La montée à Valsorey

De Bourg Saint Pierre à la cabane de Valsorey

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Décrivez moi la montée en peau de phoque de Bourg Saint Pierre à Valsorey

Gemini

C'est une étape redoutée, souvent qualifiée de "bavante" par les habitués de la Haute Route. C'est l'étape de transition brutale entre le monde civilisé (le goudron de Bourg-Saint-Pierre) et la très haute montagne (l'austérité du Grand Combin).

C'est une ascension de 1400 mètres de dénivelé positif (de 1630 m à 3030 m) qui se joue autant dans les jambes que dans la tête.

Voici la description détaillée de ce calvaire magnifique, étape par étape :

1. Le Départ : "La Route et les Champs" (1630 m – 1900 m)

Le départ se fait souvent dans une ambiance étrange. On vient de descendre du bus ou du taxi sur la place du village de Bourg-Saint-Pierre.

Le chaussage : Il est rare de chausser au village même au printemps. On porte souvent les skis sur le sac le long de la route goudronnée ou des chemins de terre qui montent vers la zone de Cordonne.

L'ambiance : On marche au milieu des chalets, on sent l'odeur du purin et de la terre humide. Les sacs sont à leur poids maximum (on a souvent ravitaillé à Champex ou Bourg). C'est un échauffement ingrat.

Le premier piège : Il fait souvent très chaud dès le matin. C'est un versant exposé, et on transpire à grosses gouttes avant même d'avoir atteint la neige continue.

2. Le Long Vallon de Valsorey : "Le Faux-Plat Interminable" (1900 m – 2400 m)

Une fois la neige atteinte (généralement vers les chalets de Challand d'en Haut), on entre dans le vif du sujet.

Le décor : On remonte la rive gauche du torrent de Valsorey. C'est une longue vallée glaciaire en auge. Devant, les sommets semblent barrer l'horizon.

La psychologie : C'est la section "mentale". La pente est faible, on a l'impression de ne pas gagner d'altitude. On voit loin, trop loin. C'est monotone.

Le "Cagnard" : Ce vallon est une rôtissoire. Le soleil tape on les pentes sud, se réverbère dans la combe. Il n'y a pas d'air. Beaucoup de skieurs y attrapent leur premier coup de soleil ou souffrent de déshydratation ici. C'est le silence lourd des vallées encaissées.

3. Le Verrou et le Changement de Monde (2400 m – 2700 m)

Soudain, la vallée se redresse. On quitte les alpages pour entrer dans le domaine minéral.

La vue : Le Grand Combin (4314 m) commence à écraser le paysage de sa masse. On aperçoit l'Arête du Meitin. On se sent tout petit.

La technique : On commence à faire quelques conversions. La neige change : de la "soupe" de printemps du bas, on passe à une neige plus compacte, parfois soufflée par le vent qui descend des glaciers.

4. Le Final : "Le Mur sous la Cabane" (2700 m – 3030 m)

C'est le morceau de bravoure. La cabane est visible depuis un moment, perchée tout là-haut sur son éperon rocheux, comme un nid d'aigle inaccessible. Elle semble ne jamais se rapprocher.

La pente : Les 300 derniers mètres sont raides (30° à 35°).

Le test technique : Après 1100 m de montée dans les jambes, la fatigue se fait sentir. C'est là que la technique de conversion (le virage en montée) est mise à l'épreuve.

Si la neige est dure (fréquent si on arrive tard et que l'ombre a repris le dessus, ou le matin tôt), c'est une patinoire. Les couteaux (crampons à skis) sont souvent indispensables ici.

Une glissade ici vous renvoie 200 mètres plus bas.

L'effort : On compte les pas. On souffle fort (on dépasse les 3000 m). C'est le moment où le groupe s'étire. Les plus forts tracent devant, les autres subissent.

5. L'Arrivée : La Délivrance (3030 m)

L'arrivée sur la terrasse de la Cabane de Valsorey est l'une des plus belles sensations de la Haute Route.

La récompense : On pose les skis contre le mur de pierre. On se retourne et la vue plongeante sur tout le vallon qu'on vient de remonter est vertigineuse. Au loin, le Mont Blanc barre l'horizon ouest.

L'ambiance du refuge : Valsorey est un refuge "d'alpinistes". C'est petit, c'est haut, c'est aérien. On y parle peu, on y boit beaucoup de thé. On regarde avec anxiété le Plateau du Couloir juste au-dessus, qui sera le défi du lendemain matin à la frontale.

En résumé : Cette montée n'est pas la plus belle techniquement, mais c'est celle qui transforme le randonneur en alpiniste. Elle nettoie l'esprit par l'effort pur. Si vous arrivez à Valsorey en forme, vous savez que vous irez au bout. Si vous arrivez épuisé, la nuit sera courte et pleine de doutes.