Ah ! Comme disait l'autre : randonne-moi encore 🎶
Je ne me rappelle plus en quelle année, mais je sais que c'était en mai, nous faisions les trois cols, cette belle classique Chamoniarde, pour nous dégourdir les peaux de phoque quand nous vîmes de belles traces inconnues s'échapper du Plateau du Trient vers la Suisse. Après quelques palabres autour de la carte, nous les suivîmes comme on dit par chez nous, pour voir si on peut voir.
La neige était vraiment belle, une poudreuse dont le mois de mai n'a pas l'habitude, mais le profil était dodu et nous masquait la suite de la pente, ajoutant un peu d'adrénaline au plaisir de la découverte. On surplombe d'abord la sortie, tout en bas : une auge bien creuse, la gorge des Bérons, sans doute le lieu de rendez-vous des plus belles avalanches de la région. Et à cette époque de l'année, les sélections sont terminées, il ne reste en lice que les cadors... Et il nous manque encore l'intermédiaire qui nous conduirait dans cette auge : va-t-on regretter la corde de rappel ?
Et la pente se dévoile enfin : une pente de rêve, bien raide, bien longue, bien large, et dans une neige si tendre...
Voir quelques infos sur les itinéraires .
Le souvenir était impérissable, et nous l'avons ravivé en mars 1984. Pour diversifier, nous avons choisi l'accès par le Col des Autanes, au-dessus du Lac de Charamillon. Ça nous semblait plus court, oubliant un peu vite que raccourcir la distance, en montagne, c'est forcément augmenter la pente... Bon, à cet âge, on a les moyens d'assumer, et tant pis si à la fin, on a le nez qui frotte le pentû.
Une fois passée la barrière des grandes Otanes, les douaniers suisses nous obligent à utiliser leur orthographe des lieux. Sans doute un avantage de leur système démocratique dans lequel le peule est roi (Royautée ou démocratie ??) Why not.
Ça ne nous empêche pas d'aller installer le pique-nique sur la Pointe des Grands d'où l'on peut encore admirer le décor Français : les belles faces nord d'Argentière, du Chardonnet, de la Verte et autre Mont blanc, tout en surplombant ce magnifique Glacier des Grands qui nous tend ses trois bras.
Il ne nous reste plus qu'à aller découvrir le café Moret de Trient, son fendant, ses croutes au fromage, en attendant le taxi.
Avec Jean-Pierre, Jacquot et Bernard.
Départ des Grands Montets , par une belle journée. La neige est fraîche, bonne et froide. On jette un pti coup d'œil au départ du couloir"rectiligne", versant Mer de Glace, fait il y a peu de temps. Il a l'air bien trafollé. La descente sous le Couloir Cordier est une belle mise en plaisir, et on se retrouve bien vite sur le Glacier d'Argentière.
La montée du Col du Chardonnet nous glisse dans cette délicieuse ambiance haute montagne : la plus belle muraille des Alpes nous met ses rudes faces nord dans le dos : La Verte, les Droites, Les Courtes restent figées. Cette montée, faite déjà un grand nombre de fois, a été conçue pour les randonneurs, bien régulière, en forme d'entonnoir depuis le bas, nos conversions sont canalisées vers ce Col qui a la délicate attention de s'abaisser à notre arrivée pour nous laisser découvrir ce Grand Combin et toute sa coure.
La descente est encore à cette époque assez skiable, le réchauffement climatique ne l'a pas encore dénudée, et Bernard nous tente la variante de gauche coté Chardonnet tout en godille.
On atterrit sur le haut du glacier de Saleinaz qui se donne des allures de grand cirque avec cette majestueuse face nord de l'Aiguille d'Argentière, entourée de l'A neuve, la Grand-Luy et le petit Darey d'un côté, tandis que nous contournons humblement les Grande et Petite Fourches en direction de la Fenêtre de Saleinaz.
Une fois contournées les fourches, On grimpe la fenêtre de Saleinaz, bon raide, qui se termine par des conversions acrobatiques. Rétablis sur le vaste plateau du Trient, on délaisse le col du Tour pour viser l'épaule de l'Aiguille du Tour, passant au pied de la Purtscheller.
La montée à l'épaule est très agréable, la vue prend une belle ampleur sur l'arrière du parcours : on guigne sur le haut du glacier du Tour, on mélange le Tour Noir avec la Grande Fourche, on se met sur la pointe des spatules pour voir au-delà de la barrière Argentière Chardonnet.
La récompense est immédiate : On se faufile par le Pissoir et sa pente superbe qui nous donne accès à notre fameux Glacier des Grands. La grande descente peut commencer.
500 m plus bas, on s'échappe du Glacier des Grands et on s'enfile dans les combes des Pétoudes. On les parcourt en tous sens, passant de l'une à l'autre avec facilité, laissant en chacune nos signatures godillées comme des attestations d'un contrôle de qualité dûment approuvé.
On se rassemble finalement dans la gorge des Bérons, le passage tranquille vers la Combe du Trient et son retour à l'incontournable café Moret.
On repart encore une fois pour cette belle bambée. Le matos a évolué, les fixass de montée sont un régal, les photos sont numériques, les doudounes légères et efficaces. Voyons voir si le parcours peut nous surprendre.
Le col du Chardonnet a conservé toute sa puissance d’évocation. On dirait qu’un coup d’épée a tranché net la connivence des aiguilles d’Argentière et du Chardonnet : la première entrouvre sa chair blanche, comme éventrée, tandis que la seconde expose ses éclats d’os encore rougis.
Si l’on suit le fil de cette lame, côté France, l’enfilade du glacier du Chardonnet, tout en courbes douces et bombées, vient buter contre le glacier des Rognons, où s’inscrivent encore nos godilles, juste au pied de cette chevelure immaculée qui couronne la Verte et son arête des Grands Montets. Côté Suisse, au contraire, le glacier de Saleinaz s’épanche avec une douceur trompeuse, recueillant les glaces venues de l’A-Neuve, de la Grande Lui, et des deux frères Darrey, le Grand et le Petit.
La fenêtre de Saleinaz n’a rien perdu de sa raideur : les conversions y restent délicates, presque chorégraphiques, et l’on finit inévitablement les derniers mètres à pied.
On débouche alors sur l’immense désert blanc du plateau du Trient, où la cousse nous attend, fidèle au rendez-vous.
Une longue diagonale nous hisse vers l’épaule du Tour, tandis que le cirque du même nom tramousse en sourdine derrière l’arête de la Purtscheller.
En se retournant, on voit bien le plaisir que prend le vent à faire valser la peuffe à travers cette passoir que sont les cols du Tour, tant normal que supérieur.
Bernard m'a confisqué mon Nikon 4500 sous prétexte d'essais : il mitraille tout ce qui bouge.
On se faufile par le Pissoir et sa pente superbe qui nous donne accès à notre fameux Glacier des Grands. La grande descente peut commencer.
Un petit coup de zoom vers les Dents du Midi, le temps de déchausser les peaux ; puis un regard se faufile, entre les gendarmes du Pissoir, jusqu’au barrage d’Émosson. Une fenêtre bienveillante s’ouvre encore, offrant un dernier hommage au Mont Blanc et à ses aiguilles de Cham.
Puis l’on se laisse glisser dans les vastes pentes du glacier des Grands, en serpentant entre crevasses et séracs.
Le vent a balayé toute la poudre, ne laissant qu'une croûte traitresse que les skis modernes savent apprivoiser, ne laissant au skieur que le plaisir de choisir ses méandres en toute tranquillité.
On a déjà tâté les combes de Pétoudes, et cette fois, on est bien décidé à les attraper par le haut. On se faufile le plus tôt possible vers la droite, et aussitôt, l’enchantement opère.
Déjà, personne n'a dévoilé au vent le passage vers ces beautés et la poudre a pu s'y réfugier; intacte, et immaculée.
Et surtout, ces combes s’entrelacent en un réseau subtil, offrant un équilibre rare : l’intimité qui permet à chacun de tracer SA ligne, et la convivialité qui invite à se croiser, se suivre, se dépasser, se retrouver — et s’émerveiller ensemble.
Il faut cependant savoir s'arrêter à temps : le glacier du Trient a bien ravaudé son auge, et les combes s'y effondrent, aidées dans leur lutte par un mélange harmonieux mais rébarbatif d'arolles torturés et de varôsses noueuses. Mieux vaut s'échapper.
Et devinez quoi ? Une fois au fond de la gorge, vous n'avez plus le choix :
Soit vous remontez d'où vous venez, soit vous vous laissez glisser dans la combe du Trient, et Le café Moret est toujours là, fidèle au rendez-vous, pour vous accueillir et vous permettre de déguster ses somptueuses croûtes au fromage, ardemment soutenues par un fendant local.
Il ne reste qu'à attendre le taxi pour rejoindre la gare du Chatelard.