J'ai acheté en 1985 un Yamaha Warrior , avec lequel j'ai parcouru plus de 10 000 kilomètres dans les déserts tunisiens et dans l'édeyen de Mourzouk , toujours avec l'assistance de plusieurs 4×4.
Dans cette configuration, le quad est un merveilleux outil d'exploration. Léger, puissant et très maniable, il passe sur le sable mou beaucoup plus facilement qu'un véhicule chargé. Il permet de reconnaître les passages, de contourner les dunes, de rechercher une descente praticable et de rejoindre rapidement un véhicule ensablé, lui apporter des plaques... La visibilité est excellente et la conduite procure un sentiment de liberté incomparable.
Dans les coins les plus délicats de l'édeyen de Mourzouk, il nous a permis de faire des reconnaissances de plus de 20 km avant d'engager les véhicules, nous évitant ainsi de noires vicissitudes.
Ses limites apparaissent surtout en matière d'autonomie et de sécurité. Le quad transporte peu d'eau, d'essence et de bagages ; il expose directement son pilote à la chaleur, au vent, à la poussière et aux chutes. Il devient également fatigant après de longues heures de conduite et reste vulnérable en cas de panne.
Accompagné de plusieurs 4×4 transportant le carburant, l'eau, les pièces et le matériel de bivouac, il trouve en revanche son emploi idéal : éclaireur agile du convoi, rapide dans les dunes et libéré du poids de la logistique.
Jean-Paul a eu l'extrême gentillesse de transporter mon quad jusqu'aux premières dunes de l'erg de Murzuq. Pour le remercier, je le lui confie en fin de journée, le temps d'une escapade dans les environs du bivouac.
Ce soir-là, nous avons établi notre bivouac dans l'Iguidi Ouan Kassa, sur les pentes nord du grand gassi noir que nous venons de traverser. Le camp s'installe doucement, l'apéritif n'est plus très loin, et déjà le jour décline.
Jean-Paul s'élance alors dans la lumière tendre d'un après-midi de décembre. Le quad bondit sur le sable, grimpe les ondulations, disparaît un instant derrière une dune, puis reparaît plus loin, minuscule silhouette lancée vers l'horizon.
Nous le regardons s'éloigner dans l'immensité, libre et heureux, tandis que le désert se couvre peu à peu d'or et de silence.
Nous sommes partis à deux quads pour ce voyage, avec un projet assez audacieux : traverser du sud au nord le versant occidental de l'erg d'Oubari.
Les plus redoutables difficultés sont désormais derrière nous, notamment ce sinistre « gassi du Testament », dont le seul nom suffit encore à réveiller quelques souvenirs. Le désert, pourtant, n'a pas dit son dernier mot, et quelques obstacles attendent encore leur heure.
Mais la tension se relâche peu à peu. Les quads retrouvent leur légèreté et se mettent à jouer sur les sifs, montant, plongeant et dessinant leurs courbes dans le sable.
Cette fois, c'est Denis qui nous offre ce ballet gracieux, une danse presque légère au cœur de cet immense et merveilleux bac à sable.
Lors d'un voyage précédent, j'avais découvert un quad à l'œuvre dans le sable : Puthod l'utilisait pour partir en reconnaissance, léger et rapide, loin devant les véhicules.
Cette fois, Jean-Paul nous réserve la surprise d'apporter avec lui un petit Yamaha Blaster 250, caché dans la benne des Caissarguais.
À peine débarqué dans l'erg, l'engin étonne tout le monde. Nous regardons avec émerveillement cette petite bête bondir sur les bosses, escalader les pentes et se jouer du sable avec une aisance presque insolente.
Ce soir-là, c'est Cécile qui prend le guidon et part à l'aventure. Elle n'est pas tout à fait rassurée, mais le courage l'emporte. Peu à peu, elle apprivoise la machine, ose les premières montées et s'éloigne dans les dunes, partagée entre l'inquiétude et l'ivresse de la découverte.
Jean-Paul clôt la séquence en enfourchant sa moto, bien décidé à nous prouver que, dans le désert, deux roues peuvent elles aussi avoir fière allure.
C'est maintenant au tour de Johann d'apprivoiser la bête. Chez lui, pas la moindre appréhension, bien au contraire. Le courage n'attend décidément pas le nombre des années : le quad n'a qu'à bien se tenir et, surtout, à obéir.
Mais la mécanique a parfois son caractère. La bête, un peu récalcitrante, ne consent pas à démarrer immédiatement. Il faut quelques explications, quelques gestes précis et deux ou trois formalités avant qu'elle accepte enfin de s'éveiller.
Puis, soudain, les voilà partis. Johann et sa monture s'élancent à l'assaut des bosses, des pentes et de tous les obstacles alentour, avec cette audace joyeuse de l'enfance qui transforme chaque dune en défi et chaque détour en aventure.
Le maître entre alors en scène. Motard inaltérable, Jean-Paul retrouve aussitôt ses réflexes, son équilibre et cette aisance naturelle qui donne l'impression que l'engin lui obéit avant même qu'il ait à le commander.
Il se glisse dans chaque repli de l'erg, épouse les pentes, franchit les bosses et joue avec le relief comme s'il connaissait depuis toujours les secrets du sable. Sous ses mains, le quad ne semble plus être une machine, mais un véritable délice ambulant.
La démonstration est si convaincante que nous brûlons tous d'impatience. Avant même qu'il ait terminé, chacun rêve déjà de le pousser gentiment hors de la selle pour prendre sa place.
Quelle découverte !
Il ne m'aura fallu qu'une minute et cinquante-trois secondes pour succomber à une évidence : il me fallait un quad.
Je reste stupéfait par cette sensation de liberté absolue, par l'audace que l'engin autorise, par sa maniabilité, sa franchise et cette façon presque insolente de se jouer du relief. A-t-on inventé le quad pour le sable, ou le sable pour le quad ? Très vite, je ne sais plus.
L'absence de différentiel arrière provoque naturellement la glissade dans les virages. Il suffit d'un geste, d'un léger déplacement du corps, et la machine se place, dérive, repart. Ce qui semblait d'abord une prouesse devient aussitôt un régal.
On peut même suivre les sifs dans leur longueur, deux roues sur un versant, deux sur l'autre, en équilibre sur la crête comme un funambule au-dessus du vide. À chaque instant, une nouvelle possibilité se révèle, plus grisante que la précédente.
Quelle découverte ! Quel vertige ! Mais quel pied... un pied véritablement géant !
Jean-Paul avait amené ce quad pour le mettre à l’épreuve. Mais très vite, l’essai tourne à l’enthousiasme pur. L’engin semble réveiller en lui une audace sans limite et, bientôt, il nous offre un véritable récital : montées fulgurantes, virages en glissade, franchissements improvisés et acrobaties de toutes sortes… jusqu’à nous faire parfois retenir notre souffle.
Le quad possède ce pouvoir étrange : il donne envie d’oser davantage, de chercher la pente suivante, de provoquer le relief et de voir jusqu’où l’on peut aller. Même le Papé, jusque-là prudemment resté spectateur, finit par céder à l’appel de la machine. Un soir, au bivouac de Tine Souane, il l’enfourche à son tour et part goûter cette grisante sensation de liberté.
Mais le désert sait aussi rappeler ses règles. Au retour d’El Borma, l’obstination de Jean-Paul finit par rencontrer ses limites, dans des pentes où l’audace commençait sérieusement à flirter avec la déraison.