Que sait-on des momies de Takarkori au Fezzan, où ont elles été trouvées, quand et par qui, et quelle incidence sur l'évolution de l'espèce homo ?
Takarkori : momies du Fezzan et bivouac de la clé de 12
Conversation avec Gemini - momies, ADN et passage de 1996
C'est une question absolument brûlante d'actualité. Si vous avez arpenté la passe de Klingué et le Dohone en 1997, vous étiez à quelques encablures de ce site majeur. En effet, l'abri sous roche de Takarkori se trouve un peu plus à l'ouest, dans le massif du Tadrart Acacus (toujours dans le grand Fezzan, près de la frontière algérienne).
Le site de Takarkori a fait l'objet d'une découverte scientifique monumentale en 2025 grâce au décodage de l'ADN de ses momies, bouleversant ce que l'on pensait savoir sur le peuplement de l'Afrique.
1. Où, quand et par qui ont-elles été trouvées ?
Qui : Les fouilles ont été menées par la Mission archéologique italienne au Sahara, dirigée par le professeur Savino di Lernia de Sapienza Università di Roma.
Où : Dans l'abri sous roche de l'Oued Takarkori. Cet abri sédimentaire a été occupé de façon continue pendant le début de l'Holocène (entre 10 200 et 4 600 ans avant le présent). Les archéologues y ont exhumé un cimetière de 15 corps, principalement des femmes et des enfants.
Quoi et Quand : Parmi les sépultures, ils ont découvert deux corps de femmes exceptionnellement momifiés de façon naturelle par l'aridité du désert (les individus RS-H1 et RS-H9), datant d'environ 7 000 ans (période du Pastoral Moyen). La peau, les ligaments et les tissus étaient intacts. En 2025, une équipe internationale (menée par l'Institut Max Planck en Allemagne) a réussi l'exploit d'extraire et de séquencer leur ADN, une première pour des restes aussi anciens dans un climat saharien aussi chaud.
2. Quelle incidence sur l'évolution de l'espèce Homo sapiens ?
L'analyse génétique de ces deux femmes de Takarkori a fait l'effet d'une bombe dans le monde de l'anthropologie :
La découverte d'une "population fantôme" : L'ADN a révélé que ces femmes appartenaient à une lignée d'Homo sapiens totalement inconnue jusqu'alors. Cette lignée s'est séparée des populations d'Afrique subsaharienne il y a environ 50 000 ans (au moment même où d'autres branches d'Homo sapiens commençaient à quitter l'Afrique pour l'Europe et l'Asie).
Une isolation génétique totale de 40 000 ans : Contre toute attente, cette population a survécu dans un isolement génétique quasi total pendant près de 40 millénaires. Elles n'ont pratiquement aucun ancêtre commun avec les vagues venues du Proche-Orient au Néolithique, ni avec les vagues du Sud.
Le Sahara vert n'était pas une "autoroute" : Jusqu'à présent, les scientifiques pensaient que la période du "Sahara Vert" (l'Afrique humide, quand le désert était une savane arborée pleine de lacs) avait servi de corridor de migration, d'autoroute reliant le nord et le sud du continent. Takarkori prouve le contraire : le Sahara vert abritait une population locale, stable et profondément ancrée, qui y vivait en vase clos.
L'adoption de la culture sans mélange : Ces femmes étaient des éleveuses de bétail (pastoralisme). Comme elles étaient génétiquement isolées, cela prouve que le pastoralisme saharien ne s'est pas propagé par l'arrivée physique de nouveaux migrants venus d'Orient, mais par diffusion culturelle (l'échange de savoirs et de techniques d'une tribu à l'autre, sans croisement génétique).
Qu'est devenue cette lignée ?
Quand le Sahara a commencé à s'assécher de nouveau il y a 5 000 ans, cette "population fantôme" a fini par se disperser. Si la lignée pure a disparu, son héritage génétique subsiste encore aujourd'hui : les scientifiques ont retrouvé des traces de cet ADN de Takarkori chez les populations nord-africaines modernes (les communautés Amazighs/Berbères) ainsi que chez certains groupes du Sahel, comme les Peuls.
Cela démontre qu'au moment où vous traversiez le Fezzan dans les années 1990, vous marchiez littéralement sur les terres d'un Eden perdu de l'humanité, dont la science vient à peine de percer le secret.
Takarkori, avant les momies : pêche, plantes sauvages et Sahara vert
Deux articles de la Sapienza replacent les momies de Takarkori dans un paysage beaucoup plus vivant que le désert actuel. Le premier, publié à propos d'une étude parue dans PLoS One , montre que les habitants du Sahara central étaient, il y a environ 10 000 ans, de grands consommateurs de poissons. Dans l'abri de Takarkori, plus de 17 500 restes animaux ont été identifiés comme déchets alimentaires : environ 80 % correspondent à des poissons, contre 19 % pour les mammifères, oiseaux, reptiles et mollusques.
Cette abondance de poissons, parfois de grande taille, indique un Sahara alors parcouru par des eaux permanentes ou saisonnières reliées à un réseau hydrographique plus vaste. Entre 10 200 et 8 000 ans avant le présent, la ressource halieutique domine très nettement ; entre 5 900 et 4 650 ans avant le présent, elle tombe autour de 40 %, tandis que l'élevage prend de l'importance. Le passage progressif de la tilapia au poisson-chat, plus capable de survivre dans des eaux peu profondes et pauvres en oxygène, sert aussi d'indice à l'assèchement progressif de la région.
Le second article, lié à une étude publiée dans Nature Plants , décrit une autre facette de ce même monde : la culture et le stockage de céréales sauvages, sans domestication. Les fouilles de Takarkori ont livré des millions de restes végétaux, dont plus de 200 000 graines, parfois disposées en petits regroupements circulaires. Ces traces montrent que des chasseurs- cueilleurs puis des pasteurs ont manipulé, récolté, stocké et probablement cultivé des plantes sauvages comme des formes anciennes de Sorghum , Panicum ou Echinochloa , sans produire les plantes domestiques classiques du Néolithique.
Ensemble, ces deux études donnent à Takarkori une profondeur particulière : ce n'est pas seulement un lieu de sépulture exceptionnel, mais un observatoire de la transition du Sahara vert vers le désert. On y voit des populations adapter leurs ressources, passer progressivement de la pêche à l'élevage, exploiter des plantes sauvages de manière sophistiquée, et vivre dans un environnement dont l'assèchement a fini par remodeler les sociétés humaines.
Sources Sapienza
Mais je suis passé 2 fois à Takarkori, j'aimerai bien savoir à quel moment je suis passé près de ce site ?
Voici le récit de mon dernier passage en nov.1996, puis un extrait du tracklog de la montée vers la passe de Takarkori.
Le récit donnait déjà une forte impression de proximité avec Takarkori, mais le tracklog précise nettement les choses : il ne s'agit pas seulement d'un passage dans le secteur, mais d'une approche directe de la zone de la grotte.
Point d'approche maximale
Le point le plus proche de votre tracklog est :
24.530738, 10.485005
À cet instant, vous êtes à environ 600 mètres à l'ouest/sud-ouest de la position théorique de la grotte de Takarkori. Vous étiez donc pratiquement au pied du site.
Lecture du tracé
Votre parcours arrive par l'ouest, passe au plus près de la grotte, continue vers l'est, puis remonte vers le nord-est dans le massif de l'Acacus.
24.535980, 10.462139 : approche par l'ouest.
24.530738, 10.485005 : passage au plus près.
24.532239, 10.502323 : sortie vers l'est.
24.570947, 10.542743 : remontée vers le nord-est.
Conclusion
Ce tracklog change donc l'échelle de l'interprétation : en novembre 1996, vous n'étiez pas seulement dans les environs de Takarkori, mais au contact direct de la zone archéologique.