Lundi 27 août
On a choisi d'aller visiter la côte sud du Scoresby, en passant par la
baie de Charcot. Le temps est maussade ce matin, c'est la première fois depuis notre
arrivée.
On s'écarte une dernière fois de ce bel Archipel des Ours.
Baie de Charcot
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balade sur le Nordest Plateau, rive sud de la baie de Charcot
On s'enfonce dans la Baie de Charcot où on va se dégourdir les gambettes.
Ce secteur doit son nom à Jean-Baptiste Charcot, célèbre explorateur français qui a mené plusieurs missions scientifiques
et cartographiques dans la région du Scoresby Sund entre 1925 et 1936. En 1932, à l’occasion de l’Année polaire
internationale, Charcot organise une expédition en liaison avec les autorités danoises et met en place une station de
recherche scientifique à proximité, ce qui a durablement marqué la toponymie locale.
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balade dans les linaigrettes, rive sud de la baie de Charcot
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ré-embarquement
Malgré cet éclairage défaillant, on découvre une lande pauvre, mais belle. On s'engage sur une dorsale qui s'élève sur la
rive droite de cette baie, parsemée de myrtilliers rougis par le climat et de linaigrettes qui se vautrent dans le moindre
marécage.
Baie des Vikings
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en approche de la Baie des Vikings
On se dirige ensuite plus au sud, vers le Cap Stevenson, alias Kangikajik, la
Baie des Vikings et le Bredegletscher.
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À la recherche de glaçons pour l'apéro
Mouillage très abrité dans une anse qui s'ouvre à l'ouest, protégée par le Cap Stevenson.
La belle lumière est revenue, et les canoës sont de sortie pour aller admirer les multiples reflets sur cette mer d'huile.
Je pars avec Bernard à la recherche de ses glaçons pour l'apéro.
On visite le bord de cette anse encore fortement enneigée, et un sentier d'ours longe le rivage… les dernières traces
n'ont que 2 ou 3 jours.
Mardi 28 août
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lever de soleil sur la glace fraîche de cette nuit
Réveil somptueux, lever de soleil dans l'entrée de l'anse, mais on découvre que la nuit en a profité pour geler la mer.
Bon, d'accord, ce n'est que 2 ou 3 millimètres d'épaisseur, mais très impressionnant : pourrait-on être pris ici par les
glaces, et passer l'hiver avec les ours ?
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devant le Bredegletscher
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devant le Bredegletscher
Sortie de cette anse aux mille reflets. Je suis hypnotisé par la proue de Kamak brisant cette glace pour l'instant
éphémère. On passe devant le
Bredegletscher, et curieusement, Goulwen refuse de s'en approcher. Il est déjà passé là,
et garde un mauvais souvenir de la navigation au milieu de ce tas de glaçons ambulants.
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Kamak brise la glace
Et on comprend rapidement ses raisons en rencontrant une minibarrière de growlers tout à fait impromptue qui nous oblige à
un ralenti proche de l'arrêt pour ne pas endommager le bateau.
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en longeant le Volquart Boon
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devant le Månegletscher
Nous longeons les terres de Volquart Boon, au sud du
Scoresby Sund, jusqu'au Månegletscher, puis, la
monotonie de cette côte nous pousse à abandonner et couper court en direction d'Hurry Fjord, car demain, nous devons poser Pascal et Michel à l'avion, qui seront remplacés par Marie-Hélène (sœur de Pierre) et
Marc Tremeau qui ont souscrit pour le retour bateau sur l'Islande.
plage de Dombrâva
Très belle arrivée devant la plage de Dombrâva où nous passerons la nuit. C'est le
déversoir du Grete Gletscher, qui descend lentement du
Korsebjerg à 1400m d'altitude.
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repérage de l’accostage
Mercredi 29 août
On met pied à terre pour une ultime balade dans un décor magique. La végétation est très basse, rasante même, mais
extrêmement colorée. Cet immense déversoir est très humide, avec des tourbes spongieuses et traitresses. Évidemment, aucun
sentier, donc on se disperse rapidement au gré des pièges rencontrés.
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Balade vers Dombrâva
Je me retrouve avec Michel sur un bord un peu plus sec de ce déversoir, et on contemple avec un peu d'altitude, nos
confrères qui ont choisi de rester au fond. Le rythme de marche se normalise, puis s'accélère. On a l'impression de
pouvoir atteindre le glacier, mais on se fait avoir par le manque de repères. Mais on est bien contents tous les deux de
cette prise d'oxygène.
Nos collègues, eux, ont aperçu de loin un troupeau de bœufs musqués.
De retour au bateau, on pousse jusqu'à Nerlerit Inaat pour accueillir Marie-Hélène et Marc
Tremeau, les bretons qui ont souscrit juste pour le retour vers l'Islande sur Kamak.
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de retour de Nerlerit Inaat
Petit coucou au passage à notre premier glaçon, qui nous a accueilli il y a 2 semaines, et toujours prêt à étonner les
nouveaux arrivants. Et pendant ce temps-là, Bernard souffre comme un damné de son hernie discale…
Jeudi 30 août
retour en Islande
Beau lever du jour à Ittoqqortoormiit où nous sommes revenus passer la nuit. Michel et
Pascale qui prennent l'avion demain, retourneront à Nerlerit Inaat en hélico, car il n'y
avait pas d'accueil pour une nuit sur place.
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départ pour l'Islande
Adieux déchirants à nos deux complices, et pour nous, départ pour l'Islande.
On entame cette traversée avec un beau soleil, puis le vent forcit, les vagues grandissent et la météo marine sombre dans
le pessimisme. On se prend le vent en plein pif, le bateau n'avance pas.
Goulwen se dit que le coup de tabac est certain et choisit de patienter jusqu'au lendemain en s'abritant de ces vents
extrêmes dans le rempart sud du Scoresby. Il va passer une nuit d'enfer en cherchant un
abri contre la tempête le long du Volquart Boon. Aucune possibilité d'ancrage sur cette
côte abrupte : recherche d'un fond propice au sonar, lâcher d'ancre, décrochage, et rebelote. Depuis le cocon douillet de
la cabine du commandant, j'entends toute la nuit les manœuvres incessantes et infructueuses…
Vendredi 31 août
Reprise de la traversée à l'aube, le plus fort de la tempête est passé et le vent a tourné sur l'arrière, mais la mer
reste forte et tous les passagers vont s'allonger un par un, tous malades sauf moi. Je pense que ma naissance au pied de
la mer de glace m'a immunisé définitivement contre ce désagrément.
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Kamak imperturbable dans le coup de torchon
Notre équipage hisse une demi-grand-voile pour stabiliser un peu le bateau qui fait des embardées redoutables, mais les
cordages s’emmêlent et Julia est obligée de s'y coller, nous offrant un numéro de trapèze volant dans cette ambiance
dantesque.
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Julia nous offre un numéro de trapèze volant
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Kamak imperturbable
Samedi 1 septembre
Arrivée en Islande vers 15 h. On atterrit dans la
baie de Hornvik.
C'est l’un des endroits les plus spectaculaires et isolés du nord de l’Islande, situé tout
au bout de la péninsule de Hornstrandir, dans les
Vestfirðir (fjords de l’ouest). C'est une grande baie ouverte sur le
détroit du Danemark (entre Islande et Groenland). Elle est entourée par les hautes
falaises de Hornbjarg et Hælavíkurbjarg, parmi les plus
impressionnantes falaises d’Islande.
Hornvík est l’une des étapes majeures du
trek de Hornstrandir. Des campings rudimentaires existent (tentes uniquement, pas de
refuge en dur).
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On atterrit dans la baie de Hornvik
Notre équipage a besoin de repos, et on s'installe au mouillage dans cet abri précaire. Bernard, qui ne supporte pas
l'immobilité, s'acharne contre vents et marées. Par un temps exécrable, il part seul en kayak de mer, malgré plusieurs
questions sur sa sécurité, et escalade cette falaise spectaculaire.
La nuit sera calme, vouée à la récupération de cette traversée carrément houleuse.
Dimanche 2 septembre
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les dauphins de Breiðafjörður
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arrivée à Grundarfjörður et son Kirkjufell
On reprend notre navigation le long de cette côte nord-ouest de l'Islande. Les intempéries
cessent lentement, sans doute faute de munitions. Lors de la traversée de Breiðafjörður,
on rencontre des dauphins, habitués de l'endroit.
On longe la côte jusqu'à Grundarfjörður, célèbre pour la montagne
Kirkjufell (« montagne-église »), pic isolé et symétrique (463 m), devenue l’un des sites
les plus photographiés d’Islande.
Grundarfjörður s’est développé au XIXᵉ siècle avec la pêche (notamment la morue) et reste
aujourd’hui un port de pêche actif. La ville a aussi accueilli des commerçants français et danois : on y trouve encore des
traces de cette histoire au musée local. D'ailleurs, on aura la visite d'un pêcheur retraité local qui nous dit toute sa
nostalgie de ces temps où des hauturiers bretons venaient passer la saison de pêche avec eux.
Lundi 3 septembre
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cascades Kirkjufellsfoss
On va aller se dégourdir un peu avec comme première intention cette belle montagne
Kirkjufell. Mais ça s'avère compliqué, il faut un guide, qui n'a pas été prévenu… On va
donc essayer de voir de plus près ces cascades Kirkjufellsfoss juste en face de la
montagne, formant le duo carte-postale.
Deuxième nuit sur place, après un changement de mouillage souhaité par les autorités.
Mardi 4 septembre
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départ de Grundarfjörður
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arrivée à Reykjavik
Longue journée de cabotage jusqu'à Reykjavik qui nous accueille avec une lumière vespérale
magnifique. On retrouve le ketch Tecla avec lequel nous avons partagé quelques mouillages au
Scoresby. Il nous a précédé ici, et a sans doute évité le coup de torchon dont nous avons
été gratifiés.
Pen Duick VI
Les autorités nous placent à quai à côté du réputé Pen Duick VI, et les marins des deux bateaux entrent en résonance. On
improvise une réception à bord de Kamak, et elle sera très animée.
Marie Tabarly, fille d'Éric, rentre d'une expé de son
projet Elemen'terre au Groenland
ouest. Elle est accompagnée d'une bande de jeunes slackliners très enthousiastes.
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réception des Pen Duick sur Kamak
La nuit sera agitée : on se fait réveiller à 3 h du mat' pour découvrir une aurore boréale carrément sur le port,
malheureusement trop illuminé pour une observation sereine. Mais quand même, ça ressemble à la cerise sur le gâteau.
Mercredi 5 septembre
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visite terrific de Pen Duick VI
Visite, sur invitation de la veille, du célèbre Pen Duick VI. Mon (excès de) rationalisme en prend un sérieux coup ! Je
constate qu'un bateau de course n'a rien, mais absolument rien à voir avec un bateau de plaisance, et le seul qualificatif
qui me reste après cette stupéfaction est le mot de mes voisins Suisses : un vrai ch'ni !
La fin de ce si beau voyage se précise, on quitte le navire non pas comme des rats, mais des voyageurs comblés par de si
belles découvertes et dans une ambiance si chaleureuse.
On baguenaude en ville sans véritable conviction, puis nous rejoignons un taxi qui a pris nos bagages sur le bateau. Il
nous emmène à l'aéroport et sommes de retour à Genève à 22 h 40.
Et peu de jours après…
De : « Jean Bouchet » Date : 11 sept. 2018 à 16:13:05
À : actionnaires-elsa-sas@googlegroups.com
Sujet : SAS ELSA (Actionnaires) / Photos Scoresby
Bonjour à tous,
Je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager cette première sélection d'images prises par Jacques et Bernard
Taberlet lors du tout dernier voyage de Kamak au Groenland.
Je crois vraiment que des perles (au moins trois) s'y sont enfin glissées…
Bon visionnage et à très bientôt,
Jean
Bon, pas encore de quoi se faire un collier…
2057 photos et 8 h 32 mn de vidéo pour 94 rushs, et 400 sélections