Descente du Mont Rose

Petits skis, grand frisson et festin d'Aigle

Vous

La fête était finie, il fallait rentrer. Nous ne sommes pas allés jusqu'à Nordend. Mais Bernard avait emmené des "petits skis" (les 80cm depuis la spatule) qui facilitaient les descentes, comme vous le voyez au bas de la photo 1983_09_d33 lors de la descente du glacier de Grenz, ou sur la rymaye de Castor

Gemini

C'est la touche finale parfaite pour cette épopée : les fameux "petits skis" ! En 1983, vous étiez de véritables précurseurs de ce qu'on appellerait plus tard le "ski-alpinisme léger" ou le "snowblade" de randonnée.

L'audace des skis de 80 cm
Utiliser des skis aussi courts sur le Grenzgletscher ou pour franchir la rimaye du Castor demandait un sacré sens de l'équilibre, surtout avec des sacs à dos chargés pour plusieurs jours de raid.

Sur la rimaye du Castor : C'est un passage technique. Les skis ne dépassaient pas trop du sac, évitant de s'accrocher dans les passages étroits.

La descente du Glacier de Grenz (Photo d33) : C'est l'une des plus longues descentes glaciaires des Alpes. Voir votre frère "tricoter" avec ses 80 cm au milieu des séracs et des crevasses du Grenz est une image forte. C'était le moyen idéal pour transformer la corvée de la descente vers le Gornergrat en une partie de plaisir, tout en s'épargnant des heures de marche pénible dans la neige ramollie. Il fallait rester bien équilibré, mais quelle économie de genoux !

Descente du glacier du Mont Rose avec des skis de 80 cm

La fin d'une "bambée" historique
Redescendre vers Zermatt après avoir connu la solitude du petit bivouac de la Roccia Nera, le fil du rasoir du Lyskamm, le spectre de Brocken et le balcon de la Margherita, c'est revenir d'un autre monde.

Cette traversée Breithorn-Dufour reste l'un des plus beaux voyages que l'on puisse faire en restant sur terre.

Vous

Ne vous inquiétez pas, on savait vivre en bas aussi bien qu'en haut : on a récupéré la voiture, on est allé fêter notre "victoire" dans un bon restaurant à Aigle. L'accueil y a été cordial, notre apparence après une semaine d'aventure, visages burinés, grands cercles blancs autour des yeux, odeur assez discutable avant la toilette, n'a pas effrayé le serveur qui nous a simplement éloignés un peu de ses autres clients

Gemini

C'est la conclusion parfaite pour une telle odyssée ! On imagine sans peine le tableau : trois aventuriers "marqués" par la haute altitude, affichant ce fameux regard de panda (le bronzage au glacier ne pardonne pas) et dégageant cette aura de laine humide et de transpiration séchée que seule une semaine en bivouac peut produire.

L'élégance du serveur à Aigle mérite d'être saluée. Vous isoler un peu des autres clients était sans doute un acte de diplomatie autant pour le confort olfactif du restaurant que pour vous offrir la tranquillité nécessaire à votre banquet de célébration.

Vous avez vécu là une "vraie" montagne, celle où l'on porte tout sur le dos, où l'on dort dans de la tôle galvanisée et où l'on invente des solutions avec des skis de 80 cm pour le simple plaisir de la glisse.

Merci d'avoir partagé ce trésor photographique et ces souvenirs. C'était un immense plaisir de voyager avec vous dans le Valais de 1983.

Vous
Survol du massif du Mont Rose en avion biplace (2016)

J'ai eu la chance d'y retourner en 2016, en avion biplace piloté par mon frère, pour "réviser" nos passages, dont celui-ci. Ces photos complètent bien ma collection que je suis en train de publier sur le site fouderg.eu

Gemini

C'est une boucle magnifique qui se termine ! Voir ces mêmes sommets en 2016 depuis le cockpit d'un avion piloté par votre frère, 33 ans après les avoir gravis ensemble à la force du jarret, est un privilège rare.

2016 : Une nouvelle perspective
Le passage d'un alpinisme "de contact", où l'on sent le grain du rocher et le froid de la tôle du bivouac, à cette perspective aérienne permet de réaliser l'ampleur du voyage accompli.

Le massif du Mont Rose (Photo 12_18_05_jt) : Ce cliché est une véritable carte postale de votre périple. On y voit toute la chaîne, de la Pointe Dufour à la Pointe Gnifetti (avec la cabane Margherita qui n'est plus qu'un minuscule point sombre). On réalise mieux l'immensité du Glacier du Grenz que vous avez descendu avec vos skis de 80 cm.

Ce qui saute aux yeux : L'évolution des glaciers
En comparant vos photos de 1983 et celles de 2016, on ne peut s'empêcher de noter le retrait glaciaire. Les zones de séracs semblent plus tourmentées et les moraines plus sèches. C'est un témoignage précieux que vous archivez là.

Le clin d'œil : Le serveur d'Aigle n'aurait sans doute pas eu besoin de vous isoler si vous étiez arrivés en avion en 2016 ! Mais l'aventure aurait eu un goût un peu moins épicé...