Villages nubiens, barrage de Méroé et guerre civile

Conversation avec OpenAI - de Dal à la quatrième cataracte, entre vallée habitée, retenue du barrage et guerre soudanaise

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Que sont devenus tous ces beaux villages depuis Dal jusqu'à la 4ème cataracte, entre le barrage du Nil et la guerre civile ?

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Ils n'ont pas tous connu le même sort. Il faut distinguer la longue Nubie entre Dal, Saï, Soleb, Kerma et Dongola, qui n'a pas été noyée par le barrage de Méroé, et la région même de la quatrième cataracte, profondément transformée par sa retenue.

De Dal à Dongola : les villages sont encore là

Les villages que vous avez traversés autour de Dal, Ferka, Mograkka, Saï, Abri, Soleb, Delgo ou Kerma n'ont pas été engloutis par le barrage. Celui-ci se trouve beaucoup plus au sud, près de Méroé/Hamdab, et sa retenue remonte en amont à travers l'ancienne quatrième cataracte.

La plupart de ces villages nubiens existent donc toujours, avec leurs palmeraies, leurs mosquées, leurs maisons de terre et leur étroite bande de cultures irriguées. Mais le paysage humain s'est lentement transformé avant même la guerre :

  • départ des jeunes vers Dongola, Khartoum, l'Égypte ou les pays du Golfe ;
  • abandon ou reconstruction en parpaings de nombreuses maisons traditionnelles ;
  • mécanisation des pompes et extension de certaines cultures ;
  • recul de la navigation locale et des felouques ;
  • développement des routes asphaltées, qui a déplacé une partie de la vie des berges vers l'intérieur.

Autrement dit, ces villages ne sont généralement pas détruits, mais beaucoup ont perdu une partie de la vie très lente, isolée et fluviale que vous aviez connue.

La quatrième cataracte : un monde réellement disparu

Le changement radical commence dans la région des Manasir, en amont du barrage de Méroé. La fermeture du barrage, achevée en 2008-2009, a transformé environ 170 kilomètres de vallée rocheuse en lac de retenue. Les rapides, les îles, les chenaux secondaires, les palmeraies et des dizaines de villages ont disparu sous l'eau.

Les estimations varient selon les sources et la manière de compter les habitants, mais plusieurs dizaines de milliers de personnes appartenant surtout aux communautés Manasir, Amri et Hamdab ont été déplacées. Au moins une trentaine de villages furent directement submergés, et les estimations locales portent le total des déplacés à plus de 50 000 personnes.

Ce qui a disparu n'était pas seulement un ensemble de maisons. C'était un système de vie très particulier :

  • petites parcelles alluviales entre les rochers ;
  • dattiers transmis de génération en génération ;
  • îles cultivées ;
  • navigation entre les bras du fleuve ;
  • tombes familiales et sanctuaires ;
  • villages adaptés aux crues et aux replis du Nil ;
  • milliers de sites archéologiques allant de la préhistoire à la période islamique.

Une vaste campagne internationale de fouilles de sauvetage a précédé l'inondation, mais on n'a évidemment pu étudier qu'une partie des vestiges. Le British Museum rappelle que la construction du barrage a entraîné une importante opération archéologique de sauvetage autour de la quatrième cataracte.

Des populations déplacées dans le désert

Une partie des habitants fut transférée dans des villages planifiés, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres du Nil, notamment vers des périmètres irrigués d'Al-Multaga, d'Al-Makabrab ou d'autres sites de réinstallation.

Ces nouveaux villages apportaient parfois électricité, écoles et maisons standardisées, mais ils ne remplaçaient ni les palmeraies ni l'accès direct au fleuve. Les sols, les cultures et les relations sociales n'étaient plus les mêmes. Beaucoup de familles ont estimé que les indemnisations étaient insuffisantes ou inégalement distribuées.

Une proportion importante des Manasir refusa donc le déplacement officiel. Certains s'installèrent sur les hauteurs dominant le nouveau lac, ou bâtirent de petits villages sur ses rives, en pratiquant une agriculture de décrue lorsque le niveau de la retenue baissait. Ces communautés, souvent appelées les « Manasir de l'option locale », ont longtemps vécu avec peu de services publics et dans une situation juridique et économique précaire.

Puis est venue la guerre

Depuis avril 2023, la Nubie septentrionale n'a pas connu les destructions systématiques observées à Khartoum, au Darfour ou au Kordofan. Jusqu'en 2026, l'État du Nord est resté largement sous contrôle de l'armée soudanaise et relativement éloigné des principaux fronts terrestres.

Cela ne signifie pas que la région ait été épargnée.

Elle a reçu un nombre considérable de déplacés venus de Khartoum, du Darfour et d'autres zones de combat. De petites villes disposant de ressources limitées ont vu leur population augmenter brutalement. Selon un reportage publié début 2026, Karima, par exemple, aurait accueilli une population flottante très supérieure à son nombre d'habitants habituel.

Les conséquences sont partout visibles :

  • familles hébergées dans les écoles, maisons inoccupées et bâtiments publics ;
  • forte hausse des prix ;
  • pénuries de carburant et de médicaments ;
  • surcharge des hôpitaux ;
  • difficulté à entretenir les pompes d'irrigation ;
  • coupures d'électricité ;
  • ralentissement du commerce avec Khartoum ;
  • retour de migrants dans leurs villages d'origine sans travail ni revenus.

À l'échelle du Soudan, 8,9 millions de personnes restaient déplacées à l'intérieur du pays en mars 2026, et des personnes déplacées étaient présentes dans les dix-huit États.

Le barrage lui-même est devenu une cible

En janvier 2025, des attaques de drones contre les installations électriques de Méroé ont provoqué de vastes coupures dans les régions contrôlées par l'armée, notamment dans les États du Nord et du Nil. Ces pannes ont touché les hôpitaux, l'approvisionnement en eau et surtout l'agriculture irriguée, extrêmement dépendante de l'électricité ou du carburant pour les pompes.

Le barrage, qui avait profondément bouleversé la quatrième cataracte au nom de l'électrification du pays, est ainsi devenu pendant la guerre un point de vulnérabilité pour toute la vallée.

Les villages de votre voyage aujourd'hui

On peut donc résumer leur destin ainsi :

Autour de Dal, Ferka, Saï et Soleb, les villages n'ont pas disparu sous l'eau. Ils subsistent, mais sont plus reliés par la route, souvent moins peuplés par leurs habitants d'origine et aujourd'hui fragilisés par l'inflation, les coupures, l'arrivée de déplacés et l'effondrement général de l'économie soudanaise.

Autour de Kerma, Dongola, Karima et Méroé, les bourgs sont devenus des refuges relativement sûrs, mais surchargés et appauvris. La guerre s'y fait surtout sentir par ses conséquences humaines et économiques, avec désormais la menace des drones.

Dans l'ancienne quatrième cataracte, en revanche, une grande partie des villages que l'on aurait pu voir avant 2008 n'existe plus : leurs emplacements, leurs îles et leurs palmeraies sont au fond du lac de Méroé. Leurs habitants ont été dispersés entre villages de réinstallation, villes soudanaises et nouvelles implantations improvisées sur les rives de la retenue.

Pour votre récit

Les villages nubiens rencontrés entre Dal et Dongola sont toujours là, étirés entre le désert et leur ruban de palmiers. Mais ils ont vieilli, se sont vidés d'une partie de leur jeunesse et accueillent aujourd'hui les réfugiés d'une guerre qui semblait d'abord lointaine. Plus au sud, à la quatrième cataracte, le bouleversement avait commencé bien avant les combats : le barrage de Méroé a noyé les rapides, les îles, les dattiers et des dizaines de villages. La guerre n'a donc pas détruit partout le même paysage : au nord, elle étouffe lentement les communautés survivantes ; autour de la cataracte, elle frappe un peuple déjà déraciné par les eaux du barrage.

Vous

Où en est aujourd'hui cette guerre civile stupide ?

OpenAI

Au 27 juillet 2026, la guerre du Soudan n'est malheureusement pas près de finir. Elle s'est transformée en une partition de fait du pays, sans accord politique crédible ni cessez-le-feu durable.

Où en sont les deux camps ?

L'armée soudanaise, commandée par le général Abdel Fattah al-Burhan, a repris Khartoum, l'État d'Al-Jazira et une grande partie du centre et de l'est du pays. Elle contrôle désormais un peu plus de la moitié du territoire, notamment la vallée du Nil, Port-Soudan, le Nord, l'Est et l'essentiel des régions centrales.

Les Forces de soutien rapide, FSR/RSF, de Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, dominent en revanche le Darfur, presque tout le Kordofan occidental et diverses positions du Kordofan méridional et septentrional. Elles ont pris El-Fasher, dernier grand bastion de l'armée au Darfour, au prix de massacres documentés contre les civils.

On peut donc schématiser ainsi :

À l'armée, le Nil, le Nord, l'Est et Khartoum ; aux FSR, l'Ouest et l'essentiel du Darfour.

Cette division ressemble de plus en plus à une séparation durable entre deux Soudans rivaux, même si aucun des deux camps n'y consent officiellement.

Le front principal s'est déplacé vers le Kordofan

Khartoum est beaucoup plus calme qu'en 2023-2024, mais elle est très largement détruite et vidée d'une partie de ses habitants. Les combats les plus dangereux se concentrent maintenant dans le Kordofan, en particulier autour d'El-Obeid, grande ville stratégique située sur la route entre Khartoum et le Darfour.

El-Obeid est soumise à des attaques de drones répétées et à une situation proche du siège. L'approvisionnement en eau, en carburant et en médicaments devient extrêmement difficile. Les organisations internationales craignent qu'elle ne connaisse le même sort qu'El-Fasher.

La guerre s'étend également vers le Nil Bleu, avec de nouveaux affrontements et des alliances locales mouvantes.

Le Darfour est pratiquement abandonné aux FSR

Après la chute d'El-Fasher, les FSR contrôlent presque tout le Darfour. Elles y ont installé une administration parallèle et ont tenté de donner une façade gouvernementale aux territoires qu'elles occupent. L'ONU refuse de reconnaître ce projet, qui risque d'institutionnaliser la division du pays.

Les atrocités y ont atteint un niveau considérable : massacres ethniques, exécutions sommaires, viols, pillages et destruction de camps de déplacés. Une enquête visuelle de Reuters a documenté des combattants des FSR se filmant eux-mêmes en train de tuer des civils lors de la prise d'El-Fasher.

L'armée soudanaise commet elle aussi des bombardements indiscriminés, des arrestations arbitraires et des représailles contre les personnes soupçonnées d'avoir collaboré avec les FSR. Il ne faut donc pas présenter le camp de Burhan comme un camp démocratique ou protecteur des civils : c'est simplement le camp de l'État et de l'armée régulière.

Une catastrophe humaine sans précédent récent

Les chiffres exacts restent impossibles à établir. Selon les sources, le nombre de morts varie de plusieurs dizaines de milliers à plus de 150 000, probablement davantage si l'on compte les décès indirects dus à la faim et aux maladies. ACLED avait enregistré près de 53 000 morts directement liés aux violences à la mi-2026, chiffre reconnu comme très inférieur à la réalité.

Plus de 14 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer, à l'intérieur du Soudan ou dans les pays voisins. Plus de trente millions ont besoin d'une assistance humanitaire.

La famine ou des conditions proches de la famine touchent plusieurs zones du Darfour et du Kordofan. L'aide arrive très difficilement, car les routes sont coupées, les convois pillés et les deux camps utilisent parfois l'accès humanitaire comme une arme.

Et le Nord nubien que vous avez connu ?

La région comprise entre Dal, Saï, Soleb, Kerma, Dongola et Karima reste parmi les moins directement touchées par les combats. Elle est sous contrôle de l'armée et demeure éloignée des principaux fronts terrestres. Les États du Nord, du Nil, de la mer Rouge et de Kassala sont encore considérés comme les régions les moins violentes du pays.

Mais la vie y est profondément bouleversée :

  • arrivée massive de familles réfugiées de Khartoum et du Darfour ;
  • économie désorganisée ;
  • pénuries de carburant et de médicaments ;
  • inflation ;
  • coupures électriques affectant les pompes d'irrigation ;
  • voyages et tourisme pratiquement impossibles ;
  • crainte permanente des drones contre les infrastructures.

Les beaux villages nubiens sont donc, pour la plupart, encore debout. Ils ne ressemblent pas aux villes détruites du Darfour ou de Khartoum, mais ils vivent dans un pays effondré, avec beaucoup plus d'habitants à nourrir et beaucoup moins de ressources.

Pourquoi cette guerre continue-t-elle ?

À l'origine, c'était une lutte de pouvoir entre deux anciens alliés du régime militaire : Burhan voulait intégrer rapidement les FSR dans l'armée ; Hemedti voulait conserver son armée privée, son autonomie économique et son influence politique.

Depuis, la guerre a pris une tout autre dimension :

  • contrôle des mines d'or et des routes commerciales ;
  • rivalités ethniques et régionales ;
  • interventions d'États étrangers ;
  • afflux d'armes et de drones ;
  • intérêts économiques des chefs militaires ;
  • désir de chacun d'éviter une défaite qui pourrait signifier sa disparition physique ou judiciaire.

Aucun des deux chefs ne paraît aujourd'hui capable de conquérir tout le pays. Aucun ne veut accepter un compromis qui diminuerait son pouvoir. Les tentatives de médiation ont toutes échoué jusqu'à présent.

La perspective la plus vraisemblable n'est donc pas une victoire rapide, mais une guerre longue, avec un Soudan oriental tenu par l'armée et un Soudan occidental tenu par les FSR, séparés par un front meurtrier dans le Kordofan.

C'est bien, comme vous le dites, une guerre profondément absurde : les deux chefs issus du même appareil militaire ont détruit le pays qu'ils prétendaient gouverner, après avoir ensemble éliminé la fragile transition civile née de la chute d'Omar el-Béchir.