Jeudi 23 août
Alors là ! Au réveil, on prend un sacré coup au plexus !
Pendant la nuit, et à l'insu de notre plein gré, notre capitaine a mouillé l'ancre en montagne, genre
Lacs des Cheserys, et a convoqué le soleil pour nous accueillir : quelle beauté ! Et
quelle sensation étrange de se trouver en montagne sur un ketch de 23 m. On n'est pas en bateau à voile sur la
Mer de Glace, mais on s'y croirait.
Bien sûr, le soleil a respecté la coutume ancestrale : d'abord un spot de lumière douce caresse le sommet des montagnes,
puis il descend lentement, élargissant son spectre et intensifiant sa clarté jusqu'à embraser la mer.
Et pour être sûr de ne rien oublier, Bernard envoie le drone pour un contrôle discret.
Nous avons atterri dans l'Archipel des Ours, alias Bear Islands, ou Björnøya. C'est un
ensemble de plusieurs îles rocheuses de taille modeste, très découpées et battues par les glaces dérivantes. Le
Mont Nålbrevet qui se dore la pilule le matin de bonne heure en est le sommet principal,
et nous en escaladerons une partie demain.
Le mot danois Nålbrevet se traduit littéralement par « la lettre de l'aiguille ». Nål signifie aiguille ou pointe. Brevet
est la forme définie de brev, qui signifie lettre.
C'est le même principe que l'Aiguille de l'M à Cham, mais là ce serait « MMM »
Son nom est peu connu, voire incertain : Jean par exemple le nomme Paskytrin.
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île de Sulussuut
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pilotage fin
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Première balade sur l'île de Sulussuut
On part pour une longue balade jusqu'au bout d'une presqu’île de l'île de Sulussuut au
nord de laquelle nous sommes. L’enthousiasme est au rendez-vous car nous sommes tous impatients de découvertes, et nous ne
serons pas déçus.
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Première balade sur l'île de Sulussuut, bolets, linaigrettes
Première découverte, on tombe sur des champs de boletus edulis pile-poil à point ! Absolument remarquables,
ils ne prennent même pas la peine de se cacher, et d'ailleurs, ça leur serait difficile. Donc on sort les sacs plastiques
qui deviennent rapidement un peu courts.
Une fois arrivé à l'épaule, on découvre en face de nous le Kangertittivaq, ce formidable
autoroute des glaçons.
La majorité des icebergs visibles dans le
Kangertittivaq proviennent principalement du
glacier Daugaard-Jensen. Ce glacier est l’un des principaux glaciers émissaires du
nord-est du Groenland, réputé pour fournir une immense quantité de glace dans les fjords
de la région, incluant Kangertittivaq, le plus grand fjord du
Scoresby Sund.
Le débit annuel d’icebergs du glacier Daugaard-Jensen est bien documenté : il libère
en moyenne 10,5 km³ de glace par an, soit un flux massif d’icebergs dans le
Nordvestfjord du Scoresby Sund. Cette estimation,
qui varie très peu selon les études depuis les années 1990, équivaut à environ
10 milliards de tonnes de glace annuelle
qui se détachent sous forme d’icebergs et rejoignent l’océan via ce fjord arctique. Il s’agit ainsi de l’un des plus
gros apports d’icebergs de la côte orientale du Groenland.
Malheureusement, nous ne pourrons pas aller voir le vêlage de ce glacier, car l’ensemble de la glace intérieure, et les
glaciers émanant de l’inlandsis, font partie des zones pour lesquelles des permis sont nécessaires. Et nous ne les avons
pas.
On prend pied sur une dorsale splendide qui part en direction du sud, et nous allons la suivre jusqu'à son extrémité.
La flore se déchaîne, et les flaques de myrtilles se pavanent parmi d'autres flaques de linaigrettes, L’orpin (Rhodiola
rosea) se distingue grâce à ses couleurs vives, et l'arnica des montagnes semble chez elle, autant que la Silène des
glaciers.
Beau repérage sur la baie opposée à notre mouillage, avec de beaux glaçons tentants, dont une arche qui nous attire et que
nous visiterons demain.
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retour au bateau
Fin de cette longue et belle balade, retour au bercail.
Apéro et repas bien mérité. Jean a ramassé un massacre de bœuf musqué (déjà bien massacré, le bœuf), et il va nous servir
de mascotte un moment.
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le but est de ne pas mourir de faim
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bolets ou piano ?
Cet aprèm, temps libre. Anne Christine se met au piano, quelques-uns siestent, nous on retourne à terre en repérage de ce
glaçon à arche vu d'en haut. Bernard nous rejoint avec le drone, et malheureusement, en tentant de faire passer le drone
sous l'arche (évidemment), il en perd le contrôle et ne le reverra plus. Il va donc retourner au bateau, soudoyer Julia
qui l'emmènera en Zodiac à la recherche de l'engin qui restera introuvable, sans doute coulé corps et biens.
Qu'à cela ne tienne, il en ramènera de superbes photos de glaçons qui feront envie à tout le monde, et le capitaine fera
les détours qu'il faut pour nous y conduire.
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balade en canoë
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préparation des bolets
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projets en débats
Fin d'aprèm tranquille, on discute de l'avenir du projet, et le choix est vaste. Pendant ce temps-là, Nelly, aux
fourneaux, nous fait cuire ces monceaux de bolets ramassés au cours de nos pérégrinations. Isabelle tricote, peut-être un
cache-nez pour ours polaire afin de les empêcher de nous mordre ?
Vendredi 24 août
Ce matin, on passe dans l'anse d'à côté, pour voir de plus près "l'Arche" découverte hier. On l'a vue d'en haut, je l'ai
vue de plus près lorsque Bernard a perdu le drone. Il y est revenu en Zodiac avec Julia, donc la rumeur de l'existence de
cette beauté s'est répandue…
On grimpera aussi un bout de ce Mont Nålbrevet pour voir si c'est plus beau d'en haut.
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deuxième jour à Sulussuut
On découvre le goulet par lequel Kamak s'est glissé de nuit avant-hier soir : chapeau l’équipage, il faut oser. On frôle
aussi l'autoroute des glaçons, ce qui va nous donner encore d'autres envies…
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retour vers l'arche de Sulussuut
Notre capitaine nous offre le spectacle en tournant au super ralenti autour de cette belle œuvre éphémère afin de n'en
ignorer aucun détail.
Cette belle arche s'est entourée de beaux et gros gardes du corps qui méritent le détour.
le Nålbrevet
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casse d'un glaçon en direct
Puis on se prépare pour aller faire un tour à terre. Le prétexte est ce Mont Nålbrevet que
l'on voit de partout, et qui présente une arête pas trop rébarbative.
On se fait transborder par le Zodiac, et à peine élevés de quelques mètres, j'entame un panoramique vidéo de ce lieu
féerique. Lorsque le champ de la caméra passe sur l'iceberg le plus proche, un morceau s'en détache, puis un autre,
déséquilibrant ce monstre qui bascule, bascule, à nous faire croire à la pirouette complète. Il va balancer ainsi une
bonne demi-heure, nous dévoilant ses dessous lisses et arrondis par l'immersion, en contraste avec ses dessus raides et
acérés. On remarquera ainsi sur tous les autres glaçons rencontrés, les stigmates de leurs déséquilibres successifs.
La prise de hauteur fait son œuvre, et le spectacle nous impose cette démarche lente et attentive, réservée habituellement
à la visite des temples pour marquer notre respect aux dieux de ces lieux. L'angle de vue change et colore les dessous des
glaçons de ce bleu turquoise ravissant et inimitable.
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un bout d'escalade sur le Nålbrevet
Franchement, la mer est belle, comme le disent tout le temps les marins. Et les montagnards en disent autant de leurs
montagnes. Mais alors ce mariage des deux dépasse tout. Et ponctuer cela de quelques glaçons, c'est enlever les limites
aux bornes.
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un bout d'escalade sur le Nålbrevet
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descente du Nålbrevet
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contemplation depuis le Nålbrevet
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un apéro bien mérité
Comment se remettre de telles émotions ? L'apéro peut-être.
Bernard se démène depuis quelque temps pour récupérer par tous les moyens quelques grammes de cette glace archipure et
tempérer ainsi son Ricard.
les gros glaçons
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départ pour les gros glaçons du Kangertittivaq
On s'écarte un peu de l'Archipel des Ours pour aller contrôler le trafic des glaçons sur
leur autoroute dans le Kangertittivaq. Et notre équipage se démène à nouveau pour nous
en faire voir de belles. Goulwen, qui s'est mis sous voile comme on met de beaux habits pour les grandes cérémonies,
choisit avec soin les meilleurs spécimens, et Julia, telle Maya l'abeille, leur tourne autour en Zodiac pour les butiner de
plus près et sous leurs meilleurs angles. J'en perds l'usage du bouton stop sur le caméscope.
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Kamak et l'Arène, vus du Zodiac
Celui-là, c'est le modèle arènes antiques, bien circulaire avec gradins tout éboulés. On le soupçonne de cacher un lagon
bleu à l'intérieur.
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vers le Sombrero
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Kamak et le Mur de l'Atlantique
Ça, c'est le modèle mur de l'atlantique, citadelle imprenable. On tourne autour sans trouver aucun défaut dans cette
cuirasse de 50m de haut.
Et on cherche un bon mouillage pour la nuit, mais ça se complique.
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les glaçons du Kangertittivaq
On tente d'abord une crique au sud de l'Île de Nuliartit : Trop profond. Puis on essaie
Skillebugt, une belle échancrure au sud-est de
Tugtut Nunât : pareille. On revient dans l'Archipel des Ours, contre Amaarteq, sans succès. On se réfugie au centre de
Taseertit, dans un lac quasi fermé. Et on y dort bien.