Voyage au Nord-Laos et Nord-Vietnam – novembre 2012 – 2/3
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Muang Namo
 
Dimanche 11 et Lundi 12 novembre : Trekking de la région de Muang Namo à celle de Boun Tai – 5 à 6 heures de marche par jour
Au fil de nos pas, nous traversons des montagnes, forêts, rivières et cultures sur brûlis et rencontrons des montagnards Khamu, Thaï Lu, Poussang et Iko, dans leurs villages et sur les sentiers.

Finalement, notre nouveau guide arrive sans se presser en milieu de matinée. Ouf ! Il est impeccable, son français est parfait, il est attentif, connaît parfaitement son pays, et très énergique.

vers Ban Houalouang vers Ban Houalouang Gué sur la Nam Phak River Gué sur la Nam Phak River
Gué sur la Nam Phak River La vipère des bambous dépeçage de la vipère des bambous le camion de dépannage en route vers Ban Nam Ngeun
Transfert par la piste vers Ban Nam Ngeun, village habité par l'ethnie Yang situé à 25 km de Muang Namo, point de départ de cette randonnée de 2 jours.

Nous allons de la région de Muang Namo à celle de Boun Tai, en passant juste au sud de la frontière chinoise et en évitant de faire un long détour par la route via Muang Xay.

Tout s'annonce bien, sauf que le bus n'arrive pas à franchir un gué. Il reste 10 km pour le village de départ. Plutôt que d'allonger la marche d'autant, notre guide appelle au portable un camion du village suivant, qui vient nous cueillir rapidement et nous dépose au village prévu. Y a pas photo, l'ancien guide n'aurait pas fait ça.

Dans l'attente du camion, nous profitons de l'ombre d'un parasol et quelques instants après, un local fait un bond, attrape un bâton et tue un beau serpent vert d'1m. Caché dans le parasol, au-dessus de nos têtes ! C'est une vipère des bambous (Trimeresurus albolabris), venimeux. Il est aussitôt dépecé et promis à la gamelle du tueur.

arrivée à Ban Nam Ngeun par la Nam Phak river, la passerelle n'est que piètonne Ban Nam Ngeun Ban Nam Ngeun en route vers Boun Tai
La rando démarre bien, nous sommes sur un chemin carrossable qui ne plaît pas au guide qui nous cherche des sentiers plus intimes. Nous nous retrouvons près du torrent et parmi les rizières et sommes obligés de traverser en nous déchaussant à chaque gué.

À la troisième manœuvre, je lui fais remarquer que ce n'est pas très pratique. Il le prend mal et me battra froid pendant plusieurs jours !

achat de miel à Nan Phayon Nan Phayon Nan Phayon Nan Phayon
Nan Phayon Nan Phayon Nan Phayon Nan Phayon
On remonte sur le chemin carrossable. Nous arrivons dans un assez gros village, Nan Phayon district de Namo, où nous faisons halte. Les gens nous entourent rapidement et un villageois nous propose du miel. Le guide en prend pour lui et je lui demande d'en négocier aussi pour moi.

Malheureusement, à l'arrivée en France, ce miel a un goût bizarre. Il a dû être mélangé avec une plante amère pour soigner je ne sais quoi et je n'ai pas eu le courage de le manger. C'est bien la première fois que je jette du miel !

J'ai questionné DeepSeek à ce sujet et il répond qu'un goût boisé, fumé ou légèrement amer peut venir des nectars de Tectona grandis (teck), Dipterocarpus (résineux), ou d’arbustes locaux.
Au Laos, certains miels sont réputés pour contenir des traces de pollen de fleurs hallucinogènes (comme celles visitées par les abeilles dans des zones où pousse le Datura ou d’autres plantes toxiques).
Certaines fleurs ou résines butinées par les abeilles donnent un miel naturellement amer : Miel de « Neem » (Margousier) : Au Laos, l’arbre Azadirachta indica (Neem) produit un nectar réputé pour son amertume forte (utilisé en médecine traditionnelle). Miel de certaines euphorbes ou plantes médicinales : Certaines fleurs de montagne (comme Tithonia diversifolia ou Vernonia amygdalina) donnent un goût amer et médicinal. Des extraits de plantes amères (comme l’Artemisia ou Andrographis paniculata) sont parfois ajoutés pour leurs vertus thérapeutiques (antipaludéen, digestif).

Nan Phayon Nan Phayon les bûcheronnes piquenique peu après Nan Phayon
la crête à franchir la crête à franchir la crête à franchir dissuasion pour le bétail
Après ce village, nous rentrons de nouveau dans les rizières, mais sans se mouiller les pieds. Très beau décor, d'autant plus que le fond de vallée se redresse lentement. Pique-nique à côté d'un cabanon utilisé pendant les périodes de cultures et récolte, avec de l'ananas au dessert. Succulent ! Nous lâchons la rizière pour suivre un sentier qui attaque la montagne tô dré dans l'pentû.

Depuis la crête, vision sur la suite…
petit repos sur la crête descente arborée descente arborée cabane à riz
Belle partie de sport. Chacun met un point d'honneur à ne rien lâcher et ça se termine par une belle empoignade. La chaleur aidant, je termine plus trempé que si je m'étais baigné. Mais deuxième sur 7 au sommet de la colline, car on ne dépasse pas le guide !

cabane à riz cabane à riz cabane à riz cabane à riz
À la descente, nous tombons sur 2 couples qui ont 4 tonnes de riz à descendre de la montagne. La culture s'est faite sur brûlis, puis la récolte a été stockée dans des greniers proches du champ et maintenant il faut descendre ça dans la vallée et remonter en face. 50kg sur la tête, les épaules et le dos, par des sentiers boueux et casse-gueule, 1/2 h de parcours !

Et pas de différence : les femmes sont chargées comme des mules – ou des hommes, c'est tout comme.

La culture sur brûlis est une méthode agricole traditionnelle et vitale pour les communautés des hautes terres du Laos. Elle repose sur un cycle précis :
• Les villageois coupent une parcelle de forêt pendant la saison sèche, puis la brûlent pour que les cendres fertilisent le sol.
• Des graines de riz pluvial (qui pousse sans irrigation) sont semées, souvent en utilisant un simple bâton pour faire des trous.
• Après une ou deux récoltes, la parcelle est abandonnée. On la laisse se reposer pendant plusieurs années pour que la forêt repousse, ce qui permet au sol de retrouver sa fertilité de manière naturelle.
Cette technique est une réponse adaptative aux contraintes géographiques des montagnes, où les rizières inondées sont impossibles. Elle est au cœur de l'économie et de la culture de ces populations, leur assurant leur subsistance. Le riz gluant, une base de leur alimentation, est le produit principal de cette pratique.

Après avoir soufflé un peu au sommet de la remontée d'en face, et rencontré une vieille, qui a tout d'une sorcière, préparer de l'indigo, nous arrivons dans « notre » village, Ban Phia Mai Noy, au coucher de soleil dans une ambiance féerique. Tout est illuminé et absolument magnifique, les gens ne font que des sourires, l'accueil est parfait.


Ban Phia Mai Noy
 
Première nuit chez l'habitant Iko à Ban Phia Mai Noy, beau village situé au sommet de la montagne. Un des plus beaux accueils du voyage.

Nous sommes répartis en 2 maisons et j'atterris sur la couche des enfants dans la maison du maire, juste à côté du couple hôte. La réception se prépare, car le village espère développer le tourisme chez l'habitant, mais nous ne sommes qu'une petite trentaine à passer là chaque année : il faut que l'on sache que l'accueil est parfait.

Quasiment tout le village est là, il y aura 3 services : en premier les 5 touristes qui ont déjà compris que les plats passeront ensuite aux hommes et enfin aux femmes, mais sans chevauchement.

Quand nous aurons dit 3 fois que nous ne prendrons plus de dessert, les hommes pourront commencer. Idem pour les femmes.
Tout le monde est dans la même pièce en terre battue, mais le repas des touristes se fait dans un recueillement de cathédrale, alors que dès la première bouchée des hommes, on ne s'entend plus. La quiétude revient lord du repas des femmes alors que les hommes ont déjà passablement bu l'inévitable l'alcool de riz.
Le deuxième jour, nous marchons vers Ban Tika, Ban Pa Pek et Ban Pang Khai (ethnie Iko) et enfin Ban Long Nai Mai, au bord de la piste nouvelle. Il y a 5 heures de marche environ. Puis transfert (40 minutes) en véhicule local (pick-up ou toc-loc, sorte de tracteur chinois) sur la piste pour rejoindre la bourgade de Boun Tai, avec visite de Ban Long Nai May.

Dès la remise en marche, on attaque le flanc d'une montagne bien raide. On croise tout une activité de transports pédestres entre la zone de culture en haut de la montagne et le village en bas. Chaque marcheuse – il y a peu de marcheurs – s'occupe les mains en filant du coton pendant la marche.

Elles ont la hotte sur le dos, avec serre tête et tablette de report de charge sur les épaules, et un petit carquois de côté avec tout le nécessaire au filage. Ça discute volontiers.

En haut on trouve un village abandonné – manque d'eau – et une grosse zone de culture, plus variée. Le guide nous épluche des cannes à sucre. On franchit un col assez élevé, avec une vue immense et on entame la descente.

La piste – qui est carrossable – s'écarte de notre axe et on remonte par un petit sentier très étroit vers un piton où de nombreux soldats français ont péri pendant la guerre d'Indochine (quelque chose comme camp 4 ou piton 4).

Un paysan nous montre une belle récolte de graines / fruits. Il s'agit de larmes de Job (Coix lacryma-jobi en latin). C'est une graminée cultivée en Asie du Sud-Est, souvent utilisée comme céréale ou pour la fabrication de perles.

En cuisine, elles peuvent être consommées comme une céréale, un peu comme l'orge. En médecine traditionnelle, on leur attribue des vertus médicinales, en artisanat, Les coques dures et lisses sont souvent utilisées comme perles pour confectionner des colliers, des bracelets et d'autres bijoux.

Après un dernier col, on s'enfonce dans le végétal, jusqu'à se perdre et on se "laisse tomber" littéralement sur des cultures où un gars faisait un peu de bruit. Il creuse des trous pour extraire un genre de salpêtre bon pour son bétail.

Le guide avoue qu'il ne vient pas souvent là et s'est paumé. On raccorde un troisième col d'où part une piste carrossable. Même pb, la piste ne va pas où on veut et au moment de prendre un "raccourci" vertigineux, ça discute fort. Le guide, avec des tonnes de promesses arrive à nous convaincre et on s'engage dans une descente sous couvert, verticale et boueuse.

À l'arrivée au fond de ce trou, on est lessivés. Je me penche sur un petit ruisseau pour me rincer la figure et le guide local vient me doucher et je ne refuse pas cet instant de bonheur.

Après un pique-nique réparateur, on re-attaque la montée en face, pour rejoindre une grande piste vue à flanc de coteau. Ouf, quelques kilomètres plus loin, un village où notre bus nous attend.

La journée n'est pas finie pour autant : la piste est neuve et déjà ravagée. On entame une descente d'enfer quand la pluie nous surprend et le bus commence à zipper, soit côté montagne, soit côté ravin. J'ai l'estomac qui se noue. Je sens que c'est pire que la neige, la boue est en beurre tiède, dans la moindre pente, ça part. Le chauffeur se révèle être un vrai virtuose, mais mon estomac ne se dénoue pas. Il prend les montées à l'élan et quand elles sont grandes, l'élan l'est aussi.

On croise une camionnette qui descendait en godille et je ne peux toujours pas croire que ça a passé. Mais il finit par se faire prendre et reste en bas d'une montée. Il nous propose d'aller pousser. Incrédules, on obtempère. Candice, qui n'avait pas de place pour pousser prend l'appareil photo.

Le chauffeur met toute – mais alors toute – la gomme et transforme le bus en gigantesque machine à crépir… Il passe de justesse et en remontant à bord, on lui crépit aussi ses sièges et son plancher !

La pluie cesse et la piste reste glissante, mais fréquentable. On a fait 20 km d'anthologie. Un peu avant Boun Taï, on passe un gué où le chauffeur nous suggère une toilette générale. Il lave son bus et nous, nos frocs en godasses.

On passe devant un bel hôtel, style chinois parait-il : grande bâtisse informe, grandes baies partout, très clinquant…

Nuit à Boun Tai, en auberge locale.

Mardi 13 novembre : De Boun Tai à Phongsaly
Route vers Phongsaly, avec un peu de randonnée en chemin dans la région de Muang Yo vers des villages de l'ethnie Akha Muchi, sous-groupe de l'ethnie Iko, vers la frontière avec la Chine.

Le temps se brouille lentement, mais sûrement. Journée de bagnole dans un paysage de montagnes tourmentées : des bosses partout, mal rangées, bref, le ch'ni ! Beaucoup de villages que la piste a essayé de desservir avec des méandres infinis. On passe à Donxay. Les constructions sont vastes, solides, toutes sur pilotis de teck. L'habitat reculé n'est pas forcément synonyme de pauvre.

Ban Yo. Petit marché de rue.

Booneua. On découvre un étalage de crêpes d'algues séchant au soleil, et un marché mieux structuré, mais pas forcément plus fréquenté. Le ramassage scolaire est organisé en triporteur.

Phongsaly
 
L'après midi est pluvieux, les balades pédestres sont évitées. On en tente une quand même dans une plantation de thé, mais sans grande conviction. On rejoint Phongsaly sous la pluie. L'hôtel surplombe toute la ville, assez importante. Visite du marché, couvert donc sans se mouiller. Le sanitaire de l'hôtel est du jamais vu ! Les joints sont surchargés d'une pâte bleu lissée à la pelle à neige…

bombyx atlas (Attacus atlas), un des plus grands papillons du monde
Je tombe sur un méga papillon dans la cour, il a l'air très fatigué, donc facile à photographier. C'est un bombyx atlas (Attacus atlas). C'est l'un des plus grands papillons de nuit au monde.

Il est célèbre pour une particularité étonnante et triste : l'adulte n'a pas d'appareil buccal fonctionnel. Une fois qu'il émerge de sa chrysalide, il ne peut plus se nourrir. Il ne vit que sur les réserves de graisse qu'il a accumulées pendant sa phase larvaire. Son unique but est alors de se reproduire.

Sa durée de vie en tant que papillon est donc très courte, ne s'étendant que sur une ou deux semaines.

Nuit à l'hôtel à Phongsaly.

Mercredi 14 novembre : De Phongsaly à Ban Hatsa et descente de la Nam Ou vers Muang Khoa. Transfert par la route de Phongsaly vers Ban Hatsa et descente de la rivière Nam Ou en bateau vers Luang Prabang.

Cette rivière, navigable presque toute l'année, est un des principaux affluents du Mékong. 290 km en 3 jours; +- 20 h de bateau

La Nam Ou est une rivière majeure du nord du Laos, longue de 448 km, qui prend sa source dans la province de Phongsaly et se jette dans le Mékong. Elle est essentielle pour l'irrigation, le transport et le tourisme. Des villes comme Nong Khiaw et Muang Ngoi sont situées sur ses rives et servent de points de départ pour explorer la région. La rivière est réputée pour ses paysages montagneux, ses formations karstiques et ses rizières. Cependant, la Nam Ou est aussi le site d'un vaste projet hydroélectrique, le "Nam Ou river cascade", composé de sept barrages. Les barrages des phases I et II sont pleinement opérationnels depuis 2016 et 2021 respectivement, avec une capacité totale de 1,27 GW.

Mais des milliers de personnes ont été déplacées, notamment des minorités ethniques et des populations autochtones. Leurs moyens de subsistance traditionnels, comme la pêche et l'agriculture, ont été détruits ou réduits.

Et la biodiversité de la rivière est menacée, avec des espèces sur la Liste rouge comme la carpe géante du Siam. Le projet a modifié le régime des crues et des sédiments, affectant les écosystèmes et l'agriculture en aval.

Le Laos mise fortement sur l'hydroélectricité pour son développement économique, visant à devenir la "batterie de l'Asie du Sud-Est". Cependant, cette politique soulève des questions importantes concernant la durabilité environnementale, le bien-être des populations locales et l'endettement du pays vis-à-vis des investisseurs étrangers (notamment chinois).

Départ de l'hôtel sous un déluge digne de Noé. La descente vers Ban Hasta se fait à tâton. Puis on perd le goudron et le van se transforme en luge. Tension à bord. Le guide et le chauffeur discutent, car la voiture ne remontera pas ce terrain avant qu'il ne sèche. Mais il y a peu de solutions, car à pied avec les bagages, on y serait encore aujourd'hui. On entend voler les mouches, puis la dernière pente, bien raide par ailleurs, est goudronnée, donc les estomacs se dénouent.

Rivière Nam Ou
 
Sur le "port" de Ban Hasta, on découvre une forte activité. Les crues doivent être gigantesques dans cette gorge profonde, et cela permet de recueillir du sable. Ils ont inventé des sablières d'un nouveau genre. Des pieux sont plantés en cercles, dépassant du sol de 2 à 3 m. Pour créer une zone de calme lors de la submersion, piégeant le sable. Une fois l'eau repartie, il ne reste plus qu'à récolter. Ce n'est pas trop fatiguant, mais il faut supporter les inondations démentielles.

⏯️
Les préparatifs d'embarquement sont minutieux : on va faire presque 300 km de navigation en 3 jours sur ce frêle esquif…

Dès le départ, nous sommes happés par des gorges impressionnantes. La rivière est terriblement encaissée, les bords sont des pentes extrêmes, qui tombent dans l'eau, couverts d'une jungle envahissante qui ne laisse que quelques places à des habitations en balcon.

pièges sur l'embouchure de la Nam Lan
Ni bar, ni self à bord : les repas sont pris à terre sur feu de bois ! Les gorges se succèdent sans fin, et on découvre à chaque confluent, des pièges à poissons qui ont l'air de rassembler un certain nombre d'inventions dont les brevets sont "patent pending".

Arrivée à Muang Khoa. C'est une bourgade située non loin de la frontière vietnamienne et Dien Bien Phu au confluent de la Nam Phak. C'était un point de passage et de ravitaillement pour le Viet Minh lors de leur lutte contre les Français.

Muang Khoa est aussi un point de passage de la fuite de quelques Français juste avant la chute de Dien Bien Phu (1954). Pierre Schoendoerffer, alors cinéaste des armées, l’a transposée dans "La 317e Section" (1965). Les survivants tentent une retraite désespérée vers le Laos à travers la jungle. Le Groupement Mobile 41 et d’autres unités fuient vers Muong Khoa par des pistes Hmong, puis descendent la rivière Nam Ou en pirogues sous la menace des embuscades Viêt Minh. Il y a alors des combats sur les berges, des radeaux de fortune, des blessés abandonnés. L'évacuation finale se fera vers Vientiane par avion/bateau. ~200 km de jungle et de rivière, accomplis en 2-3 semaines par les rescapés.

Mais la fuite par la Nam Ou n'est qu'une allégorie cinématographique, Les rares rescapés ayant gagné le Laos l’ont fait à pied, via Muong Khoa ou Sam Neua, sans navigation fluviale. La Nam Ou était trop dangereuse (contrôlée par le Viêt Minh). Les survivants comme le général Bigeard confirment qu’aucune unité organisée n’a pu fuir par la rivière.

Pendant la guerre du Vietnam, la région a été touchée par les conflits entre les forces communistes (Pathet Lao et Nord-Vietnamiens) et les forces royalistes soutenues par les États-Unis. La zone servait de voie d'approvisionnement pour la piste Hô Chi Minh, qui passait plus à l'est, au Vietnam.

La passerelle suspendue qui enjambe la Nam Phak est très impressionnante, et nous la traversons pour faire un tour dans Ban Pak Nam Noi, le village d'en face.

Retour par le récent grand pont routier sur lequel nous sommes assaillis de gamins rigolards qui tentent de nous proposer des pâtisseries sur feuilles de bananiers. Restau en surplomb du fleuve. Nuit à l'hôtel à Muang Khoa.

Jeudi 15 novembre : Suite de la descente de la Nam Ou de Muang Khoa à Ban Sop Cherk.
Nous continuons notre descente de la rivière Nam Ou vers le village de Ban Sop Cherk, avec visite en chemin de quelques villages habités par les ethnies Tai Lü et Khamu, tels que Ban Sop Saip et Muang Ngoi Kao.

Arrêt et visite à Houay Nha, petit village serré sur un promontoire, dont l'école est pleine à craquer.

Passage vers Sopchem, à l'entrée de gorges encore plus profondes et serrées.

Puis, devant Muang Ngoi Neua, une réception se prépare avec des écoliers répartis sur le grand escalier d'accès au village. Ils sont tous armés de bouquets de fleurs et ont sans doute répété à l'envi les hourras d'accueil correspondant à l'importance du visiteur. Mais ils n'ont pas bougé à notre passage…

On arrive à Nong Khiaw à l'heure du déjeuner. Notre guide nous emmène chez sa sœur qui cuisine dans un très bel endroit, 50 m. Au-dessus du fleuve, en face du bourg principal. C'est un coin splendide qui va satisfaire autant les papilles, les yeux que le cœur par la gentillesse de la réception.

Nong Khiaw est un village situé dans le nord du Laos, qui a été fortement impacté pendant la Seconde Guerre du Vietnam, subissant d'intenses bombardements américains entre 1964 et 1973, dans le cadre de l'opération "Menu".

Ces bombardements visaient à couper les lignes d'approvisionnement du Viet Cong. Près d'un tiers des deux millions de tonnes d'explosifs largués par les Américains dans la province nord du Laos l'ont été sur cette localité. Les conséquences de ces bombardements sont encore présentes aujourd'hui, avec une grande quantité de bombes non explosées qui représentent toujours un danger.

La tranquillité apparente de Nong Khiaw aujourd'hui cache un passé difficile marqué par ces conflits.

Arrêt à Ban Sop Houn, petit village que nous visitons. Comme souvent, tissage, filature. Belle ambiance sous la frondaison.

On passe au pied d'une immense falaise qui tombe dans l'eau de la Nam ou, sur laquelle on voit quelques peintures ocre anciennes. C'est le site de Tham Pha Kaew, et ces œuvres dateraient de l’âge du bronze ou du fer, liées aux cultures préhistoriques du Laos.

Arrivée à Ban Sop Cherk, un village Tai Lü où nous accostons. Après avoir traversé une belle bambouseraie où est installé une distillerie d'alcool de riz, on accède au village entièrement dédié au tissage. Magnifique exposition de tissus chamarrés dans une lumière de fin d'après midi. Tout est fait pour rendre l'achat irrésistible. C'est l'anniversaire de Laure dans 3 jours, et je lui choisis un coupon de tissus à offrir en rentrant. Les gens sont sympas, la soirée s'annonce bien.

Nous passons la nuit chez l'habitant.

Vendredi 16 novembre : Suite de la descente de la Nam Ou vers Pak Ou et Luang Prabang

Descente de la Nam Ou à travers de beaux paysages jusqu'au confluent avec le Mékong, à Pak Ou, où nous visitons dans la matinée les grottes bouddhiques de Tam Ting et Tam Phoum, qui dominent le fleuve et abritent de nombreuses statues de Bouddha, à 35 kms en amont de Luang Prabang.

Les grottes de Pak Ou, situées à la confluence avec le Mékong, sont un site touristique et spirituel majeur. La meilleure période pour la visiter se situe généralement entre octobre et mars, pendant la saison sèche, lorsque le temps est sec et les températures agréables.

Visite du village de Ban Sang Hai, spécialisé dans la fabrication d'alcool de riz lao lao.

Puis nous découvrons le nouveau temple dans ce village, toujours dans ce style simple, mais si expressif et coloré. Les moines gardiens du temple, cachent sous une allure ordinaire, un sens du commerce déjà bien affiné…

Luang Prabang
 
Puis nous arrivons en tout début d'après-midi à Luang Prabang, ancienne capitale du royaume de Lan Xang (million d'éléphants), tout premier royaume Lao, constitué en 1353. La ville est située au confluent de la Rivière Nam Khane avec le Mékong, sur un ancien site préhistorique.

Je suis installé dans un bel hôtel où le repos va être agréable, et je déambule pour un après midi libre dans les rues qui me promènent dans un entrelacs de temples et de marchés surprenant. Je vois de nombreux objets en bambou laqué et je rentre dans une boutique spécialisée. Je me choisis un bol en bambou laqué, extérieur noir intense et intérieur rouge cochenille.

En Asie du Sud-Est, la « laque » est la sève d’un arbre à urushiols (souvent Gluta/Toxicodendron). Elle polymérise à l’humidité et donne une surface très dure et brillante. À Luang Prabang, les ateliers emploient traditionnellement cette laque naturelle (parfois importée de la région), aujourd’hui parfois mêlée de laque synthétique pour baisser les coûts.

On tresse le bambou (corps de l’objet). On mastique la trame avec un mélange de laque + poudre (cendre/argile/sciure) et parfois une toile (coton) pour lisser. On applique de nombreuses couches (8–20 n’est pas rare), avec séchage en armoire humide et ponçage fin entre chaque couche. Polissage final (charbon/pumice) → brillant profond.

Mais j'apprends aujourd'hui que la cochenille (insecte donnant un rouge carmin) est surtout un colorant textile et un vernis alcool/shellac ; elle n’est pas le pigment classique des laques lao. On peut en rencontrer dans des recettes modernes, mais la tradition locale emploie surtout des pigments minéraux (et aujourd’hui des pigments synthétiques stables).

Le crépuscule me surprend dans un marché à touristes capable de décorer – et illuminer – 40 000 maisons sur le reste de la planète.

Lever de bonne heure pour assister à l'offrande matinale, ou tak bat, qui est une tradition bouddhiste quotidienne à Luang Prabang : les habitants offrent du riz gluant et d'autres aliments aux moines qui défilent en silence. C'est un acte de mérite pour les fidèles et le seul repas des moines. Il est demandé aux visiteurs de faire preuve d'un grand respect.

Puis on se fait un petit marché du matin, juste à côté de l'ancien palais royal, local cette fois, où l'alimentation ordinaire du lieu apparait abondante et variée, y compris des crapauds dodus…

Mont Phousy

"Escalade" du Mont Phousy, la plus haute bosse du coin. Beau point de vue sur la ville entre le Mékong et la rivière Khane. L'animation est faite par des touristes asiatiques qui ne reculent devant rien pour se faire remarquer, et leurs petits cris (d'alerte ?) me rappellent les troupeaux de cailles qui viennent plumer mes sorbiers à l'automne.

On découvre aussi à la descente, une batterie de DCA, vestige du passé agité de cette capitale en mal de décolonisation et du "choix" compliqué entre communisme et royauté.

Temple de Wat Pa Khe Haw Pha Bang Temple Bouddhiste Temple Haw Pha Bang
Visite de quelques-uns des innombrables Temples de la ville : Wat Pa Khe, Haw Pha Bang, Haw Pha Bang.

Wat xieng thong
Wat Mai Suwannaphumaham.

Chapelle rouge du Temple Wat Xieng Thong Chapelle rouge du Temple Wat Xieng Thong
Chapelle rouge du Temple Wat Xieng Thong
Wat Xieng Thong.

Nuit à l'hôtel à Luang Prabang.

Samedi 17 novembre : Luang Prabang et vol vers Hanoï
Très marquée par l'architecture bouddhique, Luang Prabang abritait 60 Pagodes au 18ème siècle et fut construite autour de son « centre cosmique », le mont Phousy. Elle présente toujours un habitat traditionnel et colonial du plus grand intérêt et fut classée en 1995 par l'Unesco comme patrimoine de l'humanité. Petite et tranquille, cette « belle endormie » nous invite au calme et à la flânerie.

Un peu de temps libre à Luang Prabang en début d'après-midi, puis transfert vers l'aéroport de Luang Prabang et décollage vers 17 h 10 à destination de Hanoï, capitale du Vietnam, surv un vol de la Lao Airlines. Arrivée à Hanoï à 18 h 10.
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