Que sait-on du Waw an Namous en Libye : âge, dernière éruption, obsidienne, résurgence d'eau permanente, salinité, piège à voitures qui descendent sans pouvoir remonter, etc. ?
Waw an Namus : volcan noir, lacs salés et piège à voitures
Conversation avec Gemini - géologie et légende saharienne
Le Waw an Namous (ou Wau-en-Namus, littéralement l'« Oasis des Moustiques » en arabe) est l'un des phénomènes géologiques les plus spectaculaires et fascinants de la planète. Véritable anomalie visuelle au coeur du Sahara libyen, dans la région du Fezzan, ce volcan ressemble de l'espace à une immense tache d'encre noire jetée au milieu d'un océan de sable jaune.
Voici ce que l'on sait précisément sur ce site unique, en reprenant chacun des points qui font sa légende.
1. L'âge et la dernière éruption
Pendant très longtemps, l'âge du Waw an Namous a fait l'objet d'un vif débat parmi les géologues. Son aspect d'une fraîcheur absolue, avec des cendres noires qui n'ont pas encore été recouvertes ou emportées par les vents de sable jaune, laissait penser à une formation extrêmement récente, voire historique.
L'âge scientifique : des études géochimiques et des datations radiométriques menées dans les années 2010, notamment par le volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff, ont tempéré cette impression. Le cône volcanique principal est daté d'environ 200 000 ans, au Pléistocène.
La dernière éruption : bien que la structure globale ait cet âge, le volcan a connu plusieurs phases d'éruptions stromboliennes et phréatomagmatiques successives. Certains dépôts de cendres très superficiels et l'activité hydrothermale résiduelle font estimer à certains scientifiques que des réactivations explosives mineures ont pu avoir lieu au cours de l'Holocène, il y a moins de 10 000 ans, voire à des périodes protohistoriques. Le volcan est aujourd'hui considéré comme endormi.
2. Obsidienne ou basalte ?
On lit parfois dans des récits de voyage que le sable noir est fait d'obsidienne. C'est une approximation physique.
Le Waw an Namous n'est pas un volcan d'obsidienne, roche vitreuse issue de laves très riches en silice, de type rhyolite. C'est un volcan de basanite, une roche magmatique alcaline très pauvre en silice, apparentée au basalte.
Ce qui entoure le cratère sur un rayon de 10 à 20 kilomètres n'est pas du sable classique, mais un manteau de tephras, de lapilli et de cendres basaltiques. L'éclat vitreux et brillant que l'on observe au soleil sur certains morceaux de lave solidifiée ou sur les bombes volcaniques explique pourquoi les voyageurs l'ont parfois confondu avec de l'obsidienne.
3. La résurgence d'eau permanente et la salinité
Au fond de cette caldeira de 4 kilomètres de diamètre et de 100 mètres de profondeur, le contraste est saisissant : le noir de la cendre côtoie une végétation luxuriante, avec roseaux et palmiers-dattiers, ainsi que trois grands lacs permanents et quelques étangs temporaires selon les saisons.
L'origine de l'eau : il s'agit d'une résurgence de la nappe phréatique fossile, le système aquifère des grès de Nubie. Le cratère est tellement profond qu'il entaille la roche jusqu'à atteindre le niveau de cette immense nappe souterraine. L'alimentation est continue et quasi inépuisable.
La salinité : les lacs ont des couleurs changeantes, du bleu au vert, parfois rougeâtre à cause de micro-organismes. Bien que l'alimentation souterraine soit de l'eau douce, la salinité des lacs est extrêmement élevée. L'évaporation sous le climat saharien est colossale, ce qui concentre les sels minéraux et crée des croûtes de sel blanchâtres très nettes sur leurs rives.
Cependant, certaines sources d'eau qui jaillissent juste au bord des lacs restent assez douces pour permettre aux palmiers de boire et aux moustiques de proliférer, d'où le nom du site.
4. Le fameux piège à voitures
Le Waw an Namous est un cauchemar mécanique bien connu des guides et des chauffeurs de raids sahariens. Ce piège repose sur deux facteurs physiques trompeurs.
La consistance des cendres : les pentes intérieures de la caldeira et certaines zones du fond sont tapissées d'une cendre basaltique extrêmement fine, instable et meuble. Contrairement au sable de dune qui finit par se compacter sous le poids, la cendre volcanique se comporte comme de la farine ou de la neige poudreuse profonde. Les pneus n'y trouvent aucune adhérence et s'y enfoncent instantanément jusqu'aux ponts.
L'illusion de la descente : descendre au fond du cratère en profitant de la gravité est relativement facile. Le piège se referme au moment de faire demi-tour. Les véhicules, même les 4x4 les plus puissants ou les camions de raid, se retrouvent incapables de générer assez de motricité pour remonter des pentes à fort pourcentage dans un sol qui se dérobe sous les roues.
Pendant l'âge d'or du tourisme saharien dans les années 1990-2000, la règle absolue enseignée par les Toubous était de ne jamais descendre avec les véhicules motorisés à l'intérieur de la caldeira. L'exploration du fond devait impérativement se faire à pied.
Les quelques expéditions qui ont bravé cette règle y ont parfois abandonné des véhicules, ou ont dû passer des journées entières à treuiller les voitures centimètre par centimètre, ou à attendre qu'un autre camion resté en haut ne les tracte depuis la lèvre du cratère.