Le site rupestre de l'oued Blaka, dit « du sous-marin »

Extrait de Mission Ténéré — Roger Frison-Roche (p. 14...)

Le site rupestre de l'oued Blaka, dit « du sous-marin », a été découvert le 24 août 1956 par deux officiers méharistes de l'infanterie de marine du groupe nomade de Dao-Timni, en reconnaissance dans le plateau du Djado. Ce jour-là, le lieutenant Lamothe et son compagnon le lieutenant Moreau s'arrêtent dans le lit de l'Enneri Blaka, au pied d'un étrange rocher.

Bien qu'il n'y ait alentour ni pâturages pour les chameaux, ni bois, ils décident, séduits par l'étrangeté du site, de camper en cet endroit. Un vaste abri sous roche sur le versant nord offre un coin idéal. Cependant que les méharistes forment le carré, les officiers font le tour du rocher et bientôt découvrent, au-dessus de l'abri sous lequel ils s'étaient arrêtés et dans une niche dominant d'une quinzaine de mètres le niveau de l'oued, une peinture représentant une « biche-robert » ou antilope damas, peinte en bicolore ocre rouge et blanc et dessinée avec un réalisme frappant. Alertés par cette découverte, ils fouillent alors les autres abris et le versant sud du rocher.

Sur celui-ci et à hauteur du premier épaulement du « sous-marin », ils aperçoivent une série de personnages peints de 10 à 25 centimètres de hauteur, s'allongeant en fresque sur trois mètres cinquante de largeur ; la peinture est monocolore ocre violacée. Toute l'attention des officiers fut concentrée sur ce rocher, mais elle ne s'étend pas au-delà des relations immédiates des deux officiers.

Il faut le passage de la mission à N'guigmi, la rencontre avec le lieutenant Le Goff, compagnon de Moreau, pour que nous décidions d'aller prospecter le site.

Confirmation et description par Frison-Roche

À 15 heures le canyon du Blaka ayant retrouvé sa solitude, Montangerand et moi commençons notre travail. Tout d'abord, nous confirmons qu'il n'existe que deux groupes de fresques :

  • La grande fresque aux petits personnages représente sans doute une scène d'offrande et d'hommage à deux seigneurs dessinés à une échelle beaucoup plus grande. Des bergers mènent des bœufs au sacrifice, des danseurs ou des rabatteurs entourent du gibier ; les allégories sont vagues, très primitives, sauf pour une chasse au mouflon bien conservée et qui parle d'elle-même.
  • Le second groupe comprend la fameuse biche-robert en deux couleurs, magistralement peinte, et en ce même lieu, mais plus effacée une autre peinture de même facture représente en plus petit une autre antilope.

Quant aux gravures, elles sont très nombreuses et se répartissent sur deux et même trois étages de la paroi nord du « sous-marin ». Elles appartiennent à plusieurs époques, allant de l'incision néolithique en V, très profonde, très ancienne, accusant un dessin parfait et exécuté avec maîtrise, jusqu'aux très vagues rupestres libyco-berbères datant tout au plus d'une dizaine de siècles en passant par la période dite du « martelage », déjà dégénérée.

Source : Roger Frison-Roche — Mission Ténéré , p. 14...