accent malien !
On fait la visite avec deux couples de jeunes Maliens : c'est assez détendu.
Rapides de Félou. Un guide nous attend (on a payé un forfait à Médine). Au début, petite
chute. On ne rêve que d'une chose : se baigner. Ce qu'on fait dans une marmite bouillonnante. On est dans le trop-plein de
l'ancien barrage.
On retrouve le guide plus loin, il nous avait laissé nous baigner tranquilles. Martine se dégonfle bêtement pour la
deuxième partie de la balade, dans la chute proprement dite, car il faut désescalader un mur du canal de dérivation et
traverser dans le courant sur des algues avec de l'eau à mi-mollet. Elle ne se sent pas de le faire avec la caméra en
main, mais c'est en fait assez cool.
Jacques y va seul. Martine reste près d'un groupe de femmes et d'enfants qui se lavent pendant des heures. Des gamins
pêchent. Super ambiance à part qu'elle terrorise une petite fille qui hurle dès qu'elle la voit avec sa peau toute blanche
et ses cheveux blonds.
Jacques revient enchanté de son tour. On roule, la piste n'est pas toujours bonne. Village de cases rondes en cercles.
Chaque famille a son cercle.
Il fait tellement chaud qu'on saute le repas de midi. Juste une pause pour manger un bout de pastèque. On quitte deux fois
la piste pour aller au bord du fleuve où se déroulent les tâches ménagères : lessive, vaisselle. Quelques pirogues. C'est
calme et serein.
Bivouac juste avant le village de
Dinguira où on s'était arrêté il y a trois ans.
On sort carrément de la piste et escalade une petite colline dans les cailloux. On se trouve un joli emplacement qui
domine le fleuve. La nuit est tombée et on voit un faisceau de lampe de poche qui se rapproche. Martine crie bonsoir : ah
!, c'est des blancs, je croyais que c'étaient des Peuls.
Moussa Kamara (c'est son nom, comme le futur ex-président de Guinée !) s'installe et discute un bon moment avec nous. Il
est photographe sans appareil en ce moment. Il cultive du mil. Il a une charrette, mais plus d'âne, car le sien est mort
pendant l'hivernage, etc. Etc.
C'est une association humanitaire qui a fourni des charrettes à plusieurs cultivateurs de la région, dont lui. Et ils ont
dû acheter les ânes. Le sien était un mâle bagarreur et il est mort dans des conditions troubles.
Il aimerait s'acheter une ânesse, mais n'a pas les 15 000 CFA. Que demandent les Peuls, seuls vendeurs d'ânes dans ce
pays. On envisage de lui payer son âne, puis ça ne se fera pas.
Il nous propose un tour de pirogue demain matin. On le retrouvera dans son champ à côté du deuxième gros arbre sur la
piste. Il y a des milliers de petites bestioles très énervantes. La température baisse, on y gagne un peu de fraîcheur.
Dimanche 16 novembre
Bonne nuit. Il a fait frais. On retrouve notre Moussa dans son champ de mil. Pour le moment, il n'a pas de pirogue. Le
propriétaire de la pirogue envisagée est parti ce matin. On attend un moment puis on lui dit qu'on doit continuer.
Dommage, car les instants passés au bord du fleuve ont été merveilleux. On le remercie beaucoup et on lui fait quelques
cadeaux.
Très gros baobabs, montagnes tabulaires vers
Diamou et un peu de goudron défoncé, vestiges
de voies d'accès à une cimenterie construite dans les environs par les Chinois il y a 15 ans.
Rencontre avec trois jeunes filles peules, pleines de bijoux et de couleurs, très souriantes. D'autres femmes et enfants
peuls se lavent au passage de la
Moïfata. On croise un autre "déménagement de Peuls", très cordiaux.
La piste est très mauvaise, complètement défoncée par endroit. Détour par les
rapides de Tacoutala. Accès compliqué malgré un repérage sur Google Earth. Un jeune du
village nous y conduit : rien de spectaculaire, mais c'est joli et calme. Le gars est en maîtrise de biochimie à
Bamako et se destine à la recherche sur les molécules des plantes médicinales.
On échange nos mails. Arrivée à
Gouina. Photos des chutes. Il y a moins d'eau que l'autre
fois, mais c'est bien beau quand même. Pique-nique à l'ombre. Un pêcheur pêche dans les chutes et nous propose du poisson.
Il a 2 beaux capitaines qu'il tient en laisse dans un trou d'eau de la chute.
On lui en achète un encore frétillant, il prépare les filets : 1'500 CFA d'accord au premier prix, car il y a des émotions
qui prennent le pas sur le bizness. Il est tout aussi content que nous. On lui laisse l'arête et la tête et il part en
courant avec au village. Martine le cuira ce soir à la poêle et au beurre.
On décide de rester là jusqu'à demain matin. Baignade géniale et rafraîchissante en amont des chutes. Jacques surveille un
pêcheur en barque qui circule au pied des chutes.
Il tente d'attirer son attention pour négocier un tour dans sa barque, hélas sans succès. Mille regrets. Des gars sympas
viennent discuter. On est vraiment bien. Une femme et ses trois gamins viennent nous voir, charmante.
Martine fait cuire les filets de capitaine dans sa petite poêle : un délice. La fraîcheur arrive enfin. Bonne nuit.
Le ballon, se dégonflant peu à peu, retombait avec les intrépides voyageurs retenus à son filet; mais il était douteux
qu'il pût atteindre la terre; aussi les Français se précipitèrent dans le fleuve, et reçurent les trois Anglais entre
leurs bras, au moment où le Victoria s'abattait à quelques toises de la rive gauche du Sénégal.
— Le docteur Fergusson ! s'écria le lieutenant.
— Lui-même, répondit tranquillement le docteur, et ses deux amis.
Les Français emportèrent les voyageurs au delà du fleuve, tandis que le ballon à demi dégonflé, entraîné par un courant
rapide, s'en alla comme une bulle immense s'engloutir avec les eaux du Sénégal dans les cataractes de Gouina.
— Pauvre Victoria ! fit Joe.
(Jules Verne - Cinq semaines en ballon - p.360)
Hélas, ce coin de paradis a disparu ...
Lundi 17 novembre
Au départ de
Gouina, la piste est en balcon au-dessus du fleuve. Belle lumière du matin.
Le fleuve est lisse et les arbres s'y reflètent.
Il y a environ 40 km de
Gouina à
Bafoulabé et la piste est
complètement détruite. C'est hard ! On embarque un gamin au gué de
Galougo qui nous montre
la trace parmi les rochers. Il y a une marche de rochers d'à peu près 1 m sur laquelle on laisse beaucoup de gomme pour
hisser nos 3 tonnes.
Bafoulabé. Il fait très très chaud. On fait un petit tour au marché pour acheter huit
petites tomates déjà bien avancées et du pain délicieux.
Jacques photographie la statue de l'hippopotame sur la place principale. Un gars lui dit que c'est interdit. Un autre
intervient pour lui dire qu'il plaisante. Et un troisième arrive pour dire que le conseil communal n'a pas encore délibéré
sur le sujet. Et qu'on ne pouvait donc pas dire si c'était interdit ou pas.
Jacques propose, si c'est si grave, de détruire la photo. Les trois répondent qu'il ne faut pas la détruire. Tout ça à
l'ombre d'une case sur la place. C'est l'Afrique !
Direction le bac pour traverser le
Baffing. Il est de l'autre côté du fleuve : un coup de
klaxon et il rapplique. Sur l'autre rive, on rencontre trois cyclistes belges dont on nous avait parlé à
Gouina. Ils font leur « tour du monde » et roulent pour une O.N.G. D'abord l'Afrique de
l'ouest, puis après, l'Amérique du sud, puis la Chine. En fait, ils ne font en Afrique que trois segments de 100 km, dont
celui-ci. Très sympas et beaux garçons. Très simples. On discute un bon moment.
On a choisi de prendre le bac plutôt que le
pont de Mahina. On longe le
Bakoy pendant un moment pour
finir sur une piste d'ânes. Puis, on retrouve la vraie piste, petite, mais mignonne. Il a dû y passer 2 voitures depuis la
décolonisation. Les gens l'appellent la grand-route. Par endroit, il y a à peine la largeur de la voiture. Passage en
forêt. On moissonne des feuilles, des branches et des bestioles. On en est recouvert, pas très agréable, ça pique !
Les gens sont très souriants, ils nous indiquent la direction et demandent si ça va (ils se demandent en fait si on est
perdus) et d'où on vient. Moins de « cadeau ! Cadeau ! » que le long du
Sénégal. Il faut
dire que c'est hyper calme et paumé.
On charge un petit gosse qui revient de l'école qu'on emmène jusqu'à son village à 5 km de là. On s'inquiète, car il ne
parle pas français. En fait, il fait ça à pied tous les jours. Un jeune nous dit qu'il passe trois voitures par mois. Il
faut dire que l'état de la piste est dissuasif.
On installe le bivouac de bonne heure près d'un village avant
Oualia. Terrain dégagé au bord de la piste, car il y a des feux de brousse. Cet après-midi
un gars nous a fait fuir, car de grandes flammes attisées par un vent violent nous arrivaient dessus.
Mais on a enfin vu le train
Bamako –
Saint Louis ! On longeait la voie ferrée de temps
à autre. Des gens qui passent sur la piste à pied avec leurs chèvres, à vélo ou en petites motos nous saluent. Personne ne
s'étonne.
Bonne douche bienvenue (bien que cette partie soit moins poussiéreuse qu'au bord du
fleuve Sénégal). Tout d'un coup la température baisse. On caille presque. D'ailleurs, on
met nos polaires. Un comble. Du coup pas d'insectes et c'est bien agréable.
Mardi 18 novembre
Quelques visites au petit déjeuner, mais discrets et gentils. Arrêt à
Oualia
pour remplir notre réserve de douche à la pompe du village. Des femmes remplissent leurs bidons. Un gars vient superviser
l'opération. On remplit notre réserve avec notre petit saut.
Tout le monde rigole. Toujours cette joie de vivre qu'on aime tant. C'est 10 CFA les 20 l. Car c'est la pompe des
cheminots, c'est-à-dire 0,015 €. On donne 200 CFA au gars qui est ravi.
Achat de pain un peu plus loin dans le village. Puis, on part à la recherche d'une piste que Jacques avait trouvée sur
Internet, on s'engage dans une galère. Piste étroite qui disparaît. Franchissement d'oueds et de rochers.
On rencontre un très beau berger ne parlant pas français qui nous renseigne sommairement. Il contacte un de ses collègues
qui nous montre la piste des Français totalement invisible. Et nous explique qu'on s'est trompé il y a longtemps.
On le charge. Il est ravi, car il y a la clim (on a fermé les fenêtres pour éviter les rentrées de trop de cochonnerie).
Il nous montre le départ de notre piste qui en fait est abandonnée depuis très longtemps et a entièrement disparu dans la
végétation.
Demi-tour de 8 km (on fait est en moyenne du 15 km/h) jusqu'à
Badoumbé. Au village, les gamins courent devant nous pour nous montrer le départ de la
piste la plus fréquentée. Pique-nique sous un acacia. Bergers et troupeaux pas loin.
Cet après-midi, la piste est meilleure. Très belle à certains endroits. Passages en forêts. Le fleuve, dont on est encore
loin, doit déborder de manière importante, car nous rencontrons beaucoup de digues qui doivent dater de l'époque
coloniale. La route d'ailleurs en suit une très longtemps jusqu'à
Fangala.
Chutes de Billy. Mieux que la découverte du Graal, puisque nous essayons d'y parvenir
depuis 2005 : c'était déjà un contentieux lorsque nous avons abandonné ce parcours pour que Karine ne rate pas son avion
de
Bamako !
Plusieurs petites cascades au milieu d'un dédale de rochers. Nous sommes en basses eaux et le spectacle est un peu chétif.
Mais vu le recul de la végétation, les crues doivent être démentielles.
Des lignes de fond sont en place, il doit y avoir des pêcheurs. On aime beaucoup, mais il fait très très chaud sur ces
rochers noirs. On pourra enfin se dire qu'on les a vues !
Coucher de soleil à
Toukoto. On franchit le
Bakoy en
empruntant le pont du train comme tout le monde, mais légèrement inquiets, car il est long et nous n'avons aucune idée des
horaires de train.
De toute façon, on n'a aucune chance de franchir le gué.
⏯️
Petite pause au bord du fleuve où des femmes et jeunes filles font la vaisselle, la lessive. Des garçons pêchent.
On traverse le village, assez important, on bivouaque dans une carrière pour être à l'abri des feux de brousse et à
l'écart de la piste qui est nettement plus fréquentée depuis
Toukoto. Elle va jusqu'à
Kita. La fraîcheur arrive, bien agréable. Pas trop d'insectes. On entend très bien le train
!!!
Mercredi 19 novembre
Anniversaire de Laure ! On lui enverra un SMS depuis
Kita. Martine a mal dormi, car elle a
très mal au cou depuis quelque temps. Elle va attaquer le Décontractyl.
Très belle piste jusqu'à
Kita, 65 km, large et rouge, en très bon état, elle zigzague dans les champs de coton.
Kita, grand marché du mercredi. On va y traîner nos guêtres. Jacques fait des photos sans
problème. Martine a plus de mal avec la caméra.
Il fait chaud, il y a un monde fou, c'est super ! Laure a reçu le SMS et répond. On achète 6 tomates et 4 oranges. On
déguste une tranche de pastèques. On a retrouvé notre soudeur et le grand mec de l'an dernier.
À partir de
Kita, la route est goudronnée. Ça roule bien. Il fait chaud. Traversée de
Bamako impeccable grâce au GPS, toujours aussi polluée par les voitures pourries et des
milliers de motos chinoises.
Sur le périph, un taxi jaune complètement délabré s'approche et nous crie « beau véhicule » Jacques lui renvoie le
compliment en disant « belles couleurs » (s'il lui avait répondu « beau véhicule », il aurait pu croire qu'on se foutait de
lui).
On arrive en fin de journée en face de
Koulikoro au bord du fleuve Niger, très habité donc
très sale. On trouve un coin de bivouac dans un champ déjà récolté.
Des jeunes nous disent qu'il n'y a aucun problème. Comme s'ils avaient l'habitude de voir des campeurs dans le coin. Les
gens sont vraiment super cool dans ce pays. Sourires, gentillesse, politesse, gaieté : un plaisir. Bonne douche comme tous
les soirs. Musique et dodo.