Oum Chalouba : l'ancienne base militaire libyenne

Conversation avec Gemini - conflit tchado-libyen, ligne rouge et traces de guerre

Oum Chalouba
Oum Chalouba, image extraite de la vidéo du 29 octobre 2001
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Que sait-on de l'ancienne base militaire libyenne d'Oum Chalouba au nord du Tchad ?

Gemini

La localité d'Oum Chalouba (souvent associée au carrefour de Kalaït, dans la région de l'Ennedi Ouest) occupe une place hautement stratégique et tragique dans l'histoire moderne du Tchad, en particulier durant le conflit tchado-libyen (1978-1987).

Plus qu'une simple "base militaire libyenne" permanente, Oum Chalouba fut un verrou hautement disputé, une position d'avant-garde cruciale, et le théâtre d'affrontements majeurs entre les forces d'Hissène Habré (les FANT), les rebelles du GUNT (soutenus par Tripoli) et l'armée française.

Voici ce que l'on sait de l'histoire militaire de ce site stratégique :

1. Un verrou géostratégique majeur (la "Ligne Rouge")

Située à environ 200 km au nord d'Abéché, Oum Chalouba est un carrefour de pistes sahariennes incontournable pour contrôler l'accès vers le centre et l'est du Tchad (notamment le Ouaddaï et le Biltine).

La ligne de démarcation : Lors de l'opération Manta lancée par la France en 1983 pour contrer l'avancée des forces pro-libyennes, Paris fixe une "ligne rouge" d'interdiction au niveau du 15e parallèle, remontée début 1984 au 16e parallèle.

La position avancée : Avec Koro Toro à l'ouest, Oum Chalouba à l'est devient le poste habité et militaire le plus avancé du dispositif défensif tchadien juste sur cette ligne rouge de démarcation face aux forces pro-libyennes positionnées plus au nord.

2. Le drame des sapeurs parachutistes français (7 avril 1984)

C'est à Oum Chalouba que l'armée française subit l'un de ses plus lourds tributs en vies humaines durant l'opération Manta.

Le 7 avril 1984, un détachement du 17e Régiment du Génie Parachutiste (17e RGP) de Montauban est en mission de reconnaissance et de dépollution pyrotechnique dans la zone.

En tentant de dégager des épaves de véhicules abandonnés lors des précédents combats, les militaires marchent sur des mines ou déclenchent l'explosion d'un obus de 90 mm piégé.

Neuf sapeurs parachutistes français sont tués sur le coup et sept autres sont grièvement blessés. Cet événement tragique reste profondément ancré dans la mémoire régimentaire du 17e RGP.

3. Les va-et-vient et la reconquête (1986)

Le contrôle d'Oum Chalouba a oscillé au gré des vagues offensives du conflit :

La zone a servi de base ou de point d'appui aux forces du GUNT (Gouvernement d'Union Nationale de Transition de Goukouni Oueddei) équipées et appuyées par la Libye de Mouammar Kadhafi.

Février 1986 : Les Forces Armées Nationales Tchadiennes (FANT) d'Hissène Habré lancent une contre-offensive fulgurante et reprennent le contrôle d'Oum Chalouba le 13 février 1986.

Mars 1986 : En réaction, les forces pro-libyennes lancent de violents assauts pour tenter de reprendre le poste d'Oum Chalouba-Kalaït, mais les troupes tchadiennes, galvanisées et très mobiles, parviennent à repousser les attaques avant d'entamer leur poussée victorieuse vers le nord (guerre des Toyota).

4. Ce qu'il en reste aujourd'hui

Comme beaucoup d'anciennes positions fortifiées ou bases temporaires de cette guerre saharienne (à l'instar de Fada, Faya ou Ouadi Doum), le secteur d'Oum Chalouba a longtemps conservé les stigmates du conflit :

Des carcasses de blindés, de camions et de matériels militaires soviétiques abandonnés par les troupes libyennes ou détruits lors des combats ont parsemé les pistes environnantes.

Le danger des mines et des restes explosifs de guerre (REG) est resté une problématique majeure pour les populations nomades de la région pendant des décennies.

Aujourd'hui, Kalaït / Oum Chalouba est redevenu un point de passage civil et commercial important de l'Ennedi, bien que la mémoire des affrontements de la décennie 1980 y demeure omniprésente.