Que sait-on des ksar Djado et Djaba au Niger ?
La légende d'un abandon à cause de l'insalubrité (moustiques) est-elle fondée ?
Conversation avec OpenAI - citadelles d'oasis, Kanem-Bornou, razzias, moustiques et paludisme
Que sait-on des ksar Djado et Djaba au Niger ?
La légende d'un abandon à cause de l'insalubrité (moustiques) est-elle fondée ?
Les ksour de Djado et de Djaba - ce dernier nom étant aussi transcrit Yaba - sont deux anciennes agglomérations fortifiées du nord-est du Niger, situées dans le chapelet d'oasis qui longe le rebord occidental du plateau du Djado. Leur histoire demeure mal connue : les traditions orales sont fragmentaires et aucune fouille archéologique systématique n'a permis d'établir avec certitude leur origine, leurs phases de construction et les circonstances précises de leur abandon.
Le terme local souvent employé est gassar, plutôt que ksar : il désigne la forteresse-refuge où les habitants des jardins et de la palmeraie se repliaient lors des razzias.
Djado est de très loin le plus spectaculaire. La cité occupe un éperon rocheux d'une quarantaine de mètres, entouré autrefois de marais, de roseaux et de palmiers. Le lieutenant-colonel de Burthe d'Annelet, qui visita la région dans les années 1930, estimait que la forteresse pouvait accueillir jusqu'à 2 000 personnes en période de danger.
Il décrit :
La forteresse n'était donc pas seulement un château : elle formait un village-refuge densément construit, étroitement lié à une grande palmeraie, à des jardins, à une saline et aux routes caravanières.
Djaba, quelques kilomètres plus au nord, reprend le même principe mais à une échelle moindre : petit gassar établi sur un rocher, source surgissant dans une fissure, palmeraie d'environ 2 000 dattiers selon les observations des années 1930. Sa saline fournissait un sel en paillettes particulièrement blanc et pur, réputé meilleur et plus cher que celui de Bilma.
Quelques échantillons provenant de constructions de Djaba ont bien fait l'objet de mesures radiocarbone publiées en 1985. Cela nuance l'affirmation souvent répétée selon laquelle aucune datation scientifique n'aurait jamais été tentée. Ces prélèvements ponctuels ne remplacent toutefois pas une fouille stratigraphique et ne suffisent pas à dater l'ensemble de la ville ou ses différentes phases.
On rencontre plusieurs traditions :
Il est vraisemblable que les édifices visibles résultent de plusieurs périodes de construction et de réparation, plutôt que d'une fondation unique. Les matériaux périssables, les reconstructions en terre et l'absence de fouilles rendent hasardeuse l'attribution de tout le site à un seul peuple. Les sources historiques placent néanmoins le Djado dans la sphère du Kanem-Bornou au Moyen Âge, puis au cœur des échanges entre le lac Tchad, le Fezzan, l'Aïr et le monde méditerranéen.
Les villes servaient à la fois :
La réputation d'insalubrité de Djado n'est pas une invention touristique récente. Dans les années 1930, Burthe d'Annelet décrit autour du gassar des mares permanentes, des sols détrempés et de hauts roseaux constituant un "repaire d'anophèles".
Il affirme que les moustiques rendaient la vie très difficile aux hommes comme aux animaux, que la cuvette était touchée par le paludisme et que des habitants fiévreux avaient quitté les bas-fonds pour séjourner dans la montagne, ne revenant parfois que pour la récolte des dattes. Le poste militaire français lui-même avait été transféré à Chirfa en partie à cause de ces conditions.
Cela est écologiquement très plausible : l'eau affleure dans la cuvette, parfois saumâtre ou natronée, et les marécages encombrés de roseaux offrent des gîtes larvaires permanents. Dans un environnement désertique, une oasis peut ainsi être beaucoup plus infestée de moustiques qu'un plateau aride voisin.
La formule selon laquelle "les habitants abandonnèrent Djado à cause des moustiques" est trop simple. Les moustiques expliquent très bien :
Ils expliquent moins bien, à eux seuls, le déclin ancien de tout le système fortifié. Les habitants avaient vécu pendant des générations auprès de ces eaux, indispensables aux palmiers, aux jardins et au bétail. Il serait étonnant que l'insalubrité, probablement ancienne elle aussi, ait provoqué soudainement un abandon total.
Le facteur historique le mieux attesté est plutôt la longue insécurité des XVIIIe et XIXe siècles. Le Djado fut disputé et ravagé par des razzias successives venues de l'Aïr, du Fezzan et du Tibesti. Touaregs, Arabes et Toubou attaquaient les oasis, emportaient les troupeaux et les habitants, détruisaient ou brûlaient parfois les palmeraies. Selon l'historien nigérien Kiari Mamadou, Djado, Djaba et Dabassa ne se relevèrent jamais complètement de ces raids répétés.
À cela se sont probablement ajoutés :
La légende des moustiques repose donc sur un fait réel, solidement attesté : Djado était une cuvette marécageuse infestée d'anophèles et frappée par les fièvres paludéennes. Cette situation a certainement accéléré son dépeuplement et explique notamment le transfert du poste militaire.
Mais il est abusif d'en faire la cause unique de l'abandon des ksour. Leur déclin semble plutôt résulter d'un processus de longue durée : razzias et destructions aux XVIIIe et XIXe siècles, affaiblissement du commerce caravanier, perte de leur fonction de refuge, déplacement des habitants vers Chirfa, ensablement et insalubrité. Les moustiques furent probablement davantage le dernier repoussoir d'un site déjà ruiné et dépeuplé que la cause première de sa chute.