Que sait-on sur l'île de Say sur le Nil ?
Île de Saï, grand palimpseste nubien
Conversation avec OpenAI - Kerma, Égypte pharaonique, Napata, Méroé, Makouria et forteresse ottomane
Il s'agit de l'île de Saï, parfois écrite Sai dans les publications anglophones, l'un des sites historiques les plus importants de la Nubie soudanaise. Elle se trouve sur le Nil, en amont de la deuxième cataracte, à peu près à mi-chemin entre Abri et Soleb.
Une grande île nubienne
Saï mesure environ 11,6 km de long sur 4,8 km dans sa plus grande largeur. C'est l'une des plus grandes îles du Nil en Nubie. Elle est encore habitée par plus d'un millier de personnes réparties entre plusieurs villages, entourés de palmeraies, de jardins et de cultures irriguées. Son centre est légèrement bombé par des affleurements rocheux qui divisent localement les bras du fleuve.
Son intérêt vient surtout de l'extraordinaire continuité de son occupation : on y trouve des traces allant du Paléolithique jusqu'à la période ottomane, puis aux villages actuels. Peu de lieux au Soudan permettent de suivre aussi complètement l'histoire de la Nubie.
Une position stratégique
Saï se situe immédiatement au sud du Batn el-Haggar, le « ventre de pierre », cette partie rocheuse et difficilement navigable du Nil qui comprend les rapides de la deuxième cataracte.
L'île présentait plusieurs avantages :
- protection naturelle par les bras du Nil ;
- terres agricoles fertiles ;
- contrôle du trafic fluvial ;
- proximité des pistes désertiques vers l'Égypte ;
- accès aux régions aurifères de Nubie.
Elle constituait donc à la fois une place défensive, un centre agricole et un relais commercial. Par cette région transitaient notamment l'or, l'ivoire, l'ébène et divers produits venus de l'Afrique intérieure.
Saï au temps du royaume de Kerma
À partir du milieu du IIIe millénaire avant notre ère, Saï devient le plus important centre du royaume de Kerma en dehors de sa capitale.
Les archéologues y ont retrouvé des habitats, des cimetières à tumulus, des poteries et des objets correspondant aux différentes phases de la civilisation de Kerma. L'île devait être un avant-poste septentrional du royaume, placé face aux forteresses que les Égyptiens avaient construites plus au nord pour contrôler leur frontière nubienne.
Saï se trouvait donc dans une zone de tension entre deux puissances :
- l'Égypte pharaonique au nord ;
- le royaume indépendant de Kerma au sud.
La conquête égyptienne
Au début du Nouvel Empire, vers le XVIe siècle avant notre ère, l'Égypte conquiert progressivement la Nubie. Saï devient alors un objectif militaire majeur.
Les Égyptiens y fondent une ville fortifiée, probablement sous les premiers souverains de la XVIIIe dynastie. Elle sert d'abord de tête de pont aux armées, puis devient une capitale administrative régionale et un important comptoir commercial. Elle comprend :
- une enceinte fortifiée ;
- des bâtiments administratifs ;
- des résidences ;
- des entrepôts ;
- au moins un temple.
Des éléments architecturaux portent notamment le nom de Thoutmosis III. Les fouilles montrent cependant que la population n'était pas uniquement égyptienne : Égyptiens et Nubiens semblent avoir vécu côte à côte et adopté mutuellement certaines pratiques culturelles.
Napata et Méroé
Après plusieurs siècles de domination égyptienne, la Nubie retrouve son indépendance. Saï est intégrée successivement :
- au royaume de Napata, à partir du Ier millénaire avant notre ère ;
- puis au royaume de Méroé, jusqu'au IVe siècle de notre ère.
Les nécropoles méroïtiques de l'île ont livré des tombes parfois richement équipées : céramiques peintes, verreries d'origine méditerranéenne, bijoux et fragments de tissus funéraires. Ces objets montrent que Saï restait insérée dans de vastes réseaux commerciaux reliant la Nubie à l'Égypte et au monde méditerranéen.
La période chrétienne
À partir du VIe siècle, Saï appartient à la Nubie chrétienne, vraisemblablement au royaume de Makouria.
L'île conserve les vestiges de plusieurs édifices religieux. Certaines colonnes d'une église médiévale émergent encore du sol sans que l'ensemble ait été complètement fouillé. Les habitats chrétiens ont souvent réoccupé les secteurs antiques, en utilisant les pierres des monuments pharaoniques.
Cette continuité explique la superposition des vestiges : une église ou une habitation médiévale peut se trouver directement au-dessus d'un bâtiment égyptien ou méroïtique.
La forteresse ottomane
L'un des vestiges les plus visibles est la forteresse construite ou fortement remaniée durant la période ottomane, à partir du XVIe siècle.
Elle s'élève près de l'ancienne ville égyptienne et réemploie de nombreuses pierres antiques. Son implantation rappelle que Saï conserva longtemps une fonction militaire et administrative. Les Ottomans cherchaient à contrôler la vallée nubienne, les voies commerciales et les zones productrices d'or.
La forteresse, avec ses murs encore saillants, constitue aujourd'hui le monument le plus immédiatement identifiable depuis le Nil.
Une île connue des voyageurs européens
Le Français Frédéric Cailliaud visita Saï en 1821 et décrivit les restes d'un temple égyptien portant encore des inscriptions hiéroglyphiques. Il remarqua également que des constructions locales avaient été élevées avec des matériaux provenant des ruines antiques.
L'expédition de Karl Richard Lepsius y passa dans les années 1840. Elle releva des inscriptions, identifia notamment le nom de Thoutmosis III et emporta certains objets vers les musées européens.
Les fouilles franco-soudanaises
Saï occupe une place particulière dans l'histoire de l'archéologie soudanaise : elle fut, en 1954, le premier grand chantier de coopération archéologique franco-soudanaise.
Les recherches ont depuis porté sur :
- la ville pharaonique ;
- les nécropoles de Kerma ;
- les tombes égyptiennes et méroïtiques ;
- les églises médiévales ;
- la forteresse ottomane ;
- la cartographie complète des vestiges.
Depuis 2017, une nouvelle mission soutenue notamment par le CNRS, Sorbonne Université, la SFDAS et les autorités soudanaises travaille à établir une carte archéologique détaillée de l'île.
Un patrimoine aujourd'hui menacé
Les vestiges sont fragilisés par plusieurs phénomènes :
- extension des terres agricoles ;
- creusement de canaux et construction de maisons ;
- érosion ;
- pillage ;
- développement de l'orpaillage ;
- difficultés de protection liées à la guerre au Soudan.
La mission archéologique tente de localiser, documenter et protéger les sites avant leur disparition. L'île a été inscrite par le Soudan sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO, mais elle n'est pas encore classée au patrimoine mondial.
Ce que l'on voit lors d'une visite
Pour un voyageur, Saï peut paraître d'abord comme une grande île agricole et paisible, avec des villages nubiens, des palmiers, des champs et des berges cultivées. Les vestiges sont dispersés et ne forment pas un site monumental unique.
Les principaux points d'intérêt sont :
- les murs de la forteresse ottomane ;
- les restes de la ville égyptienne ;
- les blocs portant des inscriptions pharaoniques ;
- les nécropoles à tumulus ;
- les colonnes et vestiges des églises chrétiennes ;
- le paysage insulaire lui-même.
Saï se comprend donc moins comme une ruine spectaculaire que comme un immense palimpseste historique : chaque civilisation nubienne y a construit sur les traces de la précédente.
Pour votre récit
Saï est une vaste île cultivée du Nil, mais aussi un condensé de toute l'histoire nubienne. Royaume de Kerma, conquérants égyptiens, souverains de Napata et de Méroé, chrétiens de Makouria puis garnisons ottomanes s'y sont succédé. Entre les palmeraies et les villages actuels subsistent une ville pharaonique, des nécropoles, des églises enfouies et une forteresse bâtie avec les pierres des monuments antiques.