Les caravanes du Kawar vers le sud

Conversation avec OpenAI - sel, natron, dattes, saison fraîche et route du Manga

Caravane du Kawar
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Pourquoi toutes les caravanes vues en novembre entre Dibella et Bilma vont vers le sud, lourdement chargées ? Que portent-elles à cette saison, et jusqu'où ?

OpenAI

Ce que vous avez observé en novembre 2002 entre Bilma, Zoo Baba et Dibella correspond très probablement à un mouvement saisonnier précis : la descente vers le Manga et le bassin du lac Tchad des caravanes chargées des produits du Kawar.

Ce ne sont pas exactement les caravanes de l'Aïr, la taghlamt venant d'Agadez par Fachi, car celles-ci repartent vers l'ouest. Sur la piste de Dibella, les caravanes suivaient l'autre grand axe commercial du Kawar, orienté nord-sud, vers N'Guigmi et le Bornou.

Pourquoi vers le sud en novembre ?

Trois raisons se conjuguent. D'abord, la récolte principale des dattes du Kawar vient de s'achever. Elle a lieu surtout en juillet et août, avec des variétés plus tardives. Les dattes sont ensuite triées, séchées et conditionnées avant d'être envoyées vers le sud, où elles sont échangées contre du mil et d'autres produits alimentaires.

Ensuite, c'est aussi la saison du sel. Le sel et le natron sont extraits toute l'année, mais leur transport à longue distance se fait surtout durant la saison fraîche. En novembre, les pains sont prêts et les dromadaires peuvent être lourdement chargés sans subir les chaleurs extrêmes.

Enfin, la température devient supportable : journées moins brûlantes, nuits fraîches, consommation d'eau réduite, animaux remis des chaleurs estivales et meilleures chances de trouver un peu de pâturage résiduel au sud. La descente se concentrait donc sur quelques semaines, ce qui explique l'impression que toutes les caravanes allaient dans la même direction.

Que portaient-elles ?

La cargaison principale était presque certainement composée de sel, de natron et de dattes, souvent réunis sur les mêmes animaux.

Bilma produisait différents types de sel, moulés dans des formes caractéristiques. Les plus grands pains étaient surtout destinés au bétail. Ce sel complétait l'alimentation des troupeaux du Sahel, notamment bovins, chameaux, moutons et chèvres, car les pâturages sahéliens peuvent être pauvres en sodium.

Le natron, mélange naturel riche en carbonates de sodium, était utilisé comme complément minéral pour le bétail, dans certaines préparations alimentaires, pour la conservation, le tannage et divers usages domestiques. Dans les récits, le mot "sel" recouvre souvent à la fois le sel propre et les produits natronés.

Les dattes étaient transportées dans des sacs de peau de chèvre, de grandes enveloppes tressées ou des sacs de toile. Elles pouvaient aussi servir à caler les pains de sel sur le bât. Le volume apparent devenait considérable : le sel est dense, tandis que les sacs de dattes donnent aux animaux une silhouette très enveloppée.

Plus marginalement, certaines caravanes pouvaient transporter un peu de soude, des nattes, des objets fabriqués dans les oasis, des peaux, quelques animaux destinés à la vente, des voyageurs et leurs bagages, ou des produits appartenant à des commerçants de Bilma.

Jusqu'où allaient-elles ?

La première grande destination était vraisemblablement N'Guigmi, environ 500 km plus au sud à vol d'oiseau, davantage par la piste. L'itinéraire suivait approximativement : Bilma, Zoo Baba, Dibella, Agadem, N'Gourti, N'Guigmi.

Une partie du sel pouvait être vendue en route aux éleveurs toubous, arabes ou peuls des régions de Termit et de N'Gourti. Le sel pour le bétail n'avait pas besoin d'atteindre une ville : les transactions pouvaient se faire auprès des campements ou lors des rassemblements saisonniers.

À N'Guigmi, les produits étaient échangés contre du mil, du sorgho, du niébé, du beurre ou des produits animaux, des tissus, du sucre, du thé et parfois de l'argent. Les céréales du Manga constituaient le chargement de retour indispensable aux oasis, qui ne pouvaient en produire suffisamment.

Une partie du sel et des dattes pouvait être revendue plus loin vers Diffa, Mainé-Soroa, les marchés kanouris de part et d'autre de la frontière et le Bornou nigérian, notamment vers Maiduguri. Les dromadaires que vous avez vus ne faisaient pas forcément eux-mêmes tout ce trajet : le chargement pouvait être fractionné, revendu et repris par d'autres moyens.

Était-ce la grande caravane du sel ?

Probablement pas une caravane unique, organisée comme l'ancienne taghlamt de plusieurs milliers de chameaux. En 2002, les camions avaient déjà repris l'essentiel du trafic massif. Vous avez sans doute croisé plusieurs caravanes familiales ou commerciales touboues et kawariennes, parties à peu près au même moment après la récolte.

Contrairement à la caravane Agadez-Fachi-Bilma, très connue des photographes, cette circulation méridionale est moins spectaculaire et moins documentée, alors qu'elle correspond à l'axe historique le plus ancien du Kawar : celui du Bornou au Fezzan.

Pourquoi si lourdement chargées ?

À la descente, les dromadaires transportaient des produits très pondéreux, surtout le sel, tandis qu'au retour ils rapportaient principalement des céréales. Le trajet vers le sud était donc le moment où le chargement était le plus visible : pains de sel sur les flancs, sacs de dattes, réserves d'eau, nourriture des caravaniers, effets personnels, parfois jeunes animaux ou voyageurs.

Entre Bilma et Dibella, la caravane venait juste de partir : elle n'avait presque rien vendu. Plus au sud, après les transactions avec les éleveurs et les marchés de N'Gourti, son chargement devait progressivement diminuer.

En résumé

En novembre, les caravanes que vous avez croisées entre Bilma et Dibella descendaient probablement vers N'Gourti, N'Guigmi et les marchés du Manga et du Bornou. Elles transportaient principalement les pains de sel et le natron de Bilma, accompagnés des dattes récoltées dans les oasis du Kawar.

Le départ groupé s'explique par la fin de la récolte des dattes et par l'arrivée de la saison fraîche, la plus favorable à la longue traversée. À leur retour, elles rapportaient surtout du mil, du sorgho et divers produits du Sahel. Vous êtes donc passé au moment où le Kawar vidait vers le sud sa production annuelle, avant de recevoir en retour les céréales dont dépendaient ses habitants.