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Dimanche 11 et Lundi 12 novembre : Trekking de la région de
Muang Namo à celle de
Boun Tai – 5 à 6 heures de
marche par jour
Au fil de nos pas, nous traversons des montagnes, forêts, rivières et cultures sur brûlis et rencontrons des montagnards
Khamu, Thaï Lu, Poussang et Iko, dans leurs villages et sur les sentiers.
Finalement, notre nouveau guide arrive sans se presser en milieu de matinée. Ouf ! Il est impeccable, son français est
parfait, il est attentif, connaît parfaitement son pays, et très énergique.
Transfert par la piste vers
Ban Nam Ngeun, village habité par l'ethnie
Yang situé à 25 km de
Muang Namo, point de départ de
cette randonnée de 2 jours.
Nous allons de la région de
Muang Namo à celle de
Boun Tai, en passant juste au sud de la frontière chinoise et en évitant de faire un long
détour par la route via
Muang Xay.
Tout s'annonce bien, sauf que le bus n'arrive pas à franchir un gué. Il reste 10 km pour le village de départ. Plutôt que
d'allonger la marche d'autant, notre guide appelle au portable un camion du village suivant, qui vient nous cueillir
rapidement et nous dépose au village prévu. Y a pas photo, l'ancien guide n'aurait pas fait ça.
Dans l'attente du camion, nous profitons de l'ombre d'un parasol et quelques instants après, un local fait un bond,
attrape un bâton et tue un beau serpent vert d'1m. Caché dans le parasol, au-dessus de nos têtes ! C'est une vipère des
bambous (Trimeresurus albolabris), venimeux. Il est aussitôt dépecé et promis à la gamelle du tueur.
La rando démarre bien, nous sommes sur un chemin carrossable qui ne plaît pas au guide qui nous cherche des sentiers plus
intimes. Nous nous retrouvons près du torrent et parmi les rizières et sommes obligés de traverser en nous déchaussant à
chaque gué.
À la troisième manœuvre, je lui fais remarquer que ce n'est pas très pratique. Il le prend mal et me battra froid pendant
plusieurs jours !
On remonte sur le chemin carrossable. Nous arrivons dans un assez gros village, Nan Phayon district de Namo, où nous
faisons halte. Les gens nous entourent rapidement et un villageois nous propose du miel. Le guide en prend pour lui et je
lui demande d'en négocier aussi pour moi.
Malheureusement, à l'arrivée en France, ce miel a un goût bizarre. Il a dû être mélangé avec une plante amère pour soigner
je ne sais quoi et je n'ai pas eu le courage de le manger. C'est bien la première fois que je jette du miel !
J'ai questionné DeepSeek à ce sujet et il répond qu'un goût boisé, fumé ou légèrement amer peut venir des nectars de
Tectona grandis (teck), Dipterocarpus (résineux), ou d’arbustes locaux.
Au Laos, certains miels sont réputés pour contenir des traces de pollen de fleurs hallucinogènes (comme celles visitées
par les abeilles dans des zones où pousse le Datura ou d’autres plantes toxiques).
Certaines fleurs ou résines butinées par les abeilles donnent un miel naturellement amer : Miel de « Neem » (Margousier) :
Au Laos, l’arbre Azadirachta indica (Neem) produit un nectar réputé pour son amertume forte (utilisé en médecine
traditionnelle). Miel de certaines euphorbes ou plantes médicinales : Certaines fleurs de montagne (comme Tithonia
diversifolia ou Vernonia amygdalina) donnent un goût amer et médicinal. Des extraits de plantes amères (comme l’Artemisia
ou Andrographis paniculata) sont parfois ajoutés pour leurs vertus thérapeutiques (antipaludéen, digestif).
Après ce village, nous rentrons de nouveau dans les rizières, mais sans se mouiller les pieds. Très beau décor, d'autant
plus que le fond de vallée se redresse lentement. Pique-nique à côté d'un cabanon utilisé pendant les périodes de cultures
et récolte, avec de l'ananas au dessert. Succulent ! Nous lâchons la rizière pour suivre un sentier qui attaque la
montagne tô dré dans l'pentû.
Belle partie de sport. Chacun met un point d'honneur à ne rien lâcher et ça se termine par une belle empoignade. La
chaleur aidant, je termine plus trempé que si je m'étais baigné. Mais deuxième sur 7 au sommet de la colline, car on ne
dépasse pas le guide !
À la descente, nous tombons sur 2 couples qui ont 4 tonnes de riz à descendre de la montagne. La culture s'est faite sur
brûlis, puis la récolte a été stockée dans des greniers proches du champ et maintenant il faut descendre ça dans la vallée
et remonter en face. 50kg sur la tête, les épaules et le dos, par des sentiers boueux et casse-gueule, 1/2 h de parcours
!
Et pas de différence : les femmes sont chargées comme des mules – ou des hommes, c'est tout comme.
La culture sur brûlis est une méthode agricole traditionnelle et vitale pour les communautés des hautes terres du Laos.
Elle repose sur un cycle précis :
• Les villageois coupent une parcelle de forêt pendant la saison sèche, puis la brûlent pour que les cendres
fertilisent le sol.
• Des graines de riz pluvial (qui pousse sans irrigation) sont semées, souvent en utilisant un simple bâton pour
faire des trous.
• Après une ou deux récoltes, la parcelle est abandonnée. On la laisse se reposer pendant plusieurs années pour que
la forêt repousse, ce qui permet au sol de retrouver sa fertilité de manière naturelle.
Cette technique est une réponse adaptative aux contraintes géographiques des montagnes, où les rizières inondées sont
impossibles. Elle est au cœur de l'économie et de la culture de ces populations, leur assurant leur subsistance. Le riz
gluant, une base de leur alimentation, est le produit principal de cette pratique.
Après avoir soufflé un peu au sommet de la remontée d'en face, et rencontré une vieille, qui a tout d'une sorcière,
préparer de l'indigo, nous arrivons dans « notre » village,
Ban Phia Mai Noy, au coucher de
soleil dans une ambiance féerique. Tout est illuminé et absolument magnifique, les gens ne font que des sourires,
l'accueil est parfait.
Première nuit chez l'habitant
Iko à
Ban Phia Mai Noy,
beau village situé au sommet de la montagne. Un des plus beaux accueils du voyage.
Nous sommes répartis en 2 maisons et j'atterris sur la couche des enfants dans la maison du maire, juste à côté du couple
hôte. La réception se prépare, car le village espère développer le tourisme chez l'habitant, mais nous ne sommes qu'une
petite trentaine à passer là chaque année : il faut que l'on sache que l'accueil est parfait.
Quasiment tout le village est là, il y aura 3 services : en premier les 5 touristes qui ont déjà compris que les plats
passeront ensuite aux hommes et enfin aux femmes, mais sans chevauchement.
Quand nous aurons dit 3 fois que nous ne prendrons plus de dessert, les hommes pourront commencer. Idem pour les femmes.
Tout le monde est dans la même pièce en terre battue, mais le repas des touristes se fait dans un recueillement de
cathédrale, alors que dès la première bouchée des hommes, on ne s'entend plus. La quiétude revient lord du repas des
femmes alors que les hommes ont déjà passablement bu l'inévitable l'alcool de riz.
Le deuxième jour, nous marchons vers
Ban Tika, Ban Pa Pek et Ban Pang Khai (ethnie
Iko) et enfin
Ban Long Nai Mai, au bord de la piste
nouvelle. Il y a 5 heures de marche environ. Puis transfert (40 minutes) en véhicule local (pick-up ou toc-loc, sorte de
tracteur chinois) sur la piste pour rejoindre la bourgade de
Boun Tai, avec visite de
Ban Long Nai May.
Dès la remise en marche, on attaque le flanc d'une montagne bien raide. On croise tout une activité de transports
pédestres entre la zone de culture en haut de la montagne et le village en bas. Chaque marcheuse – il y a peu de marcheurs
– s'occupe les mains en filant du coton pendant la marche.
Elles ont la hotte sur le dos, avec serre tête et tablette de report de charge sur les épaules, et un petit carquois de
côté avec tout le nécessaire au filage. Ça discute volontiers.
En haut on trouve un village abandonné – manque d'eau – et une grosse zone de culture, plus variée. Le guide nous épluche
des cannes à sucre. On franchit un col assez élevé, avec une vue immense et on entame la descente.
La piste – qui est carrossable – s'écarte de notre axe et on remonte par un petit sentier très étroit vers un piton où de
nombreux soldats français ont péri pendant la guerre d'Indochine (quelque chose comme camp 4 ou piton 4).
Un paysan nous montre une belle récolte de graines / fruits. Il s'agit de larmes de Job (Coix lacryma-jobi en latin).
C'est une graminée cultivée en Asie du Sud-Est, souvent utilisée comme céréale ou pour la fabrication de perles.
En cuisine, elles peuvent être consommées comme une céréale, un peu comme l'orge. En médecine traditionnelle, on leur
attribue des vertus médicinales, en artisanat, Les coques dures et lisses sont souvent utilisées comme perles pour
confectionner des colliers, des bracelets et d'autres bijoux.
Après un dernier col, on s'enfonce dans le végétal, jusqu'à se perdre et on se "laisse tomber" littéralement sur des
cultures où un gars faisait un peu de bruit. Il creuse des trous pour extraire un genre de salpêtre bon pour son
bétail.
Le guide avoue qu'il ne vient pas souvent là et s'est paumé. On raccorde un troisième col d'où part une piste carrossable.
Même pb, la piste ne va pas où on veut et au moment de prendre un "raccourci" vertigineux, ça discute fort. Le guide, avec
des tonnes de promesses arrive à nous convaincre et on s'engage dans une descente sous couvert, verticale et boueuse.
À l'arrivée au fond de ce trou, on est lessivés. Je me penche sur un petit ruisseau pour me rincer la figure et le guide
local vient me doucher et je ne refuse pas cet instant de bonheur.
Après un pique-nique réparateur, on re-attaque la montée en face, pour rejoindre une grande piste vue à flanc de coteau.
Ouf, quelques kilomètres plus loin, un village où notre bus nous attend.
La journée n'est pas finie pour autant : la piste est neuve et déjà ravagée. On entame une descente d'enfer quand la pluie
nous surprend et le bus commence à zipper, soit côté montagne, soit côté ravin. J'ai l'estomac qui se noue. Je sens que
c'est pire que la neige, la boue est en beurre tiède, dans la moindre pente, ça part. Le chauffeur se révèle être un vrai
virtuose, mais mon estomac ne se dénoue pas. Il prend les montées à l'élan et quand elles sont grandes, l'élan l'est
aussi.
On croise une camionnette qui descendait en godille et je ne peux toujours pas croire que ça a passé. Mais il finit par se
faire prendre et reste en bas d'une montée. Il nous propose d'aller pousser. Incrédules, on obtempère. Candice, qui
n'avait pas de place pour pousser prend l'appareil photo.
Le chauffeur met toute – mais alors toute – la gomme et transforme le bus en gigantesque machine à crépir… Il passe de
justesse et en remontant à bord, on lui crépit aussi ses sièges et son plancher !
La pluie cesse et la piste reste glissante, mais fréquentable. On a fait 20 km d'anthologie. Un peu avant
Boun Taï, on passe un gué où le chauffeur nous suggère une toilette générale. Il lave son
bus et nous, nos frocs en godasses.
On passe devant un bel hôtel, style chinois parait-il : grande bâtisse informe, grandes baies partout, très clinquant…
Nuit à
Boun Tai, en auberge locale.
Mardi 13 novembre : De
Boun Tai à Phongsaly
Route vers
Phongsaly, avec un peu de randonnée en chemin dans la région de
Muang Yo vers des villages de l'ethnie
Akha Muchi,
sous-groupe de l'ethnie
Iko, vers la frontière avec la
Chine.
Le temps se brouille lentement, mais sûrement. Journée de bagnole dans un paysage de montagnes tourmentées : des bosses
partout, mal rangées, bref, le ch'ni ! Beaucoup de villages que la piste a essayé de desservir avec des méandres infinis.
On passe à
Donxay. Les constructions sont vastes, solides, toutes sur pilotis de teck. L'habitat
reculé n'est pas forcément synonyme de pauvre.
Ban Yo. Petit marché de rue.
Booneua. On découvre un étalage de crêpes d'algues séchant au soleil, et un marché mieux
structuré, mais pas forcément plus fréquenté. Le ramassage scolaire est organisé en triporteur.
L'après midi est pluvieux, les balades pédestres sont évitées. On en tente une quand même dans une plantation de thé, mais
sans grande conviction. On rejoint
Phongsaly sous la pluie. L'hôtel surplombe toute la
ville, assez importante. Visite du marché, couvert donc sans se mouiller. Le sanitaire de l'hôtel est du jamais vu ! Les
joints sont surchargés d'une pâte bleu lissée à la pelle à neige…
Je tombe sur un méga papillon dans la cour, il a l'air très fatigué, donc facile à photographier. C'est un bombyx atlas
(Attacus atlas). C'est l'un des plus grands papillons de nuit au monde.
Il est célèbre pour une particularité étonnante et triste : l'adulte n'a pas d'appareil buccal fonctionnel. Une fois qu'il
émerge de sa chrysalide, il ne peut plus se nourrir. Il ne vit que sur les réserves de graisse qu'il a accumulées pendant
sa phase larvaire. Son unique but est alors de se reproduire.
Sa durée de vie en tant que papillon est donc très courte, ne s'étendant que sur une ou deux semaines.
Nuit à l'hôtel à
Phongsaly.
Mercredi 14 novembre : De
Phongsaly à Ban Hatsa et
descente de la
Nam Ou vers
Muang Khoa. Transfert par la
route de
Phongsaly vers
Ban Hatsa et descente de la
rivière
Nam Ou en bateau vers
Luang Prabang.
Cette rivière, navigable presque toute l'année, est un des principaux affluents du
Mékong. 290 km en 3 jours; +- 20 h de bateau
La Nam Ou est une rivière majeure du nord du Laos, longue de 448 km, qui prend sa source dans la province de Phongsaly et
se jette dans le Mékong. Elle est essentielle pour l'irrigation, le transport et le tourisme. Des villes comme Nong Khiaw
et Muang Ngoi sont situées sur ses rives et servent de points de départ pour explorer la région. La rivière est réputée
pour ses paysages montagneux, ses formations karstiques et ses rizières. Cependant, la
Nam Ou est aussi le site d'un vaste projet hydroélectrique, le "Nam Ou river cascade",
composé de sept barrages. Les barrages des phases I et II sont pleinement opérationnels depuis 2016 et 2021
respectivement, avec une capacité totale de 1,27 GW.
Mais des milliers de personnes ont été déplacées, notamment des minorités ethniques et des populations autochtones. Leurs
moyens de subsistance traditionnels, comme la pêche et l'agriculture, ont été détruits ou réduits.
Et la biodiversité de la rivière est menacée, avec des espèces sur la Liste rouge comme la carpe géante du Siam. Le projet
a modifié le régime des crues et des sédiments, affectant les écosystèmes et l'agriculture en aval.
Le
Laos mise fortement sur l'hydroélectricité pour son développement économique, visant à
devenir la "batterie de l'Asie du Sud-Est". Cependant, cette politique soulève des questions importantes concernant la
durabilité environnementale, le bien-être des populations locales et l'endettement du pays vis-à-vis des investisseurs
étrangers (notamment chinois).
Départ de l'hôtel sous un déluge digne de Noé. La descente vers
Ban Hasta se fait à tâton.
Puis on perd le goudron et le van se transforme en luge. Tension à bord. Le guide et le chauffeur discutent, car la
voiture ne remontera pas ce terrain avant qu'il ne sèche. Mais il y a peu de solutions, car à pied avec les bagages, on y
serait encore aujourd'hui. On entend voler les mouches, puis la dernière pente, bien raide par ailleurs, est goudronnée,
donc les estomacs se dénouent.
Sur le "port" de
Ban Hasta, on découvre une forte activité. Les crues doivent être
gigantesques dans cette gorge profonde, et cela permet de recueillir du sable. Ils ont inventé des sablières d'un nouveau
genre. Des pieux sont plantés en cercles, dépassant du sol de 2 à 3 m. Pour créer une zone de calme lors de la submersion,
piégeant le sable. Une fois l'eau repartie, il ne reste plus qu'à récolter. Ce n'est pas trop fatiguant, mais il faut
supporter les inondations démentielles.
Les préparatifs d'embarquement sont minutieux : on va faire presque 300 km de navigation en 3 jours sur ce frêle
esquif…
Dès le départ, nous sommes happés par des gorges impressionnantes. La rivière est terriblement encaissée, les bords sont
des pentes extrêmes, qui tombent dans l'eau, couverts d'une jungle envahissante qui ne laisse que quelques places à des
habitations en balcon.
Ni bar, ni self à bord : les repas sont pris à terre sur feu de bois ! Les gorges se succèdent sans fin, et on découvre à
chaque confluent, des pièges à poissons qui ont l'air de rassembler un certain nombre d'inventions dont les brevets sont
"patent pending".
Arrivée à
Muang Khoa. C'est une bourgade située non loin de la frontière vietnamienne et
Dien Bien Phu au confluent de la
Nam Phak. C'était un
point de passage et de ravitaillement pour le Viet Minh lors de leur lutte contre les Français.
Muang Khoa est aussi un point de passage de la fuite de quelques Français juste avant la
chute de
Dien Bien Phu (1954). Pierre Schoendoerffer, alors cinéaste des armées, l’a
transposée dans "La 317e Section" (1965). Les survivants tentent une retraite désespérée vers le
Laos à travers la jungle. Le Groupement Mobile 41 et d’autres unités fuient vers
Muong Khoa par des pistes Hmong, puis descendent la rivière
Nam Ou en pirogues sous la menace des embuscades Viêt Minh. Il y a alors des combats sur
les berges, des radeaux de fortune, des blessés abandonnés. L'évacuation finale se fera vers Vientiane par avion/bateau.
~200 km de jungle et de rivière, accomplis en 2-3 semaines par les rescapés.
Mais la fuite par la
Nam Ou n'est qu'une allégorie cinématographique, Les rares rescapés
ayant gagné le
Laos l’ont fait à pied, via
Muong Khoa ou
Sam Neua, sans navigation fluviale. La
Nam Ou était trop
dangereuse (contrôlée par le Viêt Minh). Les survivants comme le général Bigeard confirment qu’aucune unité organisée n’a
pu fuir par la rivière.
Pendant la guerre du
Vietnam, la région a été touchée par les conflits entre les forces
communistes (Pathet Lao et Nord-Vietnamiens) et les forces royalistes soutenues par les
États-Unis. La zone servait de voie d'approvisionnement pour la piste Hô Chi Minh, qui
passait plus à l'est, au
Vietnam.
La passerelle suspendue qui enjambe la
Nam Phak est très impressionnante, et nous la
traversons pour faire un tour dans
Ban Pak Nam Noi, le village d'en face.
Retour par le récent grand pont routier sur lequel nous sommes assaillis de gamins rigolards qui tentent de nous proposer
des pâtisseries sur feuilles de bananiers. Restau en surplomb du fleuve. Nuit à l'hôtel à
Muang Khoa.
Jeudi 15 novembre : Suite de la descente de la
Nam Ou de
Muang Khoa à
Ban Sop Cherk.
Nous continuons notre descente de la rivière
Nam Ou vers le village de
Ban Sop Cherk, avec visite en chemin de quelques villages habités par les ethnies
Tai Lü et
Khamu, tels que
Ban Sop Saip et
Muang Ngoi Kao.
Arrêt et visite à
Houay Nha, petit village serré sur un promontoire, dont l'école est
pleine à craquer.
Passage vers
Sopchem, à l'entrée de gorges encore plus profondes et serrées.
Puis, devant Muang Ngoi Neua, une réception se prépare avec des écoliers répartis sur le grand escalier d'accès au
village. Ils sont tous armés de bouquets de fleurs et ont sans doute répété à l'envi les hourras d'accueil correspondant à
l'importance du visiteur. Mais ils n'ont pas bougé à notre passage…
On arrive à
Nong Khiaw à l'heure du déjeuner. Notre guide nous emmène chez sa sœur qui
cuisine dans un très bel endroit, 50 m. Au-dessus du fleuve, en face du bourg principal. C'est un coin splendide qui va
satisfaire autant les papilles, les yeux que le cœur par la gentillesse de la réception.
Nong Khiaw est un village situé dans le nord du
Laos, qui
a été fortement impacté pendant la Seconde Guerre du Vietnam, subissant d'intenses bombardements américains entre 1964 et
1973, dans le cadre de l'opération "Menu".
Ces bombardements visaient à couper les lignes d'approvisionnement du Viet Cong. Près d'un tiers des deux millions de
tonnes d'explosifs largués par les Américains dans la province nord du
Laos l'ont été sur cette localité. Les conséquences de ces bombardements sont encore
présentes aujourd'hui, avec une grande quantité de bombes non explosées qui représentent toujours un danger.
La tranquillité apparente de
Nong Khiaw aujourd'hui cache un passé difficile marqué par
ces conflits.
Arrêt à
Ban Sop Houn, petit village que nous visitons. Comme souvent, tissage, filature.
Belle ambiance sous la frondaison.
On passe au pied d'une immense falaise qui tombe dans l'eau de la Nam ou, sur laquelle on voit quelques peintures ocre
anciennes. C'est le site de Tham Pha Kaew, et ces œuvres dateraient de l’âge du bronze ou du fer, liées aux cultures
préhistoriques du Laos.
Arrivée à
Ban Sop Cherk, un village
Tai Lü où nous
accostons. Après avoir traversé une belle bambouseraie où est installé une distillerie d'alcool de riz, on accède au
village entièrement dédié au tissage. Magnifique exposition de tissus chamarrés dans une lumière de fin d'après midi. Tout
est fait pour rendre l'achat irrésistible. C'est l'anniversaire de Laure dans 3 jours, et je lui choisis un coupon de
tissus à offrir en rentrant. Les gens sont sympas, la soirée s'annonce bien.
Nous passons la nuit chez l'habitant.
Vendredi 16 novembre : Suite de la descente de la
Nam Ou vers
Pak Ou et
Luang Prabang
Descente de la
Nam Ou à travers de beaux paysages jusqu'au confluent avec le
Mékong, à
Pak Ou, où nous visitons dans la matinée les
grottes bouddhiques de
Tam Ting et
Tam Phoum, qui dominent
le fleuve et abritent de nombreuses statues de Bouddha, à 35 kms en amont de
Luang Prabang.
Les
grottes de Pak Ou, situées à la confluence avec le
Mékong, sont un site touristique et spirituel majeur. La meilleure période pour la
visiter se situe généralement entre octobre et mars, pendant la saison sèche, lorsque le temps est sec et les températures
agréables.
Visite du village de
Ban Sang Hai, spécialisé dans la fabrication d'alcool de riz lao
lao.
Puis nous découvrons le nouveau temple dans ce village, toujours dans ce style simple, mais si expressif et coloré. Les
moines gardiens du temple, cachent sous une allure ordinaire, un sens du commerce déjà bien affiné…
Puis nous arrivons en tout début d'après-midi à
Luang Prabang, ancienne capitale du
royaume de Lan Xang (million d'éléphants), tout premier royaume Lao, constitué en 1353. La ville est située au confluent
de la
Rivière Nam Khane avec le
Mékong, sur un ancien
site préhistorique.
Je suis installé dans un bel hôtel où le repos va être agréable, et je déambule pour un après midi libre dans les rues qui
me promènent dans un entrelacs de temples et de marchés surprenant. Je vois de nombreux objets en bambou laqué et je
rentre dans une boutique spécialisée. Je me choisis un bol en bambou laqué, extérieur noir intense et intérieur rouge
cochenille.
En Asie du Sud-Est, la « laque » est la sève d’un arbre à urushiols (souvent Gluta/Toxicodendron). Elle polymérise à
l’humidité et donne une surface très dure et brillante. À Luang Prabang, les ateliers emploient traditionnellement cette
laque naturelle (parfois importée de la région), aujourd’hui parfois mêlée de laque synthétique pour baisser les coûts.
On tresse le bambou (corps de l’objet). On mastique la trame avec un mélange de laque + poudre (cendre/argile/sciure) et
parfois une toile (coton) pour lisser. On applique de nombreuses couches (8–20 n’est pas rare), avec séchage en armoire
humide et ponçage fin entre chaque couche. Polissage final (charbon/pumice) → brillant profond.
Mais j'apprends aujourd'hui que la cochenille (insecte donnant un rouge carmin) est surtout un colorant textile et un
vernis alcool/shellac ; elle n’est pas le pigment classique des laques lao. On peut en rencontrer dans des recettes
modernes, mais la tradition locale emploie surtout des pigments minéraux (et aujourd’hui des pigments synthétiques
stables).
Le crépuscule me surprend dans un marché à touristes capable de décorer – et illuminer – 40 000 maisons sur le reste de la
planète.
Lever de bonne heure pour assister à l'offrande matinale, ou tak bat, qui est une tradition bouddhiste quotidienne à Luang
Prabang : les habitants offrent du riz gluant et d'autres aliments aux moines qui défilent en silence. C'est un acte de
mérite pour les fidèles et le seul repas des moines. Il est demandé aux visiteurs de faire preuve d'un grand respect.
Puis on se fait un petit marché du matin, juste à côté de l'ancien palais royal, local cette fois, où l'alimentation
ordinaire du lieu apparait abondante et variée, y compris des crapauds dodus…
Mont Phousy
"Escalade" du
Mont Phousy, la plus haute bosse du coin. Beau point de vue sur la ville
entre le
Mékong et la
rivière Khane. L'animation est faite
par des touristes asiatiques qui ne reculent devant rien pour se faire remarquer, et leurs petits cris (d'alerte ?) me
rappellent les troupeaux de cailles qui viennent plumer mes sorbiers à l'automne.
On découvre aussi à la descente, une batterie de DCA, vestige du passé agité de cette capitale en mal de décolonisation et
du "choix" compliqué entre communisme et royauté.
Visite de quelques-uns des innombrables Temples de la ville : Wat Pa Khe, Haw Pha Bang, Haw Pha Bang.
Wat Mai Suwannaphumaham.
Wat Xieng Thong.
Nuit à l'hôtel à Luang Prabang.
Samedi 17 novembre :
Luang Prabang et vol vers
Hanoï
Très marquée par l'architecture bouddhique,
Luang Prabang abritait 60 Pagodes au 18ème
siècle et fut construite autour de son « centre cosmique », le
mont Phousy. Elle présente
toujours un habitat traditionnel et colonial du plus grand intérêt et fut classée en 1995 par l'Unesco comme patrimoine de
l'humanité. Petite et tranquille, cette « belle endormie » nous invite au calme et à la flânerie.
Un peu de temps libre à
Luang Prabang en début d'après-midi, puis transfert vers
l'aéroport de
Luang Prabang et décollage vers 17 h 10 à destination de
Hanoï, capitale du
Vietnam, surv un vol de la Lao
Airlines. Arrivée à
Hanoï à 18 h 10.