Genèse et esprit du site

Ce qui se trame derrière les images, entre l’architecte et le rêveur, où chaque ligne de code épouse une dune, chaque balise, un souffle de vent.

Une lente sédimentation

Les Voyages du Fou d’Erg ne sont pas nés d’un éclair, mais d’une lente accumulation, comme ces strates de sable que le vent dépose, grain après grain, au hasard des vents et du temps.

Sous l’ère de Dreamweaver , le site prend forme, rigoureux et méthodique, purement local avec vocation principale le classement : dossiers, structures, volonté de domestiquer la masse par une architecture stable.

Le geste est alors celui d’un cartésien du désert : tracer, baliser, nommer, ranger — Mettre de l’ordre, c’est déjà voyager sans se perdre —

Le monde se laisse capturer, pixel par pixel, ligne par ligne, que l'on entasse méticuleusement à l'abri de toutes intempéries.

La mue numérique

En 2025 , quelque chose bascule. L’arrivée des intelligences artificielles — Gemini, Claude, ChatGPT, Le Chat… et même Antigravity — agit comme un révélateur. Sous VS Code , l’ancien squelette se fait plus souple. L’outil maison, ce générateur HTML en VB.NET , reste fidèle, mais il n’est plus un maître : il devient un complice.

Plus de 23 000 photos et vidéos cessent d’être des archives figées. Elles respirent à nouveau, non plus alignées par la logique froide d'une hiérarchie de répertoires, mais par la résonance des lieux, des visages, des instants volés au temps.

Cartographier l’émotion

Les traklogs et les waypoints, les cartes et les images satellites ne sont plus seulement des démonstrations de précision. Ce sont des portes.

Leaflet , ce magicien désintéressé, va nous permettre de retrouver la dune exacte, le méandre précis du fleuve. Ce n’est plus satisfaire le géomètre : c’est offrir au voyageur un sésame pour replonger là où l’émotion a jailli, là où le cœur a battu plus fort.

Zoomer, survoler, localiser… pour mieux se souvenir, pour mieux revivre .

Écran des rêves

Les pages Vidéos et Anthologie ne montrent pas : elles racontent . Chaque film est précédé d’un seuil, d’un souffle, d’une invitation à franchir la frontière entre le réel et l’onirique. On y croise la voix tonnante de Victor Hugo , la curiosité insatiable de Jules Verne , ou la tendresse désarmée du Petit Prince .

Des expéditions sérieuses, mais jamais graves : un quad hésitant dans les sables mouvants, un Def’ planté au sommet d’un sif, une pelle à neige dans des lumières tendres jusqu'à s’en brûler l’âme. Ici, le rire danse avec l’obstination, et chaque trace dans le sable est une promesse.

Quand la carapace se fissure

Longtemps, le récit est resté sous contrôle : dictaphone, reconnaissance vocale, phrases aseptisées, transcrites sans intonation, sans âme. Puis, un jour, l’émotion a forcé la porte.

Le sommet approche en même temps que l'extase... La coiffure du massif se dresse, hérissée de monolithes par dizaines, tous superbes et docilement alignés, de quoi rendre jaloux tous ces jeunes gens qui s'enduisent de gomina pour dresser leurs cheveux sur la tête.

Pendant la nuit, à l'insu de notre plein gré, notre capitaine a mouillé l'ancre en montagne, genre Lacs des Cheserys, et a convoqué le soleil pour nous accueillir : quelle beauté ! Et quelle sensation étrange de se trouver en montagne sur un ketch de 23 m. On n'est pas en bateau à voile sur la Mer de Glace, mais on s'y croirait.

Et le rite qui s'est bien installé maintenant est respecté : Matin : émotions, midi : extase, soir : sérénité.

La musique, elle, opère la métamorphose. Elle ne se contente pas d’accompagner le lieu : elle le transfigure.
Un lever de bivouac au pied du Hombori, déjà chargé de la magie des premières lueurs, se pare soudain d’une armure dorée sous les arpèges du clavecin de Bach — comme si les notes, en s’élevant, soulevaient avec elles la poussière des siècles et la lumière de l’aube.

Et quand Tchaïkovski déploie sa valse dans les sables d’Oubari, ce ne sont plus des quads qui glissent sur les sifs, mais une ronde de djinns, tournoyant au rythme d’un ballet imaginaire où l'édyen lui-même semble danser.

La bande-son, ici, n’est pas un simple fond sonore : c’est une clef. Elle ouvre des portes invisibles dans la mémoire des lieux, qu’elle embellit et magnifie encore. Sous ses notes, le vent devient mélodie, les ombres s’animent, et l’instant — fuyant, fragile — se cristallise en une émotion pure. Le paysage ne se regarde plus : il se vit, s'entend, se chante et l'on y danse.

À cet instant, l’âme prend le volant, sans écarter le passager. Le technicien n’a pas disparu : il s’est fait passeur d’émerveillement.

Échos et sourires

Et la magie opère : Les bonheurs fulgurants, les misères silencieuses, les rencontres qui marquent comme des sceaux, les paysages gravés dans la rétine, les émotions à vif — tout se mue en cairns intérieurs, ces empilements précaires de pierres et de souvenirs. Ils ne balisent plus seulement nos chemins, mais notre mémoire elle-même, nous ramenant, pas à pas, vers ce qui résiste au temps : l’essentiel, nu et vibrant.

  • À Mangalmé, les théières du café, enchaînées par leur patron, de peur qu’elles ne s’envolent vers d’autres horizons. On n’est jamais trop prudent avec une théière voyageuse.
  • Dans la vallée de l’Omo, un garde Mursi découvrant son visage sur l’écran d’un caméscope : la sidération, puis l’étonnement, l’incrédulité, et enfin, ce geste lent pour toucher son reflet, comme pour s’assurer que l’image et son visage ne font qu’un.
  • Au bord du Nil, l’irruption d’une combinaison « Bin Laden Group », sourire large, pose théâtrale et sens inné du contrechamp, mais tellement décontenancé par le sort du jeu de la courte paille…
  • Dans l’Aloba, deux jours à chercher cette arche invisible, avant qu'elle n’apparaisse d’un coup, comme si elle avait attendu le bon moment pour entrer en scène, majestueuse et imprévisible.
  • Et tant d'autres petits instants, fugaces et précieux, qui deviennent de si grands souvenirs...

J'ai d'abord appris des langages de programmation, avec passion. Puis les voyages m'ont appris les langages de la vie, de la sagesse et de l'émotion, et là encore avec passion. Alors, s'il vous plait, laissez-vous emporter par les passions qui sublimeront vos vies.

« Voyager vous laisse d’abord sans voix, avant de vous transformer en conteur. » (Ibn Battûta)
« Faites que le rêve dévore votre vie, afin que la vie ne dévore pas votre rêve. » (Antoine de Saint-Exupéry)