Les couleurs bleu et vert du lac Katam

Échange sur les deux parties du lac Katam, à Ounianga Kébir (Transcription)

Le lac Katam et sa palmeraie en octobre 1998 Les deux parties bleu-violet et verte du lac Katam séparées par une barre sableuse Les eaux contrastées du lac Katam vues depuis la falaise
Vous avez dit

d'où vient cette différence de couleur bleu/vert entre les 2 lacs katam, vers ounianga au tchad

ChatGPT a dit

C’est précisément l’une des curiosités du lac Katam, à Ounianga Kébir. Il ne s’agit d’ailleurs pas vraiment de « deux lacs » indépendants : Katam est un même bassin aujourd’hui presque coupé en deux par une étroite langue de sable. Or les deux parties ont évolué différemment sur le plan biologique et chimique.

La partie bleue contient relativement peu de micro-organismes pigmentés et sa couleur est donc essentiellement celle de l’eau profonde éclairée par le ciel. Dans la partie vert vif, en revanche, se développent en abondance des cyanobactéries, généralement identifiées comme Arthrospira platensis, souvent appelée « spiruline ». Leur chlorophylle et leurs autres pigments donnent cette teinte vert émeraude très spectaculaire. Les sources grand public parlent souvent de Spirulina platensis, ancien nom encore très employé.

Pourquoi cette différence alors que les deux eaux ne sont séparées que par quelques dizaines de mètres de sable ? C’est là que Katam devient intéressant. La langue de sable limite fortement le brassage entre les deux bassins, tandis que chacun reçoit et perd de l’eau selon un équilibre légèrement différent entre alimentation souterraine, évaporation et échanges à travers le sable. Dans ce climat où l’évaporation est énorme et les pluies presque nulles, une petite différence d’alimentation suffit à entraîner des différences importantes de salinité, alcalinité et concentration en nutriments. L’UNESCO souligne d’ailleurs que les couleurs bleues, vertes et parfois rougeâtres des lacs d’Ounianga reflètent leurs compositions chimiques différentes.

Et Katam va même un peu plus loin que le simple bleu/vert. Selon les saisons et les endroits, des zones rougeâtres ou violacées peuvent apparaître sur les rives ou dans la partie la plus saline. Elles sont liées à des micro-organismes adaptés aux eaux très salées — notamment des microorganismes halophiles pigmentés — plutôt qu’à la spiruline elle-même.

Ce qui est remarquable, c’est donc que la dune joue presque le rôle d’une cloison de laboratoire : même origine géologique, même nappe souterraine, même soleil, mêmes vents, mais des conditions chimiques légèrement différentes de part et d’autre. Cela suffit pour sélectionner des communautés microbiennes différentes, et l’œil voit immédiatement le résultat : bleu d’un côté, vert opaque de l’autre.

Sur vos souvenirs ou vos photos de 1998, si vous avez photographié Katam depuis la falaise ou depuis la langue de sable, je peux probablement vous dire quelle moitié est laquelle et expliquer les couleurs précises que vous aviez vues à ce moment-là.

Après examen des photographies

Oui : vos deux photos montrent très bien le phénomène dont nous parlions, et surtout elles permettent de corriger une simplification de ma réponse précédente.

Sur la seconde photo, la plus démonstrative, on voit nettement les deux parties du lac Katam séparées par une langue de sable : au premier plan, l’eau est vert sombre/vert olive ; derrière la barre sableuse, elle apparaît bleu violacé. L’UNESCO mentionne explicitement Katam comme un lac divisé par une étroite barre sableuse, avec une partie bleue et une partie verte.

Mais je serais maintenant plus prudent sur l’explication « vert = spiruline ». Les sources scientifiques et le dossier UNESCO confirment bien que certains lacs d’Ounianga contiennent de l’Arthrospira/Spirulina platensis, et que les différents lacs ont des compositions chimiques et des salinités très différentes. Elles ne permettent cependant pas, à ma connaissance, d’affirmer simplement que la moitié verte de Katam est verte uniquement à cause de la spiruline.

Le mécanisme le plus solide est plutôt celui-ci : la barre sableuse empêche le brassage direct des eaux de surface, tout en restant perméable aux circulations souterraines. Les deux compartiments peuvent donc acquérir des salinités, concentrations minérales, densités d’algues et communautés microbiennes différentes. Dans un milieu où les précipitations sont presque nulles et où l’évaporation est gigantesque, ces différences se renforcent facilement. L’UNESCO attribue précisément les teintes bleues, vertes ou rougeâtres des lacs à leur composition chimique, dans un système hydrologique complexe qui n’est d’ailleurs « pas encore parfaitement compris ».

Vos photos apportent en plus un détail intéressant : ce n’est manifestement pas un simple reflet du ciel. Sur la seconde image, les deux surfaces sont photographiées pratiquement sous le même angle, sous le même ciel et au même instant ; pourtant la différence reste considérable. Cela plaide très fortement pour une différence intrinsèque des eaux. La première photo montre la même opposition, mais inversée dans la composition de l’image : eau bleu-violet au premier plan et bassin verdâtre au-delà du cordon sableux.

Il faut toutefois tenir compte de la pellicule et de la numérisation : le bleu violet extrêmement saturé de vos diapositives de 1998 est probablement accentué par le rendu du film et/ou le scan. En revanche, l’opposition bleu/vert elle-même est incontestable.

Et vos images sont particulièrement intéressantes historiquement : la seconde montre Katam dans un état où la séparation sableuse est très nette mais où les deux plans d'eau restent extrêmement proches, presque comme une expérience naturelle à deux cuves.

Si vous le souhaitez, je peux aller plus loin et rechercher les analyses chimiques publiées spécifiquement pour chacune des deux moitiés de Katam — salinité, pH, organismes dominants — ce qui permettrait de savoir précisément ce qui produisait ces deux couleurs lors de votre passage en octobre 1998.