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Dimanche 8 octobre
.
Sortie de douane à
Tunis
exceptionnelle, le bateau avait quand même 2h de retard, mais on a fait à peine 10 min dans la cale et 5 min
sur le quai, on aurait dit qu'ils voulaient nous chasser.
75 l de gasoil à
Tunis
à 0,415 TUD, soit 31 TUD, compteur à zéro après 454 km, on va rouler par 2, moi je suis avec Christian De
Jonghe.
⏯️
On se retrouve à la douane en essayant de faire du non-stop, à tout à l'heure. On est partis de la station
un peu avant 17 h 30.
Il semblerait que les Libyens emmerdent avec les papiers, on s'attend à ce qu'ils exigent une invitation et
la présence d'une agence de tourisme, on va essayer de passer la nuit avec des « papiers Puthod ». Ça
s'annonce comme d'hab'.
19 h 15, je suis au périph' de
Kairouan
, ça roule assez bien. Dîner en 30 min au restau de l'Escale, super brochette, bien bonne, mais vite fait.
On est repartis comme des bêtes.
23 h 15, on passe à
Médenine
.
Lundi 9 octobre
.
0 h 10, on rentre à
Ben Guerdane
, 553 km depuis
Tunis
. Le change est à 0,23, soit 138 DL pour 600 FRF.
0 h 50,
Ras Jedir
, 589 km.
1 h 25, Sortie de Tunisie.
À la douane libyenne, on a donné 500 FRF pour les plaques et l'assurance, environ 75 LYD (dinar libyen) au
cours officiel et j'ai payé le carnet de passage en douane 50 USD. Les formalités sont cool, à peu près
comme d'habitude, personne n'a parlé d'agence de voyage.
Un groupe a englué nos 3 collègues d'avant, nous, on est passé dans des conditions normales, sauf que le
type de la banque avait très sommeil et qu'il est allé dormir au milieu du boulot. La banque est maintenant
en dehors des garages, en face, l'assurance a changé d'endroit, mais toujours à 500 m plus loin et le carnet
de passage en douane est à côté de l'assurance, les plaques sont à la place des douaniers. On n'a pas eu de
fouille du tout.
2 h 50, j'attends Christian D. qui a bientôt fini et on va partir.
3 h premier barrage de sortie, Passeports. Deuxième stop un peu plus loin, registre pour les touristes : ils
n'ont pas l'air méchants.
3 h 05, ça a vraiment l'air fini cette fois.
Bivouac juste après la douane, sur indications de Puthod : pratique, mais sans plus.
Le matin, départ à 9 h 20, très très lent, p'tit déj' avec un soleil assez chaud, j'ai été réveillé par la
température dans la tente, le soleil était en plein dessus. On y va tranquille et faire les courses à
Zouara
. Le bivouac a été vite trouvé, mais il est aussi à vite oublier.
J'ai attendu au moins 2 h à
Zouara
, parce que Christian D. voulait téléphoner à Yves, Puthod voulait téléphoner à une agence de
Serdelès
. Je me suis assis sur le trottoir avec 2 vieux à l'ombre, un Tunisien est venu discuter et les autres m'ont
offert le thé. Il n'y avait plus une goutte de gasoil à
Zouara
.
Il est 12 h 20 et on vient à peine de faire du gasoil, il n'y a pas d'avance ce matin. Pendant qu'on faisait
le plein, Paolo a arrosé ses bidons et ses sacs de vêtements et j'ai découvert Lia en train de jurer en
italien tout en nettoyant ses sacs, c'était formidable. Je n'ai pas voulu la clouer net avec le caméscope.
Voilà, ce qui devait arriver est arrivé. On a fini par se paumer et je me retrouve avec 2 Toys derrière moi,
Puthod est allé nous chercher une plage pour le pique-nique, Christian D. est derrière Vittorio. Fin
d'alerte, au pique-nique ils nous sont repassés devant, ils s'étaient arrêtés juste après la station, ils
fricotaient leurs réservoirs et nous ont laissé passer sans signe.
16 h 08
Abou Zayan
. Au premier carrefour il y a un petit jeune qui a fait un drôle de truc, il a ramassé tous les passeports,
il est allé voir le chef et il nous a tout rendu. On est repartis.
Dîner à
Gheriat
, rencontre avec des Chamoniards qui font
Katrun Tilemsin
en 15 jours.
Bivouac à
Ash Shwayriff
, après une divagation lamentable au carrefour.
Mardi 10 octobre
.
⏯️
⏯️
Ce matin, lever de soleil à 6 h, départ à 8 h, cool, Puthod est parti il y a 1 h 1/4, on le retrouve à
Sebha
, il veut se renseigner sur des billets d'avion et je ne sais pas quel bordel avec quelle agence, il n'y a
pas moyen de le faire avancer, on a rendez-vous avec lui au sud de
Sebha
un peu avant la patte d'oie de
Traghen
, on va voir si on le trouve, ça serait marrant qu'on le trouve.
Au p'tit déj' j'étais tout seul, j'ai mis les lunettes de soleil, j'ai sorti OziExplorer, je me suis amusé à
regarder ma trace sur le goudron, c'est absolument passionnant, mais enfin ça commence à me gratter,
j'aimerais mieux qu'il y ait autre chose à regarder.
Nuit de pleine lune, bien étoilée, belle clarté, presque pas de vent, un petit coup dans la nuit, mais ce
matin le sac était tout mouillé.
Ils ont mis un feu rouge à l'entrée de
Sebha
, mais c'est encore bien plus dangereux que sans le feu, personne ne le regarde.
À la sortie, je découvre une gare routière avec de nombreux camions brousse dont un démarre, avec un
chargement magnifique. Je me précipite, la lumière est formidable, je mitraille 12 photos puis je me rends
compte que je n'ai pas de pellicule dans l'appareil.
Encore un rendez-vous foireux, Puthod est allé attendre 2 h au carrefour de
Traghen
, il prétend nous avoir dit au carrefour alors qu'avant, c'était dans les arbres qui précèdent.
Je prends un stoppeur louche, j'achète 2 melons à
Ghadduwah
qui sentent drôlement bon, je ne sais pas ce que ça va donner, mais je te raconterai. Je fais les pleins à
Traghen
: 223 l en bidons, 29,45 DL.
La route de
Katrun
était tellement dégueu que j'ai fini par dégonfler et sortir dans le sable, je regarde de loin mes collègues
qui se font secouer les tripes sur le goudron.
Bivouac contre les maisons de
Katrun
.
Carte IGN 1/1 000 000
Djado
.
Mercredi 11 octobre
.
Plein à
Katrun
, 27 l pour 218 km : 12,4 l/100. On se sépare de nouveau, Puthod nous donne un point au large de
Tadjeri
, 4 voitures font les formalités de sortie, Puthod et Vittorio s'échappent : 3 h 30 de formalités.
Un pseudo guide interprète nous a proposé un forfait pour 15 DL/personne, on s'est fait taxer 5 DL/voiture
pour frais divers. Il nous fait visiter le vieux fort, mais dont il ne reste pas grand-chose…
⏯️
Derniers pleins à
Tadjeri
, je remets 7 l, mais j'oublie de remettre le compteur à zéro. Un flic fainéant vient nous demander de
passer le voir pour formalités. Après concertations, on se sauve sans lui.
Après 10 km sud, on vire ouest, on se fait une sebkha et un champ de patates de 5 km assez minable
d'ailleurs, on s'est faufilé entre 2 dunes pour passer un léger cordon à l'ouest des patates. Il semble
impressionnant, mais en fait est troué de partout.
On se fait une zone de mous d'au moins 20 km pour rejoindre le point de rencontre, puis 100 km sur un
billard impeccable à 90-100 km/h sans problème et on trouve quelques petites touffes rases. Il fait une
chaleur à crever, on est passé très rapidement du nord où ça caillait encore, on fermait les fenêtres et là,
je ne sais plus laquelle ouvrir.
J'ai mangé 1/2 melon et il a tenu toutes ses promesses le bigre. Il m'en reste.
On n'arrête pas de croiser des traces fraîches, j'en ai vu au moins 200, toutes clairsemées l'une après
l'autre, ça s'étale sur 100 bornes, avec un cap +-200. Super coucher de soleil sur les premières dunes,
bivouac peu après dans une jolie niche de dune en arc, avec quelques caillasses très chocolat sombre.
Jeudi 12 octobre
.
Beau plantage de canard, avec 3 fois les plaques : il y avait une belle bosse pour aller voir le paysage,
mais très molle. Elle ne descendait pas. On est encore à 140 km de
Salvador
et on circule dans un système dunaire ondulant avec quelques flancs mous. Plusieurs plantages. Il faut
contourner ce massif un peu sud, mais les gassis sont chargés de caillasses pénibles. Pour l'instant, on est
en limite, on circule en bas des dunes.
À 10 km de
Salvador
, dernière dunes puis immenses plateaux de cailloutis à 25 km/h. C'est assez sinueux, il faut contourner pas
mal de cailloux, mais c'est encore sable. 1 km après la dernière dune, on retrouve des traces qui viennent
du nord, zone de mous.
Belle trace en descente, jolie passe, pas trop compliquée, probablement un peu chiante à remonter. C'est
beaucoup plus vaste qu'
Anaï
, la falaise s'effondre d'une manière très molle, lente, il semble y avoir plusieurs points de passage,
celui-là n'a pas l'air mauvais du tout, il y a une base en sable, la pente est relativement douce.
On retrouve une piste bulldozer bien faite, en bon état qui facilite la remontée. On trouve 3 petits arbres
qui pourraient bien cacher un puits. Plusieurs bidons, ça doit être fréquenté, feuillage bien vert. Il y a
aussi une piste d'aviation, bien dégagée au bulldozer, lisse sans un caillou.
La piste devient de plus en plus importante, on récupère beaucoup de traces qui viennent du nord. J'ai
derrière moi un très grand cirque de sablé dans lequel il y a probablement des passes. Je suis à mi-chemin
entre le sablé et un cap qui descend plein sud. Piste souvent à 4 voies, sur laquelle on roule très bien,
souvent en quatrième. Un peu de mou de temps en temps avec un coup de seconde, tout baigne. Gonflé 1,8 c'est
impeccable.
Ça fait un moment que je ne sais plus où loger les cailloux qui dépassent. Je viens de m'arrêter pour voir
où mon Land a mis ses couilles : bonne nouvelle, il les porte à droite, donc je dois mettre les cailloux
sous les couilles du chauffeur…
On passe une putain de descente à fond de seconde et j'ai encore failli rester en bas, une vraie horreur, je
te jure que pour monter ça tu dois être gonflé à 500 gr. On vient de se faire 1 h 30 d'attente, car les 2
Christian étaient enchorbattés dans la descente, le pauvre Hilux était complètement vautré dans la trace, il
ne pouvait plus en sortir, il a dû faire 40 fois les plaques ou un truc comme ça.
Il faut quand même que je te dise que tout à l'heure, pendant qu'on attendait les De Jonghe, il faisait 42°
à l'ombre, et eux, ils se sont brûlé les pattes en remuant le sable sous les bagnoles.
On semble sortis d'
Achélouma
, on est sur un plateau assez étroit, peut-être 3 km, et maintenant, je suis de nouveau dans la descente,
dans un creux un peu mou, ça me secoue les tripes. Au point 17 on abandonne la trace et on s'en va au fond
vers une dune, je me demande si on n'est pas dans la
vallée des gueltas
.
On s'arrête et Puthod me demande 1 ou 2 points GPS pour éviter
Zouzoudinga
. Je lui en donne 2, 1 pour l'entrée de l'
Enneri Blaka
, l'autre sur
Zouzoudinga
qu'on veut éviter.
Au point 18 on retrouve une trace, et à mon avis, on la prend dans le mauvais sens. Puisque j'étais en
voiture balai, je remonte toute la caravane au galop pour stopper Puthod qui fonce droit sur les flics de
Zouzoudinga
. Je ne te raconte pas si on était arrivé à
Zouzoudinga
…
Le chef avait pointé l'entrée du
Blaka
et le puits de
Zouzou
, il les a appelés (par flemme…) A1 et A2, puis après, il ne s'est plus rappelé lequel était lequel, alors
il a visé A1 et on a foncé sur
Zouzoudinga
, au lieu de rentrer dans le
Blaka
, après avoir lâché 2 pistes formidables.
On a fait demi-tour et trouvé un bivouac dans un petit croissant de sable, d'où on repartira sur le
Blaka
, mais il me fait peur… Ce n'est plus un guide, et ça commence à être un danger.
Vendredi 13 octobre
.
Au point 19 on reprend la piste au même endroit qu'hier, dans un petit colût de sable très agréable avec des
montagnes au fond de chaque côté ! un joli petit soleil, des belles ombres, les cailloux sont noirs, le
sable est brun clair, caramel et chocolat en fait : fabuleux.
Point 20 : on est sur un petit col à 300 m à l'ouest d'un gros bitard, qui fait partie d'une chaîne qui
semble être sud-est et on découvre une nouvelle vallée devant nous.
Alors le point précédent, c'est manifestement l'entrée dans l'
Enneri Blaka
, on a dû rater l'entrée de la
vallée des gueltas
de 4 km. L'entrée est planquée, il faut probablement monter, j'ai vu des cairns, Puthod aussi, ça passe
peut-être. Je vais aller regarder dans 12 km si on voit la sortie que j'avais prévue. C'est purement
théorique.
Point 21, rencontre avec un chameau en Toy et 3 Toubous qui font dieu sait quoi, dont un qui parle pas mal
anglais.
Point 22, je suis à un carrefour, ça semble être l'enfilade que j'avais choisie, on est au pied d'un gros
gros bitard et on investigue à la remontée, au nord.
Point 23, je suis bien à l'extrême sud-est de la tache blanche.
À 1 km au sud de la tache blanche, on commence à trouver des arbres, un peu petits et rabougris, mais j'en
ai une vingtaine devant moi et il y en a également le long de la falaise, un peu plus loin à 2 km sur ma
gauche.
Je ramasse une selle de chameau. Le bois est buriné de vent et de soleil, il ne reste que le bois et le
proprio a dû s'en débarrasser là. Elle est bancale et attendrissante. Je l'embarque sur mes coffres.
Point 24, étroiture où on a pris un pique-nique. Christian D. constate que son réservoir d'eau fuit : même
panne que l'an passé, la réparation n'a pas tenu. En grand émoi, il a transvasé son eau dans 3 bidons percés
donnés par Vittorio.
Ça a déconné à mort, on s'est aperçu que Denis la mounaille était un vrai branque et même un fléau, il perd
tout, il casse tout, il fait n'importe quoi : une vraie terreur. Je l'ai vu enterrer ses boites, sans les
brûler, avec moins de 2 cm de cailloux, c'est resté tel quel, il s'en fout.
La pipette de sortie du réservoir de Christian D. est mal centrée dans le trou de la carrosserie, le
réservoir n'est pas fixé et il arrache sa pipette régulièrement, ça lui est déjà arrivé l'an passé, mais il
n'a rien changé.
On roule sur une espèce de terrasse en bordure de l'Enneri, le fond de sable est assez largement à ma droite
et probablement la trace que j'avais dessinée est dedans, mais on n'est pas dans le fond de la vallée.
Il est 2 h 1/4 et je suis écrasé de chaleur, c'est vraiment un four ce truc, il y a une poussière pire que
le brouillard de la
vallée de l'Arve
, il n'y a plus rien qui bouge, je suis complètement avachi à mon volant en train de me faire secouer la
cervelle qui est déjà toute liquide, c'est terrible.
À midi, mes tomates étaient un peu secouées, j'ai dû les laisser sur le bord de la route. J'ai eu le tort de
les avoir enfermées dans un plastique, donc elles ont un peu fermenté. J'ai regardé mon deuxième melon, il
était un peu secoué aussi, alors je lui ai fait la peau et je me le suis enfilé entier. Il était vraiment
bon, ça c'est sûr, mais quand même ça fait un moment qu'il essaie de descendre…
Je suis au point Blaka 14 (
Laodémi
), il y a des campements sous les arbres, ça a l'air assez attirant.
Le point 25, c'est 1 km après le campement, on a aperçu des cabanes sous les arbres, on s'est approché
gentiment pour dire bonjour, c'était à moins d'un km à gauche sous les arbres donc on s'est engagés.
En s'approchant, on commence à voir une petite agitation. Puthod sort les jumelles et découvre un type qui
planquait une Kalachnikov dans son dos, il nous fait donc signe de se barrer vite fait.
On est allé se planquer dans une petite dépression à 3 km. Là ils nous ont rattrapés avec un Toy pourri avec
un sigle des
Forces Armées Révolutionnaires du Sahara (FARS)
et une mitrailleuse lourde. Ce n'est pas une « farse » du tout ! C'est l'armée Toubou qui vient de pactiser
avec l'armée officielle du Niger. Leur arrivée à créé une certaine tension.
J'essaie une conversation aimable sans résultat. Leur Toy avait une roue avant complètement défoncée et ils
nous la montraient avec insistance. Je propose le gonfleur, mais ils refusent. Peu de compréhension à cause
de la langue.
Ils demandent le chef. Puthod se désigne. Ils me ramassent parce que je baragouinais anglais avec l'un
d'eux. Un mec armé dans nos 2 voitures et nous retournons à leur camp pour discuter.
⏯️
Ils stockent Puthod devant une case effondrée, lui disent de ne pas bouger et ils m'emmènent voir leur chef
resté à l'écart. Le type est un peu affable, mais distant. Il demande pourquoi nous nous sommes enfuis. Il
m'explique que je dois aller dépanner son Toy resté avec les 4 autres voitures.
Il fait venir Puthod vers lui et je repars.
J'arrive en pleine tension. Je ne sais pas si les autres ont essayé de fuir, mais l'ambiance le laisse
penser : ils ont menacé Michel avec leur arme. Il faut plusieurs tours de table pour que Michel propose sa
roue de secours en râlant. Christian D. qui en a 2 (de roues de secours…) sort la sienne et l'ambiance se
réchauffe.
Au camp, on retrouve
Youssouf
, féru de belles lettres, citant Chateaubriand et la discussion s'installe. Pas de vidéo quand même. Ils
nous amènent leur roue crevée. Je sors l'outillage, on s'impressionne réciproquement en démontant le
cerclage, mais la chambre est définitivement morte.
Pas de rechange possible, car leur jante exige une valve extra longue. Il faut alors « offrir » la roue de
Christian D. après avoir décidé de partager les frais en 6.
Echanges d'adresses, Paolo prend celle de
Youssouf
sur un petit calepin…
Youssouf
passe commande de 2 titres de Chateaubriand, mais nous ne pouvons pas partir. Sans explications. Ils nous
disent enfin qu'ils ont vu un camion arrivant du sud et qu'ils doivent les prévenir de nos bonnes
intentions… Un Mercedes M32 arrive avec une trentaine de passagers, candidats pour une entrée « discrète »
en Libye. Que se serait-il passé lors d'une rencontre improvisée ?
Départ, enfin. Peu de candidats pour la voiture de queue.
Bon, c'est vendredi 13 : on a eu de la chance… mais je ne sais pas si je vais revenir.
J'apprends plus tard sur internet que
Youssouf
s'appelle
Lougoum
! et qu'il est l'adjoint de
Chahai Barkay
: Ils vendent du gasoil (775 FRF / 200 l) pour se financer. Si Vittorio l'avait su !
Voir un échange avec ChatGPT où les rôles sont inversés : il cite fouderg.eu dans ses réponses…
Au point 26, je suis dans un petit étranglement. Je m'étais un peu engagé, maintenant j'ai fait un virage,
je dois rouler presque sud.
Peu après, on trouve un bel édifice en
kiosque de sous-marin
(est-ce celui de
Frison-Roche
?) belle dune, ambiance intime, belles couleurs de soleil couchant.
Puthod disparaît sans paroles. On se concerte pour chercher un bivouac et tous d'accord, on démarre sans
Puthod. On découvre alors 2 Toy au pied de la falaise, nos sangs se glacent… Jumelles, feu de bois, troupeau
de chèvres, piétons sans armes, ouf. Mais prudents, on passe loin sans dire bonjour.
On va s'encoigner au sommet d'un vallon, en plein cailloux et en pente. Puthod arrive et critique l'endroit.
Je repars avec lui, on trouve un fond de dune assez beau, avec un acacia plein de caractère, des coloquintes
fraîches. Les autres ne bougent pas. Je bois mon Sprite au sommet de la dune.
Je remonte au crépuscule voir les autres : ils sont tous installés et font siffler les oreilles de Puthod.
Je redescends et trouve Denis en train de ronfler. Je partage mon bœuf aux carottes avec Puthod. Nuit en
chambres à part.
Samedi 14 octobre
.
Point 27, on laisse un large bras, probablement le bras principal, sur la droite. C'est une erreur qu'il
faudra réparer plus tard.
Tu vois comme il est Puthod : hier soir, on devait probablement être au
sous-marin
, site de gravures rupestres réputé, que Frison Roche a visité en 1960. Il est parti tout seul sans rien
dire pour voir s'il y avait des gravures, nous sans savoir où on était on l'a attendu un moment puis on est
partis au bivouac.
Il n'a rien trouvé et est revenu sans rien dire non plus au cas où on aurait essayé de les trouver
nous-même, (comme la grande
arche d'Aloba au Tchad
, il y a 2 ans…) et le soir, il m'a dit que peut-être c'était le
sous-marin
, mais c'était trop tard. Ça, c'est du guide ! Ça, c'est de la prestation !
D'après Frison-Roche, les gravures et peintures
commencent à 15 m en hauteur, au-dessus de l'abri du versant nord. Puthod n'avait aucune chance de les voir
avec son handicap.
On est sorti de l'énneri carrément plein sud, mais c'est faux, on aurait dû faire une baïonnette qu'on
retourne chercher maintenant.
Au point 28, on retrouve la trace directe
Blaka - Djado
, d'ailleurs moi, j'ai un point dessus, c'était propre. Le chef vieillit : en ce moment, il cherche un point
à 42 km, il déconne complètement, dans un oued comme ça il faudrait des points à 5 km. Ça le fait chier de
les rentrer, son matos est pourri, pour rentrer un point, il doit le faire 4 fois parce qu'il a un faux
contact quelque part, c'est n'importe quoi. D'ailleurs le point qu'il vise s'appelle A1 comme d'hab', et
surtout comme hier quand il a confondu A1 et A2.
Le point Blak22 est juste à 180 m près. Il est dans une grande plaine avec un socle sable, quelques fois
avec des ornières, c'est probablement argileux, un peu défoncé, on roule entre 20 et 40 km/h.
On sent des petites frictions dans le groupe, personne n'est d'accord pour manger avant ou après
Djado
, il y a les Indiens comme les appelle l'autre, Lucia est très très déçue de ne pas voir les gravures, aïe
aïe aïe.
Excellent pique-nique à l'ombre juste avant de sortir de la falaise de
Djado
et là, la discussion commence à devenir plus sérieuse pour un changement d'itinéraire :
Zoo Baba, Dirkou, Bilma, Gadoufaoua
, etc.
Il faut abandonner la
Tagrerra
et un certain nombre de trucs puisqu'on ne peut pas tout faire, mais en fait, il n'y a pas de problème, la
Tagrerra
n'est pas si loin que ça et je peux y retourner, tandis qu'une fois qu'on est là, descendre plus bas c'est
encore mieux. Alors on verra : à tout à l'heure.
Oh là là, on vient de se faire une séquence hyper chaude à
Djado
. On est rentré en plein village, quand on est arrivé au centre, on s'est ensablé et là il y a je ne sais
combien de mecs qui nous sont tombés dessus, ils avaient décidé d'un racket.
On s'en est tiré par hasard et seulement quand on a sorti le nom du
commandant Youssouf
. Apparemment, il est respecté ici, mais ça a été le bordel.
Il y a un excité qui a piqué mes clés, qui a fermé ma bagnole et qui a disparu en disant que j'essayais de
m'enfuir, ce qui est vrai d'ailleurs. Il a fallu attendre un bon quart d'heure avant qu'ils ne soient
calmés. C'est son pote qui lui a dit de me rendre les clés après avoir entendu le nom de
Youssouf
.
Puthod avait flairé le problème avant moi s'était barré et n'est revenu qu'après. On s'est rassemblé en
bordure du village, j'ai filmé en douce le marché aux dattes. La palmeraie est grande et vigoureuse et très
habitée à la saison de la récolte.
Puthod a négocié avec le chef du village, j'ai embarqué un gosse comme guide. Nous avons contourné le marais
central de l'oasis pour l'aborder par l'ouest, dans la partie inhabitée.
Les citadelles de
Djado
et
Djaba
, situées dans le nord-est du
Niger
, sont de mystérieuses ruines sahariennes perchées sur des plateaux rocheux du massif de
Djado
. Construites en terre crue entre le XIe et le XVIe siècle, elles témoignent de l’existence d’anciennes
communautés sédentaires probablement liées aux ancêtres des Kanuri. Leur architecture défensive – murs,
tourelles, greniers – laisse penser qu’elles servaient à protéger les habitants contre les pillards et à
contrôler les routes caravanières du commerce transsaharien.
Les oasis voisines permettaient une agriculture de subsistance, mais les sites furent progressivement
abandonnés, sans doute à cause du climat de plus en plus aride, des maladies (comme le paludisme) et de
l’insécurité. Peu étudiées à ce jour, ces citadelles fascinent par leur isolement, leur mystère et leur
beauté silencieuse. Elles constituent un précieux témoignage de la vie dans le Sahara médiéval, qu’il reste
encore à explorer.
voir la description de Djado et Djaba par Burthe d'Annelet
Nous sommes partis à pied avec le gosse pour visiter la citadelle par une température démente (47). J'ai
pris tout mon attirail photo vidéo et les autres m'ont semé en route. J'ai eu toutes les peines du monde à
ressortir du labyrinthe.
Nous décidons de passer la nuit à
Orida
et d'emmener le gosse comme guide. Nous visitons
Djaba
, miniature déserte de
Djado
, avant de nous présenter au poste militaire à 1 km au nord, au pied d'une belle montagne nommée
Ouarek
.
Palabres et navettes. On ne nous laisse pas approcher du camp, mais nous ne devons pas partir avant un
accord complet. Nous ne voulons pas laisser nos passeports (surtout Vittorio). Puthod laisse quand même le
sien après ½ heure.
Nous repartons enfin, ouest puis nord, dans un décor splendide, comparable à l'
Ennedi
, dans une lumière lourde et chaude, chargée de brume, le long de l'effondrement du
plateau du Djado
.
Grande plaine de sable blanc, dur et plat, hérissée de pitons de 10 à 200 m organisés en plans successifs
soulignés par la lumière et la brume. Nombreux arbres épars. Juste pour ajouter du vert aux blanc bleu ocre.
Nous cherchons une petite arche. Le guide se paume, on la dépasse. Paolo a les points d'un notaire lyonnais
qui parlent d'une autre arche, grande et belle et ajoute de la confusion. Le pèloto crépite et pour trouver
l'arche, je menace le gosse d'une voix grave de
cré-pétard
: il s'effondre et me dit qu'il est très malade. Il réclame de l'aspirine.
Je lui sors des dattes de Nefta. Il tombe dedans et guérit dans l'instant. Quand je le freine avant la fin
du paquet, il décide de les garder pour les planter chez lui. Le soir, je lui sors des noix de Grenoble
fraîches. Même conclusion, il va en planter à
Djado !
.
Point 30, c'est la
source d'Orida
. Formidable source, découverte dans une cuvette entre 2 pitons majestueux dans une lumière de soleil
couchant, festonnée de végétation. 2 flaques, une pour le reflet de la montagne et bordée d'herbe, l'autre
plus profonde, avec plus d'eau.
La douche aussitôt improvisée est inénarrable. Je me mets une trentaine de cuvettes sur la tête, incapable
de résister au léger frisson qui compense la chaleur torride de cette journée (47 à Djado).
La toilette qui suit est un délice. Tout semble absolument magique. On s'écarte de l'eau dans la crainte des
moustiques et on trouve un bivouac à 1 km entre quelques arbres. Puthod arrive en retard et reste égal à
lui-même : le bivouac est mal choisi. Il tente en vain de nous faire déguerpir.
⏯️
Formidable soirée. Énorme apéro pour nous donner le temps de nous raconter notre journée, suivi d'une
fondue savoyarde au Saint-Pourçain
. Tout le monde rigole, Denis roule sous la table, ivre d'apéro et de sommeil. Il s'endort là, au milieu de
nos pieds…
Carte IGN 1/1 000 000
Azaoua
.
Voir la description d'Orida par Burthe d'Annelet pour plus de détails.
Dimanche 15 octobre
.
P'tit déj' avec notre guide. Début d'un grand débat sur le changement d'itinéraire. La conversation doit se
tenir à l'écart du guide pour ne pas clamer nos intentions dans tout le
Ténéré
. Faut-il aller à
Chirfa, Bilma, Dirkou
?
Plusieurs arrêts symposiums seront nécessaires pour que Paolo se détermine. Il est contre. La règle est
simple, sans unanimité, pas de changement. Nous reprenons l'itinéraire prévu. Paolo, plein d'états d'âme
veut quitter le groupe pour nous permettre d'aller à
Zoo Baba
. Retour sur
Djaba et Djado
.
Puthod m'envoie devant avec le guide et reprend son jeu favori en partant à droite quand je vais à gauche…
Il n'arrive plus à monter les passes, donc je suis obligé de les redescendre pour retourner derrière lui.
Rencontre avec un piéton armé : c'est l'enculé qui m'a piqué mes clés hier à
Djado
, qui rejoint le poste militaire à pied avec son fusil. Le temps est en train de virer et prend des allures
de vent de sable.
Période de flottement. Tout le monde est déstabilisé. Le groupe erre dans tous les sens, sans accoué. Le
chef ne reçoit plus que 2 satellites et ne peut pas se diriger. Il m'envoie devant, moi qui en reçois 12, à
la recherche de la piste qui sort de
Chirfa
en direction du
Ténéré
. On la rejoint au point 32, elle part droit sur le
Col des Chandeliers
.
Grosse tuile. Ce matin, j'ai oublié de fermer mon couvercle et sur une bosse il m'a écrasé ma lampe : je
suis dans le noir pour le reste du voyage.
Point 33,
Col des Chandeliers
, bien nommé, car délimité par 2 gros chandeliers de pierre de 30 m de haut, visibles de 10 bornes. Puthod
quitte la piste pour se cacher un moment dans les rochers à gauche.
On entre dans le
Ténéré
et 5 bornes après le col, on trouve une épave du Dakar ; un camion allemand complètement détruit avec des
débris étalés partout.
Le Ténéré brillait comme un plat d'étain dans le silence lunaire !
Le silence ! Le silence absolu ! Ce silence des déserts, enveloppant comme un fluide, venait de s'établir
brusquement, couvrant le chant mystérieux de la terre endormie; l'hymne des ténèbres, porté par la brise,
ne modulait plus ses phrases à travers les orgues de basalte de l'Adrar Greboun.
Ce chant m'avait bercé jusqu'alors; il était à la fois doux et puissant comme une respiration, régulier,
puis tout à coup brisé, haletant. Parfois, il me caressait le visage, en écartait la fièvre et la
fatigue.
(Roger Frison-Roche - Sahara de l'Aventure - p.11)
Chaleur éprouvante. Christian D. s'est attaché un torchon de cuisine aux branches de lunettes pour lutter
contre la poussière. Il s'asperge avec son vaporisateur et glousse de respirer de l'air humide. Ça lui donne
un look de ribouldingue et il insiste pour que j'essaie tellement c'est bon.
Point 34, on a l'air d'être sortis des cailloux. Je croise une épave blanche, droite dans le sable, c'est
une grosse moto carénée, désossée, visible de 10 bornes.
⏯️
⏯️
On traverse une zone de fech-fech assez sévère. Heureusement, il y a un fort vent latéral, trop chaud
d'ailleurs, mais je me suis fait prendre par les fenêtres arrière ouvertes, c'est du vrai coton.
Point 35,
Butte Thierry Sabine
: 1 arbre mort, 2 arbres mourants, des cadavres d'oiseaux et une pierre gravée vaguement burinée. Mou pour
plantage.
Je viens juste de manquer de traverser Puthod par les portières : à 100 km/h, il a vu un caillou et il a
tourné. Moi j'arrivais derrière et on a eu très très chaud.
Point 36, au nord-ouest d'une bosse.
Point 37, je ramasse un plateau et une meule, le tout en granit gris plutôt grossier (je l'abandonnerai plus
tard à
Chiriet
avec ma selle de chameau…).
Point 38, bivouac en plein
Ténéré
, après un plantage de Puthod.
Carte IGN 1/1 000 000 Agadez.
Lundi 16 octobre
.
Départ cool. Puthod découvre une poterie presque entière. À 37 km du point de mire de l'
Arakao
, je roule à 70 km/h et passe à côté d'un truc à plat sur le sable. Demi-tour et je découvre
une Takouba
presque entièrement découverte, à peine oxydée, avec les vestiges en laiton d'un étui. La bague d'entrée de
l'étui est à sa place près de la poignée, la pointe aussi.
Puthod qui a conscience que nous avons beaucoup d'avance sur le planning, traîne lamentablement. Nous
finissons par le larguer avec un point grossier vers l'
Arakao
. On s'arrête aux premières dunes. Après 1h d'attente, quelqu'un monte sur un sif et le voit stoppé à 2 km.
On se rejoint et il nous fait le caprice ridicule parce qu'on l'a obligé à venir nous chercher…
Point 39, pique-nique dans l'
Arakao
. On est tous éparpillés, chacun sous son acacia. Le mien est complètement agréable, avec un petit air, pas
vraiment frais, mais petit air quand même, de l'ombre, de la bonne ombre.
Je me fais une sieste d'enfer. Dommage, car je loupe un couple de Toubous avec leur bébé qui ont fait du
commerce avec les autres. Ils ont quelques chèvres et un point d'eau, mais quelle solitude. En sortant, on a
rencontré plusieurs panneaux qui disent « réserve intégrale, défense d'entrer », en français seulement. Je
pense qu'il s'agit du sanctuaire d'addax.
⏯️
⏯️
On remonte au nord. Les abords de l'
Aïr
sont encombrés de dunes. On s'en écarte de plusieurs km à l'est. Il ne reste que des dos arrondis qui
passent bien. Puis le terrain s'anime et finit par se compliquer. Nous sommes prisonniers de couloirs
est-ouest.
Sur un sif, je plonge, un peu sur mes gardes. Ça passe bien et je fais le canard en sortant du trou par le
côté. Vittorio essaie ma trace, mais sans succès. Puis Puthod plonge et ne ressort pas. Michel suit et
s'enterre. L'entonnoir n'est pas assez grand pour tout le monde et la situation devient critique. Je me
sauve avant de me faire lyncher. Point 40, bivouac.
Mardi 17 octobre
.
Point 41, gassi avec 2 fois 2 petits bitards à l'est.
À 10h, grand spectacle. Puthod saute au fond d'un horrible entonnoir. Sortie en chemin de plaques en duo
avec Denis, et finition à l'Unimog. Remarquable. Plus tard changement de clown. Sur un sif, Puthod décide de
reculer, moi pas, mais je le paie cher : 3 fois les plaques.
Point 42, je suis au nord d'un petit bitard. On merdoie dans un dédale infernal, Puthod se fait un immense
entonnoir et maintenant, il est un peu fâché contre les dunes et on cherche à passer à l'ouest de
Chiriet
.
Derrière une petite dune, Puthod plante son pare choc dans un replis. Pelle et Unimog. Les mous deviennent
pénibles. Moi, j'ai dégonflé à 1,2, ce qui me fera 0.9 ce soir. Le Land fait une trace à l'arraché jusqu'au
gassi de bordure et je gagne une heure de repos.
Quand tout le monde est arrivé, on hésite à passer à la
source de Faris
, mais le courage manque, elle reste à 7 kil' dans la montagne. Puthod découvre dans ses cartons une superbe
carte au 200'000, avec un itinéraire qui date de 20 ans… Le couloir qu'on prend est parfait et nous permet
de rejoindre
Chiriet
sans problème. La lumière est bien belle.
Point 43, j'arrive sur le gassi de l'
Adrar Chiriet
. On traverse sans histoire, assez pressés comme d'hab'. L'ambiance est belle, les arbres omniprésents
forment de longs chapelets tentants. Des milliers de traces de chèvres, gazelles et chameaux traversent de
la montagne au puits à gauche. Au nord-est de
Chiriet
, on tombe sur 2 voitures. Puthod devient nerveux, il fait mine de ne pas les voir.
Point 44, Bivouac pourrâve au nord de
Chiriet
. Poussière et épines.
Mercredi 18 octobre
.
Ce matin, gros caprice de Vittorio qui manque de gasoil et d'eau - mais il ne manque pas d'air ni de garde
robe - Il veut descendre à
Arlit, Agadez ou Iférouane
, mais surtout pas continuer comme prévu. La situation se tend lentement, mais sûrement. Puthod se défend,
mais envisage de sauter
Temet
, ou de faire 2 groupes. Grosse pression pour savoir si je tiens toujours à
Temet
, mais je résiste. (Heureusement !).
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⏯️
Point 45, on est sur une piste qui semble-t-il mène à
Temet
, elle est lisse comme la main. Elle est dans une grande plaine qui occupe tout le nord du massif de
Chiriet
. Il doit se passer quelque chose dans la gorge qui part en biais SW, mais nous ne nous en approchons pas.
On joue aux indiens. On a vu 2 voitures qui sont parties quand on s'est approché. Ce ne sont pas les mêmes
qu'hier soir. Puthod défend la thèse du bandit caché dans les dunes, donc il se sacrifie en passant devant,
mais s'il klaxonne, il faut se sauver. Dès la fin de la grande plaine nord, de petits cordons nous
encerclent, mais la piste reste bien marquée dans un corridor en zigzag.
Point 46, c'est un petit verrou très sympathique avec des rochers au milieu, c'est probablement le début
d'un oued assez marqué, creusé en gorge. Au-delà, il reste quelques obstacles, mais sans difficultés, puis
tout se calme et devient lisse, quelques fois mou.
Nous roulons pleins pots. Le NautHilux ne peut pas suivre et se plante avec Michel. On les perd de vue,
personne n'attend. 30 bornes plus loin, on passe sous le nez de 2 voitures garées sur une dune. Puthod
s'arrête un peu plus loin. On attend nos collègues 1h. Les autochtones nous repassent.
On arrive au bord d'un vaste effondrement dans lequel on plonge sans état d'âme. Le début est bon, mais
lentement, ça se transforme en piège. Tout le fond est horriblement mou, il faut tirer sur les tripes du
Land. Les traces sont inutilisables, Puthod se plante et on se retrouve tous un peu essoufflés sur le bord
sud légèrement dur.
Un erg se forme lentement et nous restons dans un corridor très mou. Une sebkha pleine d'arbres nous offre
un peu d'ombre. Je suis sûr d'être dans un cul-de-sac, très fâché de ne pas voir
Temet
.
Je n'ai obtenu que de vagues indications sur la localisation de ce coin et j'ai l'impression que Puthod ne
sait plus où c'est. Les traces continuent et nous aussi. Je ne peux pas croire que nous pourrons avancer
plus de 300 m dans ce décor complètement fermé.
Les bords du corridor montent de plus en plus haut. On aborde une chicane dans un fond d'oued raviné. Les
arbres s'installent, l'oued serpente joliment d'un bord à l'autre et la vallée devient absolument splendide.
Le soleil joue à cache-cache pour augmenter le contraste quand il se montre.
Nous trouvons 1 vieux Range et un HJ60 sous un arbre : Un guide d'Agadez (
Abal voyages, Warta Almoustapha
tél. 227 44 02 91, BP 75
Agadez Niger
, dit être le neveu de Mano Dayak) + chauffeur et cuisinier accompagnent 2 couples, 1 Belge en fin de
contrat et 1 VSN.
Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis.
(Antoine de Saint-Exupéry / Citadelle)
Il est 15h, la lumière devient irrésistible, j'attaque la dune nord en plein cagna. Je monte 300 m en ¾ h,
mais quel décor. La dune sud-est éclairée de profil et l'ombre souligne tous ses festons. Je découvre la
vallée qui longe le
Mont Gréboun
, elle est très belle et attirante, je surplombe tout l'erg et sa lumière dorée me rend fou. Photo
magnifique de la
passe de Temet
, avec le VSN en profil sur le sif en contrebas : grand grand souvenir !
Tout se passa comme prévu. Nous quittâmes la vallée heureuse où galopaient les gazelles, et pénétrâmes
dans le cañon du Greboun, encombré de végétation arborescente - tamaris, ficus, acacias, plantes
grimpantes -, faisant fuir devant nous deux antilopes Ariel à peine effarouchées. Le sable mou nous
obligea à « craboter » nos véhicules, puis un amoncellement de blocs de basalte nous força à nous arrêter
entre deux hautes murailles verticales, dans un décor digne de l'Atlantide. Enfin un ressaut rocheux
interdit tout passage.
(Roger Frison-Roche - Sahara de l'Aventure - p.32 - l'ascension du Mt Greboun, 1960)
Le Belge me rejoint lentement, puis Vittorio et Lucia, puis le VSN. Le soleil tombe et il faut descendre. En
bas, la sympathie s'installe, Paolo et Vittorio achètent du gasoil (20l à Paolo et 50l à Vittorio !!!), le
guide explique les formalités, la feuille de route est indispensable et sans elle l'armée régulière ramène
tout le monde à
Agadez
pour 1 semaine de tôle avant éjection.
Au sommet de la dune, j'ai proposé au VSN de venir recharger sa batterie de caméscope vers le Land, ils
viennent à l'apéro et sont sciés par le matos. Ils parlent de la misère de
Niamey
. Puthod fait l'article auprès du guide et me demande une démo.
Je promène
Warta
dans OziExplorer, le moving map et le track log, mais il en est triste, car il pense que le métier de guide
fout le camp.
Point 47, bivouac de
Temet
.
Carte IGN 1/1 000 000
Azaoua
.
Jeudi 19 octobre
.
⏯️
⏯️
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Au petit matin, à la fraîche, je monte la dune sud, 350 m en 40 min. La lumière est laiteuse, ça n'a plus la
même allure. Je savoure une des 3 oranges embarquées pour ce voyage.
Après moult palabres, nous partons par le corridor entre la falaise et l'erg, plein nord. Puthod craignait
un passage d'enfer, mais il n'en est rien. Au contraire, c'est une vallée splendide. Le vent se lève un peu.
Point 48, on sort du corridor et on débarque dans une grande plaine avec des blocs de granit gigantesques et
bien ronds dans un décor de vent de sable, ça va barder.
À fond dans le
Ténéré
, tous les repères ont disparu, Puthod est en zigzags continus, le vent forcit, le NautHilux essoufflé
disparaît par l'arrière, ambiance dantesque.
Point 49, c'est la
Balise 18 de la Pointe Berliet
. Tous les cailloux alentour sont en jaspe vert de gris.
Le point 50 ressemble tout à fait à une balise. À 350 km de la frontière, Christian D. pleure, car il ne lui
reste plus que 15 l, il attend qu'on lui en passe. Je lui passe 35 l un peu plus loin et 25 l le lendemain.
Nous sommes dans des conditions idéales pour Puthod, je ne vois même plus la voiture de tête, elle doit être
à peine à 500 m.
Point 51, bivouac en
Algérie
.
Vendredi 20 octobre
.
Point 52, quelques dunes, ça fait 3 moutonnements. Il y a déjà eu un peu de pluie cette nuit, mais là, j'ai
quelques gouttes sur le pare-brise, j'attends avant de mettre les essuie-glace, mais ça va peut-être se
faire.
Point 53, goudron à
Djanet
, sur la route de l'aéroport, qui est probablement 5 km avant.
Nous débarquons vers 10 h du mat. On se jette sur l'épicerie, j'y trouve du raisin, des citrons des tomates.
Tout est calme. Un peu de difficulté pour avoir les tampons police. Il faut revenir plusieurs fois. La
douane est formidable.
Je téléphone avec difficultés, puis je me fais un restau très sympa avec Christian D. (en face des
taxiphones). Cet indien, pour éviter de décharger sa voiture, me fait transporter du gasoil et inonde mes
coffres avec.
Très bon accueil à
Djanet
, comme l'an passé. Les formalités pendant la prière du vendredi, la douane est revenue pour nous, la police
est retournée chercher le gars du tampon. Ils ont vraiment envie que nous soyons contents et nous le sommes.
On donne
Illizi
comme itinéraire, croyant simplifier le débat. Pas de chance. Un déluge s'est abattu sur le
Fadnoun
, la route toute neuve est partie, séduite par l'oued en crue. Nous ne pouvons pas quitter la ville avant
plusieurs jours. On leur explique que nos bagnoles sont braves, qu'on sera patient, qu'il faut voir… Ça se
tasse, mais on ne peut même pas faire confiance au désert, le voilà en crue !
À
Djanet
, mon compteur est à 2 258 pour 330 l de gasoil (14,6 l/100) j'ai payé 4 000 dinars. J'avais changé 500
balles pour environ 5 500, mais il me manque 1 000 DA, je ne sais pas où ils sont passés. Le gasoil est à
11,75 Dinar, le Dinar est à 9 centimes, donc le gasoil est à 1.05 FRF/l.
Je m'offre une douche à 100 dinars (9 FRF). Puthod traîne en ville, il n'est pas pressé de partir, il traîne
à la terrasse du bistrot et se réveille lorsque je lui dis que la nuit tombe dans ½ heure. On tente de
sortir, mais une tornade de vent et pluie nous en dissuade vite. Il faut dormir en ville. Puthod propose le
camping extérieur, Vittorio et les autres, celui qui est en ville. Séparation.
Le proprio débarque avec son profil d'affairiste et nous laisse la nuit gratos, Puthod est aux anges.
Christian D. revient car le camping du centre ne lui plait plus. Le camp est désaffecté et sale. Je monte la
tente dans une cabane façon
Iherir
pour ne pas prendre la poussière et les bestioles qui tombent de la paillote, j'ai crevé de chaud et bouffé
de la poussière toute la nuit.
Point 54, bivouac au
camping de Djanet
.
Samedi 21 octobre
.
⏯️
Avant de quitter la zone, on essaie de trouver
la vache qui pleure
, mais sans succès. C'est nous qui pleurons.
Point 55, on lâche le goudron. On a eu la pluie avant
Djanet
, puis à
Djanet
avec éclairs, tonnerres pendant la nuit et maintenant en sortant, il pleut encore.
Point 56, sur une dorsale des
Monts Gautier
. On fait les canards, on se marre bien. J'explore 2 passes limites pour les Toys, on recule, on se plante
et je trouve un joli escalier en dévers, réservé à ceux qui ont leur deuxième étoile. On trouve en face un
joli bivouac intime et vaste, hérissé de chandelles, avec des gravures assez rustiques.
Point 57, bivouac de l'hirondelle.
Dimanche 22 octobre
.
Une hirondelle tourne éperdument autour de nous et fini par se poser sur le plateau du Def'. Elle n'a plus
peur de rien. Je m'approche lentement et lui tends quelques gouttes d'eau dans le bouchon d'une bouteille.
C'est bien ce qu'elle attendait ! Elle était quasi morte de soif. Quelques instants d'extase…
On s'en va vers le
Kilian
par de grandes plaines avec des cailloux ras, quelques passages un peu encombrés. Puis, nous trouvons de
grandes plaines en sable dur, sans difficultés, mais aussi sans intérêt.
Il y a maintenant une putain d'ambiance, j'ai mis la musique, mais le
Kilian
est encore un peu loin, encore que je voie des dunes qui s'approchent.
On finit par trouver des dunes, courtes et molles. Peu de paysage. À midi, on pique-nique sur une bosse, on
voit manifestement une belle piste qui passe à 200 m au nord, mais Puthod fait semblant de ne pas la voir et
on contourne tout le paquet par le sud.
Point 58, je rentre dans l'
erg Kilian
. Mille excuses Antonio, il y avait des dunes et j'ai dû écouter le turbo, mais vas-y maintenant, c'est à
toi.
En fin d'après-midi, on se fait coincer entre l'erg et une dorsale rocheuse. Tout est mou. Puthod se jette
dans l'erg avec courage, mais à la sortie le NautHilux est absent. Je me dévoue après ¾ h d'attente et
retrouve mon collègue dans une galère d'anthologie. Malgré moi, mes conseils sortent avec la voix du
commandement et sont destinés à transmettre un peu de vigueur à ce véhicule pitoyable.
Point 59, bivouac au bout du
Kilian
. Coin superbe, le Sprite est pris sur le dernier dôme plein ouest, grosses lunettes, fauteuil,
walkman
(j'ai mis le lien sur la définition, au cas un p'ti jeune s'égare dans ce texte) avec Antonio. Vittorio
part en jogging et se métamorphose en puceron insignifiant dans le décor.
Lundi 23 octobre
.
Point 60, au nord d'un beau bitard avec du sable. On commence à s'immiscer dans un massif, avec des
montagnes un peu partout. Juste après le point 60, Puthod s'immobilise et sort les jumelles. 2 Toys nous
foncent dessus et nous encerclent à fond la caisse. Mitrailleuses braquées, 6 hommes par voiture, c'est
l'armée qui veille.
Ils ne cherchent pas le contact et on est obligés de leur courir après pour leur dire bonjour. On continue.
Ils sont logés en 2 voitures pour 20 bonhommes, très légers et très mobiles, ils sont sans doute de temps en
temps ici et ailleurs, n'importe où.
Point 61,
Monts du Métal
par le travers.
Beaucoup de longueurs interminables, on accroche un oued assez roulant. Je commence à entendre ronronner mon
train arrière. En arrivant sur le plateau qui borde le
Tin Tarabine
, j'emmène Puthod pour lui faire entendre ce bruit. Rien.
⏯️
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Point 62,
arche au bord du Tin Tarabine
, belle dans sa solitude.
Beaucoup d'angoisse, j'ai un affreux bruit dans le pont arrière, je me demande ce que c'est, peut-être un
roulement, ou la pignonnerie. C'est venu lentement, puis tout d'un coup, j'ai entendu le pont arrière
croquer quelque chose - bruit très désagréable. Je me suis mis à 20 km/h. J'ai mis 2 fois le cric pour
écouter. La deuxième fois le bruit de casse a disparu, et j'ai pu rejoindre le bivouac à 60 km/h, mais
j'attends l'explosion à chaque instant.
Point 63, bivouac. Forte discussion. Il y a des partisans d'ouvrir. Et moi je ne veux pas. Il me semble que
la rémission est possible et démonter juste pour voir ne me plait pas. Je tiens tête à tout le monde et je
finis par expliquer à Vittorio que j'ai compris ce qu'il voulait, mais qu'il lui reste à comprendre ce que
moi je veux.
La discussion s'arrête là. Je sais qu'en cas de casse, je peux désaccoupler le pont arrière, mais que je ne
ferai plus rien en sable. Puthod est incapable de me décrire la suite, il lui semble qu'il y a du sable dans
le
Tadant
mais…
Ma décision est prise : rejoindre le goudron au plus près ! Puthod ne m'est d'aucun soutien, il attend
calmement que je me tire… Je n'ai rapidement aucun espoir qu'il m'escorte jusqu'au goudron. C'est sa façon
"d'assister" ses clients : chacun sa merde. J'ai du mal, mais je prends la décision d'y aller seul.
Mardi 24 octobre
.
Lever maussade. J'allume OziExplorer de bonne heure et je calcule les distances de sortie. 150 km jusqu'à la
piste Tamanrasset - Ingezzam
, 220 km pour
Tamanrasset
, 1 800 jusqu'à la
frontière tunisienne
…
Je roule à l'économie. Je me gare dès qu'il y a du sable et j'attends que mes collègues reviennent de leur
visite de la Tagrera que je n'ai pas osé faire.
Lentement l'évidence émerge : le Land n'est pas mort, mais je ne peux lui demander de faire le
Tadant
, le
Serkout
et d'aller hors-piste à
Bel Gebbour
.
Je dois rentrer par
Tamanrasset
… Il me reste à obtenir des infos de Puthod pour rejoindre
Tam
.
Je finis par être précis. La piste dont il me parle n'est pas dans mes documents, celle dont je lui parle
contourne
Tin Tezedjnet
par le sud et qui est dans la Michelin, n'existe pas selon lui, donc je veux qu'il me dépose sur une piste
claire. Il m'accompagnera jusqu'à trouver une piste.
Christian D. propose de m'accompagner. Partagé entre lui flinguer le reste de son voyage et le soutient
qu'il me propose, j'accepte volontiers sa proposition.
Nous sommes alors dans la
Tagrerra
, probablement dans sa partie la plus somptueuse au sud d'
El Ghessour
, la lumière est splendide, quel dommage…
Point 65, aiguilles magnifiques, il se décide enfin, je quitte le groupe. Je bâcle les adieux et 30 min plus
tard, on trouve la piste par
In Abeggui
. Elle est balisée par des fûts de 200 l, mais les traces ont plusieurs dizaines d'années.
Point 64, point sur piste fixé avec OziExplorer contre l'avis de Puthod.
Au moment de me lâcher, Puthod me suggère de bivouaquer dans les aiguilles qu'il a vues le matin et qui nous
tendent les bras. Je suis trop tendu pour l'envisager, c'est dommage. J'ai besoin d'éprouver ma nouvelle
solitude, de bouffer du km, de me rassurer sur l'état du Land, de me rapprocher d'une trace de vie.
Je fonce à 80 km/h dans l'oued
Tagrerra
sans rien voir. Au bout d'un moment, je fais une petite concession, un détour de 100 m vers une arche trop
petite. Je me force à la photographier, mais le cœur n'y est décidément plus.
En fait, je rentre. La piste est vraiment très facile, elle fait un large détour SW pour éviter une zone de
sable et d'aiguilles de 25 km, puis elle saute un petit col mou et le décor devient plus sévère. Plus de
sable, mais des cailloux, plus d'aiguilles mais des bosses et des ornières.
Je me rassure sur mon Land, je l'éprouve, je me dis qu'il va rentrer. Christian D. suit de loin. Au moment
du bivouac, il suggère une montagne à l'horizon. Elle me paraît inaccessible, à 15 km. Je fais l'effort.
Caillasse, fond d'oued, hors-piste sévère que je vis comme une épreuve. On aboutit à un sablé convexe qui
nous dissimule, à condition de rester dans la pente. Christian D. y tient, je m'installe. Je pars chercher
deux gros blocs à mettre sous mes roues pour dormir horizontal.
J'en empoigne un et je découvre alors une hache polie dans une pierre locale, gris sombre avec des reflets
verts, voir bleu. Je repose mon bloc et ramasse la hache.
Je félicite le Djoudjou pour l'accueil et à 10 cm de la première, je trouve une deuxième hache polie plus
petite, même forme, même pierre, mêmes félicitations. Je remue tout le pierrier alentours, Christian D.
aussi, mais en vain.
Point 66, bivouac en remontant sur
Tam.
.
Carte IGN 1/1 000 000 Tamanrasset.
Mercredi 25 octobre
.
On rejoint la piste facilement en 3,5 km par un petit oued dégagé, je me libère de quelques fantasmes. La
piste, toujours aussi peu fréquentée nous propose quelques épaves de 30 à 50 ans. Elle devient floue, les
fûts se dispersent, j'ai besoin de beaucoup d'attention pour ne pas la perdre. Puis, elle se borde de
cailloux des 2 côtés, tirés au cordeau, ça sent le travail du colonisateur.
Point 67, jonction avec la
piste d'In Guezam
, sans cérémonie, juste une ruine minable en plots de 4 m². La piste se déroule dans un oued boisé très
agréable. Puthod m'a raconté de telles horreurs, que je suis inquiet de rencontrer quelqu'un. Ça se produit
quand même, je serre les fesses, je surveille le rétro… mais tout est OK.
⏯️
Point 68, goudron, à 53 km GPS de
Tam.
Le goudron est une délivrance, mais courte. Il est tellement dégradé qu'il faut circuler dans le sable à
côté. À l'entrée de
Tam
, Christian D. trainasse. J'ai bien compris qu'il fera tout pour acheter des œufs à
Tam
. Je lui dis que je suis d'accord et qu'il est libre, mais que je ne l'attendrai pas et qu'il peut toujours
me rattraper sur la route nord.
Je traverse Tamanrasset à 15 km/h. Tout est calme et propre. Des flics en grand uniforme bleu et blanc font
la circulation. Je perds Christian D. ! je sors et prends le nord calmement. Au moment du pique-nique, je
retrouve Christian D. dans le rétro : il n'a acheté que du pain et a filé aussitôt. Je suis encore sous le
coup des mauvais présages de Puthod qui voit des bandits dans chaque être humain. J'ai fui Tam bêtement.
J'aurais dû m'arrêter dans un bistrot vu à l'angle d'une rue, j'aurais dû prendre
l'Assekrem
, j'aurais dû croire à mon Land…
On se fait virer sèchement du pique-nique par 2 militaires en armes venus nous dire en rigolant que le
commandant ne rigolait pas. On décroche pour se cacher plus loin dans un oued. Route sans histoire, goudron
propre dans cette zone, police à
In Amguel
. On bivouac dans un joli oued herbu à 120 km d'
In Ecker
(centre colonial Français des expériences nucléaires, hyper pollué…) et 80 km d'
Arak
.
Point 69, bivouac des gazelles.
Jeudi 26 octobre
.
⏯️
⏯️
Gorges d'Arak
à la lumière du matin. Splendide. Je n'ai même pas le reflex photo. Les pluies récentes ont tout défoncé. En
bas, je remarque une grosse bête, lourde qui cavale à 45° de la route pour passer devant moi. C'est un
mouflon
avec une barbiche qui traîne par terre. Il court assez lentement, les 2 pattes avant plutôt raides, ce qui
l'oblige à secouer fortement la tête, c'est très typique.
Contrôle de l'armée à
Arak
. Discussion sympa avec le préposé. Ils ont capturé une petite gazelle la veille. Elle est derrière le
grillage, elle a à peine quelques semaines.
Le goudron se dégrade sérieusement. La chaleur monte. À midi, on se promet de pique-niquer sous le prochain
arbre que l'on trouve 120 km plus loin. À 500 m du goudron c'est immonde. On se barre pour rêver d'un restau
à
In Salah
qu'on atteint vers 15 h. On remue le bled qui est sale, sans succès. Même Christian D. renonce. On se tire,
on mange sur le pouce dans une culture face à l'aéroport. Et on continue.
Pas longtemps. Le barrage nous stoppe. Il faut attendre le convoi demain matin.
Nous sommes à la fin de la guerre civile avec le Front Islamique : la police ne prend plus aucun risque,
surtout pas avec les étrangers ! Rien à faire. On retourne en ville, on s'inscrit, on essaie d'amadouer
l'inspecteur. C'est foutu. On va se perdre dans l'oasis. On visite le souk, très animé, surtout des légumes.
On s'installe au bistrot et en faisant du change, on fait connaissance avec le patron, un ancien
fonctionnaire qui a fait de la tôle pour corruption - mais injuste - Baratineur intarissable, il finit par
nous inviter à son fast food, à côté de sa salle de jeux…
On fait connaissance avec le préfet qui achète des gâteaux pour sa fille, tout baigne. Il nous conseille
d'aller dormir vers le barrage pour être sur place le lendemain. Ce que l'on fait.
Vendredi 27 octobre
.
Lever à 6 h 30 pour ne pas rater le départ. À 7 h personne. À 8 h non plus. Vers 9 h le planton nous
conseille d'aller en ville. On trouve l'inspecteur qui nous conseille de remonter par la route de Reggane
(détours de 450 km). Christian D. développe son argumentaire « plus d'insuline pour Marylène » et Marylène
rouspète chaque fois qu'il lui dit d'exhiber sa pompe à insuline pour faire fléchir l'adversaire.
On cherche le préfet qui se cache et nous envoie chez les militaires. On fait le siège devant la case du
colonel qui se pointe au bout d'une heure. Il a l'air fâché d'apprendre qu'on existe. Il dit que c'est le
préfet qui doit trancher. Il se décide enfin à aller le voir. On arrive juste au moment où le préfet se
tire… En ½ seconde ils nous ont dit de nous barrer sans convoi. C'est vraiment des pourris de merde. C'est
vraiment une soupe de merde avec des papiers de trou du cul.
On est monté sur le
Tademaït
, formidable plateau défendu par une falaise immense et maintenant, je circule dans les flaques d'eau ce qui
est un peu hallucinant. Il a dû faire un bel orage cette nuit. J'ai l'explication des éclairs que je voyais
hier soir depuis le barrage. Je me fais les flaques comme un gosse, juste pour les éclaboussures. La route
est bonne. La liberté retrouvée est savoureuse. Beau panorama en arrivant à
El Goléa
, très belle oasis vue de dessus.
Le soleil baisse sur l'horizon. Nous survolons des dunes à basse altitude, planons sur l'immense oasis et
nous posons entre une allée de palmiers et une barrière de sables sur le long terrain d'El-Goléa.
Nous sommes à huit cents kilomètres au sud d'Alger! A vol d'oiseau, comme de juste…
Le soleil s'est escamoté derrière l'Erg, mais il éclaire encore, à l'extrémité de la plaine, vers le
nord, trois grandes dunes pyramidales, bien détachées, ayant en premier plan un bouquet de palmiers
solitaires :
« Les Pyramides! dira quelqu'un… c'est étonnant de ressemblance ! »
(Roger Frison-Roche - Reportages africains - p.95)
Barrage. Il faut s'inscrire à la police en ville. Il faut rouler en convoi. On se précipite. Gasoil sans
problème. Police sans problème, c'est l'armée qui organise les convois, juste en face. Impossible de rentrer
à l'armée. On discute avec l'adjudant. Impossible. Christian D. sort le grand jeu de l'insuline, Marylène va
mourir, on va téléphoner à l'ambassade…
Il nous envoie à la gendarmerie. Défense d'entrer. Peu de palabres. Impossible. On retourne chez les
militaires et on commence à faire du bruit. Le ton monte de part et d'autre. Le capitaine, sans nous parler
ordonne à la gendarmerie de nous convoyer sans délais. Retour chez les gendarmes qui se préparent sans mot
dire. Casse-croûte sur le pouce, un gendarme nous donne du pain frais, un autre une boîte de conserve de
fromage en pâte. En jouant avec mon téléphone, j'atteins
Villard
et la situation est cocasse car je décris la manœuvre en temps réel. Je raccroche pour sauter dans la
voiture.
Les gendarmes ont sans doute été un peu énervés, car on se retrouve à 120 km/h, 1 HDJ devant et 3 derrière,
5 hommes en armes dont l'un saute avant chaque arrêt pour couvrir le convoi. Le barrage est franchi à fond
au gyrophare bleu, ce qui ravit Christian D. : c'est son plus beau souvenir de vacances. Ils nous jettent au
poste suivant d'
Hassi Fahix
, fin de leur zone.
Il est passé minuit. Branle-bas de combat dans le petit poste, discussions fébriles, croyant au prochain
convoi, on répète que Marylène va mourir, on réveille tout le monde au téléphone et… on est libres.
Pour ne fâcher personne, on fait mine de continuer. Et 10 km après le poste, on se planque dans la
végétation. Nuit froide et humide, j'ai monté la tente. La route est bruyante. Point 70, bivouac.
Samedi 28 octobre
.
Levés de bonne heure, on reprend la route. Barrage. On nous envoie au poste. Je les trouve bizarres.
Questions sur notre bivouac. Ils ont été prévenus au téléphone cette nuit et ne nous voyant pas arriver, ils
ont réveillé le commandant qui se ronge les sangs depuis car c'est une sale histoire : 3 touristes disparus
dans sa zone, quelle malchance. On se barre de cette ville de fous.
La circulation devient plus dense et à 50 km au sud de
Ghardaïa
, je croise un chasse-neige. Un bel Unimog avec une lame en travers, qui ne va peut-être pas si mal pour le
sable sur la route. Ça fait un choc.
Point 71, carrefour
Ghardaïa Ouargla
.
Arrivé à
Ouargla
oasis semblable à celle d'
El Goléa
, vue splendide sur la palmeraie avant la rupture du plateau. Poulet frite à
Ouargla
dans une ville besogneuse, très occidentale. Très beau décor vers la sortie, grandes dunes, lac bleu profond
dans un écrin de palmiers, flamants roses…
J'abandonne Christian D. À
Touggourt
, impossible de l'empêcher de monter sur
Alger
. Je le retrouve à
El Oued
. La zone est calme, mais il y a un barrage à chaque brin d'herbe.
Je prends 3 stations-services entre la douane et El Oued au cas où.
Point 72, station-service de
Debila
.
Point 73, station-service de
Hassi Khalifat
.
Point 74, station-service de
Taleb Larbi
, juste 100 m après la douane.
Formalités cool à
Taleb Larbi
. Christian D. a perdu sa déclaration de valeur. Il signe une déclaration sur l'honneur…
Idem à
In Azaoua
.
Hôtel à
Nefta
. Christian D. enferme ses clés sur son siège. Séance de pêche à la ligne avec un fil de fer dans
l'interstice de la vitre et un matos d'enfer. La douche est tunisienne, c'est-à-dire déglinguée. Je noue la
pomme d'arrosage avec mon slip…
Dimanche 29 octobre
.
⏯️
Réveil en douceur. P'tit déj. Cool. Je parle bateau, horaires. Je ramasse un N° de téléphone sur le billet
des Christian D. A 8 h 20, j'apprends qu'il y a un bateau cet après-midi 15 h et plus rien jusqu'à mercredi.
Je bise Marylène et saute dans ma voiture. Départ 8 h 30. Après ses bruits du
Tin Tarabine
, mon Land se transforme en voiture de course. 5 h pour 520 km… J'ai 1 h d'avance.
Lundi 30 octobre
.
Marseille
, son port en travaux, sa douane inefficace, son autoroute déviée, quelle joie de retrouver son pays. C'est
quand même plus moral de râler contre l'organisation de son propre pays plutôt que celui des autres.
À droite, c'est la vidéo de ce que j'ai manqué filmée par les copains.
Une fois à Villard, je prends contact avec le garage Ducros qui ausculte mon beau Def' : Il le monte sur le
pont et trempe le doigt dans l'huile de pont arrière et le ressort tout brillant de paillettes métalliques
magnifiques…
Les jours, sinon les minutes du pont arrière étaient comptées… Merci à toi Oh Grand Djoudjou, car sans toi
rien n'est possible ! tu me l'as montré de nombreuses fois dans ce voyage.