Que sont devenus Harar en Éthiopie et sa région depuis 2003 ?
Harar depuis 2003
Conversation avec OpenAI - Jugol, urbanisation, hyènes, khat, eau et sécurité
Harar depuis 2003 : une ville préservée au cœur, débordée sur ses marges
Harar n'a ni disparu ni été bouleversée par la guerre comme certaines villes du nord de l'Éthiopie. Le vieux Harar, le Jugol enfermé dans ses remparts, demeure remarquablement reconnaissable : mêmes ruelles étroites, maisons blanchies, marchés, mosquées, sanctuaires soufis et portes monumentales. Mais autour de ce noyau ancien, la ville moderne s'est considérablement étendue.
Le changement le plus important survenu peu après votre visite est son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2006. Cette reconnaissance a accru la notoriété internationale de Harar et encouragé la restauration de maisons traditionnelles, de portions de remparts et de bâtiments historiques. Elle n'a cependant pas résolu les problèmes de fond : entretien irrégulier, constructions inadaptées, réseaux électriques et sanitaires envahissants, manque d'argent et raréfaction des artisans maîtrisant les techniques anciennes. En 2025, un nouveau programme de formation à la conservation a précisément été organisé parce que l'urbanisation, le climat et l'insuffisance des moyens menacent encore l'intégrité du Jugol.
Une vieille ville restée très vivante
Le Jugol n'est pas devenu une ville-musée. Les familles y vivent toujours, les marchés débordent dans les passages, les femmes harari portent encore leurs étoffes colorées et les intérieurs traditionnels conservent souvent leurs niches, banquettes et décors symboliques. Les téléphones, paraboles, câbles électriques, tôles et réservoirs d'eau se sont toutefois multipliés, donnant parfois aux ruelles un aspect plus encombré qu'en 2003.
Les grandes maisons dites harari, dont certaines étaient déjà fragiles lors de votre séjour, sont soumises à une transformation lente : divisions entre héritiers, remplacement des matériaux traditionnels par le ciment, percements de fenêtres et ajout d'étages. Quelques-unes ont été restaurées et transformées en maisons d'hôtes, musées ou lieux culturels, mais beaucoup dépendent encore des moyens très limités de leurs occupants.
La maison associée à Rimbaud reste une étape touristique connue, bien que son identification comme véritable résidence du poète soit discutée. Les lieux de culte, les tombeaux et les fêtes soufies demeurent au centre de la vie locale.
La ville nouvelle a presque encerclé le Jugol
En 2003, on percevait encore nettement Harar comme une cité fortifiée posée dans un paysage de collines cultivées. Aujourd'hui, les quartiers modernes, les immeubles, les routes, les commerces, les lotissements et les constructions informelles se sont avancés très loin autour des murailles. Le contraste entre la petite ville historique et la grande agglomération extérieure s'est accentué.
Cette croissance a consommé des terres agricoles périphériques et déplacé certains cultivateurs. Des études consacrées à Harar décrivent l'avancée des habitations, des condominiums, des commerces et des lotissements de la diaspora sur les anciennes parcelles maraîchères.
Le Jugol paraît donc aujourd'hui plus petit qu'autrefois, non parce qu'il aurait rétréci, mais parce qu'il est enveloppé par la ville moderne. Les anciennes portes ne débouchent plus toujours directement sur la campagne : elles ouvrent souvent sur des rues encombrées, des minibus, des bajaj, des échoppes et une circulation intense.
Les hyènes sont toujours là, mais leur territoire se réduit
La relation exceptionnelle entre Harar et les hyènes tachetées existe toujours. Elles entrent encore de nuit par les passages ménagés dans les murs, consomment les déchets et sont nourries par les hommes aux hyènes. Le spectacle destiné aux visiteurs est même devenu l'une des images emblématiques de la ville.
Mais cette tradition est devenue plus touristique et plus mise en scène. Un projet d'éco-parc avec boutiques, musée et équipements touristiques a été envisagé autour du nourrissage. Paradoxalement, l'expansion urbaine bloque progressivement certains corridors empruntés par les animaux entre les collines et la vieille ville. Des chercheurs craignent qu'une urbanisation trop dense ne finisse par rendre cette cohabitation impossible.
On peut donc dire que les hyènes n'ont pas disparu, mais que leur présence est désormais plus spectaculaire pour les visiteurs et plus fragile écologiquement.
Dans les campagnes : le triomphe du khat
Autour de Harar, dans l'Est-Hararghe, le changement agricole le plus visible est probablement l'extension du khat. Il était déjà omniprésent en 2003, mais sa culture a continué de gagner du terrain au détriment des céréales et, dans certains secteurs, du café.
Les raisons sont économiques et climatiques : plusieurs récoltes par an, revenu supérieur, vente rapide vers Dire Dawa, Djibouti et la Somalie, et meilleure résistance relative aux épisodes secs. Dans les zones étudiées de l'Est et de l'Ouest-Hararghe, les recherches récentes constatent encore une forte progression, souvent sous forme de cultures associées.
Cette évolution apporte de l'argent liquide aux producteurs, aux transporteurs et aux commerçants, mais elle crée aussi plusieurs dépendances :
- irrigation et prélèvement d'eau pour produire des feuilles tendres ;
- diminution relative des cultures vivrières ;
- dépendance aux cours et aux débouchés du khat ;
- consommation quotidienne prenant une place croissante dans le budget et la vie sociale.
Le café de Harar, autrefois l'une des grandes signatures de la région, existe toujours et conserve une forte réputation commerciale, mais il est souvent moins attractif pour les petits paysans que le khat, qui rapporte plus vite.
Un paysage plus sec et plus sollicité
Les hautes terres proches de Harar conservent leurs terrasses, leurs vergers, leurs eucalyptus et leurs cultures en gradins. Cependant, la pression démographique, la fragmentation des parcelles, le déboisement local, l'érosion et l'irrégularité croissante des pluies se font davantage sentir.
L'Est-Hararghe reste une région particulièrement exposée au manque d'eau et aux mauvaises récoltes. Une étude publiée en 2026 décrit encore des zones où les sécheresses provoquent fréquemment l'échec des cultures et une baisse progressive de la productivité. À l'échelle éthiopienne, sécheresses locales, inondations, inflation et conflits ont continué à alimenter une grave insécurité alimentaire en 2024-2025, même si Harar n'a pas été l'épicentre de la crise.
Les villages situés sur les routes de Babile, Haramaya ou Fedis ont généralement grandi, avec davantage de maisons en parpaings, de petits commerces, de motos, de téléphones et d'électricité. Mais cette modernisation reste très inégale : eau potable, assainissement, soins et emplois stables demeurent insuffisants dans de nombreux secteurs.
Haramaya : un lac toujours très diminué
À l'ouest de Harar, le lac Haramaya, autrefois important pour l'agriculture, les habitants et l'université, s'est presque totalement asséché au début des années 2000 sous l'effet combiné des pompages, de l'irrigation, de l'envasement et de la variabilité climatique. Des périodes de retour partiel de l'eau ont été signalées après de fortes pluies, mais il n'a pas retrouvé durablement son ancien état.
La région de Haramaya est en revanche devenue un important pôle universitaire et périurbain, presque intégré au corridor très peuplé reliant Harar à Dire Dawa.
Une région relativement épargnée par les grandes guerres, mais pas totalement sûre
Harar n'a pas subi directement les destructions de la guerre du Tigré de 2020-2022. Elle est restée administrée par l'État régional harari et n'a pas connu de bataille majeure dans ses murs. Elle a néanmoins subi les effets nationaux : inflation très forte, pénuries, baisse du tourisme, difficultés de transport et tensions politiques.
Les rapports entre communautés harari, oromo, somali et amhara restent complexes. Des incidents intercommunautaires ou sécuritaires surviennent périodiquement dans les campagnes, notamment sur certains axes vers Babile, Jijiga et les zones rurales de l'Oromia.
En juillet 2026, les autorités françaises considèrent encore la ville de Harar et la route depuis Dire Dawa comme accessibles avec une vigilance renforcée, de préférence en arrivant par avion à Dire Dawa. En revanche, elles déconseillent sauf raison impérative plusieurs secteurs ruraux environnants, notamment le sanctuaire de Harar et la montagne de Kondudo, et recommandent de vérifier la situation avant de poursuivre vers Babile et Jijiga.
Le tourisme : reprise lente et irrégulière
Entre 2003 et 2019, Harar a connu une progression du tourisme grâce à l'UNESCO, aux maisons traditionnelles, à Rimbaud et aux hyènes. Puis le Covid, la guerre du Tigré et l'insécurité nationale ont provoqué un effondrement des visites.
Une reprise est engagée en Éthiopie depuis 2025, mais elle demeure fragile et très dépendante des alertes sécuritaires. Harar reçoit à nouveau des voyageurs, des guides travaillent et les maisons d'hôtes fonctionnent, mais l'ambiance est probablement moins internationale et moins insouciante qu'avant 2020. L'Éthiopie dans son ensemble a annoncé près de 1,2 million de visiteurs entre juillet 2025 et avril 2026, tout en restant handicapée par les conflits persistants dans plusieurs régions.
Ce que vous reconnaîtriez, et ce qui vous surprendrait
Vous reconnaîtriez immédiatement :
- les portes et le lacis des ruelles du Jugol ;
- les marchés colorés et les paniers harari ;
- les silhouettes des mosquées ;
- l'odeur des épices, du café et du khat ;
- les hyènes apparaissant à la nuit ;
- les collines cultivées de l'Hararghe.
Vous seriez probablement surpris par :
- l'étendue de la ville moderne autour des remparts ;
- la circulation et la profusion des bajaj ;
- les câbles, paraboles et constructions en ciment dans la vieille ville ;
- la domination encore accrue du khat ;
- la réduction des espaces ruraux proches ;
- la prudence désormais nécessaire pour explorer librement les alentours.
En résumé, Harar a conservé son âme mieux que beaucoup de villes historiques africaines, mais son écrin a profondément changé. Le Jugol demeure une ville habitée, fervente et extraordinairement singulière. Autour de lui, cependant, s'est développée une agglomération beaucoup plus grande, plus dense et plus pauvre en terres agricoles. La région vit désormais dans un équilibre précaire entre patrimoine, urbanisation, économie du khat, raréfaction de l'eau et incertitudes sécuritaires.