Le Temple d'Hatchepsout (Deir el-Bahari)

Discussion sur la reine-pharaon, son temple unique et l'expédition de Pount

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Que dire du Temple d'Hatchepsout : histoire, découverte, anecdotes et pourquoi une femme pharaon ?

Gemini

Le temple d'Hatchepsout (appelé Deir el-Bahari) est l'un des monuments les plus spectaculaires d'Égypte. Son architecture en terrasses s'adosse majestueusement à la falaise de calcaire de la rive ouest de Louxor, créant une fusion parfaite entre l'art humain et la nature.

Voici l'essentiel à savoir sur ce lieu et sur la femme exceptionnelle qui l'a fait bâtir.

1. Pourquoi une « femme pharaon » ?

Hatchepsout était la fille de Thoutmôsis Ier. À la mort de son mari (et demi-frère) Thoutmôsis II, l'héritier légitime était son beau-fils, Thoutmôsis III, encore enfant.

  • La Régence : Hatchepsout commence par assurer la régence.
  • Le Coup d'État politique et religieux : Pour légitimer son pouvoir suprême, elle affirme qu'elle est la fille directe du dieu Amon-Rê (le mythe de la Théogamie). Elle délaise son titre de reine pour celui de Pharaon.
  • L'Apparence : Sur les reliefs de son temple, elle se fait représenter avec les attributs masculins du pouvoir : le pagne court, la couronne et même la barbe postiche. Ce n'était pas pour « cacher » qu'elle était une femme, mais pour respecter le code iconographique de la fonction royale, qui était intrinsèquement masculine.

2. Le Temple : « Le Jardin d'Amon »

Nommé à l'époque Djéser-Djéserou (« Le Saint des Saints »), le temple n'était pas un lieu de sépulture (elle est enterrée dans la Vallée des Rois), mais un temple funéraire destiné à son culte et à celui du dieu Amon.

  • Architecture unique : Conçu par son architecte (et possible amant) Sénènmout, il s'écarte du modèle classique des temples sombres. Il est composé de trois terrasses reliées par des rampes, autrefois bordées de jardins de myrrhe et d'encens.
  • L'Expédition de Pount : Les reliefs célèbres du temple racontent une expédition maritime vers le pays de Pount (probablement vers l'actuelle Érythrée ou Somalie), d'où elle rapporta des arbres à encens, de l'or et des animaux exotiques.

3. La découverte et la restauration

  • Redécouverte : Le site a été fouillé à la fin du XIXe siècle, notamment par l'égyptologue français Auguste Mariette, puis par l' Egypt Exploration Fund .
  • La cachette des momies (DB320) : Juste à côté du temple, dans une falaise, on a découvert en 1881 une cachette contenant plus de 50 momies royales (dont Ramsès II et Hatchepsout elle-même), cachées là par des prêtres pour les protéger des pillards de la Vallée des Rois.
  • La restauration polonaise : Depuis les années 1960, une mission archéologique polonaise travaille à la reconstruction du temple, qui était en grande partie en ruines. C'est grâce à eux que vous voyez aujourd'hui les statues de la reine en forme d'Osiris sur la terrasse supérieure.

4. Anecdotes et mystères

  • La Damnatio Memoriae : Après sa mort, son successeur Thoutmôsis III a fait marteler ses noms et ses visages sur presque tous les monuments. On a longtemps cru que c'était par vengeance, mais les historiens pensent aujourd'hui que c'était pour effacer l'anomalie d'un règne féminin et rétablir la lignée masculine « normale ».
  • Le graffiti de Sénènmout : Dans une partie cachée du temple, l'architecte Sénènmout a fait graver sa propre image derrière une porte, comme pour rester éternellement aux côtés de sa reine, au mépris du protocole royal.
  • Les « Arbres d'Hatchepsout » : Devant l'entrée du temple, on peut encore voir des racines d'arbres calcinées et protégées par des murets : ce sont les restes des arbres à myrrhe rapportés de l'expédition de Pount il y a 3 500 ans.

Le temple d'Hatchepsout est bien plus qu'un monument ; c'est le manifeste d'une femme qui a défié les codes de son temps pour devenir l'un des pharaons les plus prospères et les plus bâtisseurs de l'histoire.

Souhaitez-vous que je vous détaille les scènes de la célèbre « Expédition de Pount » qui sont encore visibles sur les murs du temple ?

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Oui

Gemini

Les reliefs de l'expédition vers le Pays de Pount, situés sur la terrasse moyenne du temple (portique sud), constituent l'un des premiers reportages de voyage de l'histoire. Ils sont d'une précision naturaliste exceptionnelle pour l'époque.

Le récit gravé de l'odyssée

Hatchepsout a envoyé une flotte de cinq grands navires depuis la mer Rouge pour rapporter des produits exotiques destinés au dieu Amon. Voici les scènes marquantes que vous pouvez observer :

  • Le départ et l'arrivée : On voit les navires égyptiens toutes voiles dehors, puis arrivant sur les côtes de Pount où les attendent les populations locales vivant dans des maisons sur pilotis accessibles par des échelles.
  • La flore et la faune : Les artistes ont représenté avec soin des espèces inconnues en Égypte : des girafes, des panthères, des singes, des hippopotames et une grande variété de poissons de la mer Rouge identifiables par les biologistes modernes.
  • La Reine de Pount (Ati) : C'est l'une des images les plus célèbres du temple. Elle est représentée avec des formes très généreuses (stéatopygie), ce qui témoigne du réalisme descriptif des Égyptiens face à l'altérité.

Le butin sacré

L'expédition ne visait pas seulement le commerce, mais le prestige religieux. Les reliefs détaillent le chargement des navires :

  • L'or et l'ivoire : Présentés en lingots et en défenses brutes.
  • La résine d'encens : Elle est représentée en grands tas au pied desquels se tiennent les scribes qui comptabilisent la cargaison.
  • Les arbres à myrrhe : On voit des porteurs transporter des arbres vivants dans des paniers, racines comprises, pour les replanter à Thèbes. C'est le premier exemple documenté de transplantation d'espèces végétales entre deux pays.

Pourquoi ce récit est-il si important ?

Cette expédition est le symbole du règne d'Hatchepsout : une ère de prospérité économique et d'ouverture culturelle plutôt que de conquêtes militaires sanglantes. En ramenant l'encens nécessaire aux rituels, elle prouvait qu'elle était l'élue d'Amon, capable d'apporter au dieu tout ce dont il avait besoin.