Que devient le grand marché de Key Afer vu en 2003, rendez-vous des ethnies du Sud-Omo ?
Key Afer depuis 2003
Conversation avec OpenAI - marché du Sud-Omo, ethnies, tourisme, économie et changements récents
Le marché extraordinaire que vous avez vu à Key Afer en 2003 n'a pas disparu. Il se tient toujours principalement le jeudi et demeure l'un des grands marchés de rencontre du Sud-Omo. On y voit encore converger des Banna ou Benna, Ari, Tsemay, ainsi que des Hamar et d'autres populations des environs. Les denrées agricoles, le tabac, le miel, les calebasses, les parures, les étoffes et surtout le bétail y occupent toujours une place importante. Des négociants viennent même de régions beaucoup plus éloignées pour le marché aux animaux.
Ce qui a profondément changé depuis 2003
Une petite ville a poussé autour du marché
Key Afer n'est plus tout à fait le gros bourg poussiéreux et isolé que vous avez connu. La route entre Arba Minch, Konso, Woito et Jinka a été progressivement améliorée, les transports motorisés se sont multipliés et l'agglomération s'est étendue. On trouve davantage de boutiques permanentes, de tôles ondulées, de téléphones, de vêtements industriels, de bidons en plastique et de produits manufacturés.
Le marché reste donc spectaculaire, mais il est désormais moins nettement séparé de la ville. Il ressemble davantage à un vaste centre commercial régional hebdomadaire qu'à une brusque apparition de peuples venus des campagnes dans un espace presque vide.
Les costumes traditionnels sont moins omniprésents
En 2003, les appartenances ethniques se lisaient immédiatement dans les coiffures, les peaux, les colliers, les bracelets, les peintures corporelles et les façons de porter les étoffes. Ces signes n'ont pas disparu, surtout chez les personnes âgées et parmi les pasteurs venus de loin, mais les jeunes portent de plus en plus souvent :
- tee-shirts et chemises occidentales ;
- chaussures en plastique ;
- pantalons et robes produits industriellement ;
- téléphones portables et accessoires urbains.
Le marché reste très coloré, mais la frontière visuelle entre Ari, Banna, Tsemay et Hamar est moins éclatante qu'autrefois.
L'argent a remplacé une partie du troc
Le troc existe encore à petite échelle, mais l'économie monétaire domine désormais largement. Le marché relie les petits producteurs aux commerçants régionaux : céréales, café, sorgho, légumes, chèvres et bovins repartent vers Jinka, Konso et parfois vers des circuits beaucoup plus lointains.
Cette intégration apporte des débouchés, mais rend également les familles plus dépendantes du prix du carburant, des transports et d'une inflation éthiopienne restée forte ces dernières années. L'économie rurale du pays demeure très importante et largement informelle.
Le tourisme a changé l'atmosphère
Key Afer est devenu une étape classique des circuits de la vallée de l'Omo. Les visiteurs viennent souvent spécialement le jeudi, appareils photo en main. Cela a produit deux effets contradictoires : d'un côté, des revenus pour les guides, les restaurants et certains vendeurs ; de l'autre, une certaine mise en scène touristique de l'apparence traditionnelle. Quelques personnes viennent vêtues ou parées de manière particulièrement spectaculaire parce qu'elles savent que les touristes paient pour les photographier.
Votre marché de 2003 était déjà connu, mais il était probablement moins fréquenté par les groupes organisés. Aujourd'hui, il faut distinguer le vrai marché, celui des légumes, du grain, du tabac et des animaux, de sa périphérie plus orientée vers les souvenirs, les bijoux et la photographie. Les interrogations sur cette transformation en "spectacle ethnique" concernent toute la vallée de l'Omo depuis les années 2000.
Il reste néanmoins authentique
Le mot est parfois galvaudé, mais le marché n'est pas devenu un décor artificiel. Sa fonction première reste essentielle : acheter, vendre, rechercher un travailleur, retrouver des parents, échanger des nouvelles, négocier un mariage, régler une dette ou vendre une bête pour faire face à une dépense.
La partie la plus impressionnante demeure souvent celle du bétail, un peu à l'écart : chèvres, moutons et bovins, avec des tractations longues et très sérieuses. C'est probablement là que l'on retrouve le mieux l'atmosphère ancienne, loin des étals destinés aux visiteurs.
Une région davantage troublée et fragilisée
Le Sud-Omo n'a pas été l'un des principaux théâtres des grandes guerres du nord de l'Éthiopie, mais la région subit périodiquement des conflits locaux entre communautés, liés aux pâturages, à l'eau, aux limites administratives et au bétail. Un affrontement entre Hamar et Arbore a encore perturbé les déplacements en 2024.
Les sécheresses, les crues et la modification des équilibres du bassin de l'Omo pèsent également sur les pasteurs. En 2023-2024, des dizaines de milliers de personnes ont notamment été déplacées par des inondations plus au sud, dans le district dassanetch.
Ces crises peuvent momentanément réduire l'affluence de certains groupes éloignés, mais elles n'ont pas supprimé le marché.
En résumé
Key Afer vit toujours, et son marché reste considérable. Il est plus vaste, mieux relié, plus monétarisé et plus touristique qu'en 2003. Les étoffes industrielles, les téléphones et les vêtements modernes ont gagné du terrain ; certaines parures traditionnelles sont devenues en partie une ressource touristique. Mais sous cette modernisation, il conserve sa fonction profonde de grand rendez-vous économique et social des peuples du Sud-Omo.
Vous y reconnaîtriez sans doute encore la foule, la poussière rouge, les odeurs de bétail et de tabac, les négociations animées et l'incroyable mélange humain, mais vous éprouveriez aussi l'impression que le XXIe siècle s'est engouffré dans le marché, sans être encore parvenu à l'effacer.