Bon, on veut bien aller voir chez les autres, mais pas sans prendre nos précautions, donc Bernard va régler
les doses…
De : Bernard Taberlet Envoyé : samedi 11 août 2018 16:05
À : Jacques ; Michel Serra ; Pascale Chabert; Pierre Cretinon; Isa.Mechin.Cretinon; Anne-Christine
Objet : Provisions
Groenland
Chers tous,
Notre départ approche !
J'ai fait quelques courses pour compléter l'avitaillement du bateau et je vous propose de répartir dans
les sacs de la façon suivante :
Martine : 1 kg chèvre et 3 l de rouge
Jacques : 4,2 kg comté
Pascale : 3,6 kg reblochon
Michel : 2,7 kg abondance et 1,6 kg porc
Isabelle : 5 l de rosé
Pierre : 6 l de rouge(2x3)
Anne-Christine : 5 l de blanc
Bernard : 6 kg jambon cru
Merci de me confirmer que c'est possible pour vous. Le vin est en outre de 3 ou 5 l, le fromage et la
charcuterie sont emballés sous vide.
Le 19, nous apporterons vers 12 h à
Genève
les parts de Pascale et Michel qui nous attendront avant d'enregistrer leur bagage.
Le 16 je donnerai à Pierre et Isabelle leurs paquets.
À bientôt
Bises à tous
Agence Bernardito.
Dimanche 19 août
Décollage de
Genève
le 19/8 et retour à 22 h 40 le 5/9
⏯️
en transit à Reykjavik
Bernard et Anne-Christine viennent à
Villard
, on part à
Genève
où on retrouve Michel et Pascale. On embarque pour
Reykjavik
. Bernard nous a réservé un studio qu'on rejoint en taxi. On a un peu de mal pour trouver les clés, mais ça
marche quand même, et on passe une soirée et une nuit confortables en banlieue.
Lundi 20 août
Départ de bonne heure pour
Akureyri
, deuxième plus grande ville d'
Islande
, où on a un peu de temps pour se balader en ville, ou en bord de mer. On teste entre autres une belle
pâtisserie salon de thé qui nous met bien dans cette ambiance un peu cosy des pays du nord, même en fin
d'été.
On fait les fous dans les rues aux côtés de trolls folklos qui célèbrent les récits et légendes islandaises.
Puis on rejoint l'aéroport pour l'embarquement vers
Constable Point
alias
Nerlerit Inaat
dans un petit avion spécial pour nous six. Ça commence à sentir l'aventure.
Voyage tranquille, pas forcément silencieux car on entend très bien les moteurs… À l'approche de ce nouveau
continent, le dépaysement est total.
⏯️
Embarquement pour le scoresby
⏯️
Constable Pynt
Ittoqqortoormiit
Le
Scoresby Sund
, sur la côte est du
Groenland
, est le plus vaste système de fjords au monde, couvrant une surface d'environ 13 700 km² pour son fjord
principal. Si l'on inclut l'ensemble du complexe – tous ses bras, fjords latéraux et ramifications – la
surface totale atteint près de 38 000 km² (92% de la Suisse) et une emprise de 300 x 50 km. Et il n'y a
qu'un village :
Ittoqqortoormiit
avec à peu près 300 habitants.
Approche à l'ancienne, avec un magnifique virage sur l'aile à 180° qui nous en met plein les yeux : la météo
est superbe. Accueil à terre par un personnel affable.
Jean Bouchet
nous attend sur le tarmac et tous les sourires sont allumés. C'est le guide chamoniard qui s'émancipe dans
des belles expéditions souvent en ski de printemps en
Norvège
, au
Svalbard
et maintenant au
Groenland
. Il avait de la peine à trouver des bateaux dispos pour ses groupes, il a donc monté une asso pour en
acheter un, et Bernard a souscrit. Ce voyage, organisé par Bernard, est une faveur réservée aux membres de
l'asso.
⏯️
petite balade vers la plage d'embarquement
Surprise quand même, car on ne peut sortir de l'aéroport sans armes pour la sécurité contre les ours
polaires :
• Carabine à pompe (type fusil de chasse, à gauche) : arme à feu classique, souvent de calibre 12,
utilisée pour la défense contre la faune sauvage, principalement les ours polaires, les bœufs musqués…
dans l'Arctique. Elle est fournie aux personnes séjournant ou explorant la région hors des limites du
village.
• Pistolet lance-fusée (type pistolet de détresse, à droite) : dispositif permettant de tirer des
fusées éclairantes ou acoustiques. Il sert surtout à effrayer un animal dangereux (comme l'ours polaire)
ou à signaler sa présence en situation d'urgence.
⏯️
découverte de kamak-expeditions
Le bateau nous attend dans la baie, et nous partons le rejoindre par une petite marche en bord de mer. Nos
bagages nous suivent par porteur (mécanisé) : l'organisation sait gérer les détails. Nous découvrons
Goulwen Josse secondé par sa compagne Julia Guérin
qui nous attendent avec un Zodiac pour rejoindre
Kamak
.
Le Malouin a vogué sur Pen Duick III et Pen Duick VI et la Normande, elle, a six transatlantiques à son
actif.
Doté d’un carré spacieux et d’une timonerie panoramique, Kamak offre un grand confort à ses passagers,
particulièrement appréciable en cas de mauvais temps et lors des périodes de navigation. Un chauffage
efficace, de multiples espaces de rangement et un placard de séchage des vêtements garantissent le
bien-être au retour des sorties.
Ce navire affiche une vitesse moyenne sous voile de 7,5 nœuds et 11 nœuds en vitesse maximale. La
puissance du moteur (355 CV) ainsi que l’autonomie en gasoil sont absolument considérables : 10 787
litres exactement, ce qui équivaut à une distance parcourue au moteur de 5 000 milles nautiques ou trois
à cinq mois d’autonomie. Ces performances lui permettent également de rester encore plus longtemps sur
zone sans qu’il soit nécessaire de prévoir une marge trop importante pour être sûr d’avoir l’avion du
retour.
On commence la navigation en descendant le
Hurry Fjord
, de
Nerlerit Inaat
vers
Ittoqqortoormiit
.
Le
Scoresby Sund
(Kangertittivaq), situé à l'est du
Groenland
, est le plus grand fjord du monde. Des membres de la culture Thulé y ont vécu jusque vers 1800.
En 1925, environ 70 habitants de
Tasiilaq
= Ammassalik (à 800 km au sud) ont repeuplé la région dans la colonie de
Scoresby Sund
(Ittoqqortoormiit = lieu avec de grandes maisons). Cela faisait partie de la stratégie danoise visant à
contrecarrer les revendications norvégiennes sur le nord-est du
Groenland
.
Cette population était autour de 500 personnes au cours du siècle dernier, mais elle diminue depuis
quelques années. Jusqu'en 1985, les liaisons avec le monde extérieur étaient assurées par avion-ski pour
Reykjavik
, hélicoptère pour
Mestersvig
et avion pour
Kangerlussuaq
, et bateau pour le
Danemark
.
En 1985, un aéroport a été créé à
Constable Pynt
(Nertlerit Inaat = Gåseelv).
Kap Hope
et
Kap Tobin
, de petites localités situées à moins de 20 km d'
Ittoqqortoormiit
où des familles vivaient depuis 1925, ont disparu après 2000.
En 2009,
Ittoqqortoormiit
a été intégré à la communauté de Sermersooq, qui comprend également
Tasiilaq
et
Nuuk
. La langue locale est le groenlandais oriental, comme à
Tasiilaq
.
Alors que nous faisons tranquillement connaissance, entre nous d'abord, puis avec le bateau et le décor qui
nous entoure, on voit s'approcher de nous – ou est-ce le contraire – notre premier iceberg. Il est
majestueux, impressionnant, splendide, étonnant, etc. Surtout pour ceux qui, comme moi, n'en ont jamais vu.
⏯️
arrivé à Ittoqqortoormiit
Et notre capitaine nous l'offre sur un plateau : détour, approche lente, attendant patiemment que chaque
photographe soit complètement rassasié. Le régal s'annonce intense.
Arrivée à
Ittoqqortoormiit
en lumières du soir, splendide. Nous avons manqué le soleil de minuit de peu, et la nuit noire n'est ce
jour-là que de 1 h 10, pour 17 h 30 de soleil, ce qui nous laisse du temps pour tout faire et on découvre un
village paisible, des maisons à la nordique, c'est-à-dire en bois, peintes de couleurs vives, généreusement
espacées, surprenantes mais rapidement attachantes.
Elles occupent une petite presqu'île courbe, surélevée de quelques rochers. On s’installe en rade à l'ancre,
pas de port, juste un quai étroit de mauvais béton, doté de barreaux en fer pour grimper dessus et accéder
au village.
Première nuit à bord. Il faut répartir les couchettes. Le bateau n'a qu'une seule cabine spacieuse, celle du
commandant, et il y a de nombreux candidats… mais aucun n'ose la réclamer. Bernard tranche alors en faveur
du doyen de ce voyage, et c'est moi qui m'y colle. Donc placards généreux, lavabo et WC perso, et surtout
vrai lit large à la place des autres couchettes qui sont faites pour te rappeler que tu n'es pas venu
jusque-là pour dormir…
Mardi 21 août
Ce lever du jour hésite entre rêve et réalité. À cette latitude, le soleil ne bouge qu'avec lenteur, comme
s'il peinait à monter. Cela allonge considérablement la longueur des levers et couchers de soleil jusqu'à
devenir interminable lors du soleil de minuit. On a donc tout le temps d'en profiter.
Le village se vautre dans les reflets dorés du soleil, du ciel et de la mer.
⏯️
test du drone
Bernard est très impatient de tester le drone du bateau pour lequel il prépare depuis longtemps un système
de flotteurs pour des décollages et amerrissages faciles. Et le drone décolle enfin, du bateau cette fois,
mais c'est la phase 1 du test : le drone vole-t-il avec ses flotteurs ?
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Ittoqqortoormiit
Puis on s'offre une visite à terre. Le bateau est parti depuis ce printemps déjà, et il faut ravitailler un
peu pour ne manquer de rien. Il n'y a qu'une très petite supérette et les produits sont très sélectionnés.
On fait confiance à Jean, et à notre cuisinière Nelly Meignié Huber, et nous nous répandons dans le village.
La visite est très cool et on est assez loin des tracas d'un périphérique…
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manœuvres portuaires
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repas à bord
Rencontre avec le Tecla qui ravitaille son gasoil proche du quai.
C'est un voilier classique néerlandais régulièrement utilisé pour des expéditions et croisières dans
l’Arctique, dont le
Scoresby Sund
au
Groenland
. Il s’agit d’un ketch aurique construit en 1915, rénové puis aménagé pour l’aventure polaire et le
tourisme maritime. Retour à bord pour un déjeuner réparateur.
Cap Swainson
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en route pour le Cap Swainson
Le projet bute sur le retard d'Isabelle et Pierre, qui n'ont pas pu trouver de place dans un vol depuis
l'Islande dans les bons délais. On va donc patienter en allant faire un petit tour à l'extérieur du
Scoresby
, et longer la côte nord jusqu'au
Cap Swainson
. On y découvre des séries de beaux glaçons qui défilent en rangs serrés.
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balade sur le Cap Swainson
On se réfugie pour une nuit dans la
baie de Kangertivatsiaakajik
qui propose un bon mouillage. Et nous avons le temps de faire une jolie balade à terre. Le départ est un peu
scabreux, il faut monter 3 m de falaise à partir du Zodiac, et ne pas oublier armes et munitions.
On va contourner une colline, en passant vers une cabane de pêcheur située sur le
cap de Napparutikajik
qui ferme la baie à l'est. La baraque est ouverte, mais quel dénuement ! On s'imagine faire le guet à cet
endroit totalement isolé de tout, ou bien attendre que l'ours qui nous désire se calme et s'en aille…
On continue vers la
plage de Tuperpigajiit
, pleine de gros blocs roulés par la houle et les débris d'icebergs, puis tout se passe assez bien. Bernard
traîne la patte, et souffre copieusement d'une hernie discale qu'il se fera opérer en rentrant. Et Martine
s'encouble dans les cailloux et glisse sa tête entre deux gros blocs, évitant une charpie épouvantable…
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transbordement
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pti tour en drone
Retour au bateau et sa chaleur bien accueillante. Bernard s’envole à nouveau avec le drone et nous offre un
autre point de vue.
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repas et visite de la cabine du commandant
Repas réconfortant et initiation au système de navigation de Kamak.
Mercredi 22 août
le Catamaran renversé
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Bernard embarque le drone vers le glaçon
Dé plou zen plou difichilé ! Faire décoller et amerrir le drone depuis ses flotteurs additionnels. Bernard
s'installe dans le kayak de mer spécial arctique à dispo, et rame jusqu'à un drôle d'iceberg en 2 morceaux.
On dirait un catamaran qui a cupessé. Et pendant ce temps-là, Anne-Christine s'installe au piano, sur le
pont en plein brouillard, et se lance dans la Lettre à Élise.
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selfie avec le glaçon
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Bernard et le glaçon
Le spectacle a l'air exceptionnel, et Julia vient me proposer d'aller voir ça de plus près en Zodiac. Michel
nous accompagne. Bon, la sécurité est un peu limite, car si le truc se casse en 2 à ce moment-là, Bernard
serait projeté en l'air assez violemment. C'est un peu le même risque qu'avec nos séracs : ça tient bon
jusqu'à ce que ça lâche. Mais dans ce léger brouillard, le spectacle est vraiment magnifique et irréel.
Retour vers Kamak.
L'après-midi, le soleil est plus courageux, et je m'embarque avec Michel pour monter sur la bosse qui
surplombe Ittoqqortoormiit.
⏯️
balade au-dessus d'Ittoqqortoormiit
Surprise totale quand on découvre des feuilles de myrtille rouge sang, probablement stimulées par les nuits
fraîches, et un peu plus loin, des campanules, certes, un peu chablatées, mais tenaces. Il n'y a quasiment
pas de terre, seulement des gros cailloux. La descente se fait par des névés un peu ramollos, et j'essaie
d'encourager Michel à la ramasse…
De retour au bateau, nos récits quelque peu émerveillés de la sortie iceberg de ce matin ont fait des
envieux, et on y retourne, cette fois-ci avec un soleil radieux. Puis on récupère enfin Isabelle et Pierre,
qui arrivent de
Nerlerit Inaat
en hélico, pour nous éviter un aller-retour stérile, ce qui va nous permettre de nous éloigner d'
Ittoqqortoormiit
, et de visiter enfin l'intérieur de ce fabuleux
Scoresby Sund
.
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On lève l'ancre
⏯️
Ittoqqortoormiit s'éloigne
On part aussitôt par le
Kangertittivaq
, tronc principal de cet immense fjord ramifié, et à peine sommes-nous éloignés d'
Ittoqqortoormiit
, qu'on se paye un mur de brouillard impressionnant.
⏯️
dans le confort de Kamak
Pas grave, on va se régaler avec une délicieuse tarte aux pommes préparée par Nelly. Puis notre équipage va
nous conduire jusqu'au milieu de la nuit dans un endroit secret dont ils ont connaissance.