Le Djebel Silsileh

Histoire, carrières, sanctuaires et légendes du Nil

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Que sait-on du Djebel Silsileh : son histoire, ses tombeaux, ses carrières et ses anecdotes ?

Gemini

Le Djebel Silsileh (ou Gebel el-Silsila) est l'un des sites les plus secrets et les plus impressionnants du Nil. Situé entre Edfou et Kom Ombo, c'est là que le fleuve est le plus étroit (environ 400 mètres), enserré par de hautes falaises de grès.

C'est précisément cette géographie qui explique tout l'intérêt du site : le grès y est d'une qualité exceptionnelle, et le rétrécissement du fleuve a créé un point de passage à la fois stratégique et spirituel.

1. La "Carrière des Pharaons"

C'est la plus grande carrière de grès de toute l'Égypte ancienne.

  • Le passage du calcaire au grès : À partir de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire), les architectes pharaoniques abandonnent le calcaire (utilisé pour les Pyramides) au profit du grès de Silsileh, plus résistant, pour construire les temples monumentaux.
  • Les clients célèbres : Presque tous les blocs de Louxor, de Karnak, du Ramesseum et de Medinet Habou viennent d'ici. On estime que jusqu'à 9 000 ouvriers y travaillaient simultanément !
  • Logistique : Les carrières étaient situées juste au bord de l'eau. Les blocs étaient taillés directement dans la falaise, puis glissés sur des rampes jusqu'aux barges qui attendaient sur le Nil. C'est pour cela que les parois sont si verticales et semblent avoir été coupées au couteau.

2. Le Spéos d'Horemheb et les sanctuaires

Le site n'était pas qu'une zone industrielle ; c'était un lieu sacré dédié au Nil et aux divinités locales.

  • Le Spéos (Temple rupestre) : Creusé entièrement dans la roche par le pharaon Horemheb (fin de la XVIIIe dynastie), ce temple est dédié à sept divinités, dont Sobek, le dieu-crocodile (maître du lieu), et le pharaon lui-même.
  • Les chapelles royales : On y trouve 33 petites chapelles rupestres (cénotaphes) appartenant à de hauts fonctionnaires et aux rois (Séthi Ier, Ramsès II, Merenptah). Elles servaient à marquer la piété de ceux qui supervisaient l'extraction des pierres.
  • Les stèles du Nil : Plusieurs stèles monumentales célèbrent le fleuve et les inondations annuelles. Une stèle de Ramsès II mentionne même des offrandes gigantesques jetées au fleuve pour s'assurer une bonne crue.

3. Les découvertes récentes

Contrairement aux idées reçues, le site continue de révéler des trésors, notamment grâce au Gebel el Silsila Survey Project :

  • Un temple perdu : En 2012, les fondations du Temple de Kheny, le temple principal de la rive est, ont été redécouvertes après avoir été "oubliées" pendant près d'un siècle.
  • La nécropole : Plus de 60 tombes ont été mises au jour, révélant que des familles entières (femmes et enfants compris) vivaient et mouraient sur le site de la carrière, et non pas seulement des prisonniers ou des esclaves comme on l'a longtemps cru.

4. Anecdotes et Légendes

  • La "Chaîne" (Silsila) : Le nom arabe Gebel el-Silsila signifie "La Montagne de la Chaîne". Selon une légende locale, les rois d'autrefois tendaient une immense chaîne en fer à travers le Nil entre les deux rives pour bloquer la navigation et percevoir des taxes. Une colonne de roche isolée sur la rive ouest, surnommée "Le Cabestan", est souvent désignée comme le point d'attache de cette chaîne imaginaire.
  • Graffitis millénaires : Les parois sont couvertes de milliers de graffitis : marques de carriers, prières, dessins de bateaux et même des représentations d'animaux datant de la Préhistoire, prouvant l'occupation du site bien avant l'époque pharaonique.

Note pour votre visite : Le site est divisé par le Nil. La rive ouest (avec le Spéos d'Horemheb) est la plus visitée. La rive est contient les carrières les plus spectaculaires (les "galeries"), mais son accès est parfois plus restreint. C'est l'un des rares endroits où l'on peut encore toucher l'histoire "brute" de l'Égypte, loin de la foule des grands temples.