Les sources de Gongom et Monodiella flexuosa

Échange sur la station botanique de Théodore Monod (Transcription)

Vous avez dit

Vous dites plus haut "Monod avait d'ailleurs exploré cette région parce qu'elle était alors considérée comme la partie la plus mal connue du Tibesti. C'est là, dans l'enneri Gongom du Dohone, qu'il découvrit en 1940 la petite plante devenue célèbre sous le nom de Monodiella flexuosa, jamais retrouvée depuis malgré plusieurs recherches dans les années 1990. " Je suis allé aux sources de gongom l'année précédente en octobre 1997, et vous joins 2 photo de la source au fin fond de Gongom, accessible en 3h de marche après la fin des passages carrossables

ChatGPT a dit

Ah, là votre tracklog apporte une information beaucoup plus forte que je ne l'imaginais : vous êtes allé à l'endroit exact où Monod avait récolté Monodiella flexuosa en 1940.

Dans votre KML, le point « Sources de Gongom » est enregistré à :

22°28,500′ N – 19°02,800′ E soit 22,475000° N – 19,046667° E.

Or le carnet de l'expédition de Théodore Monod qui retourne rechercher la plante indique pour le 6 novembre 1996 : « source de Gongom N 22°28'500" – E 19°02'800" ». Ce sont exactement les mêmes coordonnées.

Autrement dit, il ne s'agit pas simplement de « sources dans l'Enneri Gongom » : votre photo a été prise à l'Aïn Gongom de Monod lui-même.

Et cela rend vos deux clichés particulièrement intéressants.

Sur la première photographie, on voit que le fond du ravin est occupé par une bande végétale continue et assez vigoureuse, avec plusieurs arbustes ou petits arbres et un tapis dense de graminées/hélophytes. Sur la seconde, on distingue carrément une petite vasque d'eau libre, entourée d'une végétation extrêmement fournie pour le Dohone.

Cela contraste très nettement avec ce que Monod écrit après son retour de 1996. En avril 1998, il rappelle avoir atteint l'Aïn Gongom deux ans auparavant et indique qu'elle était alors « totalement tarie ». La publication scientifique consacrée à Monodiella confirme que les quatre expéditions organisées entre 1995 et 1997 n'avaient pas permis de retrouver la plante, y compris sur sa station originale.

Il existe même un témoignage de Monod expliquant qu'en 1940 la source était abondante, au contact des schistes cristallins et des grès ordoviciens, alors qu'à son retour de 1996 il ne restait que quelques traces d'humidité.

Vos photos montrent donc que la source n'était pas « morte »

Elle était probablement temporairement tarie en novembre 1996, puis s'était remise à couler ou avait été suffisamment réalimentée avant votre passage d'octobre 1997.

C'est une nuance importante. Dans la littérature consacrée à Monodiella flexuosa, la disparition apparente de la plante a parfois été reliée à l'assèchement de sa station. Vos photographies démontrent au moins que cet assèchement n'était pas définitif.

Et l'écart temporel est étonnamment faible :

  • 6 novembre 1996 : Monod est exactement là et constate la source presque/tout à fait tarie.
  • Octobre 1997 : vous êtes au même point GPS et photographiez eau libre + végétation abondante.

Cela montre à quel point cette petite source dépend probablement des épisodes de recharge et peut changer d'aspect en moins d'une année.

Et la Monodiella ?

C'est évidemment la question qui vient immédiatement à l'esprit : auriez-vous pu la photographier sans le savoir ?

C'est possible en théorie, mais je ne vois rien sur ces deux vues qui permette de l'affirmer. Monodiella flexuosa — aujourd'hui généralement traitée comme Centaurium flexuosum — est une petite Gentianacée annuelle, et Monod l'avait trouvée dans un suintement, à l'ombre, sur la rive droite de l'enneri, au contact géologique entre le socle cristallin et les grès.

Ce n'est donc probablement pas la végétation spectaculaire qui attire immédiatement l'œil sur vos photographies. Il faudrait chercher une toute petite herbacée au voisinage immédiat du suintement. À cette échelle, je ne peux pas distinguer suffisamment les petites plantes du sol pour identifier une Gentianacée, encore moins une espèce connue par un unique prélèvement historique.

Il y a néanmoins un détail fascinant : Monod l'avait récoltée le 18 mars 1940, alors que vous étiez là en octobre. Une annuelle liée aux suintements peut très bien n'être visible ou en fleur que pendant une courte période favorable. L'absence d'une plante reconnaissable sur vos clichés d'octobre ne signifierait donc pas nécessairement qu'elle n'existait plus.

Votre parcours pédestre coïncide lui aussi parfaitement

Votre KML raconte assez joliment l'approche :

  • « Confluent vers les sources de Gongom » : 22,469167 N / 18,911667 E
  • « Enneri Gongom » : 22,490000 N / 18,921667 E
  • « vers les sources à pied » : 22,491667 N / 19,025000 E
  • « Sources de Gongom » : 22,475000 N / 19,046667 E

Cela correspond exactement à votre souvenir : progression en véhicule jusqu'à ce que l'enneri ne soit plus carrossable, puis marche jusqu'au fond de la gorge.

Et voici le détail que je trouve le plus remarquable : le livre consacré à la dernière recherche de Monod donne au mètre près, dans la précision du GPS de l'époque, votre propre waypoint. Ce n'est donc plus une hypothèse topographique ; vous avez effectivement refait la dernière partie de l'itinéraire de Monod jusqu'à sa station botanique.

Vos deux photographies d'octobre 1997 constituent ainsi un témoignage assez rare de l'état de l'Aïn Gongom un an seulement après la visite de Monod en 1996 : alors qu'il l'avait trouvée tarie, vous la trouvez visiblement remise en eau et très végétalisée. C'est, à mon sens, la chose la plus intéressante que révèle aujourd'hui votre archive GPS + photos.