La Haute Route Chamonix - Zermatt et quelques variantes

Si tu n'es pas vraiment obstiné, passe ton chemin, tu souffriras moins ...

Récit de mes différents parcours sur ce raid mythique entre Chamonix et Zermatt .

En podcast :
Illustré :
Vidéo Zermatt

1966 : La tentation

Chamonix - Col du Chardonnet - Val d'Arpette - Orsières

Jean-Pierre, le copain de mon grand frère Gérard, avait une forte envie de refaire la Haute Route.

Le col du Chardonnet, versant Argentière
Col du Chardonnet avec Jacquot et JP Moro (1966)

Ils l'avaient déjà réussie, de manière épique par la cabane Bertol, après un blocage météo.

Ses copains d'alors ayant été happés par la vie active, il nous proposa, à Jacquot et moi de l'accompagner.

À 21 ans et néophyte sur ce parcours, on ne refuse pas ce genre d'invitation.

Je faisais déjà, à l'époque, lors de mes vacances d'étudiant en hiver, le job de pisteur secouriste aux Grands Montets et cela m'ouvrait de grandes ambitions en ski de randonnée.

Aussitôt dit, aussitôt fait, et nous partîmes confiants, avant d'être rapidement trahis par le sort : La météo, cette déesse capricieuse, nous tomba dessus dès le premier jour pour bien démontrer l'emprise qu'elle avait sur ce parcours.

Sans maîtrise de nos emplois du temps, nous étions contraints de « choisir » les vacances de Pâques comme période, et évidemment, cette foutue déesse ricanait abondamment en voyant cela. Le premier but fut pour elle, mais ce n'était que le début de l'incubation.

Nous avions quand même passé une nuit au refuge de Trient dont je revois encore la splendide terrasse en pierre de taille, puis le lendemain, la descente sur le col des Écandies, le magnifique Val d'Arpette. Champex, le lac, et la descente sur Orsières encore skiable. Mais il fallut renoncer à Bourg Saint Pierre.

Je n'ai que 2 photos de ce premier périple. C'était l'époque des diapos ... et de leur prix, souvent hors de portée d'un étudiant. Mais la vie m'a permis d'y retourner 50 ans plus tard, en avion biplace avec Bernard, et de faire des centaines de photos (numériques) de tous ces parcours.

Col du Chardonnet et sa descente sur le Glacier de Saleinaz (à droite), insérés dans le fabuleux massif du Mont Blanc, vu d'avion en 2016
Col du Chardonnet, entre les aiguilles d'Argentière et du Chardonnet, surveillés par la Verte et le Mont Blanc Col du Chardonnet (en bas à droite) et son mentor, l'Aiguille du Chardonnet, en avion une fin d'après midi de décembre 2016 Col du Chardonnet versant Argentière
Le Plateau de Trient au centre, la Combe d'Orny part directement du plateau vers la gauche, le Col des Ecandies part à gauche un peu plus bas que les 1er séracs, la Fenêtre d'Arpette est plus bas sous l'aile

1967 : Le virus commence ses ravages

Chamonix - Col du Chardonnet - Val d'Arpette - Orsières

Après une année d'impatience, nouveau départ et fine équipe : Jacquot, l'Aludre, Alain dit « le petit » et moi. Cette fois, il y a de l'envie ! et une revanche à prendre. Hélas, la pétasse de météo marque encore le point. Et plus rageant encore : au même endroit. Les photos sont en noir et blanc, développées gratos par Jacquot, donc légèrement plus nombreuses. Mais pas encore de quoi faire un site web. Le parcours est identique et les souvenirs eux sont un peu cuisants.

L'Aludre L'Aludre L'Aludre Jacquot
Alain l'arrivée au col du Chardonnet, versant Argentière La descente du col du Chardonnet sur le glacier de Saleinaz

Remarquez que la descente du col du Chardonnet sur Saleinaz se faisait en ski à l'époque, alors que maintenant, c'est un rappel compliqué.


1967 : Rebelote : J'emmène la famille

Chamonix - Col du Chardonnet - Combe d'Orny - Orsières

On est (peut-être) au Col du Chardonnet Danièle sur la terrasse de la cabane du Trient Le Trident, Tête de Biselx, Aiguille de la Varappe, Grande Fourche

La tentative précédente a échoué : tant pis, je recommence avec la famille.

On part sur le week-end du 1er mai, en bande organisée : Danièle, Jean-Philippe, Brigitte, Bernard, Fred et moi jusqu'à Orsières, et les 3 derniers plus loin si affinités. Les rares photos sont de Pierre (Merci Pierre, je n'en trouve aucune dans ma collection).

On a passé la nuit à la cabane du Trient, puis on a cherché la combe d'Orny pour atteindre Orsières. La neige nous a manqué pour atteindre Somlaproz, et on en voit certains sur les photos en baskets dans l'herbe. On voit bien d'après la description de Gemini que j'étais encore bien loin du génie de l'itinéraire ...

Et surprise, la météo, cette déesse décidément calamiteuse, nous contraint à l'abandon.


1974 : La ruse anti météo

Bourg Saint Pierre - Cabane Valsorey - Bourg St Pierre

C'est la quatrième tentative, et on commence à comprendre que la météo est notre ennemie jurée. Mais on est rusé, et pour la prendre de vitesse, on décide de sauter la première étape que l'on commence à connaître sous plusieurs variantes. On rejoint donc Bourg Saint Pierre en auto, on dort chez l'habitant, et on passe à l'attaque.

1974 - Bourg St Pierre Valsorey En route vers Cordonne Grand et Petit Vélan Self service

L'enneigement n'est pas top, mais c'est pas grave, on sait marcher dans l'herbe. Un peu plus loin, les cailloux s'installent et grossissent, pas de problème, on les contourne. L'itinéraire se complique sous le regard narquois du Vélan, pas de souci, on est patients.

Mont Vélan Vers les Chalets d'Amont Torrent de Valsorey la cabane est en vue

Bien, on arrive quand même au pied du mur de Valsorey , et on constate que cette chienne de météo a découvert notre projet, et nous a enveloppé la cabane d'un joli nuage gris qui nous descend lentement dessus. Et nous voilà en train de chercher éperdument cette cabane qui a disparu sous un voile et que nous ne connaissons pas encore, alors que le crépuscule approche à grands pas...

On la trouve de justesse, et on s'y abrite illico. L'ambiance redevient formidable, et on redécouvre le confort et l'authenticité de ces cabanes suisses du C.A.S. : Pierres de taille, doublage intérieur complet en bois, patiné par de nombreuses années d'entretien et de fumées de poêles à bois. Tiens donc, en parlant de poêles à bois, si on se faisait des croûtes au fromage ? Aussitôt dit, aussitôt fait, ce qui nous permet assez vite de nous endormir du sommeil du juste.

le temps se gâte ... Cabane de Valsorey C.A.S. (3037m.) Cabane Valsorey Cabane Valsorey

Bon, le matin est un peu chagrin : purée de pois, visibilité à 5 mètres, aucune indication sur les intentions de cette foutue météo. Pas de candidats pour continuer, on entame donc la descente. Aïe, la pente qui est bon raide et parsemée de rochers tueurs est fin gelée. On va faire très gaffe, mais un des copains de Bernard n'est pas du tout à l'aise dans ce terrain, et il entame une série de glissades effarantes ... Je n'ose même plus respirer.

En bas du mur de Valsorey Abandon et redescente Histoire de flinguer des provisions Histoire de flinguer des provisions

Bien, tous les dieux ne sont pas aussi débiles que la météo, et il s'en trouve plusieurs qui ont eu pitié de notre copain et l'ont amené au bas de ce mur de Valsorey intact et prêt pour de nouvelles aventures.

Pas assez méfiants Pas assez méfiants Pas assez méfiants Pas assez méfiants
Ski nautique
Ski nautique sur rochers et varôsses

La descente, plus banale, continue. Les cailloux réapparaissent, quelque rayons de soleil aussi. Petit pique-nique et on se laisse glisser. Un peu trop quand même, et au lieu de suivre la trace de montée, on s'engouffre dans une combe sans méfiance ...

et ça se termine par des acrobaties peu recommandables qui se rapprochent du ski nautique : nous sommes prisonniers d'un captage du torrent et ne sommes sauvés que par l'ouverture du barrage ce jour-là, et donc l'absence du lac de retenue.


1977 : Enfin l'apothéose à Zermatt

Verbier - Rosablanche - Cabane des Dix

Nouvelle tentative. Le col du Chardonnet, ça va bien comme ça, on le connait : on a découvert le glacier des Grands, les combes de Pétoudes, le café Moret : on est chez nous. Alors on le saute. On part directement de Verbier. On a l'impression que la déesse de la météo nous a oubliés, depuis le temps : le ciel est étonnamment serein.

1977 de Verbier à Zermatt -  Grand Combin et Massif du Tour

Le but est de coucher ce soir à la cabane Montfort, en dessous du Mont Gelé. Donc on se pointe à la station de ski, on laisse les sacs, et on se prend un forfait d'après midi pour voir si on sait encore skier. Tout a l'air en ordre, et on entame la dernière descente sur la cabane avec les gros sacs. Tellement gros que je me prends une pelle de première classe en profonde trafollée, tête en avant entre les spatules avec une masse qui m'enfonce la tête jusqu'aux antipodes. Très belle soirée avec une lumière de rêve sur ce col de la Chaux qui nous tend les bras.

Cabane Mont Fort, C.A.S. (2456m.) après une journée de ski à Verbier ... Bernard et le Petit Combin la montée au col de la Chaux (2939m.) , pour le lendemain

Départ à la frontale, dans une cohue de randonneurs. On n'est pas en retard, et on arrive facilement à se libérer. Le jour se lève quand on arrive au col pour y découvrir un spot de soleil sur nos Grandes Jorasses qui s'éloignent à l'horizon. Beau décor en montagnes inconnues qui ont tout l'air de montagnes Russes : des bosses et des creux de partout, un vrai chantier. Heureusement, la trace est bien faite et nous conduit rapidement au top de l'étape : la Rosablanche . C'est quand même plus joli de voir tout ça d'en haut, avec une vue dégagée à 360°, d'autant plus qu'on est seuls, les autres ont disparu.

Jorasses, Dolent, Mt Blanc, Bec des Rosses, col de la Chaux (tout à droite), au dessus du lac de Cleuson Jorasses, Mt Blanc, Verte, Bec des Rosses et col de la Chaux (tout à droite), au col de Cleuson Montée à Rosablanche, entre le petit Mont Calme et le col de Cleuson montée à Rosablanche, Combin, Jorasses, Mt Blanc, Verte, Bec des Rosses et col de la Chaux
vue depuis Rosablanche (3335m.) : Dent Blanche, Cervin, Pigne d'Arolla, La Salle, le Pleureur, Grand Combin
Rochers des Ecoulaies et Lac des Dix sommet de Rosablanche Bec des Rosses, Dents du Midi, col de la Chaux, Mont Fort La Rogneuse et le Val de Bagne les Combins de Grafeneire et de Corbassière

950 m. de godille en poudreuse sur le glacier de Prafleuri nous amènent au lac des Dix par de belles combes. Le lac est gelé, tout en blanc et nous le longeons avec nonchalance par la rive ouest, jusqu'au bout, au pied du Pas du Chat. Petit passage bon raide, en finesse. Ça ne rigole pas : c'est là qu'est décédé Marcel Burnet, un tout grand guide de Cham, emporté par une avalanche.

Quand je pense qu'il y en a qui gardent leurs peaux dans les descentes, quelle honte ! descente sur le lac des Dix Pigne d'Arolla, Serpentine, Mt Blanc de Cheilon, la Luette
lac des Dix, La Salle , Rocher du Bouc dans le Pas du chat dans le Pas du chat Tsenâ Réfien, Serpentine, Mt Blanc de Cheilon dans le Pas du chat

Et tout arrive à qui sait attendre : la cabane des Dix est en vue, opulente, dominatrice et au centre du spectacle. La Luette, derrière elle, se fait douce et attirante, le Mt Blanc de Cheilon est menaçant et sur ses gardes, la Serpentine est un peu sournoise, d'apparence gentille malgré ses pièges redoutables. Le Pigne d'Arolla est un peu distant, comme s'il voulait cacher encore un peu sa domination sur tout le paysage.

Pas de Chèvre et Dent de Perroc Cabane des Dix C.A.S. (2928m.) Tsenâ Réfien, Pigne d'Arolla, Serpentine, Mt Blanc de Cheilon col de Cheilon, La Luette

On est des grands maintenant, et on est contents d'être là, alors le soir, avec le menu du gardien, on ouvre une bouteille de Johannisberg , et rapidement, avec l'altitude mais pas que, on trouve que la montagne est belle et que tout le monde il est gentil.

Cabane des Dix - la Serpentine - Pigne d'Arolla - Cabane des vignettes

Départ aux aurores, la neige est encore bleue, et il y a foule : le gros morceau est juste devant nous. La Serpentine traîne une réputation sulfureuse. C'est le genre de pente traitresse qui attend les conditions parfaites pour te jouer des tours. Il faut l'attaquer sous le Mt Blanc de Cheilon, et remonter en diagonale une pente lisse qui accroche… ou pas. Mais aujourd'hui, la trace est bonne, bien creuse et solide, donc pas de danger. Par contre, on est pris dans la chenille processionnaire, et évidemment, pas question de doubler ou sortir des traces dans un coin pareil. Patience.

lever de soleil sur le Mt Blanc de Cheilon la cabane des Dix se rapetisse attaque de la Serpentine Le bonheur à portée de spatules

On arrive au col du Pigne d'Arolla, 80m sous le sommet, accueillis par une purée de pois de première qualité. Dommage, on a peur d'être découverts par cette garce de déesse de la météo, alors on ne traîne pas. Bernard ne veut pas passer là sans tenter le vrai sommet juste un peu plus haut, et je l'attends quelques instants. Il n'a rien vu, et moi non plus.

le Pigne d'Arolla fume un peu ... le mur de glace Bernard fait le Pigne d'Arolla (3787m.) en pleine peûffe

La descente, qui devait être superbe devient scabreuse. La neige est un coton assez lourd, les crevasses totalement invisibles et c'est tracé dans tous les sens. On a beaucoup de mal à localiser la cabane des Vignettes. Mais ça se finit bien, et on se met au chaud rapidement. L'inquiétude météo grandit en même temps que notre pessimisme sur la suite. La nuit est moche, et au petit matin, on voit clairement que la journée est foutue. Même la descente sur Arolla serait hasardeuse, donc on va attendre le lendemain et passer la journée en prières en regardant tomber la neige ...

Cabane des Vignettes - Col de l'Évêque - Col du Mont Brulé - Col de Valpelline - Zermatt

Dent de Peroc, la Maya, Pointe de Bertol , Grand Cornier, vus de Charmotane après 24h de baquin aux Vignettes ... Pigne d'Arolla, col de Charmotane, cabane des Vignettes Col de l'Évêque soleil sur le Pigne d'Arolla Pigne d'Arolla

Le matin suivant est un vrai miracle : plus un nuage, nulle part. La moquette est entièrement refaite à neuf sur 30 cm. d'épaisseur et en point bouclette. On n'ose pas y croire. Je ne te raconte pas la vitesse à laquelle on se précipite pour en profiter un peu avant que ce rêve ne disparaisse. Plus aucune trace, tout est à réécrire.

Grand Combin, Pointes du Brennay, Petit Mont Colon, Pigne d'Arolla, Aiguilles Rouges d'Arolla, depuis le Col de l'Évêque (3379)

La Montée du glacier du Mont Collon est un régal. On est dans les premiers, un soleil bien dru se lève, et se met à lécher lentement la belle descente du Pigne d'Arolla derrière nous. Arrivés au Col de l'Évêque, un soleil radieux vient sécher nos effluves et on se dit que la journée va être belle. On est parmi les grands sommets, 3 700, 3 800, que du beau monde, et la météo paie ses dettes : elle nous offre enfin ce que nous attendions, et elle le fait avec panache sur l'étape reine du parcours. Bravo, et merci.

l'Évêque et les Dents des Bouquetins la poudre du Col de l'Évêque ! Dents des Bouquetins, Tête de Valpelline, Dent d'Hérens au Col de Collon, La Vierge et Beccà Vanetta le Col de Collon
Montée au Col de l'Évêque (en bas) et Pigne d'Arolla (en haut à droite), vue d'avion en 2016 descente du Col de l'Évêque (en bas à gauche) et Pigne d'Arolla (en haut à droite), vue d'avion en 2016 Dans l'axe : Mont Blanc, Col du Sonadon, Col de l'Évêque, col du Mont Brulé et montée à Valpelline, vue d'avion en 2016

La descente de l'Évêque s'annonce comme invraisemblable. Cette couche fraîche et immaculée rien que pour nous, on n'ose toujours pas y croire. Bon, quand faut y aller, on y va, et je n'arrive toujours pas à raconter ce plaisir. Mais quelle misère de voir ce gaspillage autour de nous : les gars qui montaient comme des flèches avec nous ont gardé leurs peaux comme freins, incapables d'aligner un virage dans ce terrain et nous font des traces de luges à bras dans cet écrin de neige.

Dents des Bouquetins, Tête de Valpelline, Dent d'Hérens et le schuss de Bernard L'Évêque Bernard devant la face Nord du Mt Brulé A l'assaut du Col du Mt Brulé traversée sous le col du Mont Brulé

On descend dans le creux de la vierge, Bernard nous fait un schuss vertigineux et on rechausse les peaux rapidement et on attaque les pentes en dévers sous le col du Mont Brulé.

Mt Brulé, Col de l'Évêque, l'Évêque et sa Mitre les Bouquetins, Tête Blanche, Valpelline, Dent d'Hérens, Punta Margherita, vus du Col du Mt Brulé (3214m.)

On découvre le haut glacier de Tsa de Tsan qui s'enroule autour de la Tête de Valpelline pour nous y conduire. Quel escalier royal ! On est au-dessus des 3 500 m. et tout est fait pour ménager ta peine.

les Bouquetins, Tête Blanche, Valpelline, Dent d'Hérens, Punta Margherita, vus du Col du Mt Brulé (3214m.)
Tête Blanche, Valpelline, Dent d'Hérens, Punta Margherita

Mais quel décor de ouf !

Dent d'Hérens Tête Blanche, Valpelline Avalanche sur la Tête Blanche du Col de Valpelline (3551m.) : Gd Paradis, Grivola, Mt Brulé, la Sengla, col de l'Évêque, l'Évêque, Dents des Bouquetins

Au passage, la Tête Blanche nous lâche une avalanche de poudreuse pour imiter les fontaines lumineuses qui saluent les exploits sportifs.

Surgissement du Cervin et de la Dent d'Hérens Bernard entre Mont Brulé et Col de l'Évêque Dent Blanche, Weisshorn, Zinalrothorn, Ober Gabelhorn

L'arrivée à Valpelline est complètement théâtrale : Le col, de forme large et douce, s'abaisse lentement sous nos pas tel le rideau d'une scène, et nous laisse découvrir les géants du coin : le Cervin, le plus titré, nous montre d'abord le petit bout de son nez, la Dent d'Hérens, cette fidèle courtisane, l'imite aussitôt, puis la Dent Blanche nous étale sa puissance et sa cour. Tous sont de cette noble race des 4 000 et nous le font savoir. Le dress code est au blanc, décidé la veille, et ça leur va bien.

Dent Blanche, Weisshorn, Zinalrothorn, Ober Gabelhorn, Dom, Täschhorn, Alphubel, Allalinhorn, Rimpfischhorn, Strahlhorn, Cervin, Dent d'Hérens
Rimpfischhorn, Col Durand, Strahlhorn, Cervin, Punta Gnifetti, Breithorn Dent d'Hérens Zermatt et son Cervin, Col Durand dans l'axe
Col de Valpelline (devant l'aile) et l'axe Mont Blanc Sonadon Évêque (à gauche)

On se lance avec lenteur, pour n'en perdre aucune miette, dans cette superbe descente de 15 km sur le Zmuttgletscher jusqu'à Zermatt. Les lacets nous baladent tantôt sur Stockjigletscher, ou sur Tiefmattengletscher. On titille les racines de la Dent d'Herens, on frôle Schönbielhütte.

Face est du cervin, Pic Tyndall et arête du Lion Face Nord de la Dent d'Hérens de la poudre jusqu'en haut des cuisses ... Petite dévotion à la Dent d'Hérens Toujours la face Est du Cervin, entre Zmutt et Lion
Cervin et Tiefmattengletscher Tête de Valpelline, depuis le glacier de Zmutt à la racine de la Dent d'Hérens Wandfluehorn, Dent Blanche, Schönbielhorn et Schönbielhütte
Dent d'Hérens et Tête de Valpelline Tête de Valpelline au pied de la face nord du Cervin Zermatt, Rimpfischhorn et Strahlhorn
Rimpfischhorn et Strahlhorn face nord du Cervin Sortie du glacier de Zmutt Forêt de mélèzes

On retrouve enfin le monde des sapins, perdu depuis 3 jours, et leurs frères aînés les mélèzes nous organisent aussitôt une danse effrénée pour dégeler nos spatules.

Le Bonheur : on l'a fait ! Le Bonheur : on l'a fait !

Et le miracle est accompli ! À l'approche de la ville, la neige cède la place aux diligences, et nous en choisissons une pour transporter au centre-ville ce qui nous semble être nos oripeaux, alors qu'ils étaient il y a peu encore nos habits de lumière.

Le 10 avril 2023 restera gravé dans les annales. Benjamin Védrines, alpiniste de renommée mondiale, et Samuel Equy, membre de l'équipe de France de ski-alpinisme, s'élancent de l'église de Chamonix à 00 h 43. Sans assistance extérieure et en autonomie totale, ils atteignent l'église de Zermatt en 14 heures et 54 minutes.

Cette performance est jugée révolutionnaire par les experts. Elle signifie que des hommes peuvent traverser l'intégralité des Alpes valaisannes, franchissant des cols comme le Chardonnet , la Grande Lui, le Sonadon et la Valpelline, à une vitesse moyenne de près de 7,5 km/h, dénivelé compris. Pour comparaison, un randonneur chevronné réalise ce parcours en 6 ou 7 jours d'effort soutenu.

Ce fut leur manière de perpétuer les exploits de la célèbre patrouille des glaciers , mais en version ultra-légère et en autonomie totale.


1978 : Le coup de torchon des Vignettes

Bourg Saint Pierre - Valsorey - Chanrion - Les Vignettes - Arolla

Allez, c'est reparti, on reprend la classique par Valsorey pour avoir le tampon officiel. Le temps est magnifique, et la nuit a été bonne au refuge de Valsorey.

1978 Valsorey - les Vignettes, montée au Plateau du Couloir (3663m.) Mont Blanc, Jorasses, Dolent, Verte, Argentière, Chardonnet, Tour Bivacco Musso, Mont Vélan

Nous montons tranquillement le glacier du Meitin, la trace est bonne, les conversions assez tranquilles et l'arrivée sur le Plateau du Couloir est de toute beauté. Le Bivacco Musso est un super nid d'aigle, et il tient tête au Vélan et au précipice qui l'en sépare. Le panorama à ces 3 661 mètres est exceptionnel, et nous admirons copieusement Mont Blanc, Jorasses, Dolent, Verte, Argentière, Chardonnet, Tour.

montée au Col du Sonadon (3503m.) Descente du Plateau du Couloir sur le Glacier du Sonadon descente du Sonadon la Ruinette, la Serpentine, glacier du Brenay, Pointe d'Otemma, en bas du glacier du Mt Durand

Le plateau du couloir est en fait une pente en deux parties qui plonge de 200 m dans laquelle il faut descendre pour remonter le col du Sonadon en face. Et ça continue : le glacier du Mont Durand est la quatrième marche de cet escalier de géant qui nous redescend vers Chanrion. Et on va ignorer la cabane de Chanrion en s'enfilant à droite sous le Mont Avril et se faire les belles pentes du Grand Charmotane.

Le Sonadon, entre Mont Blanc et Combin, vue d'avion en 2016 Le Sonadon, entre Mont Blanc et Combin, vue d'avion en 2016
le Sonadon et son Col, Combin de Grafeneire, glacier du Croissant, Tour de Boussine descente sur le glacier du Mt Durand Pointe d'Otemma, passage sous le Mont Avril
lac de Mauvoisin, le Pleureur, la Ruinette Sonadon, glacier du Mont Durand, Tour de Boussine  la Ruinette, la Serpentine, Glacier du Brenay, cabane de Chanrion, Pointe d'Otemma Mont Avril, glacier du Mt Durand, Tour de Boussine
Dranse de Bagne et Tsoume des Boucs, vers la cabane de Chanrion langue terminale du glacier d'Otemma Glacier de l'Aouille, Pointe du jardin des Chamois  Mont Gelé (au fond) et Glacier d'Otemma

On s'enfile dans ce couloir tordu que la Dranse de Bagnes a creusé dans la roche pour évacuer les eaux du glacier d'Otemma. On suit un groupe de germanophones, et je remarque qu'une fille a perdu sa doudoune qui traîne dans la neige. Youpie, je la ramasse et vais bientôt pouvoir lui montrer de quoi Rambo en personne est capable. J'ai du temps devant moi car le glacier d'Otemma qui arrive fait un bon 10 km. Que nenni, je n'ai rattrapé la belle que le soir au refuge où elle était déjà toute pomponnée et n'avait que faire d'un Rambo encore transpirant.

Pointe du Jardin des Chamois, Mt Gelé, Glacier d'Otemma Petite Aouille, Pointe du Jardin des Chamois, Tsoume des Boucs, Glacier d'Otemma Aouille Tseuque, glacier de l'Aiguillette Col de Charmotane, Petit Mt Collon, l'Évêque, en haut du glacier d'Otemma (15km)
Vélan Sonadon et Combin à droite et bas du Glacier d'Otemma Haut du glacier d'Otemma, Col de Charmotane, Dent Blanche et Weisshorn (à droite)

Nous nous traînons misérablement sur cet interminable Glacier d'Otemma. On y perd tous ses repères, et c'est ainsi qu'à un moment, ne sentant plus la pente, on s'imagine qu'en enlevant nos peaux de phoque, on gagnera du temps. On le fait, et 150 m. plus loin, on les remet car la pente était bien toujours là !

Pointes d'Oren, La Singla, Bec de la Sasse, Bec d'Epicourne au pied des Vignettes Pointe des Portons  bas de la face nord du Pigne d'Arolla et Pointe des vignettes
Après une tempête aux Vignettes et replis sur Arolla ...

Arrivés enfin au Col de Charmotane, le vent forcit nettement. On se couvre, et on grimpe rapidement à cette cabane des Vignettes perchée en équilibre sur son col. On s'installe dans cette ambiance de calme douillet si typique des cabanes Suisses. Mais lors de l'accès aux toilettes, on les découvre vertigineuses...

Pour échapper aux nettoyages calamiteux, les constructeurs ont placé le siège - un trou percé dans une planche - avec une désinvolture totale au-dessus d'un abîme vertical. Le but ? Que vos offrandes aillent se faire voir ailleurs, afin de résoudre les problèmes d'entretien.

Le problème, c’est que poser une partie sensible de son individu sur ce trou vertigineux ce jour-là, c’était déjà la transformer instantanément en pierre de curling prête à glisser sur les pistes olympiques. Mais le pire, ce fut quand le Foehn entra en scène. En maître des lieux facétieux, il décida d'inverser les lois de la pesanteur, de telle sorte qu'à chaque tentative de "largage de projectiles", il s'en saisissait pour un "retour à l'envoyeur", transformant une banale affaire de transit en une partie de ping-pong aérienne dont vous étiez, bien malgré vous, la raquette.

Bon, le vent forcit encore, et se déchaîne toute la nuit. La météo a manifestement repris son job d'emmerdeuse, et notre projet est en train de tomber à l'eau. Au réveil, il y a déjà de nombreux départs vers la vallée d'Arolla. On se tâte encore un peu, et on décide d'abandonner encore une fois.

Mais à peine dehors, quelle surprise : on ne tient pas debout, et ce n'est pas une formule, c'est bien une réalité. Plus on se rapproche de la petite arête qui nous sépare de la pente, plus le vent furieux nous agresse. Il faut cramponner ses skis pour ne pas se les faire arracher. Le franchissement de l'arête se fait à plat ventre, en rampant accrochés à nos skis. Impensable, jamais vu un vent pareil ! Nous apprendrons plus tard que les vents ce jour-là ont dépassé les 200 km/h dans ce secteur.

Jean-Pierre qui nous accompagne et qui a déjà abandonné ce parcours à cet endroit connait la descente sur Arolla et nous sort de ce mauvais pas. Retour piteux à Villard, où je peux enfin soigner mes ampoules.


1985 : Turtmann - Saas-Fee

Turtmannhütte - Brunegghorn - cabane de Tracuit - Zinal

On a pris l'habitude de faire une semaine de peaux de phoque ensemble au printemps, et on revient encore une fois dans cette zone mythique des Alpes valaisannes. Cette fois-ci, c'est dans la zone Weisshorn - Dent Blanche. On choisit de démarrer par le Turtmanntal.

Brändji (1874 m), au fond du Turtmanntal, départ pour Saas-Fee Turtmannhütte (2523 m) Turtmanngletscher

Le départ se fait lentement, les sacs sont lourds, pas de ravito à cette époque dans cette région. On est dans les temps à Turtmannhütte, pour profiter d'une lumière douce au soleil couchant.

Bishorn (nuage) Adlerflue Stier Brunegggletscher Les Diablons la chaine de Tourtemagne, depuis le Brunegggletscher

Départ enthousiaste sur le Brunegggletscher, la météo semble favorable. On vise le Brunegghorn à 3 831 m. Et une nouvelle fois, le soleil se fatigue, puis nous aussi à cause de cette incertitude météo. On décide de rejoindre la cabane de Tracuit, plus proche de la zone visée.

Brunegghorn (3 833 m.) arrivée à Tracuit Cabane de Tracuit C.A.S. (3259m.) et Turtmanngletscher
Lunettes des glaciers, façon Bernard ...

Arrivés à Tracuit, le temps est moche. On se planque, maussades et on attend un jour de bakin. Le lendemain est trop triste et on abandonne pour descendre à Zinal. Par un temps pluie neige brouillard, on arrive au fin fond du Val d'Anniviers, et on entend siffler les balles ... des troufions à l'entrainement qui prennent notre sentier comme champ de tir. L'émotion finit par être partagée, et on obtient un cessé le feu, le temps de traverser ce champ de tir improvisé.

Les deux copains de Bernard qui nous accompagnaient se désistent et rentrent chez eux, Bernard et moi attendons un jour, et bingo, le temps s'améliore.

Zinal - cabane du Grand Mountet - col Durand - Zermatt - cabane Flue - Adlerpass - Britania - Saas-Fee

On monte à la cabane du Grand Mountet, et on commence à rêver d'itinéraire. Le matin : grand beau. L'idée est de s'approcher du Weisshorn pour voir si on peut voir. On monte donc le glacier du Mountet, on laisse les skis, on s'encorde et on rejoint l'arête, puis l'épaule du Rothorn.

Cabane du Grand Mountet C.A.S. (2886m.), après un jour de bakin passé à Zinal ... Sur l'Arête de l'épaule du Rothorn, Dôme et Blanc de Moming Weisshorn face nord de l'Obergabelhorn, et Dent Blanche Dent Blanche

Lever de soleil splendide, le panorama est exceptionnel, on en met plein les yeux. On remonte le glacier du Mountet jusqu'à sa belle arête vertigineuse qui remonte à l'épaule du Rothorn (4 016 m.). Et de là, on a une vue magnifique sur la Schaligrat du Weisshorn, mais aussi sur toute la bande des 4 000 de Saas-Fee.

Wellenkuppe, Ober Gabelhorn, Mont Durand, Dent d'Hérens (au soleil), Pointe de Zinal, Dent Blanche et Grand Cornier depuis l'arête de l'épaule du Rothorn
Wellenkuppe, Ober Gabelhorn, Mont Durand, Dent d'Hérens (au soleil), Pointe de Zinal, Dent Blanche et Grand Cornier.
Wellenkuppe, Cervin, Ober Gabelhorn, Mont Durand devant la Dent d'Hérens, Tête de Valpelline et Pointe de Zinal
Wellenkuppe, Cervin, Ober Gabelhorn, Mont Durand devant la Dent d'Hérens, Tête de Valpelline et Pointe de Zinal
les 4000 de Saas-Fee, depuis l'épaule du Rothorn (4016m.)
Les 4 000 de Saas-Fee, depuis l'épaule du Rothorn (4016m.)
vers l'épaule du Rothorn descente de l'épaule du Rothorn Pointe de Zinal, Col de Zinal et Dent Blanche - le col Durand est à gauche

Retour à la cabane du Grand Mountet. L'idée de tenter Saas-Fee par le col Durand nous tombe du ciel, mais je commence à critiquer la descente du col Durand sur Zmutt : la trace sur la carte est en pointillés rouges, et on ne l'interprète pas de la même façon. C'est Bernard qui l'emporte.

Le lendemain, on franchit le Col Durand, et à 11h, en plein cagnard, on se trouve dans un mur de falaises, et les avalanches commencent à nous siffler aux oreilles.

Face nord du Cervin et Dent d'Hérens, depuis le Col Durand (3440m.) Schönbielhorn et Glacier du Mont Durand ou Hohwänggletscher - 'la trace pointillée que Bernard a lue sur sa carte ...' Bonbec au pied de la descente du Glacier du Mont Durand et à l'arrière plan, le Stockjigletscher

Panique à bord, on n'a pas le temps de discuter, il faut se sortir de là. Les seules zones utilisables sont squattées par les avalanches, il faut donc déchausser, désescalader des barres en chaussures de ski, rechausser pour quelques mètres et recommencer. Il y a même une séquence où on jette nos skis dans la neige en dessous de la barre, en espérant qu'ils y restent plantés. On termine sur la moraine de Zmutt, exténués, morts de chaud, mais sauvés.

l'Hôtel Flüe (2616m.), pour nous tous seuls Hôtel Flue, et son velouté d'asperges ... Findelgletscher Fluealp

On descend à pied sur Zermatt, on traverse la ville en courant, on attrape le SunneggaExpress et on se retrouve sur un sentier herbu, skis à l'épaule, en direction de Fluealp-Hut. En montant tranquillement, on croise le gardien, qui, en l'absence de clients redescendait à Zermatt. Il ne change pas d'avis pour deux pauvres hères mal famés, et nous dit que tout est ouvert, et à notre disposition. No Problem, on se choisit une belle chambre, on passe en cuisine, et on se lâche pour un velouté d'asperges Knorr mémorable.

l'Eveil du Cervin l'Eveil du Cervin Cervin, Dent Blanche, Obergabelhorn, Wellenkuppe, Schalihorn, Weisshorn Devinez qui ?

Au petit matin, le Cervin nous sort le grand jeu. En lever de rideau, l'ensemble de la scène en lumière douce. Puis, les petites nuées qui dormaient en fond de vallée se réveillent et organisent une danse autour du monarque des lieux. L'écharpe monte lentement jusqu'à la racine des cheveux.

Tel un navire de granit fendant une mer de coton, la pyramide s'extrait du silence. Entre l'arête effilée de Zmutt, sombre et farouche, et celle de Hörnli, plus familière aux hommes, le sommet ne se livre que par fragments.

Il n'est plus une montagne, mais une île suspendue. Le banc de brouillard, tel un manteau d'hermine jeté sur ses épaules, vient emmitoufler la base du géant, ne laissant émerger que cette pointe sommitale, coiffée d'une neige immaculée. Là-haut, l'air doit être d'une pureté de cristal, tandis qu'en bas, les nuages lissent les aspérités de la face, transformant la verticalité brutale en une caresse vaporeuse.

Dans ce jeu de cache-cache avec l'azur, le Cervin perd sa pesanteur. Il devient un mirage, une promesse de lumière trônant dans un écrin d'ombre bleue, rappelant à celui qui regarde que les plus belles conquêtes sont celles que le ciel accepte de nous dévoiler.

Dent Blanche, Ober Gabelhorn, Wellenkuppe Sous l'Adlerpass Nordend (la belle meringue)

On longe lentement la moraine puis la glace du Findelgletscher, nous retournant sans cesse pour ne rien manquer du spectacle qui se déroule dans notre dos. Après un long combat, le soleil l'emporte sur l'ombre, et la journée s'annonce belle. L'obstacle qui est devant nous se dresse de plus en plus : l'Adlerpass qui jusque-là n'avait que son nom pour effrayer, déploie maintenant toutes les cruautés dont il est capable.

On bifurque sur l'Adlergletscher. Une chicane imposante nous cachait jusque-là la sévérité de la pente finale. Souvent décapée par les tempêtes, elle se transforme fréquemment en un miroir de glace vive. Chaque conversion devient un exercice d'équilibre précaire au-dessus du vide. Le souffle est court, le geste doit être précis ; la moindre faute peut entraîner une glissade irrémédiable.

Nordend, Mont Rose, Lyskamm, Castor, Pollux, Breithorn, le beau parcours fait en août 83

Le défaut de cette cuirasse apparait enfin, accessible et intime, la pente s'efface. En franchissant la ligne de crête à 3 777 mètres, on bascule vers l'immensité de l'Allalingletscher qui plonge vers Britanniahütte et se prosterne au pied de son maître l'Allalinhorn. La sarabande des 4 000 de Zermatt se pavane en plein ciel et le Cervin n'est plus qu'une pyramide lointaine qui semble nous saluer. De part et d'autre, le Rimpfischhorn et le Strahlhorn nous dominent de leurs quasi 4 200 m.

Le sommet de l'Adlerpass, versant Zermatt, Alphubel, Täschhorn et Dom (4 546 m.) à gauche, vu d'avion en 2016
Strahlhorn, depuis Adlerpass (3785m.) Fletschhorn, Weissmies, versant Saas-Fee de l'Adlerpass Distelhorn, Egginerjoch, en aval de Britanniahütte ? domaine skiable de Saas-Fee

On se fait un piquenique genre repos du guerrier, on rechausse les skis pour glisser sur l'Allalingletscher. la neige qui a bien souffert des chaleurs de mai à cette heure-là n'est plus d'humeur à la godille. On frôle Britanniahütte et on retrouve le monde moderne au sommet des pistes de Saas-Fee. Nos skis ont du mal à rester en surface, et nous, on a du mal à rester motivés. Après avoir longuement regretté de n'avoir pas pris une nuit d'hôtel pour savourer et décompresser à Zermatt après notre victoire de 1977, on se choisit un hôtel à Saas-Fee pour y remédier. Las, nous ne sommes plus dans le même monde et au matin, les regrets sont les mêmes : il faudra bien les attribuer à autre chose que l'hôtel.

La bagnole est au diable vauvert, au fond du Turtmanntal, et on entame la galère des bus, trains, re-bus et taxi pour la récupérer. Tout se paie, mais on a inscrit dans nos caboches un bien bel épisode de plus.